Encyclopédie du débarquement et de la bataille de Normandie
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Pegasus Bridge – Opération Deadstick – Bénouville – Jour J

Opération Deadstick

Pegasus Bridge – 6 juin 1944

pegasus bridge
Le pont de Bénouville, Pegasus Bridge – Euston I

Lieu : Bénouville, Wn 13

Horaire : 00h25 – Jour J

Préparations

L’ordre de mission, signé par le général Gale commandant la 6ème division aéroportée, était de : “prendre intacts les deux ponts de l’Orne et le canal de Caen, à Bénouville et à Ranville… La prise de ces deux ponts, qui sera l’opération “Deadstick”, repose essentiellement sur l’effet de surprise, la rapidité d’exécution et la détermination à vaincre. Il faudra s’attendre à une contre-attaque et tenir jusqu’à la relève“.

Le but de cette mission est de sécuriser le flanc gauche de l’invasion car il n’existe qu’un seul lieu de passage pour traverser l’Orne et le Canal de Caen et celui-ci est situé entre les localités de Ranville et de Bénouville : ces deux communes deviennent naturellement les objectifs principaux de la 6ème division aéroportée britannique.

Jamais, probablement, une opération commando n’a été plus minutieusement préparée : deux ponts pratiquement identiques en Angleterre servent à entraîner une petite centaine de soldats tous volontaires sous les ordres du Major (commandant) John Howard. Cet entraînement, répété à maintes reprises, est selon le Major Howard l’un des plus difficiles de l’armée britannique. Jim Wallwork, l’un des pilotes des trois planeurs Horsa qui prennent part à l’assaut (et contenant environ 29 soldats avec leurs équipements), raconte : “Nous avions effectués de nombreux exercices d’atterrissages, certains en condition normale de jour, d’autres également de jour mais avec les vitres teintées, et enfin des entraînements de nuit”.

La prise du pont de Bénouville est codée “Euston I”. Celle du pont de Ranville est codée “Euston II” (depuis rebaptisé “Horsa Bridge). Dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, 24 heures avant l’assaut général, neuf parachutistes sont largués à proximité des zones d’atterrissages codées “X” et “Y”. Ils sont chargés de prendre contact avec la résistance locale dont l’un des membres tient un café à Bénouville, Louis Picot.

Cliquez ici pour découvrir l’histoire de la prise du Horsa Bridge, “Euston II”, à Ranville

Déroulement de l’attaque

L’opération Deadstick, élément de l’opération Tonga, débute le 5 juin 1944 avec le décollage des bombardiers Halifax remorquant les six planeurs Horsa à partir de 22 heures 56. Les planeurs, aux ordres du Major John Howard, font route dans la nuit et rompent leur remorque au-dessus de Cabourg à une hauteur de 6 000 pieds. L’arrivée sur zone de l’objectif s’effectue dans les premières heures du 6 juin 1944, peu après minuit.

La descente des planeurs est rapide et l’absence de pressurisation entraîne une gêne importante pour les soldats aéroportés qui sont obligés de souffler par le nez tout en se bouchant les narines avec la main pour lutter contre ce phénomène.

Les trois planeurs chargés du pont de Bénouville – surnommé “Pegasus Bridge” (le “Pont Pégase”) pour l’occasion du fait du surnom de la 6ème division : Pégase – se posent à moins de 50 mètres du pont : encore mieux qu’à l’exercice !

La surprise est totale. Les bombardiers qui tractent les planeurs, faisant évidemment du bruit, sont repérés par les sentinelles allemandes bien avant que les planeurs n’atterrissent, mais les fantassins de la Wehrmacht ne savent pas que les avions alliés tractent des planeurs. Pour camoufler l’opération, les avions alliés à moteur bombardent une usine de ciment située quelque kilomètres plus au sud des objectifs de la 6ème division aéroportée britannique. Ainsi, les Allemands pensent que les avions ne survolent le secteur que pour bombarder la cimenterie. La jeune sentinelle d’origine slave et à peine âgée de 17 ans entend pourtant un bruit sourd et étrange à quelques dizaines de mètres à l’est du pont. Ce soldat se dit à lui-même : “c’est sûrement un des bombardiers qui s’est écrasé près du pont, il a été descendu par l’artillerie anti-aérienne de Caen”.
Le soldat reste ainsi quelques minutes à regarder dans la nuit noire en direction de ce qu’il croit être l’épave d’un bombardier, se disant que peut-être un des pilotes aura survécu. Mais en surface, rien ne bouge : les soldats britanniques, sonnés, émergent des planeurs et après une légère attente, s’infiltrent dans les blockhaus, protégeant les accès au pont, sans faire de bruit et y égorgent les quelques soldats allemands endormis. La sentinelle du pont recommence à effectuer ses cent pas, sans imaginer ce qui se passe à moins de dix mètres de lui.

