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Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Ce forum vous permet de poser vos questions ou de demander des renseignements concernant les forces allemandes ayant combattu au cours de l'été 1944 en Normandie.


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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Lionel Letendre » 13 Avr 2012, 23:25

Re-bonjour à tous !

Reprenons maintenant le récit du transfert de la division de notre cher Obergefreiter.

État au 06.08.44.

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Le Generalleutnant Walther Wenck, Chef der Operations-Abteilung
de l'OKH depuis le 21 juillet 1944.


La carte suivante établie par l’« Op. Abt. » du « Gen.St. d H » de l’OKH à la date du 06 août, nous permet de nous rendre compte de la situation générale sur le front de Normandie à la veille de la contre-attaque de Mortain (ou d’Avranches, comme l’appelaient les allemands) qui débuta le 07 août 1944 peu après minuit.

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Remarquons que dans le secteur américain, le Haut Commandement allemand ignore que la First U.S. Army du Lieutenant-General Courtney H. Hodges est épaulée par la Third U.S. Army du... Lieutenant-General Georges S. Patton, et que ces deux armées sont coiffées par le Twelfth U.S. Army Group du... Lieutenant-General Omar N. Bradley ! (Il est vrai toutefois que, dans le cadre de l’opération d’intoxication « Quicksilver », c’est dans le plus grand secret que, le 1er août, la 3rd Army de Patton est devenue opérationnelle et que le 12th Army Group est passé sous le commandement de Bradley...).

Faisons le point sur l’état du front allemand de Normandie en ce dimanche 06 août.

Ordre de bataille des armées allemandes sur le front de Normandie le 06.08.44.

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5. Panzerarmee. General der Panzertruppen Heinrich Eberbach.

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Le Generalmajor Heinrich Eberbach en 1942.
(Il sera promu General der Panzertruppen le
1er août 1943).


- LXXXVI. Armeekorps. General der Infanterie Hans von Obstfelder. (Secteur du corps d’armée : entre Cabourg et Secqueville-la-Campagne).

. 346. Infanterie-Division.
. 272. Infanterie-Division. (+)
. 711. Infanterie-Division. (-)

- I. SS-Panzer-Korps. SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Josef Dietrich. (Secteur du corps d’armée : entre Secqueville-la-Campagne et Thury-Harcourt).

. 89. Infanterie-Division.
. 271. Infanterie-Division.
. 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend ».
[. 85.Infanterie-Division. (De la 15. Armee, en route pour la 5. Panzerarmee, au sud de Rouen le 06.08).]

- LXXIV. Armeekorps. General der Infanterie Erich Straube. (Secteur du corps d’armée : entre Thury-Harcourt et Saint-Jean-le-Blanc).

. 277. Infanterie-Division.
. 276. Infanterie-Division.
. 326. Infanterie-Division.
[. 331. Infanterie-Division. (De la 15. Armee, en route pour la 5. Panzerarmee, au sud de Bernay le 06.08).]

- II. SS-Panzer-Korps. SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Wilhelm Bittrich. (Secteur du corps d’armée : entre Saint-Jean-le-Blanc et Chênedollé).

. 21. Panzer-Division.
. 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen ».
. 10. SS-Panzer-Division « Frundsberg ». (-)

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7. Armee. SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Paul Hausser.

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Paul (dit « Papa ») Hausser, Oberbefehlshaber
der 7. Armee
depuis le 27 juin 1944.


- II. Fallschirmkorps. Generalleutnant Eugen Meindl. (Secteur du corps d’armée : entre Chênedollé et Vire).

. 3. Fallschirmjäger-Division.
. 363. Infanterie-Division.
. Élém. 10. SS-Panzer-Division « Frundsberg ».

- LXXXIV. Armeekorps. Generalleutnant Otto Elfeldt. (Secteur du corps d’armée : entre Vire et Chérencé-le-Roussel).

. KG 353. Infanterie-Division.
. KG 243. Infanterie-Division.
. KG 275. Infanterie-Division.
. 84. Infanterie-Division.

- XXXXVII. Panzer-Korps. General der Panzertruppen Hans Freiherr von Funck. (Secteur du corps d’armée : entre Chérencé-le-Roussel et Barenton).

. 116. Panzer-Division.
. 2. Panzer-Division.
. 2. SS-Panzer-Division « Das Reich ».
. 1. SS-Panzer-Division « Leibstandarte Adolf Hitler ».
. KG 17. SS-Panzergrenadier-Division « Götz von Berlichingen ».

- LXXXI. Armeekorps. General der Panzertruppen Adolf Kuntzen. (Secteur du corps d’armée : entre Barenton et Laval).

. 9. Panzer-Division. (-)
. 708. Infanterie-Division. (-)
. Élém. 5. Fallschirmjäger-Division.
. Élém. 13. Flak-Division.
. QG du LVIII. Panzer-Korps.

Notons :
1/ que nous avons ajouté à cet ordre de bataille les 85. et 331. Infanterie-Divisionen en provenance du nord de la France et en marche vers la Normandie (et dont on a vu que les éléments avancés se sont immédiatement succédés lors du franchissement de la Seine, tandis le gros des deux divisions traverse le fleuve en même temps) en précisant l’« Armeekorps » auquel elles étaient affectées.
2/ que (+) signifie que la division en question possède des éléments supplémentaires, et (-) qu'elle ne dispose pas de toutes ses unités.
3/ que « KG » est l'abréviation de « Kampfgruppe » (groupe de combat, en fr.), un groupement tactique provisoire le plus souvent formé à partir des restes de divisions malmenées au combat ou alors d'éléments en transfert qui n'ont pas pu atteindre leur division d'origine.
4/ que les « Hauptquartiere » de la 5. Panzerarmee et de la 7. Armee se situent respectivement dans la forêt à l’est de Lisores et au Mans, tandis que celui de la Heeres-gruppe B est au château de La-Roche-Guyon.
et 5/ que le « vorgeschobener Gefechtstand » (« V.G. St. » en abrégé, poste de commandement avancé, en fr.) de l’État-major de la 7. Armee est dans les bois de Messei au sud de Flers-de-l’Orne..., tandis que celui de la Heeresgruppe B est dans les bois au nord de Rouffigny.

C’est donc le I. SS-Panzer-Korps, sous le commandement du SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Josef Dietrich, que la 85.I.D. de nos deux Kurt (Chill et Habersack) doit rejoindre pour renforcer le secteur entre Secqueville-la-Campagne et Thury-Harcourt, et relever la 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend » épuisée par deux mois de terribles combats.

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Josef (dit « Sepp ») Dietrich (1892-1966), photographié par Heinrich Hoffmann. Gerd von Rundstedt l’avait jugé « honnête mais stupide ». Wilhelm Bittrich avait été plus dur
encore : « Il m’est arrivé de passer une heure et demie, carte en main, à essayer d’expliquer une situation à Sepp Dietrich écrivait-il. En pure perte : il n’avait absolument
rien compris »...


Mais la route est encore longue, et pour l’heure, nous constatons (en revenant à notre carte du 06.08.) que si le gros de la 85.I.D. se regroupe (après avoir traversé la Seine le jour précédent) en forêt de La Londe et dans le secteur du Bois de Mont-Poignant et celui de Givard, au sud de Bourgtheroulde, d’autres éléments sont parvenus dans le secteur au nord-ouest de Rouen, au nord de Barentin exactement.

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Mais où sont donc passés les éléments avancés de la 85 I.D. ? Plus de traces... Ni dans le secteur de Monfort-sur-Risle, ni ailleurs ! Pour les retrouver, il nous faut changer de carte et nous tourner vers celle du « WFSt Op. (H) » de l’OKW établie à la même date.

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Et l’on se rend alors compte qu’ils se situent dans le même secteur que la veille (ce qu’indique la mention « 5. 8. »), c'est-à-dire dans celui de la forêt de Monfort, près de la Risle, et n’ont donc pas entrepris de mouvement dans la nuit du 05 au 06 août. C’est que déjouer la surveillance de l’aviation alliée doit devenir de plus en plus risqué à l’approche du champ de bataille et qu’il vaut sans doute mieux, malgré l’urgence de la situation, tâcher de se faire oublier.

Revenons maintenant un instant dans la forêt de La Londe. Nous y avons retrouvé les deux tunnels que nous évoquions dans le post précédent. Parmi les mille et un sentiers qui sillonnent l’épaisse forêt de La Londe, il existe quelques routes asphaltées dont l’une (la route forestière des Moulineaux) se trouve à une centaine de mètres du tunnel long que nous avions déjà repéré sur des prises de vue aériennes présentées ci-dessus.

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Le voici, photographié entrée ouest.

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Sa construction date exactement de 1863...

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... et il était parfaitement à même d’abriter une partie des hommes et du matériel de la division de notre Obergefreiter lors de son transfert vers le front
de Normandie.


Que ces tunnels aient servis d’abris sûrs n’est qu’une hypothèse s’agissant du transfert de la 85.I.D. C’est en revanche un fait avéré lors de la retraite allemande de la fin du mois d’août 44. En effet, les récits des combats meurtriers que mena du 27 au 29 août 1944 dans la forêt de La Londe le 2nd Canadian Army Corps du Lieutenant-General Guy Simonds (appartenant à la First Canadian Army du Lieutenant-General Henry D.G. Crerar - celle-là même que la 85.I.D. affrontera lors de l’opération « Tractable ») en attestent.

Rappelons en effet pour mémoire qu’opposée au Grenadier-Regiment 559 de la 331.I.D., appuyé par des éléments du Grenadier-Regiment 1053 (deux unités qui connaissent bien le terrain...), et épaulée par une « Kampfgruppe » formée par le Generalleutnant Graf von Schwerin (l’ex « Kommandeur » de la 116. Panzer-Division) à partir des restes de la 6. Fallschirmjäger-Division, de la 2. Panzer-Division et de la 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen » (dont les blindés furent mis à l’abri dans les tunnels de la forêt de La Londe...), la 2nd Canadian Infantry Division du Major-General Charles Foulkes connut des pertes très lourdes pour des combats ayant duré quatre jours. En effet, si les Fusiliers Mont-Royal, étant déjà très affaiblis, n’ont pas été engagés à fond et n’ont perdu que 20 hommes, en revanche le South Saskatchewan Regiment a laissé sur le terrain 185 hommes, dont 44 tués. Le Black Watch (Royal Higland Regiment) of Canada déplora quant à lui la perte de 118 hommes, le Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada, de 99, et le Essex Scottisch Regiment, de 96, sans oublier le Royal Hamilton Light Infantry, avec 59 tués et blessés. Cela fait donc un total de 577 hommes pour six bataillons (dont 86 tués). Nous ignorons les pertes côté allemand.

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Carte des combats ayant opposés les forces canadiennes aux troupes allemandes en forêt de La Londe du 26 au 29 août 1944. (Notons que cette carte omet
de signaler la présence d’éléments de la 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen »).


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Photographie prise en 1946 du « carrefour des viaducs » en forêt de La Londe. Le South Saskatchewan Regiment a beaucoup
souffert lors des combats qui se déroulèrent dans les parages le 28 août 1944.

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Le même lieu actuellement. (Notons que tout début avril, les feuillages sont encore rares !).


À quelques centaines de mètres du tunnel long, se trouve un tunnel court que nous avions également repéré précédemment, lequel se trouve lui aussi à quelques mètres d’une route forestière, celle de Beauval. Nous pouvons constater sur la photographie suivante combien est immédiate la proximité entre la route et le tunnel.

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Le voici, photographié entrée ouest.

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Ouvrage d’art de moindre importance (il ne mesure « que » 100 mètres), il ne comporte aucune inscription précisant la date exacte de sa construction (à la même époque, en toute bonne logique) et a pu également offrir un abri sûr aux précieuses pièces d’artillerie de l’Art.Rgt.185 et de la Pz.Jg.Abt.185, ainsi qu’aux hommes des bataillons d’infanterie de la 85.I.D.

Nous avons également découvert un tunnel beaucoup plus long encore (1320 mètres) dans le secteur d’Orival où le pont ferroviaire du Port des Graviers a bien sûr été reconstruit depuis la fin de la guerre. Le voilà, photographié depuis la rive gauche de la Seine.

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Une prise de vue effectuée en son milieu nous donne une idée de la largeur du fleuve...

Image

... et nous permet de comprendre le risque extrême que représentait le fait d’en entreprendre la traversée en plein jour, ce que feront pourtant les allemands lors de leur retraite fin août, vu l’urgence de la situation. Bien leur en a pris d’ailleurs, car cela nous permet de disposer de... photographies !

État au 07.08.44.

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Peu après minuit, le 07 août 1944, les allemands lancent « l’opération “Liège” » (« Unternehmen “Lüttisch” », en all.) dans le flanc droit des forces alliées. Nous n’entrerons pas dans l’examen de cette opération (bien connue au demeurant), tant il y aurait de choses à dire, lesquelles déborderaient le cadre de notre sujet. Nous nous contenterons d’en donner un aperçu au travers de la carte au 1 : 80.000 suivante établie par le « WFSt Op. (H) » de l’OKW aux premières heures de la contre-attaque allemande. Nous pourrons ainsi nous rendre compte que ce sont les américains de la 9th Infantry Division (« Old Reliables ») du Major-General Manton S. Eddy et de la 30th Infantry Division
(« Old Hickory »)
du Major-General Leland S. Hobbs qui eurent à supporter tout le poids de l’offensive du XXXXVII. Panzer-Korps du General der Panzertruppen Hans Freiherr von Funck et de ses quatre divisions blindées (les 1. et 2.SS-Pz.Div., et les 2. et 116.Pz.Div.), épaulées par un groupement tactique de la 17.Pz.Gren.Div.

