L'artillerie
embarquée à bord des bâtiments de guerre des
forces navales alliées représente un double intérêt
pour les assaillants. Dans un premiers temps, elle permet de détruire
tous les objectifs avant le début de l'assaut et d'appuyer
l'infanterie ainsi que les blindés lorsqu'aucun moyen d'artillerie
terrestre n'est encore disponible. Dans un deuxième temps,
lorsque des unités sont au sol et peuvent s'appuyer de manière
autonome, elles offrent un appui supplémentaire particulièrement
puissant du fait des calibres déployés, mettant en
oeuvre des tirs de barrage ou de neutralisation efficaces.
L'artillerie
navale alliée débute son tir des objectifs sur ou
à proximité des plages quasiment immédiatement
après le bombardement effectué par l'aviation, à
savoir à 5h10 du matin. Les bâtiments de guerre sont
répartis selon des forces d'intervention, des "Task
Forces", qui possèdent toutes leurs objectifs :
devant Utah
Beach, la Task Force U pilonne les batteries de Saint-Marcouf
et Quinéville, les différents points d'appui et la
batterie de Maisy. La Task Force O devant Omaha
et la Pointe
du Hoc fait de même avec comme points particuliers la
batterie sur la Pointe du Hoc, les points d'appuis entre Vierville-sur-Mer
et Port-en-Bessin. Le premier tir est effectué le croiseur
Orion au large de Gold
Beach (Task Force G), qui est aussitôt suivi
par les croiseurs Ajax, Argonaut, Emerald, par la canonnière
néerlandaise Flores et treize destroyers. L'artillerie navale
frappe sans discontinuer les cibles attribuées au préalable
jusqu'à trente minutes avant le début du débarquement
proprement dit, c'est-à-dire 5h50.
S'il
n'y a pas de bâtiments de ligne (croiseur, cuirassé
ou canonnière) déployé devant la plage de Juno,
l'appui feu naval est assuré par les 11 destroyers déployés
dans ce secteur (Task Force J). Enfin, l'artillerie navale
de la Task Force S devant Sword
Beach prend sous ses feux les batteries situées à
l'est de l'Orne. Par ailleurs, des navires transportant des fantassins
ainsi que des chars comme le LCT(R)
tirent des salves de roquettes en direction des positions allemandes
pendant toute leur phase d'approche de la plage.
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Des
observateurs d'artillerie guident les tirs des bâtiments de
guerre qui apportent ensuite les corrections. Ces personnels sont
soit embarqués à bord des navires, soit en vol dans
des avions de reconnaissance. Mais la qualité du bombardement
laisse parfois à désirer, en particulier dans le secteur
d'Omaha Beach. Les premiers obus mettent le feu aux dunes et une
épaisse fumée masque la visibilité aux observateurs
qui ne sont plus en mesure d'assurer un appui précis au profit
des troupes. Beaucoup d'obus sont trop longs et se perdent dans
l'arrière-pays normand, laissant des points d'appuis allemands
presqu'intacts. Le résultat de ces bombardements, en particulier
à Omaha, est parfois plus spectaculaire qu'efficace, mais
les troupes d'assaut conservent une motivation à toute épreuve
en assistant à cet impressionnant spectacle.
Une
fois les troupes ayant été débarquées
sur les plages, le tir de l'artillerie navale se fait plus ponctuel,
sur des objectifs bien définis et les canonniers alliés
sont alors guidés par les personnels au contact. A Omaha
Beach, les Allemands abrités dans les points d'appui ouvrent
le feu au dernier moment pour dévoiler le plus tard possible
leurs positions. Ils emploient exclusivement des munitions ordinaires
et ce n'est que parce qu'ils sont à court qu'ils emploient
des balles traçantes, facilement identifiables depuis les
navires qui ouvrent aussitôt le feu en direction des départs
des coups.
Pendant
toute la journée du 6 juin 1944, l'artillerie navale bombarde
les plages puis de manière plus large le littoral, protégeant
les troupes derrière un rideau d'acier, appuyant ponctuellement
certaines actions offensives ou stoppant des contre-attaques adverses
comme à la Pointe du Hoc. Les bâtiments de guerre restent
ensuite en place dans la baie de Somme pour appuyer les opérations
de la bataille de Normandie, notamment dans la région de
Caen. |