Dans un des bunkers souterrains où dorment les quelques fantassins allemands, certains se réveillent à cause de bruits étranges. Et lorsque l’un d’entre eux sort de son dortoir pour rejoindre le couloir d’accès illuminé par la faible lumière des ampoules, il découvre des soldats ennemis, accroupis, avançant lentement dans sa direction. Les commandos britanniques n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leurs mitraillettes Sten. Les canons des armes automatiques crépitent et l’allemand tombe, mort. Mais l’alerte est donnée, le coup de feu ayant servi d’alarme.

Des fusées éclairantes sont lancées, la panique chez les Allemands est complète. Ils tirent dans toutes les directions tandis que les Britanniques traversent le pont, à couvert de fumigènes. Ils lancent des grenades au phosphore dans les nids de mitrailleuses qui explosent presqu’aussitôt.

Les Anglais récupèrent l’engin de mise à feu du pont, situé dans un des bunkers souterrains, et le mettent à l’abri – cet engin, les Allemands n’ont jamais voulu l’utiliser pour détruire le pont, au contraire, leur devoir était de protéger. Celui-ci ne risquait finalement rien ! Le pont de Bénouville – Euston I – est pris en 10 minutes mais le chef de la 1ère section est tué, le lieutenant Brotheridge, et le commandant Howard craint une contre-attaque allemande. Le pont de Ranville – Euston II – est pris aussi rapidement par les équipages de deux planeurs, se posant à 150 mètres de leur objectif. Le troisième s’est posé à douze kilomètres, dans le Bois de Bavent.

Le message de la victoire “Ham and Jam” (en français “jambon et confiture” : “ham” indiquant que les Britanniques se sont rendus maîtres des lieux et “Jam” que les deux ponts sont intacts) est immédiatement envoyé aux bateaux alliés après l’attaque par l’intermédiaire d’un pigeon voyageur.

John Howard souffle pendant de longues secondes dans son sifflet, afin d’informer tous les soldats alliés dans le secteur de la réussite de ses hommes : sur la zone de saut codée “N” au nord de Ranville, le général Nigel Poett commandant la 5th Para Brigade entend le bruit du sifflet peu après son atterrissage, ce qui lui donne le sourire.

Pour le Major Howard et ses hommes, c’est une longue nuit qui commence.

Première maison libérée de France

Il y avait, stationnées dans les villages aux alentours, plusieurs unités motorisés allemandes. Ayant entendu des explosions et des tirs (et alertés par la présence de parachutistes alliés annoncée dans les états-majors en Normandie), les Allemands sont venus inspecter les environs mais sans jamais s’approcher du pont : en effet, ils savaient qu’était organisé la nuit même un entraînement avec cartouches à blanc pour les hommes chargés de la défense du pont. Ils ont confondu la fusillade avec un entraînement. Seul un blindé léger prit la route de Bénouville et se présenta devant les parachutistes britanniques : ces derniers le détruisent avec le seul P.I.A.T. (“Projector Infantry Anti Tank“, un lance-roquettes britannique) en leur possession. Mais, étrangement, aucun autre blindé ne vient les déranger pendant le reste de la nuit.

Les civils, eux-aussi, avaient été pour la plupart informés qu’un exercice était organisé par les Allemands aux alentours du pont. Le thème était : défense du pont contre un commando ennemi parachutiste. Mais cet exercice avait été annulé quelques heures auparavant.

Maurice Chauvet, vétéran du 1er bataillon fusiller marin commando de la France Libre raconte : “Louis Picot, résistant local, était propriétaire d’un des cafés les plus proches du pont, (à l’époque “La Chaumine” et à l’emplacement de l’actuel bar-restaurant “Les 3 planeurs”). Il est sorti pour connaître les raisons de ces tirs à quelques mètres de sa maison. Tout-à-coup une rafale part, le Normand s’effondre, mort, touché par un allemand“. Les soldats aérotransportés britanniques s’engouffrent dans le café La Chaumine et contrôlent rapidement les lieux avant de poursuivre leur mission.