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Sur cette carte, notons 1/ que le « WFSt Op. (H) » ignore (le gros point d’interrogation en témoigne) que près de la Sée, au nord de Chérencé-le-Roussel, c’est le 39th Inf. Regt. du Lieutenant-Colonel Van H. Bond de la 9th Inf. Div. qui était présent. Il était lui-même en train d’attaquer lorsque débuta l’offensive de la 116.Pz.Div. Et 2/ qu’il oublie de mentionner à Mortain même, à la Montjoie exactement (cote 314), la présence du 2ème bataillon du 120th Inf. Regt. (« Third North Carolina ») de la 9th Inf. Div., l’héroïque « bataillon perdu » du Lieutenant-Colonel Eads G. Hardaway, encerclé (du 7 au 12 août) par les « Waffen SS » de la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich » et dont ces derniers, malgré leurs attaques répétées, n’arriveront jamais à obtenir la reddition. « Virtus incendit vires » (le courage embrase les hommes), telle était la devise de leur régiment...

Cela dit, revenons dans le secteur du front de Normandie qui nous concerne et où, à partir des positions situées à cinq kilomètres au sud de Caen, la First Canadian Army allait lancer dans la nuit du 07 au 08 août une attaque massive en direction du sud-est, vers Falaise - l’opération « Totalize ». L’arrivée dans ce secteur de la 85.I.D. devenait désormais très urgente, d’autant que pour l’opération « Lüttisch », le Haut Commandement allemand avait retiré trois divisions blindées du secteur de la 5. Panzerarmee pour les envoyer dans la région de Mortain. (On peut d’ailleurs comprendre le dilemme dans lequel se trouva à partir du 08 août l’Oberbefelshaber West, le Generalfeldmarschall Hans Günther von Kluge : ou se conformer aux ordres d’Hitler et lancer une deuxième et plus puissante attaque sur Avranches, ou tâcher de parer à la menace canadienne...).

Où les unités de la 85.I.D. se trouvaient-elles alors exactement en ce lundi 07 août 1944 ? La carte suivante (au 1 : 200000 cette fois) du « WFSt Op. (H) » de l’OKW va nous permettre de le savoir très précisément, en nous offrant la possibilité de localiser nominativement chacune des composantes de la division de notre cher Obergefreiter, et par conséquent les lieux qu’occupait le Divisions-Füsilier-Bataillon 85 de Kurt ce jour-là - les endroits car, malheureusement, nous allons nous apercevoir que son bataillon était morcelé en trois éléments...

Voici d’abord un aperçu général de la situation.

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Détaillons-la à présent, en examinant tour à tour les positions prises par chacune des unités de la 85.I.D.

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Tle. 85. J.D.
III/ A.R. 185
Pz.Jg.Abt. 185


Notons d’une part que le « WFSt Op. (H) » rédige le nom de la division en écriture « Fraktur », dans laquelle le « I » majuscule s’apparente à un « J » majuscule, ce qui peut prêter à confusion. Nous avons déjà évoqué la question avec Prosper dans un post précédent (cf. infra p. 4 et 5). Précisons d’autre part que c’est à partir de cette carte exactement que nous savons, depuis le début de l’examen de l’opération de transfert de la 85.I.D. (nous rétablissons l’orthographe d’usage !) vers le front de Normandie, que ses éléments avancés sont la 3.Abteilung (mot.) de l’Art.Rgt.185 et la Pz.Jg.Abt.185.

Après une journée à l’arrêt, ces derniers se sont donc remis en marche, ont quitté l’Eure et sont parvenus à 11 km au nord-est de Lisieux, dans le Calvados, et plus précisément dans le secteur de Blangy-le-Château et de ses nombreux bois. Nous en avons répertorié les principaux sur la carte suivante :

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1) Bois de Morainville. 2) Bois de Manneville. 3) Bruyères des Marettes. 4) Bois du Mieux. 6) Bois Ravenot. 7) Bois des Yaumes. 8) Bois de la Cuve. 9) Bois Rivier.
10) Bois de Noirval. 11) Bois de la Couyère. 12) Bois de la Côte. 13) La Sapée. 14) Bois de Blangy. 15) Bruyère au Cher. 16) Bois de Cambrette. 17) Bois de Faulq.
18) La Petite Forêt.


Les éléments motorisés de la division ont ainsi progressé de 40 km vers l’ouest. Ce qui semble peu en un sens, mais représente déjà beaucoup en réalité en ces courtes nuits d’été et avec la menace qui se fait croissante à mesure que les troupes approchent du front.

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Carte du trajet probable de la 3.Abteilung (mot.) de l’Art.Rgt.185 et de la Pz.Jg.Abt.185. entre le 05 et le 07 août 1944, de la forêt de La Londe aux bois des environs de Blangy-le-Château, via la forêt domaniale de Monfort, soit un total de plus de 65 km.

Remarquons au passage sur la carte du « WFSt Op. (H) » la présence au sud-ouest de Beuzeville, sur la ligne de chemin de fer reliant Rouen et Caen et orientée (comme l'indique la flèche) dans la direction du Havre et de l’embouchure de la Seine, de l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688, une batterie d’artillerie lourde sur voie ferrée équipée de deux 28cm Lange Bruno-Kanone (E) (28 E 688 ­Î ­2), laquelle occupa, en 1940, le secteur Calais/Coquelles dans le Pas-de-Calais, face à l’Angleterre.

Image
Un 28cm Lange Bruno-Kanone (E) (« E » pour « Eisenbahn », voie ferrée en fr.) identique à ceux qui équipaient
la Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688.


Image
Trois exemplaires furent produits de ce matériel qui utilisait
un tube Marinerohr SK L/45.


Image
Des efforts particuliers pour le camouflage de ces canons sur rail étaient indispensables car la moindre surface réfléchissante était visible aux yeux des
aviateurs alliés expérimentés, et la cible eût été trop belle !


Image
Tle. 85. J.D.
Tle. Füs.Btl. 85
II/ A.R. 185
Feld Ers. Btl.
Tle. Pi-Btl.


Tel était donc l’emplacement d’au moins une des compagnies du bataillon de fusiliers de Kurt en ce lundi 07 août 1944. Laquelle ou lesquelles ? - impossible à dire en l’état. Elle(s) étai(en)t accompagnée(s) du Felderstaz Bataillon 185 et d’éléments du Pionier-Bataillon 185. La présence de ce dernier ne nous étonnera pas car, comme on a pu le constater précédemment, ses hommes étaient indispensables pour faire franchir la Seine aux différentes colonnes de la 85.I.D. Or, quand on sait qu’un Felders.Btl. peut compter jusqu’à 2000 hommes, selon qu’il comporte trois, quatre ou cinq « Kompanien » (celui de la 85.I.D. n’en comportant très certainement que trois, vu le nombre total de ses effectifs - 8725 hommes seulement rappelons-le, alors que l’effectif théorique d’une division d’infanterie allemande type 44 était d’environ 11000 soldats), tandis qu’une compagnie de fusiliers en compte 200, c’est environ 1500 soldats qu’il fallait faire traverser - de nuit de préférence ! Dans le secteur de Notre-Dame-de Bliquetuit en l’occurrence, dans la dernière boucle de la Seine, au passage d’eau du Trait/La Mailleraye-sur-Seine.

Les photographies suivantes (d’un même reportage) ont été prise le 28 août au passage d’eau de Caudebec-en-Caux/Saint-Nicolas-de-Bliquetuit, et peuvent nous permettre de nous faire une idée de ce qui s’est déroulé quelques kilomètres plus à l’est (cf. la carte répertoriant les différents passages d’eau proposée dans le post précédent) au début du mois avec les hommes de la 85.I.D.

Image
Sur ce premier cliché (pris rive gauche), nous apercevons le grand bac qui opérait à ce point de passage et a été
détruit par l’aviation. On voit sa rampe d’accès qui surplombe la scène.

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Un véhicule léger est embarqué avec difficulté sur une « Floßsackfähre 2 t. ».

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Un Schwimmwagen s’engage ensuite dans la Seine à côté du bac coulé. L’homme debout à l’arrière est en train de basculer l’hélice du véhicule pour la
mettre en position à l’aide de la tige prévue à cet effet.


Sur la photographie suivante, on assiste au chargement sur la « Floßsackfähre 2 t. » d’une pièce de Flak légère de 20 mm.

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Visible à l’arrière-plan de la première et de la seconde photographie, un Leichter Einheits-PKW (Kfz. 3) attendait d’être embarqué. Le voici parvenu rive droite.

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Et la « Floßsackfähre 2 t. » (dont on voit combien elle n’a pas été fabriquée selon les instructions précises que nous avons détaillé - urgence oblige !) repart rive gauche pour un nouveau chargement.

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Une fois l’obstacle franchi, c’est à nouveau dans une épaisse forêt, celle de Brotonne cette fois (qui s’étend sur 12 km de long et 10 km de large, et fait 7200 hectares), qu’allaient se dissimuler et cantonner, en attendant de progresser à nouveau, les hommes de la 85.I.D. Du nord de Barentin à la forêt de Brotonne, ils ont parcouru 32 km exactement.

À l’abri désormais de l’une des plus grande hêtraie de France,...

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... ils ont pu s’arrêter,...

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... et, la tension s’apaisant,...

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... se reposer,...

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... voire, parce que nous supposons que ce franchissement s’est effectué de nuit, s’endormir franchement.

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Image
Tle. 85. J.D.
Tle. Füs.Btl. 85
I/ A.R. 185
Tle. 1/Pi-Btl.
Gren.Rgt. 1053


Voici donc les éléments de la 85.I.D. qui ont traversé la Seine dans le secteur du passage d’eau de Duclair le 05 août puis se sont regroupés dans la forêt domaniale de La Londe le 06. Nous constatons que les trois « Abteilungen » de l’Artillerie-Regiment 185 sont désormais au sud de la Seine puisque l’une, motorisée, est au nord de Lisieux, la seconde, en forêt de Brotonne, et la troisième, ici, bien à l’abri des tunnels sans doute. Un des éléments de notre Divisions-Füsilier-Bataillon 85 est également là (nous ne pouvons pas davantage savoir si c’est la 3.Kompanie de notre cher Kurt...). Avec l’un des deux régiments de la division, le Grenadier-Regiment 1053, qui compte (théoriquement) un peu plus de 2100 soldats (708 par bataillon). Sont également présents les autres éléments du Pionier-Bataillon 185, lesquels sont intervenus à n’en pas douter sur les points de passage des deux premières boucles de la Seine. Ils sont prêts à quitter les lieux, car le transfert de la division est terminé dans ce secteur.

Mais pour l’heure, protégés qu’ils sont eux aussi par une épaisse forêt, tous ces soldats patientent...

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... en songeant à ceux qui, peut-être, ont laissé la vie dans cette traversée périlleuse.

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Image
Tle. 85. J.D.
Gren.Rgt. 1054
Tle. Füs.Btl.


Et voilà enfin les « trainards » ! Dont faisait peut-être partie notre Obergefreiter, puisqu’on trouve là le troisième et dernier élément du Div.Füs.Bat.85 ! Présent dans le secteur de Barentin à nouveau, au nord de la Seine donc. Et en compagnie du deuxième régiment de la division (celui auquel Kurt a appartenu avant d’être transféré dans le bataillon de fusiliers), le Grenadier-Regiment 1054.

Et s’il s’était arrangé pour faire la route...

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... avec ses camarades de régiment !

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Qui sait...

Récapitulons pour finir la marche d’approche et le franchissement de la Seine aux différents points de passage empruntés du 04 au 07 août 1944 par les hommes de la 85.I.D.

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Les trois-quarts de nos soldats ont ainsi traversé le fleuve. Mais les jours à venir vont être fatidiques pour eux. L’opération « Totalize » va bientôt être lancée, et c’est dans la plaine au sud d’Estrées-la-Campagne (qu’Hakermann nous a présenté à point nommé, et je l’en remercie vivement) qu’ils vont être attendus d’extrême urgence. Ils ne devront plus désormais s’arrêter de rouler. Poussés par le courant impétueux d’un destin insensé...

À très bientôt j’espère, pour la suite de cette tragique aventure.
;-)
Dernière édition par Lionel Letendre le 31 Mar 2013, 11:58, édité 6 fois.
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Hakermann » 16 Avr 2012, 10:02

merci beaucoup pour la suite de ce reportage L.Letendre :cote: je vous envois un mp avec des photos, j'ai corrigé mon texte sur la page précédente. :merci:
recherches tous documents,objets sur le Kg Luck et les komp du 125pz, Afrique, Normandie...
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Marc Laurenceau » 17 Avr 2012, 06:42

Du très beau travail de recherche comme d'habitude. Ces photos d'archives sont rarement mises en avant sur la toile, elles reflètent pourtant mieux que toutes autres la vie de tous les jours de ces soldats allemands sur le front.

Bien cordialement et en attendant la suite !
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Lionel Letendre » 02 Mai 2012, 14:01

Bonjour à tous les membres du forum,

je tiens pour commencer à vous remercier - vous qui avez la patience de lire ces lignes - pour l’intérêt que vous portez à l’histoire de Kurt Habersack. Vous le sauvez ainsi de l’obscur destin auquel il semblait voué. Et de la patience, il va en falloir encore, car le chemin du souvenir est long et difficile.

Avant de reprendre le récit de sa course tragique sur les routes picardes et normandes, sans doute est-il utile de retracer le parcours qu’il a effectué, lui et tous les soldats de la 85.I.D., en une semaine (du 1er au 7 août). Voici une vue d’ensemble nous permettant de nous le représenter clairement.

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Nous pouvons à présent nous attaquer à la semaine suivante (du 08 au 14 août), la dernière de la vie de notre cher Obergefreiter.

État au 08.08.44.

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Faisons d’abord un point sur la situation générale du front de Normandie en ce mardi 08 août 1944.

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Cette carte au 1 : 100 000 du « WFSt Op. (H) » de l’OKW nous permet de nous rendre compte que l’encerclement des forces allemandes de Normandie se dessine de plus en plus. Malgré les pertes de la veille (une soixantaine de blindés sur les 145 engagés ont été détruits, ainsi que nombre de véhicules d’accompagnement), la contre-attaque de la dernière chance est relancée dans le secteur de Mortain. Mais les forces américaines sont maintenant supérieures en nombre, le Major-General Joseph L. Collins ayant rameuté deux divisions blindées et cinq divisions d’infanterie pour son VIIth Corps. Le 08 août au soir, Le Mans est atteint par la Third et la First US Army. Le même jour, le 2nd Canadian Corps du Lieutenant-General Guy Simonds passe à l’attaque et progresse vers Falaise. 115 kilomètres seulement séparent les canadiens qui progressent vers le sud des américains arrivés au Mans. Bradley, agissant en accord avec Montgomery, décide alors d’envoyer les divisions vers le nord, vers Alençon. Obéissant aux ordres reçus, le Lieutenant-General Patton ordonne à son XVth Corps (du Major-General Wade H. Haislip) ce 08 août de pousser dans cette direction et d’atteindre la ligne Sées - Carrouges. 21 divisions allemandes sont alors en place à l’ouest de la ligne Caen - Falaise - Argentan - Alençon - Le Mans. Le piège commence à se refermer sur elles...

Ajoutons que le rapport de forces est désormais nettement à l’avantage des alliés. Ceux-ci disposent de 45 divisions, dont douze divisions blindées rassemblant 4000 chars, appuyés par des flottes aériennes fortes de 12. 000 avions. Face à ces énormes moyens, les allemands opposent 31 divisions, mais elles sont seulement en moyenne à 60 % de leur effectif théorique et elles rassemblent moins de 300 avions. Notons sur la carte la mention abrégée « einschl(ießlich) 7 abgek(ämpf) Div(isionen) » (y compris 7 divisions épuisées, en fr.), ce qui montre combien la situation des deux armées allemandes de Normandie est sérieuse.

Revenons maintenant sur le flanc nord-est du front de Normandie, dans le secteur qui nous intéresse (au sud de Caen) et concentrons-nous sur l’opération qui vient d’y être lancée (le 07 août, à 23 heures) : l’opération « Totalize ». Comme « Epsom » et « Goodwood », le nom de cette opération, (dont le plan est prêt dès le 1er août) est emprunté au jargon des courses hippiques et évoque « totalizator », le totaliseur des paris. « But de l’opération : a) Percée des positions de l’ennemi au sud et au sud-est de Caen, gagner autant de terrain que possible en direction de Falaise ainsi qu’il est nécessaire pour couper les forces ennemies se trouvant maintenant face à la Second Army et gêner leur retrait vers l’est, ou le rendre impossible. b) De manière générale, détruire le personnel et le matériel de l’ennemi en préparation d’une possible grande extension du succès ». (Directive M516 du 04 août édictée par Sir Bernard Montgomery).

Nous savons que lors du lancement de cette nouvelle offensive alliée sur le front de Normandie, la 85.I.D. n’est pas encore présente sur le champ de bataille et ne fait pas partie de la solide ligne de défense organisée par les allemands au sud de Caen. Celle-ci est étagée sur deux lignes en profondeur et constituée d’une division blindée, la 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend » (réduite provisoirement à la Kampfgruppe Waldmüller), d’un bataillon lourd de char Tigre (moins une compagnie), la schwere SS-Panzer-Abteilung 101, de trois divisions d’infanterie, les 89., 271. et 272. Infanterie-Divisionen (cette dernière, appartenant au LXXXVI. Armeekorps, était située sur l’aile droite du I./SS-Panzer-Korps auquel les quatre autres unités étaient subordonnées). Ces divisions d’infanterie étaient renforcées non seulement par les 80 mortiers et les 120 pièces des artilleries divisionnaires, mais également par les 54 lanceurs du Werfer-Regiment 83 (rattaché à la Werfer-Brigade 7) et les 65 canons de 88 du III. Flak-Korps dispersés en profondeur sur la deuxième ligne de défense.

Il est à noter que pour repousser les britanniques du XII Corps qui ont bousculé les défenses de la 271.I.D. et traversé l’Orne dans la nuit du 06 au 07 août, établissant une tête de pont à l’arrière du front allemand qui risquait de faire s’effondrer l’aile gauche de la 89.I.D., le commandement allemand détacha dans le secteur de la forêt de Grimbosq la Kampfgruppe Wünsche. Celle-ci était constituée selon H. Meyer (Kriegsgeschichte der 12. SS-Panzerdivision « Hitlerjugend », vol. I, Munin Verlag, Osnabrück, 1982, p. 287) de l’une des compagnies de la schwere SS-Panzer-Abteilung 101 (la 3.Kompanie, soit 11 des 21 Tiger qui restaient à l’unité sur les 37 disponibles le 01 juin 1944), de l’état-major du SS-Panzer-Regiment 12, de l’état-major du Ier bataillon de ce régiment avec sa 3.Kompanie (équipée de Panther) et sa 8.Kompanie (dotée de Panzer IV), ainsi que des grenadiers du I. et du III.Bataillon (moins son état-major et une compagnie) du SS-Panzergrenadier-Regiment 26 (l’un des deux régiments de la 12.SS-Pz.Div. « HJ »). Ces unités manqueront dans les premières heures de l’offensive alliée et ne rejoindront la zone des combats que plus tard (dans la nuit du 08 au 09 août exactement).

Cette intervention de la KG Wünsche bloquera les britanniques, et leur action qui devait être décisive dans le cadre de l’opération « Totalize » restera d’une portée limitée. Or, tandis que ces combats se déroulaient, la Heeresgruppe B ordonna le 07 août à 21 heures 40 le transfert de la 12.SS-Pz.Div. « HJ » pour renforcer la 7. Armee et soutenir son offensive en direction d’Avranches. Mais, alors que les opérations de transfert étaient engagées et que la Kampfgruppe Wünsche devait quitter le secteur le 08 août à 10 heures après avoir réduit la tête de pont de Grimbosq, le chef de l’état-major du I./SS-Pz.Korps (le Brigadeführer Fritz Krämer) informa la 5. Panzerarmee que des bombardements avaient lieu dans le secteur de Bretteville-sur-Laize, et entre Boulon et Grimbosq, accompagnés de violents tirs d’artillerie, signes avant-coureurs d’une offensive de grande envergure. Il demandait donc à ce que la 12.SS-Pz.Div. « HJ » reste à la disposition du I./SS-Pz.Korps, ce qui sera le cas, et on verra comment les hommes de la 85.I.D. épauleront la KG Wünsche (de retour dans le secteur de l’offensive alliée) et la KG Waldmüller pour enrayer l’attaque anglo-canadienne.

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Sepp Dietrich, chef du I./SS-Pz.Korps (à gauche) et Kurt Meyer, « Kommandeur »
de la 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend »
.

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Le SS-Obersturmbannführer Hans Waldmüller, commandant du I./SS-Panzergrenadier-Regiment 25 (à gauche), et le SS-Obersturmbannführer Max Wünsche,
commandant du SS-Panzer-Regiment 12, assumeront le commandement des deux groupes de combat de 12.SS-Pz.Div. « HJ » durant l’opération « Totalize »


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Une erreur de reprographie s'est glissée sur cette photographie (en trop grand format...) Le SS-Hauptsturmführer
Michael Wittmann, commandant la 2.Kompanie de la s.SS-Pz.Abt.101, l’as au 138 blindés et 132 canons antichars
détruits, n'apparaît pas ! « Mea culpa ». Voyez-la correction apportée à la suite de ce post.


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Insignes de la 12.SS-Pz.Div. « HJ » (à gauche) et de la s.SS-Pz-Abt.101.


Côté allié, ce sont deux forces principales d’attaque que le Second Canadian Corps (subordonné à la First Canadian Army) doit faire entrer en action : la 2nd Canadian Infantry Division et la 2nd Canadian Armoured Brigade à l’ouest de la RN158 (reliant Caen à Falaise), la 51st (Highland) Infantry Division et la 33rd British Armoured Brigade à l’est. Tandis que plus à l’est encore, la 49th (West Riding) Infantry Division devait avancer sur l’axe de la RN13 (reliant Caen à Lisieux ) et fixer la 272.I.D. allemande. (Notons que toutes ces divisions intègrent dans leurs rangs les engins spéciaux - les fameux « funnies » - de la 79th Armoured Division, des Flail notamment avec leur tambour muni de chaînes pour ouvrir la route au travers des champs de mines). La 1st Polish Armoured Division et la 4th Canadian Armoured Division entrèrent quant à elles « dans la danse » lors de la deuxième phase de l’offensive (comme unités d’exploitation), soit le 08 août à partir de 13 heures 30. Le 2nd Canadian Corps lance ainsi 60. 000 hommes et plus de 600 chars dans la bataille, soit un rapport de force d’environ 3 contre 1 pour les hommes et de 10 contre 1 pour les chars.

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Le Lieutenant-General Henry Duncan Graham (dit « Harry ») Crerar, commandant de la First Canadian Army (à gauche) et le Lieutenant-General Guy Simonds, commandant du
Second Canadian Corps.

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Les forces alliées présentes lors de l’opération « Totalize ».


***

Il n’entre pas dans nos intentions de décrire par le menu tous les détails de cette opération. Une abondante littérature spécialisée ou non existant déjà sur le sujet. Nous évoquerons certains faits marquants, mais seulement ceux utiles à la bonne compréhension de l’ensemble de ces terribles journées. Nous présenterons également un certain nombre de cartes qui pourront permettre à ceux que cette offensive intéresse d’abord et avant tout de se faire une idée du déroulement de ses différentes phases, mais nous n’en étudierons que certains détails, l’opération étant trop riche pour la couvrir intégralement au travers de la perspective qui sera la nôtre. Car nous nous bornerons à répondre aux questions suivantes : quelles sont au juste les unités de la 85.I.D. qui parviennent en premier dans la zone des combats, où arrivent-elles précisément et quand exactement ?

Pour répondre à ces questions, nous nous baserons sur l’examen du « Kriegstagebuch » (journal de marche en fr., abrégé « KTB » en all.) de l’une des deux armées allemandes présentes en Normandie en août 1944, la 5. Panzerarmee ou Panzer-Armeeoberkommando 5, document référencé T 313R420 à la US National Archives and Records Administration. (Notons que l’on peut appeler indifféremment une armée allemande sous le nom d’« Armee » ou d’« Armeeoberkommando », « AOK » en abrégé. Exemples : 7. Armee ou AOK. 7 ; 5. Panzerarmee ou Pz.AOK. 5). Nous nous pencherons plus précisément sur la première partie (« I. Teil ») de l’un des journaux de marche du Pz.AOK. 5, celle couvrant la période du 10 juin au 08 août 1944. Nous nous réservons la seconde partie (« II. Teil »), celle couvrant la période du 09 août au 09 septembre 1944, pour l’étude des jours suivants. Nous consulterons également les « Anlagen » (Annexes en fr., abrégé « Anl » en all.) de ces « Kriegstagebücher », lesquels présentent aussi de précieux documents.

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La première de couverture de la première partie du « Kriegstagebuch » du Pz.AOK. 5...

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... et sa première page.


Ce « Kriegstagebuch » est rédigé par un « KTB Führer », l’Oberleutnant Erlenwein, sous la direction du Generalleutnant und Chef des Generalstabes de la 5. Panzerarmee, Alfred Gause.

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Le Generalleutnant Alfred Gause, chef de l’État-major Général du Pz.AOK. 5 depuis le 10 juin 1944.

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Sa signature (déjà visible sur la photographie précédente) apposée
à la dernière page de la première partie du KTB.


Constituée le 08 décembre 1942 en Afrique, la 5. Panzerarmee capitula au début de l’année 1943 près de Tunis. Reconstituée le 24 janvier 1944 sous le nom de Panzergruppe West pour assurer la protection du Mur de l’Atlantique dans le nord de la France et en Belgique, elle fut d’abord sous le commandement du General der Panzertruppen Leo Geyr von Schweppenburg, avant d’être (à nouveau) baptisée 5. Panzerarmee le 05 août 1944 et de passer ce même jour sous le commandement du General der Panzertruppen Heinrich Eberbach. Comme nous avons pu le montrer dans le post précédent, sont subordonnés à la 5. Panzerarmee quatre corps d’armées, les LXXXVI. et LXXIV. A.K., et les I. et II./SS-Panzer-Korps. Mais seules les informations concernant le I./SS-Pz.Korps de Sepp Dietrich (auquel est subordonnée la 85.I.D.) nous seront utiles pour répondre à nos interrogations. Nous nous concentrons donc sur elles.

Voici donc les premiers évènements relatés dans les dossiers (« Vorgänge », en all.) du KTB du Pz.AOK. 5 en ce jour (« Tag », en all.) du mardi 08 août 1944. Examinons d’abord la séquence 00h30/16h00.

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À 00 heure 30, l’« Ia » de l’état-major du Pz.AOK. 5 demande à la Heeresgruppe B, en raison de la situation décrite par le chef du I./SS-Pz.Korps, de lui subordonner à nouveau la 12.SS-Pz.Div. « HJ » et de la ramener dans son ancien secteur. Précisons qu’à tous les niveaux (armée, division, régiment) l’organisation militaire allemande comporte un chef d’état-major (Alfred Gause, pour ce qui est de l’Armeeoberkommando de la 5. Panzerarmee), un « Ia » ou officier général chargé des opérations (le Major i.G. Ernst-August Freiherr von Rotberg en l’occurrence, en poste depuis le 05 août 1944), un « Ib » ou vaguemestre chargé de l’intendance et un « Ic » ou « Abwehroffizier » chargé des renseignements militaires. Nous avons évoqué ce retournement de situation. Et il était bien indispensable, car à 23 heures exactement (le 07 août) l’opération « Totalize » commença par un bombardement aérien effectué par 1020 Avro Lancaster et Handley Page Halifax du 84th Group de la RAF, qui déversèrent 3462 tonnes de bombes sur 7 cibles marquées par des obus de couleur de l’artillerie (May-sur-Orne, Fontenay-le-Marmion, La Hogue, Secqueville-la-Campagne, Garcelles-Secqueville, Cramesnil, Saint-Aignan-de-Cramesnil). L’artillerie ouvrit le feu quant à elle à 23 heures 45, au moment même où les deux forces principales d’attaque gagnaient leur « start line ». Sur un front de 3700 mètres de large, 340 pièces déclenchèrent un barrage d’artillerie avançant de 200 mètres à la minute. Le choc physique et psychique des bombardements de l’aviation et de l’artillerie alliées démantelèrent la défense allemande de la 89.I.D.