Ainsi, contrairement à ce qui est souvent pensé, cette maison est dans les faits la première maison libérée de France, alors que la maison Gondrée, en face, n’ouvre ses volets et sa porte que plusieurs heures plus tard (un fait confirmé dans le livre “Commandos du Pont Pegase” rédigé par l’historien Norbert Hugedé).

Au lever du jour, la 6th Airborne entend le bombardement aérien et naval des plages du débarquement et attend avec impatience l’arrivée des commandos. Toute la nuit et pendant la matinée, les Allemands testent le dispositif des Anglais autour des ponts de Bénouville et de Ranville, attaquant les points de résistance au mortier. Les hommes du Major Howard ont peu de matériel lourd et les blessés sont de plus en plus nombreux. Peu après 10h00, alors que plusieurs parachutistes britanniques s’étant perdus dans le secteur ont rallié la position d’Howard, trois canonnières allemandes V.P. Boot fuyant le débarquement à Ouistreham pour rejoindre Caen se présentent face au pont : presque sans hésitation, les Anglais font lever le pont par le pontier pour laisser les bâtiments entrer dans leur secteur de tir. Ils ouvrent le feu avec toutes les munitions disponibles : la première canonnière explose et coule immédiatement. La deuxième, touchée par un tir de P.I.A.T., s’échoue sur la rive quelques centaines de mètres plus loin (rive droite) et son équipage est fait prisonnier, tandis que la troisième parvient à rebrousser chemin jusqu’à Ouistreham. Mais les Anglais ne sont pas aux bouts de leurs peines : les Allemands décident de détruire le pont de Bénouville par une attaque aérienne. Un Junker 88 parvient à larguer sa bombe avec précision et celle-ci ricoche sur le pont sans exploser et tombe dans le canal.

Jonction avec les troupes débarquées

Les Français débarqués le matin sur Sword Beach, accompagnés par des soldats britanniques de la 1st Special Service Brigade commandés par Lord Lovat – ce dernier accompagné du célèbre joueur de cornemuse, Bill Millin – effectuent la jonction à 13 heures 32 minutes avec les hommes d’Howard en ayant 2 minutes 30 secondes de retard sur l’horaire prévu, ce dont Lovat prend la peine de s’excuser.

Alors qu’il traverse le pont où des fumigènes ont été envoyés, le radio Mullen, un membre du Commando Kieffer ayant débarqué à Sword le matin, entend une balle ricocher juste derrière lui sur la structure du pont. Lorsqu’il se retourne, il aperçoit dans la fumée un de ses amis blessé (ce soldat meurt quelques instants plus tard à la suite de cette blessure) par la balle d’un tireur isolé, un sniper allemand. Il s’abaisse pour l’aider mais il est touché à son tour par un sniper et s’écroule, sans vie. Ses frères d’armes, notamment Maurice Chauvet, ont souhaité poser une plaque commémorative sur le pont Pegase que l’on peut voir actuellement dans le musée Mémorial Pegasus Bridge de Ranville.

Bilan

L’opération Deadstick, avec la prise des objectifs Euston I (Bénouville) et Euston II (Ranville), est une réussite totale.

Deux soldats aérotransportés dont un officier sont morts lors de l’assaut des deux ponts. 14 autres sont blessés. La mission est remplie pour Howard qui a effectué sa jonction avec les troupes débarquées et confie la protection de ses objectifs au régiment du Warwickshire. Ils quittent ensuite la position pour rejoindre la localité d’Escoville.

C’est une attaque qui semble “parfaite” mais qui en fait de perfection, a bénéficié d’une chance miraculeuse. En effet, si l’opération est une réussite totale, c’est notamment grâce à une série de circonstances imprévisibles (le fameux brouillard de la guerre de von Clausewitz) qui ont toutes jouées en faveur des Britanniques. La prise de ce pont offre aux Alliés un point de contrôle névralgique dans la protection du flanc gauche de leur tête de pont contre d’éventuelles attaques allemandes.

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