À 00 heure 45, le Generalfeldmarschall Hans von Kluge signale que la Heeresgruppe B a décidé que la 12.SS-Pz.Div. « HJ » serait à l’avenir à la disposition de la 5. Panzerarmee, mais que toutes les mesures devaient être prises pour son transfert rapide dans le secteur de la 7. Armee. On voit ainsi qu’à cette heure, le maréchal ne mesure peut-être pas encore toute l’importance de l’offensive alliée, mais surtout le dilemme dans lequel il se trouve pris entre l’attaque sur Avranches qu’il faut relancer et le secteur sud de Caen qu’il faut défendre...

À 05 heures 45, au lever du jour, Sepp Dietrich signale qu’à 4 heures 35, après de violents bombardements, l’ennemi est passé à l’attaque sur tout le front et qu’entre Tilly-la-Campagne et Verrières une percée pouvait être obtenue. Que des blindés isolés ont avancé jusqu’à Saint-Aignan-de-Cramesnil et que la situation autour de Rocquancourt n’est pas encore claire. Il ajoute qu’en début de matinée l’ennemi réussira à occuper Rocquancourt, que des éléments de la 89.I.D. tiennent encore pour l’instant la seconde ligne de défense près de Saint-Aignan-de-Cramesnil, et que La Hogue et la cote 75 sont encore entre ses mains.

Voici la carte au 1: 80 000 qu’établit très peu de temps après la communication de Sepp Dietrich le « WFSt Op. (H) » de l’OKW.

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Zoomons pour gagner en lisibilité.

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Précisons, si besoin est :
1/ que « 1000 - 4 mot » indique le nombre de quadrimoteurs engagés par les alliés lors du bombardement de la première phase de l’opération « Totalize ».
2/ que l’artillerie alliée est repérée dans les secteurs de Saint-Martin-de Fontenay et dans celui de Solliers.
3/ que les rectangles et les chiffres « 300 » et « 200 » représentent le nombre estimé de blindés engagés dans l’opération en cours.
4/ qu’entre Tilly-la-Campagne et Verrières la percée est bien obtenue par les deux forces principales d’attaque s’engageant à l’ouest et à l’est de la RN158.
5/ qu’entre Tilly-la-Campagne, Rocquancourt et Secqueville-la-Campagne, la situation n’est effectivement pas claire aux yeux du commandement allemand (le point d’interrogation en témoigne).
6/ que la Hogue est toujours aux mains des allemands, et que l’attaque alliée sur la cote 75 (au sud de Secqueville-la-Campagne) occupée par la 89.I.D. a été repoussée par des éléments de la 272.I.D.
7/ que si le front de la 89.I.D. est percé, des îlots de résistance demeurent, notamment à Saint-Aignan-de-Cramesnil.
8 / qu’à Haut-Mesnil, une ligne de Pak et de Flak (matérialisée par un T) attend les alliés, appuyée par la Kampfgruppe Waldmüller.
Et 9/ qu’en forêt de Grimbosq, dans le secteur de la 271.I.D., l’attaque de la tête de pont britannique par la Kampfgruppe Wünsche est indiquée par une flèche.


Jusqu’à 13 heures 55, aucun événement concernant le secteur du I./SS-Pz.Korps n’est consigné dans le KTB, et pourtant des faits marquants s’y sont déroulés puisque c’est à partir de 11 heures 50 que fut déclenchée la contre-attaque allemande des Tiger de la 2.Kompanie de la s.SS-Pz-Abt.101 au nord de Cintheaux, et celle de la Kampfgruppe Waldmüller (comprenant les Panzer IV du II./SS-Pz.Rgt. 12, les Jagdpanzer IV de la I./SS.Pz.Jg.Abt 12, et les grenadiers du I./SS-Pz.Gre.Rgt. 25) au sud de Saint-Aignan-de-Cramesnil, et que pris fin une légende de l’arme blindée allemande, celle de Michael Wittmann dont le char 007 fut détruit peu avant 13 heures (par une roquette de Typhoon ou par le tube de 17 livres d’un Firefly du A-Squadron du 1st Northamptonshire Yeomanry ? - nous n’entrerons pas dans ce débat...). Le paradoxe étant que, sur les dix redoutables Tiger que comptait la II./s.SS-Pz-Abt.101, huit furent engagés sous le commandement de l’Hauptsturmführer Wittmann (et cinq détruits) sans causer de lourdes pertes (7 chars seulement sur les 40 que perdront les polonais, selon les estimations que propose Wolfgang Schneider dans son ouvrage Tiger im Kampf : Die Einsätze in der Normandie, vol. 2, p. 273), tandis que les Panzer IV commandés par le SS-Sturmbannführer Karl-Heinz Prinz et les Jagdpanzer IV de l’Obersturmführer Georg Hurdelbrick ont connu eux de réels succès en infligeant des pertes sévères au « Yeomen » de la 33th Arm. Brig. ainsi qu’aux polonais de la 1st Polih Armoured Division, lorsque ces derniers entrèrent en action dans la seconde phase de l’opération « Totalize » (on dénombrera le lendemain, dans le secteur Cintheaux - Saint-Aignan-de-Cramesnil, 20 épaves coté allemand, dont cinq Tiger, six Panzer IV et un Jagdpanzer IV, et 60 côté allié, dont 20 blindés du 1st Northamptonshire Yeomanry et 40 de la 1st Pol. Arm. Div.).

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Carte de la contre-attaque de 11 heures 50 menée par les Tiger de Wittmann et la Kampfgruppe
Waldmüller
. Précisons que le « 144 RAC » désigne le 144th Regiment « Royal Armoured Corps » ; le « 1 NY »,
le 1st Northamptonshire Yeomanry (33rd Arm. Brig.) ; et le « 27 Cdn », le 27th Armoured Regiment « The Sherbrooks
Fusiliers Regiment »
(2nd Can. Arm. Brig.). Ajoutons qu’aux côtés des Tiger de la II./s.SS-Panzer-Abt.101, des panzer du
II./SS-Pz.Rgt.12 et des grenadiers du I./SS-Pz.Gre.Rgt.25, étaient également présents les Jagdpanzer de la I./SS.Pz.Jg.Abt.12,
ce que cette carte omet de préciser (comme d’ailleurs la plupart des comptes-rendus historiques portant sur cette « affaire »).
Et pourtant leur intervention fut décisive, car sur la totalité des pertes en blindés enregistrées par les alliés dans le secteur de
Cintheaux et de Saint-Aignan-de-Cramesnil, 23 sont à mettre à l’actif de cette unité (dont 18 côté polonais), rien de moins. Nous
y reviendrons lorsque nous aborderons en détail le sort de la 1st Polish Armoured Division lors de la seconde phase de l’opération
« Totalize ». (Cf. infra p. 12).


Le début de cette seconde phase de l’offensive est marquée par un second bombardement aérien effectué entre 12 heures 55 et 13 heures 55 par les 658 bombardiers lourds de la 8th US Air Force qui lâchèrent 1487 tonnes de bombes sur le front étroit devant le 2nd Canadian corps (de Caillouet à l’ouest à Robertmesnil à l’est). Distinguant un avion marqueur larguer ses fusées éclairantes et comprenant qu’un nouveau bombardement allait avoir lieu, Kurt Meyer, connaissant la marge de sécurité habituellement respectée par les quadrimoteurs alliés (1300 mètres), fit avancer ses forces contre-attaquantes au plus près de la ligne de front, ce qui leur permis d’échapper au plus gros des bombes alliées. Comme la nuit précédente des erreurs de bombardement se produisirent qui occasionnèrent cette fois de lourdes pertes côté allié (65 canadiens et polonais furent tués, 350 blessés, et de nombreux véhicules endommagés ou détruits). Faute de visibilité 161 appareils ne larguèrent pas leurs bombes, et 9 quadrimoteurs Boeing B-17 furent abattus par le III. Flak-Korps.

Bien qu’elles ne furent pas prises le 08 août 1944, les photographies suivantes illustrent bien l’atmosphère du bombardement aérien de cet après-midi-là.

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C’est de ce bombardement dont fait état le KTB à 13 heures 55, en précisant que le « 01 » (c’est-à-dire l’officier d’ordonnance) du I./SS-Pz.Korps signalait (en le surévaluant légèrement) un puissant bombardement de plus de 1000 bombardiers quadrimoteurs, particulièrement sur l’aile droite du I./SS-Pz.Korps. À 14 heures 20, Alfred Gause décrit à Hans von Kluge la situation du I./SS-Pz.Korps et du LXXXVI. A.K. et demande d’urgence une intervention aérienne sur les rassemblements de centaines de blindés près de Rocquancourt et de Frénouville. Hans Speidel veut tout essayer pour obtenir ce soutien, mais s’attend à peu de résultats car toutes les unités aériennes sont occupées au soutien de l’attaque sur Avranches. À 16 heures, eu égard à la situation critique des I./SS-Pz.Korps et LXXXVI. A.K., opposés à 600 blindés ennemis, le Generalleutnant Gause demande au Heeresgruppe B que les restes de la 1. SS-Panzer-Division « Leibstandarte Adolf Hitler » (laquelle avait été retirée le 06 août du front au sud de Caen pour être engagée dans la contre-offensive de Mortain) soient ramenés dans le secteur de la 5. Panzerarmee. Puisque la contre-attaque dans la forêt de Grimbosq a stoppé l’offensive britannique dans ce secteur, il propose que la ligne principale de résistance soit située la nuit suivante sur la ligne Grimbosq - Les Moutiers - Cintheaux - Saint-Sylvain - Moult, et que... les éléments nouvellement arrivés de la 85.I.D. soient aussitôt jetés dans la bataille (« die neue kommenden Teile der 85.I.D. sofort in den Kampf zu werfen »).

La 85.I.D., voilà qu’il en est enfin question ! Nous ne la lâcherons plus désormais, mais il nous a fallu passer par toute cette présentation du déroulement des événements pour comprendre l’énorme pression qui pèse sur elle dès son arrivée dans la zone des combats car elle va constituer l’unique réserve que le Haut Commandement va pouvoir opposer à l’armada alliée déferlant sur la défense allemande dans cette partie du front de Normandie. Or, est-elle à cette heure à sa disposition ?

***

Reprenons les cartes du « WFSt Op. (H) » de l’OKW et voyons quelle est au juste la situation de la 85.I.D. en ce 08 août 1944.

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Sur cette carte (au 1 : 200 000), nous constatons que, près de Rouen, la situation n’a apparemment pas changé dans la forêt de Brotonne et dans celle de La Londe (les mentions 7. 8. indiquant que les unités qui y étaient cantonnées y sont à l’arrêt depuis cette date). En revanche si l’un des trois éléments du Divisions-Füsilier-Bataillon 85 se trouve toujours sur la rive droite de la Seine, de même que le HQ de la 85.I.D. qui est établi à Saint-Pierre-de-Varengeville, à 5 km du fleuve, une partie du train de ravitaillement et de l’état-major de la division (« Teile Versorgungstross und Divisionsstab » en all., abrégé « Tle Vers. Tr Div stb » sur la carte), ainsi que le Grenadier-Regiment 1054 ont traversé la Seine au passage d’eau du Trait/La Mailleraye-sur-Seine et se situent dans les secteurs de Bouquetôt et du Bois du Bosc Roger. Dans le secteur au nord de Lisieux, la situation semble également être la même que la veille. Nous disons bien que près de Rouen ou au nord de Lisieux, la situation n’a « apparemment » pas changé ou qu’elle « semble » être la même parce qu’en réalité, elle ne peut qu’avoir évolué puisque des unités de la 85.I.D. sont arrivés (c’est en tous cas ce qu’indique cette carte) ce 08 août dans la zone de combat du I./SS-Pz.Korps. Curieux ! Soit quelque chose nous échappe, soit il y a une incohérence quelque part... Regardons la carte de plus près.

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Cette carte est décidément déconcertante car l’estimation des unités (« Verbände » en all., abrégé « Verb. ») alliées (4 ½ ?), de même que celles des unités blindées (« Gepanzert » en all., abrégé « Pz ») (1 ½ ?) est sinon fantaisiste, du moins très approximative...

À l’est, dans la forêt de Grimbosq, nous retrouvons la 271.I.D. (l’inscription est presque illisible, l’encre tendant à s’effacer) épaulée par la KG Wünsche, au centre la 89.I.D. soutenue par la KG Waldmüller, à l’est la 272.I.D. Et à l’arrière, entre Soumont-Saint-Quentin et Maizières, juste au nord du Laison, se trouvent les « vordere Teile 85 » (les éléments avancés de la 85.I.D., en fr.). Tout le problème est évidemment de savoir quels sont ces éléments avancés (les trois flèches pouvant indiquées qu’ils sont au nombre de trois) mais aussi et surtout comment ils s’y sont pris pour parvenir aussi vite sur zone, en une nuit (du 07 au 08 août) à en croire la carte puisqu’elle les place comme étant arrivés le 08. Nous qui avons suivi kilomètres après kilomètres la progression des différentes unités de la 85.I.D., il nous semble qu’il y a là une accélération qui pourrait certes se comprendre étant donné l’urgence de la situation mais qui ne semble pas compatible avec le rythme de progression envisageable pour une unité en grande partie cycliste et hippomobiles. 115 kilomètres depuis la forêt de Brotonne jusqu’à Maizières (en suivant l’axe Brionne, Lisieux, Saint-Pierre-sur-Dives) ; 62 km depuis Blangy-le-Château jusqu’à Soumont-Saint-Quentin (en passant par Lisieux et Saint-Pierre-sur-Dives). Tous ces kilomètres en une nuit ! Ou bien même durant la nuit et la journée du 08 - en pleine offensive alliée... Même pour les éléments motorisés de la division, cela semble peu plausible. Quelque chose cloche dans notre carte, ce n’est pas dieu possible ! Le KTB du Pz.AOK. 5 va peut-être nous permettre de lever ces obscurités. Reprenons-en l’examen, en traduisant cette fois littéralement et intégralement les passages qui concernent la 85.I.D. (La séquence 17h30 figurant dans l’extrait n°3 présenté ci-dessus, nous la re-présentons en grand format cette fois, car il va nous falloir y voir clair !).

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17 heures 30.

« Chef schildert General Speidel die Lage bei der Armee und bereitet ihn darauf vor, daß die HKL im Laufe der Nacht zurückgenommen werden muß, da dem starken Feinddruck nicht mehr Stand gehalten werden könne. Auch in dieser neuen Linie wäre ein Halten ungewiss. Die Armee beabsichtige Teile der neue ankommenden 85 I.D. zwischen I.SS-Pz.Korps und LXXXVI. A.K. zu werfen/einzusetzen, da von beiden Korps zur Schliessung dieser Lücke keine Reserven zur Verfügung ständen ».

Traduction.

Le chef décrit au général Speidel la situation de l’Armée et le prépare à l’idée que la ligne principale de combat (« Haupkampflinie » en all., abrégé « HKL ») doit être reculée au cours de la nuit, puisque avec la forte pression de l’ennemi la position ne peut plus être tenue. Même dans cette nouvelle ligne, tenir est incertain. L’Armée projette de jeter/disposer les éléments de la 85.I.D. nouvellement arrivée entre le I./SS-Pz.Korps et le LXXXVI. A.K., puisque, pour la fermeture de cette brèche entre les deux corps, aucune réserve n’est à disposition.

Commentaire.

C’est l’unique fois dans les 132 pages que compte le KTB (première et seconde partie) qu’une correction est apportée à la main au texte dactylographié - et c’est pour nous ! Le journal de marche proposait originalement la phrase suivante : « Die Armee beabsichtige Teile der neue ankommenden 85 I.D. [...]. zu werfen, [...] » (L’Armée projette de jeter les éléments de la 85.I.D. nouvellement arrivée [...] ». La correction manuscrite est très difficile à lire, mais, avec un fort grossissement, il apparaît que c’est le verbe « einzustetzen » qui semble avoir été écrit. Ce qui donne la phrase suivante : « Die Armee beabsichtige Teile der neue ankommenden 85 I.D. [...]. einzusetzen, [...] », soit : « (L’Armée projette de disposer les éléments de la 85.I.D. nouvellement arrivée […] ».

La 5. Panzerarmee projette de disposer... La tournure de cette phrase indique que ce n’est pas, à cette heure, encore le cas ; que si la 85.I.D. doit bien servir de réserve et fermer la brèche qui s’ouvre entre les deux groupes d’armée, elle n’est pas encore, au moment où ces lignes sont rédigées, à disposition. Donc, le 08 août à 17 heures 30, la 85.I.D. (tout au moins ses éléments avancés) ne sont pas encore dans la zone des combats. Qu’en est-il (presque) deux heures plus tard ?

Image

19 heures 10 :

« Chef der I.SS-Korps meldet, daß das Beziehen der Linie Saint-Aignan - Conteville nicht mehr möglich sei, da in diesem Raum nur noch kleine Gruppen kämpften und der Feind bereits mit Panzern bis Hautmesnil vorgestossen sei. Er schlägt daher die vom O.B. beim O.B. West beantragte Linie vor und zwar würde 12.SS-Pz.Div. die Linie Saint Sylvain einschließlich, Cauvicourt aus(s!)chließlich, 85.I.D. Cauvicourt einschließlich - Bretteville ausschließlich. Anschliessen würde die 271.I.D. Die 2. Stellung etwa in der Linie Grainville - Cond(é!) wird durch die neu zugeführte 85.I.D. besetzt ».

Traduction.

Le chef du I./SS-Pz.Korps signale que tenir la ligne Saint-Aignan - Conteville ne serait plus possible, puisque dans ce secteur seuls combattraient encore de petits groupes et l’ennemi aurait déjà avancé avec des blindés jusqu’à Hautmesnil. Il propose donc que l’O.B. [le Commandant en chef de la 5. Panzerarmee, Heinrich Eberbach] demande à l’O.B. Ouest [à son chef d’état-major, le Generalleutnant Speidel ou à son chef, le Generalfeldmarschall von Kluge] que la ligne devant 12.SS-Pz.Div. devienne la ligne Saint Sylvain inclusivement, Cauvicourt exclusivement, et celle de la 85.I.D. Cauvicourt inclusivement, Bretteville[-le-Rabet] exclusivement. La 271.I.D. prendrait la suite [du front, à l’est, dans le secteur du LXXVI. A.K.]. Et que la seconde position, à peu près dans la ligne Grainville - Condé[-sur-Ifs], soit occupée par la 85.I.D. amenée récemment.

Commentaire.

Sepp Dietrich demande à ce que la « neu zugeführt 85.I.D. » s’intègre dans les première et seconde lignes de défense allemande. « La 85.I.D. amenée récemment »... Un doute s’installe. Serait-elle enfin arrivée ? Voyons ce qu’en disent le General der Panzertruppen Eberbach et le Generalfeldmarschall von Kluge au cours de la conversation qu’ils eurent (quasiment) deux heures plus tard, à 21 heures, et dont les échanges furent consignés dans le KTB. (Le début de l’entretien figure dans l’extrait présenté ci-dessus, la suite, dans celui présenté ci-dessous).

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21 heures.

(Début de l’entretien).

« Ferngespräch Feldmarschall mit O.B. :
Darf ich Herrn Feldmarschall über die Lage orientieren ? Vor dem LXXXVI. A.K. hat der Feind zwischen Chicheboville - Saint-Aignan angegriffen und ist vorgedrungen bis in die Gegend Conteville. Poussy und Conteville noch in eigener Hand. Eine Anzahl Feindpanzer abgeschossen ».


Traduction.

Communication téléphonique du maréchal avec l’O.B. :
Me permettez-vous de vous informer sur la situation Monsieur le maréchal ? Devant le LXXXVI. A.K., l’ennemi a attaqué entre Chicheboville - Saint-Aignan[-de-Cramesnil] et a pénétré dans les alentours de Conteville. Poussy et Conteville sont encore entre nos mains. Une quantité de blindés ennemis a été détruite.

(Suite de l’entretien).

« Bei I.SS-Pz.Korps : [...] Der Feind drang weiter nach Süden bis Gaumesnil und ist in weiteren Vorgehen. Das I.SS-Pz.Korps hat eine Kampflinie aus Pak und Flak ausgebaut, die bis jetzt gehalten hat. Ob diese Linie noch bis Morgen hält, wenn Gegner energischer angreift, ist fraglich. [...] Als 2. Linie will ich 2 Gren. Batl., 1 Artl. Abt., 1 Pak-Kp. 8,8 cm einsetzen ».

Traduction.

Du côté du I./SS-Pz.Korps : [...] l’ennemi a pénétré plus loin vers le sud jusqu’à Gaumesnil et est en train d’avancer dans les autres secteurs. Le I./SS-Pz.Korps a aménagé une ligne de combat de Pak et de Flak qui a tenu jusqu’à maintenant. Que cette ligne tienne encore jusqu’à demain, si l’adversaire attaque plus énergiquement, est douteux. [...] Comme seconde ligne, je veux disposer 2 bataillons de grenadiers, 1 bataillon d’artillerie, 1 compagnie de Pak 8,8 cm.

Commentaire.

Après avoir fait le point sur la situation du LXXXVI. A.K., le commandant en chef de la 5. Panzerarmee évoque la première ligne de défense qui tient encore, notamment à hauteur du village de Hautmesnil, et non de Gaumesnil. Notons en effet que notre cher « KTB-Führer », l’Oberleutnant Erlenwein, commet une erreur en confondant le village de Gaumesnil, au nord de Cintheaux (qui fut pris à l’aube du 08 août par les hommes du Royal Hamilton Light Infantry « Wertworth Regiment » de la 2nd Can. Inf. Div.) avec celui de Hautmesnil qui constitue l’un des points les plus avancés du front allié au soir du 08 août. Que la ligne de défense tienne encore au niveau de ce village n’a au demeurant rien d’étonnant car, avec la nuit tombante, le Lieutenant-Colonel Dave Steward qui commande l’un des trois régiments d’infanterie de la 4th Canadian Armoured Division, The Argyll and Sutherland Highlanders of Ottawa (Princess Louise’s), fait stopper l’unité devant l’immense carrière qui se trouve juste au sud du village, et reporte l’attaque au lendemain à l’aube. Là, au sud du carrefour menant de Gouvix à Cauvicourt, avec la RN 158 à l’ouest, se trouve depuis les premières heures de l’offensive alliée, à l’abri des galeries de la carrière des Aucrais (qui servait à l’extraction de la « pierre de Caen »), le HQ du I.Bataillon du SS-Panzergrenadier-Regiment 25 (de la Kampfgruppe Waldmüller), constituant un point d’appui avec les grenadiers isolés de la 89.I.D. Ils font face aux « Argyll’s», appuyés à l’arrière par les pièces du SS-Flak-Bataillon 12.

Image
Carte de l’historien et colonel canadien C.P. Stacey (chargé de rédiger le compte-rendu officiel de l’armée canadienne pendant la Seconde
Guerre mondiale) publiée dans son Official History of the Canadian Army In the Second World War.


Cela dit, comme il le précise dans la suite de la conversation (que nous avons abrégé pour faire court), Heinrich Eberbach déclare avoir l’intention de déployer (« je veux disposer, dit-il ») comme seconde ligne « 2 Gren. Batl., 1 Artl. Abt., 1 Pak-Kp. 8,8 cm ». Deux bataillons de grenadiers, un bataillon d’artillerie, une compagnie de Pak 8,8 cm... Mais, ce bataillon d’artillerie et cette compagnie de Pak 8,8 cm, ne seraient-ce pas les éléments motorisés de la 85.I.D. ? La 3.Abteilung (mot.) de l’Art.Rgt.185 et la Pz.Jg.Abt.185 ? Rien n’indique dans la suite de l’entretien téléphonique que ce soit le cas, mais tout le laisse penser car les Pak43/41 sont suffisamment rares sur le champ de bataille (et la 85.I.D. est en fait, à ce moment précis et dans ce secteur, la seule unité a en être équipée) pour que ce ne soient pas ceux de notre division. Disposés « comme seconde ligne » en plus, c’est-à-dire là où ils sont attendus... Quant aux deux bataillons d’infanterie, aucun indice dans le KTB ne peut nous permettre de savoir à quelle unité ils appartiennent. Mais la réponse nous est connue, elle est apportée par Hubert Meyer, l’ancien chef d’état-major de la division « Hitlerjugend » dans son historique de la 12. SS-Panzer-Division. À propos des combats qui se déroulèrent le 09 et le 10 août 1944 (et sur lesquels nous nous pencherons dans un prochain post) il écrit : « Les attaques de la 1st Polish Armoured Division et de la 3rd Canadian Infantry Division, appuyées par la 2nd Canadian Armoured brigade qui lui est rattachée, ont été repoussé, avec des pertes importantes pour les alliés, par les restes épuisés de la division " HJ " et le Grenadier-Regiment 1053 de la 85.I.D. nouvellement arrivée ». (Georges Bernage et Hubert Meyer, 12 SS-Panzer-Division « Hitlerjugend », opus cité dans sa traduction française publiée aux Éditions Heimdal, Coll. Album historique, 1994, p. 375). De toute la littérature (en français et en allemand) que nous avons pu consulter sur ce point précis (au demeurant très rarement traité), c’est la seule et unique occurrence où l’origine de ces bataillons d’infanterie est nommée précisément. Et comme la source est on ne peut plus fiable, on s’y tiendra bien volontiers !

Dernière remarque. Eberbach dit bien à von Kluge qu’« il veux » et non qu’« il a » disposé ces unités comme seconde ligne, ce qui montre à nouveau qu’à cette heure la 85.I.D. n’est toujours pas à disposition. Le sera-t-elle d’ailleurs le 08 août, comme l’indique la carte au 1 : 200 0000 du « WFSt Op. (H) » de l’OKW ? La réponse définitive nous est apportée 35 minutes après cette première conversation, dans une seconde qui a lieu à nouveau entre les deux hommes.

Image
Le Generalfeldmarschall Hans von Kluge (à gauche) s’entretenant avec l’Oberbefehlshaber
du Pz.AOK. 5, le General der Panzertruppen Heinrich Eberbach. (Photographie prise le 11
août 1944).


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21 heures 35.

« Fortsetzung Ferngespräc(h!) Feldmarschall v. Kluge mit General Eberbach :
Ich melde, daß der Feind mit 40 Panzern nach Süden durchgestossen ist und Langannerie nördlich Grainville erreicht hat. Ich habe nichts mehr, weil die 85.I.D. erst morgen früh eintrifft [...] ».


Traduction.

Poursuite de la communication téléphonique du maréchal avec le général Eberbach :
Je signale que l’ennemi a percé vers le sud avec 40 blindés et a atteint Langannerie au nord de Grainville. Je n’ai plus rien parce que la 85ème division d’infanterie arrive tôt demain matin [...].

Commentaire.

En 35 minutes, la situation s’est encore dégradée pour les défenseurs allemands, car si les éléments d’infanterie les plus avancés de la 4th Canadian Armoured Division (les « Argyll's » de la 10th Canadian Infantry brigade) se sont arrêtés devant la carrière d’Hautmesnil, les blindés eux (en l’occurrence ceux du 21st Armoured Regiment « The Governor General’s Foot Guards ») ont percé entre Hautmesnil et Cauvicourt et, alors qu’ils s’engageaient vers le sud, sont stoppés au nord de Langannerie par les tubes du SS-Flak-Btl.12. Une percée qui, soit dit en passant, n’est pas rendue correctement sur la carte de C.P. Stacey, tandis que la suivante, d’Hubert Meyer, de loin la meilleure de toutes celles qu’on a pu consulter...

Image
Carte extraite de l’historique de la « HJ » publiée par Georges Bernage et Hubert Meyer aux Éditions Heimdal.

... est plus claire sur ce point.

Image

Image
Chef de l’état-major de la 12.SS-Pz.Div. « HJ », Hubert Meyer connaît bien le terrain puisque sa division a
cantonné dans cette région en 1942-1943.

Image
Hubert Meyer (à droite), toujours carte en main, en compagnie de Kurt Meyer (à ne pas confondre !).


Pour en revenir au problème qui nous préoccupe, Eberbach affirme ne plus avoir de réserve parce que la 85.I.D. arrive seulement « tôt demain matin ». Le 09 août donc. La carte au 1 : 200000 du « WFSt Op. (H) » de l’OKW est par conséquent incorrecte. Sans doute les flèches indiquent-elles bien les lieux où les « vordere Teile » de la 85.I.D. sont attendus (Maizières, Rouvres et Soumont-Saint-Quentin), les ordres de marche ayant assurément définis les objectifs à atteindre par les unités en question, mais le Service Opérations de l’OKW prend ses désirs pour des réalités quand il les place dès le 08 août à ces endroits précis. Comme quoi, nous qui consultons ces cartes, nous ne devons pas leur accorder une valeur absolue et les considérer comme des articles de foi, mais en vérifier toujours l’exactitude en les soumettant systématiquement à un examen critique.

***
Au terme de ce (trop ?) long post, il nous semble désormais possible de répondre aux questions que nous nous posions. « Quelles sont au juste les unités de la 85.I.D. qui parviennent en premier dans la zone des combats, où arrivent-elles précisément et quand exactement ? » demandions-nous. Réponse : ce sont la 3.Abteilung (mot.) de l’Artillerie-Regiment 185 et deux bataillons du Grenadier-Regiment 1053 qui arrivent dans les secteurs de Maizières, Rouvres et Soumont-Saint-Quentin, non pas le mardi 08 août 1944, mais dans les premières heures du mercredi 09 août 1944. Quant à la Panzerjäger-Abteilung 185, bien que sa présence soit escomptée par Eberbach pour former avec les unités précitées une « seconde ligne » de défense, nous verrons qu’elle va accuser un retard qui l’empêchera de se déployer sur les rives du Laison le 09 août au matin.

Et Kurt dans tout cela ? Son heure vient...

Mit schönen Grüßen aus Normandie.
Lionel.
;)
Dernière édition par Lionel Letendre le 09 Fév 2013, 22:23, édité 7 fois.
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Hakermann » 03 Mai 2012, 09:14

Merci Lionel pour la suite de ton post, j'y attache beaucoup d'importance comme tu le sais :super: :super: :super: :super: c'est "agréable" pour moi de suivre l'historique d'une unité mais surtout le destin d'un homme. Je connais bien ce secteur, pour y avoir vécu des forts orages sur Rouvres, Sassy avec cette odeur de paille, de terre, d'eau , ces coups de tonnerre, je me dis que " notre Obergefreiter Habersack " avec le peu de moyen qu'il avait à l'époque lui et son unité... a fait ce qu'il a pu avant de tomber dans ce petit village normand.
Désormais ne t'étonnes pas de voir quelques fleurs sur sa tombe, à la Cambe puisque j'y vais plusieurs fois par an, y compris à Marigny et Orglandes où reposent des soldats de la 21pz Div.

Vivement la suite du post, même si je sais que ça représente beaucoup de travail. Merci pour eux aussi. :super:


Nb, je n'ai pas envie de ré-ouvrir le débat sur " c'est une honte de fleurir des tombes de nazi " pour moi, qui suis de ce secteur,et pour avoir rencontré des vétérans allemands, ils étaient vraiment loin d'être tous des nazis. Quand je vois que bon nombre de ces grenadiers sont morts dans la crasse, la soif, la peur, complètement déchiqueté face une puissance alliée 10/ 20 fois supérieur, j'estime de façon personnel qu'ils méritent un minimum de respect. Et le fait de retracer l'histoire d'un homme comme c'est fait sur ce poste, grâce à Lionel, franchement je le remercie personnellement :super:
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude weyax » 03 Mai 2012, 13:59

Merci Lionel,

Comme d'habitude un report tres interessant. :hello:

Mais, ce n'est pas Wittmann sur cet photo, il n'aime pas le camo-uniforme. Il porte toujours Panzer-Noir.

Je pense c'est Bobby Woll le Gunner de son tigre:

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Wittmann et Woll

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Woll
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Wittmann tout à fait peu avant sa mort

Salutations
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Lionel Letendre » 03 Mai 2012, 15:43

Bonjour à tous,
Bonjour Hakermann et Weyax.

Bon sang, une erreur de reprographie ! La photo étant tellement grande, une moitié en a été « shootée ».
La voici... entière et dans ses proportions d’origine. On y voit Michael Wittmann (tout à fait à gauche) portant une « Panzer Feldbluse » noire en effet, tandis que son tireur attitré (et richement décoré), l'Unterscharführer Balthazar Woll (de côté, les mains sur les hanches) porte une « SS Panzer Tarnjacke ».

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« Mea culpa ». :gene2:
À très bientôt.
Lionel.
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Marc Laurenceau » 03 Mai 2012, 18:54

Un superbe dossier que tu viens une fois encore de compléter, cher Lionel. Les photos, les cartes et la lecture de tes explications me font plonger directement dans ces années de guerre, où l'on croise les soldats, plus ou moins fameux, de l'un ou l'autre camp.

Un grand merci pour ces documents d'une grande richesse et à très vite pour la suite !

Cordialement.
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Lionel Letendre » 15 Mai 2012, 22:16

Bonjour à tous, ami(e)s du forum.

Mardi 08 août 1944...

Nous tenons juste à rappeler (pour clore définitivement le « dossier » du complot avorté du 20 juillet 1944 que nous avons ouvert précédemment : cf. supra p. 8) que c’est ce même jour que fut condamné à mort par pendaison et exécuté l’un des personnages-clés de l’attentat manqué, celui sous la responsabilité duquel fut envoyé le télégramme annonçant la mort du Führer et qui conspirait contre lui depuis 1938, le Generalfeldmarschall Erwin von Witzleben.

C’est en effet les 07 et 08 août 1944 qu’à Berlin, un premier groupe de conspirateurs passa en procès devant le « Volksgerichtshof », le « Tribunal du peuple » présidé par Roland Freisler, ce redoutable « juge » nazi que nous avons déjà présenté, ancien communiste ayant participé (en tant que secrétaire d’État du Ministère de la Justice) à la tristement célèbre conférence de Wannsee du 10 janvier 1942, dans la huppée villa Marlier où Reinhard Heydrich (chef du « RSHA », l’Office central de la sécurité du Reich) présenta aux hauts-fonctionnaires de l’administration ministérielle et de la S.S. son projet général planifiant la réalisation technique de la « solution finale de la question juive » (« Die Endlösung der Judenfrage », en all.) voulue par Hitler.

Aux côtés de von Witzleben, ce sont sept autres prévenus qui comparurent lors de ce premier procès de l’opération « Walkyrie », lesquels représentaient pour le tribunal l’encadrement militaire du complot. (Pour connaître le rôle exact que ces huit hommes jouèrent lors de cette opération, cf. Annexe 4).

- Le Generaloberst Erich Hoepner.
- Le Hauptmann Friedrich Karl Klausing.
- Le Generalleutnant Paul von Hase.
- Le Generalmajor Hellmuth Stieff.
- L’Oberleutnant Albrecht von Hagen.
- L’Oberleutnant Peter Graf Yorck von Wartenburg.
- Et l’Oberstleutnant Robert Bernardis.

Tous connurent le même sort que le Generalfeldmarschall. Ils furent pendus à de simples crochets avec des cordes à piano pour qu’ils meurent par lente strangulation. Car les infâmes bourreaux de ce tribunal de l’horreur n’optèrent pas pour la « pendaison avec chute » (ce type de pendaison entraîne une mort rapide, l’arrêt net de la chute du supplicié lui brisant les vertèbres cervicales), ce serait trop clément ! Ils lui préférèrent la « pendaison sans chute » (ou de faible hauteur), laquelle provoque une strangulation dont s’ensuit une asphyxie, les suppliciés se tortillent alors de douleurs, l’insupportable agonie durant de longues minutes...

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On a déjà souligné combien la mort par pendaison est déshonorante pour un militaire, qui lui préfère la mort par fusillade, la « mort du soldat ». Or, le procès lui-même reposait sur la volonté préméditée d’avilir et d’humilier publiquement les accusés. C’est ainsi qu’ils comparurent dans une tenue misérable, portant la marque des interrogatoires et des sévices infligés par la Gestapo. C’est également la raison pour laquelle on peut voir von Witzleben tenir constamment son pantalon car il fut forcé d’apparaître sans ceinture ni bretelles. On le priva même de son dentier, l’empêchant ainsi de s’exprimer correctement. Le Generalfeldmarschall, qui autrefois avait fière allure, avait l’air d’un vieil homme totalement anéanti, retenant tant bien que mal son pantalon, pendant que le « juge » Freisler le harcelait impitoyablement. « Vous, le sale vieux criait-il, pourquoi vous obstinez-vous à retenir ce pantalon insignifiant ? ».

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Mais le courage du militaire (qui fut privé de tous ses honneurs, rangs et ordres et fut radié de la Heer le 04 août 1944) ne faiblit pas. Se sachant condamné, il ne renia rien et nargua le président du tribunal en lui rétorquant avec dignité : « Vous pouvez nous remettre au bourreau. Dans trois mois, le peuple harcelé et dégoûté vous traînera vivant dans la boue »...

Goebbels avait ordonné que chaque minute du procès soit filmée, afin d’être montrée aux troupes et au peuple allemand à titre d’exemple et en guise d’avertissement. Et ce sont 180 minutes d’images (présentées en deux parties, la première d’1h. 23m. et la seconde d’1h. 37m., lesquelles couvrent tous les procès s’étant déroulés en 1944) qui furent montées dans le film de propagande Verräter vor den Volksgericht (« Les traîtres devant la justice du peuple », en fr.). Les propos de von Witzleben, ne pouvant qu’empoisonner le film du docteur Goebbels et enrager le Führer, en furent évidemment expurgés. « Pas de longs discours pour eux » avait décrété Hitler. Nous avons évoqué les vociférations et les insultes que Freisler proférait à l’encontre des prévenus dans les procès qu’il menait. Les images de ces films donnent une idée de ses méthodes et de son fanatisme. (Nous en proposons quelques extraits choisis en Annexe 1). Notons que deux caméras avaient été positionnées dans le Premier Sénat du « Volksgerichtshof », dirigé par Freisler. L’une, au-dessus de ce dernier, habilement et discrètement installée dans la croix gammée, faisant face aux accusés,...

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... et l’autre, au-dessus de l’une des portes d’entrée (condamnée pour l’occasion) de la Première Chambre du tribunal.

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Photographie prise lors du procès de Ferdinand Freiherr von Lüninck. Il fut également condamné à mort le 13 novembre 1944 et pendu le lendemain à la
prison de Berlin-Plötzensee. (Sur ce cliché, la caméra n’est pas en place, mais nous avons indiqué la position qu’elle occupait lors du procès des 07 et 08
août 1944).

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Le « Tribunal du peuple » et sa nouvelle adresse depuis mai 1935 : Berlin W 9, Bellevuestraße 15.


Dans la salle, au milieu du public et des journalistes, était présent l’« homme » sur les rapports duquel l’instruction (à charge seulement...) a pu se faire. Celui qui, après l’assassinat de Reinhard Heydrich le 04 juin 1942, a pris la direction du « Reichssicherheitshauptamtes » (RSHA), puis est également devenu le 30 janvier 1943 Chef der Sicherheitspolizei und des Sicherheitdienstes et fut responsable des sinistres « Einsatzgruppen » qui, à l’arrière du front de l’Est, assassinèrent environ un million de personnes. Un géant de deux mètres au visage balafré : le SS-Obergruppenführer und General der Polizei Ernst Kaltenbrunner.

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Le 07 et 08 août 1944, Kaltenbrunner assista au procès des huit co-conspirateurs, comme spectateur.

Nous présentons ci-dessous un extrait de l’un des rapports de police établi par Kaltenbrunner et adressé à Martin Bormann, chef de la Chancellerie du NSDAP (« Parteikanzlei », en all.) et secrétaire particulier d’Hitler, le 06 août 1944, à la veille du premier procès des conjurés de l’opération « Walküre » (en all.).

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L’accusateur, l’accusé et le supplicié. Comparaissant au tribunal international de Nuremberg, Kaltenbrunner fut condamné
à mort... par pendaison... le 01 octobre 1946. Le sentence fut exécutée le 16 octobre 1946, à 01 heure 15.


Arrêtons-nous maintenant sur l’établissement carcéral où furent exécutées les peines prononcées à l’encontre de nos huit hommes : la prison de Berlin-Plötzensee. L’évocation de ce nom fait frémir. Entre le 08 août 1944 et le 09 avril 1945, ce sont en tout 89 hommes et femmes appartenant aux cercles de la résistance allemande ayant participé à l’attentat du 20 juillet ou les ayant soutenu qui y furent assassinés. Et entre 1933 et 1945, ce sont 2891 personnes exactement, dont 1437 allemands, qui y furent pendus ou guillotinés (Cf. Annexe 2 et 3).

Construite entre 1869 et 1879, la prison de Berlin-Plötzensee (du nom du lac auprès duquel elle était située) s’étendait sur 25 hectares, était entourée d’un mur de six mètres de haut et pouvait accueillir approximativement 1400 prisonniers. C’est dans un entrepôt en brique rouge d’apparence modeste, divisé en deux salles, que ces 2891 personnes ont été mises à mort par la guillotine ou par pendaison.

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Plan de la prison de Berlin-Plötzensee. (Nous avons indiqué le bâtiment où furent assassinées les milliers de victimes de la dictature
criminelle d’Hitler).

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Vue aérienne de la prison avant 1945. Le sinistre bâtiment des exécutions capitales se situe tout à fait à gauche. Le bâtiment
au centre (« Haus III ») était l’un des cinq bâtiments de détention de trois étages de l’établissement pénitentiaire. Son aile
gauche (la plus proche du bâtiment des exécutions capitales) était surnommée par les prisonniers « la maison des morts » car
c’est dans ses cellules que les condamnés passaient leurs dernières heures.

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L’entrée principale de la prison.

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Les cellules de « la maison des morts ».

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Le bâtiment des exécutions capitales photographié en 1950.

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Dans l’une des deux salles du bâtiment (celle de gauche), une longue
poutrelle de fer à laquelle était fixés des crochets faisait office de gibet.

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Et voici les huit cordes à piano qui attendaient nos condamnés le 08 août 1944.


Sitôt le verdict rendu, nos huit hommes furent en effet transférés à la prison Plötzensee pour y être pendus. Victor von Gostomski, un détenu employé à la bibliothèque de la prison, a fait plus tard le récit des événements de ce jour-là :

« Le bruit courait d'une opération spéciale. Opération spéciale, cela veut dire des personnes haut placées. Des gardiens parlaient d’une affaire importante. J'ai pensé que c'était des gens qui avaient participé au 20 juillet. Vers six heures du soir, tous les détenus furent enfermés dans leurs cellules. Plus un ne travaillait. Même nous, de la bibliothèque, étions en cellule. Nous avons placé la table sous la fenêtre et observé la cour. Il était peut-être sept heures. Les lourdes portes de fer des cellules se sont ouvertes, laissant sortir des hommes en tenue rayée de détenus, les mains liées, pieds nus dans des sabots qui claquaient sur le sol, la tête découverte. Chacun était encadré par deux gardiens, mais ils marchaient sans qu'on ait besoin de les soutenir. Les condamnés étaient suivis par de nombreuses personnes en civil, probablement de la Gestapo. Des SS filmaient la scène. Un policier nous ayant vu nous cria : " Personne aux fenêtres ! " Nous avons pris un petit miroir pour continuer à regarder. Combien de temps cela avait-il duré ? Dix, quinze minutes ? J’étais bien trop excité pour y faire attention. L’opération spéciale, c’était cela. Le claquement des sabots reprit, à nouveau la même procession triste. Ils venaient de l’intérieur de la prison. Je suppose qu’on venait de lire la décision d’exécution. L’un après l’autre, on les a conduit dans le bâtiment des exécutions, les mains liées dans le dos, la veste enfilée à la va-vite. Au bout de cinq minutes environ, c'était le tour du suivant. Les hommes de la Gestapo étaient à l’intérieur, le cameraman aussi. En un peu plus de quarante minutes, tout était fini ». (Victor von Gostomski et Walter Loch von Bloch, Der Tod von Plötzensee. Erinnerungen, Ereignisse, Dokumente, 1942-1945, Gebundene Ausgabe, 1993).

Nous avons évoqué les conditions particulièrement abominables dans lesquelles ils furent assassinés. Sachons qu’ils furent humiliés même pendant leur agonie, les bourreaux leur baissant le pantalon pendant leur supplice. (Sans entrer dans des détails sordides, précisons que lors d’une « pendaison lente », où la mort ne survient qu’au bout de longues minutes, au terme de ce que l’on appelle « la danse du pendu », le membre viril entre en érection et éjacule par accumulation de sang...). Toute la scène fut filmée et photographiée. Le soir même, Hitler se fit projeter le film. Narquois et triomphant, il applaudit au spectacle, se repaissant de ces images atroces et y prenant un plaisir sadique - ce qui en dit long sur la personnalité psychologique éminemment pathologique de l’individu...

Le 14 septembre 1952, ce lieu du martyr et du crime devint un lieu de méditation silencieuse et de commémoration des victimes du nazisme : « Die Gedenkstätte Plötzensee» (le Mémorial de Plötzensee, en fr.).

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Un Mur du souvenir (jouxtant la salle des exécutions) y fut érigé en hommage aux milliers de victimes qui moururent en luttant contre la dictature hitlérienne.

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Dans la première pierre scellée lors de l’édification de ce Mur est inséré un document où sont inscrites ces paroles empreintes de solennité :

« Ici, de 1933 à 1945, sous la dictature hitlérienne, des centaines d'hommes ont péri par meurtre légal, payant de leur vie leur lutte pour les droits de l’homme et la liberté politique. Ils étaient issus de toutes les couches de la société, et de presque toutes les nations.
Par ce Mémorial, Berlin honore les millions de victimes du Troisième Reich, diffamées, maltraitées, privées de leur liberté ou assassinées à cause de leur conviction politique, de leur confession religieuse ou de leur appartenance raciale
».

Le Mur commémoratif porte cette inscription : « Aux victimes de la dictature hitlérienne durant les années 1933-1945 ».

Image

Nous aussi, recueillons-nous et souvenons-nous des sombres évènements qui se déroulèrent dans ce lieu de l’horreur, car, comme le disait fort justement Berthold Brecht, un autre grand nom de la résistance allemande au nazisme,...

« Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut
Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt :
Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde
 ».

***

Annexe 1. Extraits filmés du procès des 07 et 08 août 1944 au « Volksgerichtshof ».

- Pour les plus décidés d’entre vous, nous conseillons de voir la première partie (la seule qui nous concerne ici) du film de propagande Verräter vor den Volksgericht (1944). Les images et le son sont certes de très mauvaise qualité, mais ce film a l’avantage de présenter certaines audiences de manière plus complète (nonobstant la censure, au demeurant aisément repérable, du montage). Nous en avons sélectionné ci-dessous les séquences les plus marquantes.

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Verräter vor den Volksgericht. Teil 1.
http://reichsarchiv.com/Filme/01_Bis_1945/1944-Verraeter-Teil-1.php

a). Hellmuth Stieff : 1’09 / 9’09.
b). Erwin von Witzleben : 9’12 / 19’15.
c). Erich Hoepner : 19’16 / 24’46.
d). Albrecht von Hagen : 24’47 / 28’58.
e). Robert Bernardis : 29’00 / 29’47.
f). Paul von Hase : 29’48 / 34’45.

- Pour ceux qui préfèrent aller à l’essentiel, voici différents montages qui ont été réalisés à partir des nombreuses heures d’images tournées pendant les différents procès. Nous en avons également sélectionné les séquences les plus marquantes. Nous les proposons avec les titres sous lesquels ils sont présentés sur « YouTube ».

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Volksgerichtshof. Part 1.
http://www.youtube.com/watch?v=_GuEM0w9Td4&feature=channel

a). Robert Bernardis : 5’13 / 6’28.
b). Erwin von Witzleben : 7’00 / 7’31.
c). Ernst Kaltenbrunner : 8’47 / 8’49.
d). Erwin von Witzleben tenant tant bien que mal son pantalon : 8’50 / 9’00.
e). Albrecht von Hagen : 9’01 / 9’03.
f). Peter Graf York von Wartenburg : 9’03 / 9’06.
g). Erich Hoepner : 9’11 / 9’12.
h). Friedrich Karl Klausing : 9’13 / 9’14.
i). Hellmuth Stieff : 9’24 / 9’26.
j). Paul von Hase : 9’27 / 9’30.

Image
Widerstand Kampf gegen Hitler.
http://www.youtube.com/watch?v=KcB-4JpHJtk

a). Les huit cordes à piano : 0’50 / 0’55.
b). Les huit co-conspirateurs entrant dans le Premier Sénat du « Volksgerichtshof » : 5’42 / 6’04.

Image
Volksgerichtshof. Part 2.
http://www.youtube.com/watch?v=U8WRJbcL ... re=channel

a). L’installation des deux caméras : 0’7 / 0’30.
b). La disposition des deux micros : 0’48 . 1’26.

Annexe 2. Liste des victimes (connues) exécutées à Berlin-Plötzensee pendant la période nazie.

http://de.wikipedia.org/wiki/Liste_von_ ... ozialismus

Annexe 3. Les statistiques de la prison de Berlin-Plötzensee de 1933 à 1945.

Image
Source Wikipédia.

Annexe 4. Liste des membres du complot du 20 juillet 1944.

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_members_of_the_20_July_plot

Annexe 5. Les ruines du « Volksgerichtshof » sous lesquelles fut enseveli le diable de Freisler lors du bombardement aérien du 03 février 1945.

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Ainsi finissent les...

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Lionel Letendre
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lude Lionel Letendre » 28 Mai 2012, 19:08

Bonjour à tous, chers membres du Forum.

Le 08 août 1944 a ainsi été marqué par des événements de la plus haute importance, tant du point de vue politique que militaire. L’examen attentif du premier procès des conjurés de l’opération « Walkyrie », une opération qu’il faut sans doute interpréter comme un acte de contrition du peuple allemand, nous a permis de mesurer combien était arbitraire le droit nazi (pour autant que nous puissions encore parler d’un « droit » ici) et criminel l’État dont il était l’incarnation.

Ces considérations nous ont semblé utiles à plusieurs titres. D’abord parce qu’elles permettent de comprendre la peur qu’inspirait le régime à ceux qui auraient voulu montrer quelques velléités à son endroit et, du coup, la docilité de bien de ceux (militaires en tête) qui n’adhéraient pas à son « idéal », mais aussi et surtout parce qu’en temps de crise, ce dernier peut à nouveau renaître de ses cendres et redevenir séduisant, un danger contre lequel Berthold Brecht nous mettait déjà en garde. Nous savons toutefois prêcher ici à des convertis, et nous nous associons de toute la force de nos convictions à tous ceux qui veulent voir triompher le parti le plus noble qui soit, celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, celui des Droits de l’Homme.

Cela étant dit, nous allons pouvoir revenir en Normandie, dans l’une des plus grandes opérations alliées, parmi les soldats luttant contre le destin fatal dans lequel la folie meurtrière d’Hitler les a précipité.

État au 09.08.44.

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Commençons par faire un point sur la situation générale du front de Normandie en ce mercredi 09 août 1944.

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Par comparaison avec la carte équivalente (au 1 : 100 000) du « WFSt Op. (H) » de l’OKW établie en date du 08 août 1944 (présentée dans le post consacré à cette journée), nous constatons qu’au sud du front les forces américaines du XV Corps du Major-General Haislip (la 5th Armoured Division et les 79th et 90th Infantry Divisions), subordonnées à la 3rd US Army du Lieutenant-General Patton, après avoir pris Le Mans le 08 août, infléchissent l’axe de leur offensive comme elles en ont reçu l’ordre le jour même, après que Bradley, en accord avec Montgomery, voyant les allemands contre-attaquer à Mortain et prendre le risque de se faire envelopper par le nord et par le sud, eu l’idée de tirer profit de cette situation et de tenter une manœuvre hardie destinée à encercler les armées allemandes à l’ouest d’Argentan et de Falaise. (Notons que la flèche rouge sur la carte devrait en réalité marqué un tournant radical à 90°...). Le premier objectif du XV Corps, à 50 km au nord du Mans, est la ville d’Alençon (carrefour des nationales Rouen-Bordeaux et Rennes-Paris). L’objectif final se trouve à 18 km au nord d’Alençon, sur une ligne de 25 km reliant Sées à Carrouges. Pour augmenter la force de frappe du XV Corps, Bradley donna à Patton (et donc à Haislip) une division blindée supplémentaire, la 2ème Division Blindée française. Ce dernier dit à Haislip de faire prendre la tête du corps d’armée par les blindés de la 5th Arm. Div. et ceux de la 2ème D.B. Il attendait en effet beaucoup des soldats français car ils avaient l’expérience du combat et les savait impatients de libérer leur pays... L’attaque est prévue pour le 10 août à 7 heures. (Rappelons, si besoin est, que la division commandée par le Général Jacques Philippe Leclerc de Hauteclocque avait combattu en Afrique, avant d’être ramenée en Angleterre au printemps 44 pour représenter les armées françaises dans l’opération « Overlord ». Équipée de matériels américains, elle était arrivée sur le continent à partir du 1er août 1944 et s’était rassemblée juste au sud d’Avranches pendant les premiers jours d’août. Mise en alerte pendant un bref instant pour être utilisée éventuellement à Mortain, elle reçut ensuite l’ordre de gagner Le Mans où elle fut rattachée le 09 août au XV Corps).

Pendant ce temps, au nord-ouest du front de Normandie, à la charnière de la 1st US Army et de la 2nd British Army, les américains du XIX et du V Corps relancent leur offensive au sud-ouest de Vire (qu’ils ont libéré à l'aube du 07 août), tandis que, dans le cadre de l’opération « Bluecoat », les anglais du VIII Corps en font de même à l’est de Vire, dans la région d’Estry - Chênedollé (une seconde flèche rouge aurait d’ailleurs pu le signaler sur la carte...), une offensive qui sera repoussée par la 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen » et par le bataillon lourd de la s.SS-Pz-Abt.102 du Sturmbannführer Hans Weiß, lequel reçut ensuite l’ordre de quitter ce secteur pour rejoindre celui de Falaise où la situation s’est brusquement aggravée et présage une catastrophe pour les forces allemandes.

Côté allemand justement, le nombre de divisions (y compris celui de celles qui sont épuisées) reste le même. En revanche, un changement très important a lieu ce 09 août à la tête de l’une des deux armées présentes en Normandie. Le XXXXVII. Panzer-Korps du General der Panzertruppen Hans Freiherr von Funck, qui vient de contre-attaquer à Mortain, passe en effet avec ses quatre divisions blindées sous le commandement du General der Panzertruppen Heinrich Eberbach et prend le nom de Panzergruppe Eberbach. Le commandement de la 5. Panzerarmee est alors confié au SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Josef Dietrich (lequel est remplacé à la tête du I./SS-Panzer-Korps par son ancien chef d’état-major, le Brigadeführer Fritz Krämer). Les deux armées allemandes de Normandie sont donc maintenant commandées par des généraux de la Waffen-SS. Précisons enfin que, sur notre carte, les éléments graphiques sous forme de surfaces jaunes représentent les « Versorgungbasen » (bases de ravitaillement, en fr.) de la 5. Panzerarmee et de la 7. Armee, l’avance américaine menaçant clairement celle de l’AOK. 7, risquant ainsi de priver les forces de Hausser de tout support logistique. Pour le commandement allemand la situation devient ainsi terriblement sérieuse.

***

Maintenant que nous nous sommes fait une idée de la situation générale, nous allons pouvoir nous concentrer sur le front de la rive est de l’Orne, où, malgré la mise en demeure de Montgomery d’arriver par le nord très vite à Falaise, la First Canadian Army du Lieutenant-General Crerar va se trouver arrêtée dans le couloir de Caen à Falaise ce 09 août. En effet, malgré un déploiement conséquent de forces et un bon départ, l’assaut du 08 août n’a fait avancer l’armée canadienne que de 10 km. Avec un gain supplémentaire de 5 km le 09 août, l’élan va s’enliser, le Second Canadian Corps du Lieutenant-General Simonds se heurtant à une puissante ligne de défense.

Avant d’essayer de déterminer précisément le rôle que la 85.I.D. a joué dans le ralentissement et l’enrayement de l’offensive alliée en ce mercredi 09 août, tâchons d’abord de localiser Kurt. À vrai dire, la carte suivante (au 1 : 200 000) du « WFSt Op. (H) » établie en date du 09 août ne va pas nous être d’un grand secours car, si elle indique bien que des évènements sont en train de se dérouler au sud de Caen (nous les étudierons par la suite), la situation à l’est de Lisieux est, d’après elle, comme figée.

Image

Par rapport à la carte (à la même échelle) du 08 août, la seule modification que nous puissions constater dans les secteurs de Rouen et de Lisieux, c’est la localisation du HQ de la 85.I.D. qui n’est plus reporté au nord de la Seine, à Saint-Martin-de-Varengeville (il n’y a plus le drapeau !) et n’apparaît d’ailleurs plus nulle part... La carte du 08 août présentait déjà des incohérences et manquait assurément (nous nous en sommes rendus compte) de fiabilité. Nous en déduisons que sur ces deux jours (les 08 et 09 août 1944), le Service-Opérations de l’OKW ne sait plus vraiment où se situent exactement les différents éléments de la 85.I.D. Cela tient-il à des problèmes de transmission ? À d’indispensables mesures de précaution imposant un silence radio ?

Toujours est-il que nous avons réussi à rétablir les choses grâce au KTB de la Pz.AOK. 5, en montrant d’une part que la 3.Abteilung (mot.) de l’Artillerie Regiment 185 n’est plus en réalité au sud de Lisieux mais entre Maizières et Soumont-Saint-Quentin, au sud du Laison exactement, et ce depuis les premières heures du 09 août, ayant très certainement rejoint ce secteur dans les nuits du 07 au 08 et du 08 au 09 août ; et d’autre part que deux bataillons sur les trois que compte le Grenadier-Regiment 1053 ne sont plus depuis longtemps en forêt de Brotonne mais sont également parvenus au même moment au sud du Laison, ayant très certainement parcouru les 115 kilomètres séparant la forêt de Brotonne des rives du Laison (en suivant l’axe Brionne, Lisieux, Saint-Pierre-sur-Dives) durant les trois nuits du 06 au 09 août. Quant à la Panzerjäger-Abteilung 185, bien qu’Eberbach pensait en disposer le 09 août au matin et la déployer (avec l’Art.Rgt.185 et les deux bataillons du Gren.Rgt.1053) comme « seconde ligne » derrière les positions de la 12.SS-Pz.Div. « HJ », une carte (que nous présenterons par la suite) nous montrera qu’elle n’est pas encore arrivée le 09 août dans le secteur du Laison puisqu’on l’a retrouvera stationnée le 10 août à quelques kilomètres à l’est, dans la région de Saint-Pierre-sur-Dives. Ce n’est que le 11 août qu’elle gagnera définitivement les rives du Laison. A-t-elle dû se mettre à l’abri en raison de l’activité aérienne ? Ou attendre que des emplacements soient choisis et préparés ? A-t-il été impossible de lui acheminer de l’essence ? Quoi qu’il en soit, ce qui semble certain, c’est qu’elle ne peut pas être le 09 août encore au nord de Lisieux, ce qui reviendrait à nouveau à penser qu’elle a effectué le parcours (entre Blangy-le-Château et Saint-Pierre-sur-Dives) en une nuit (celle du 09 au 10 août), ce qui n’est certes pas impossible, mais hautement improbable. S’agissant enfin du HQ de la 85.I.D. de Kurt Chill, nous savons d’après l’Annexe 3 a) du KTB de la Pz.AOK. 5 qu’il est établi le 09 août à Ammeville (à 18 km au sud-est de Sassy et à 20 km à l’est de Falaise), tandis que celui de la 12.SS-Pz.Div. « HJ » de Kurt Meyer est positionné à 1,5 km à l’est de Potigny, près du Tombeau de Marie Joly, au château de « la Brèche au diable »...

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La première de couverture des « Anlagen » (Annexes, en fr.) de la seconde partie du
« Kriegstagebuch » du Pz.AOK. 5 (couvrant la période du 09 août au 09 septembre 1944).


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« Anlage 3a zur Kr.T.B.
Pz.A.O.K. 5
Nachtrag zur Tagesmeldung 9.8.44 ».
Le point c) définit le lieu des postes de commandement des quatre divisions affectées au I./SS-Panzer-Korps.


Quant au positionnement des autres éléments de la 85.I.D., le KTB lui-même de la 5. Panzerarmee ne nous donne aucune information précise, et le « supplément au rapport quotidien » (« Nachtrag zur Tagesmeldung », en all.) du 09 août présenté ci-dessus ne nous permet pas davantage d’en savoir plus. Il se contente en effet de préciser dans le point f) que le gros (« Masse », en all.) de la 85.I.D., qui est à présent officiellement subordonnée (« unterstellt ») au I./SS-Pz.Korps, est encore en transit (« noch in Zuführung »)... Nous en sommes ainsi réduits à former de simples conjectures (déduites toutefois des positions que ces éléments occuperont le 10 août, lesquelles seront à nouveau précises et dignes de confiance, nous le verrons). Nous supposons en effet que la progression les différents éléments de la 85.I.D. s’effectua alors en mouvements dispersés, selon un échelonnement permettant l’absorption des unités dans les secteurs d’accueil suivant : 1/ au sud de Lisieux, dans le triangle (boisé) Lisieux - Livarot - Orbec ; 2/ dans la région forestière à l’est de Bernay ; 3/ dans la forêt de Brionne ; et 4/ dans celle de Brotonne (pour les unités en queue de division). Une des deux compagnies du Pionier-Bataillon 185 restant affectée sur les rives de la Seine (elle y sera encore présente le 10 août). Le Divisions-Füsilier-Bataillon 85 de Kurt ayant été morcelé en trois éléments durant son transfert, il nous est impossible de préciser le placement exact de notre Obergefreiter. Une chose est sûre en revanche, c’est que l’ensemble (quasiment) de la division est en mouvement, contrairement à ce que laisse penser notre carte. La marche d’accès au front se déroulant assurément de nuit, mais aussi très certainement de jour, tant était absolue pour le commandement allemand l’urgence de juguler la menace de percée canadienne.

Les mouvements de nuit devaient être moins oppressants.

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De jour en revanche, l’angoisse devait être de tous les instants,...

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... et chacun devait se tenir prêt à se mettre promptement à couvert dans les fossés et sous les arbres.

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Quant aux véhicules, mieux valait qu’ils ressemblent...

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... à des buissons ambulants !

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Bien que ses images aient été tournées en 1941 sur le front de l’Est et dans un contexte qui n’est pas celui du front de Normandie (avec le harcèlement permanent des « Jabo » alliés), le film d’instruction suivant de la série « Die Frontschau » (numéro 3) datant de 1941, Vormarsch im besetzten Gebiet (Progression en territoire occupé, en fr.), donne une idée de la lenteur d’une unité hippomobile en transfert (mais aussi des périls qu’elle encourrait si sa marche devait s’effectuer sous le regard exercé de pilotes ennemis).

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Vormarsch im besetzten Gebiet (14m. 52s.).
http://www.youtube.com/watch?v=okfoGzv_90I

***

Revenons maintenant au premier engagement des hommes de la 85.I.D. de Kurt sur le front de Normandie. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va se solder par un succès défensif retentissant (le mérite en revenant toutefois essentiellement aux « Panzergrenadiere » de la division « Hitlerjugend ») et que l’épreuve va s’avérer terrible pour les soldats canadiens et polonais...

Nous avons vu précédemment qu’au soir du 08 août, au terme de la seconde phase de l’opération « Totalize », le village de Haut-Mesnil constituait l’un des point les plus avancés du front allié. Les Argyll and Sutherland Highlanders of Canada (Princess Louise’s), se retrouvant bloqués devant la carrière des Aucrais par le I./SS-Pz.Gren.Regt.25 et des grenadiers isolés de la 89.I.D., reportèrent l’attaque au lendemain matin. Les chars du 21st Armoured Regiment « The Governor General’s Foot Guards » ont bien tenté un contournement par l’est mais furent arrêtés par les pièces du SS-Flak-Bataillon 12 et préférèrent consolider leurs positions à la tombée de la nuit et retirer leurs blindés de la ligne de front.

Les allemands profitèrent alors de la nuit du 08 au 09 août pour aligner leur front, se réorganiser et se réapprovisionner. Ainsi :

- les restes de la 89.I.D. furent placés à l’ouest de la RN158, établissant le contact avec la 271.I.D.

- Le III./SS-Pz.Gren.Rgt.26, de retour de la forêt de Grimbosq et rejoint dans la nuit par son « Kommandeur » le SS-Sturmbannführer Erich Olboeter qui revenait avec son état-major et l’une de ses compagnies de la région de Vire (l’ensemble formant la Kampfgruppe Olboeter), se positionna sur le versant sud de la cote 195, à 2 km au nord-ouest de Potigny.

- La vingtaine de Panzer IV du II./SS-Panzer-Regiment 12 et les cinq Tiger restants de la 2.Kompanie de la s.SS-Pz.Abt.101 (cinq ayant été détruits, dont le 007 du défunt Wittmann, lors de la contre-attaque du 08 août près de Cintheaux) s’embusquèrent dans le Bois du Quesnay, à l’abri des chasseurs-bombardiers alliés et sur une hauteur dominant le champ de bataille. Ils furent rejoints à 03 heures du matin environ par les 30 Panther restants du I./SS-Panzer-Regiment 12 et les 11 Tiger de la 1.Kompanie de la s.SS-Pz.Abt.101, la composante blindée de la Kampfgruppe Wünsche qui a réussi elle aussi à revenir à la faveur de la nuit de la forêt de Grimbosq où elle avait été engagée le 07 août contre la tête de pont britannique (9 Panther ayant été détruits alors qu’aucun Tiger n’a été perdu).

- Dans le même temps, le SS-Flak-Bataillon 12 et les éléments présents du III. Flak-Korps abandonnèrent leurs positions au sud de Haut-Mesnil pour s’installer au nord de Potigny, sur la RN 158. Une batterie du SS-Flak-Bat.12 prenant position aux abords nord de Bretteville-le-Rabet.

- La Divisions-Begleit-Kompanie de la « HJ », qui devait selon les ordres de Kurt Meyer se tenir à disposition de la division près de Potigny (à Montboint exactement, à 1,5 km à l’est d’Ouilly-le-Tesson), n’étant pas parvenu à se dégager et à rejoindre ce secteur, s’établit entre Saint-Sylvain et le Château du Fosse. (Ce n’est que le 09 août au matin que le « Kommandeur » retrouvera la trace sa « compagnie d’accompagnement divisionnaire »).

- Une partie d’un groupement tactique formé autour du I./SS-Pz.Gren.Rgt.26 du SS-Sturmbannführer Bernhard Krause (la Kampfgruppe Krause), revenu également dans la nuit de la forêt de Grimbosq, pris position entre Soumont-Saint-Quentin et Ouilly-le-Tesson, tandis que l’autre moitié occupa sur les hauteurs au nord de Maizières et de Rouvres jusqu’à la cote 132.

- De son côté, la Kampfgruppe Waldmüller, comprenant les puissants Jagdpanzer IV armés du 7,5cm PaK 39/L48 des 1. et 2. Kompanien de la SS-Panzerjäger-Abteilung 12, s’établit sur la ligne cote 132 - cote 140 - Maizières.

- La Korps-Begleit-Kompanie du I./SS-Pz.Korps était déjà en place dans le secteur au sud du Château du Fosse depuis le 08 août au soir.

- A 04 heures 30, toutes les pièces de Pak de la III./SS-Panzerjäger-Abteilung 12 étaient en position dans leur secteur respectif : les unes dans les environs de Soignolles et, juste au nord, dans ceux du Château du Fosse ; les autres dans les bois au sud d’Estrées-la-Campagne.

- La Kampfgruppe Klein (du nom du SS-Untersturmführer Willy Klein, officier adjoint de Hans Waldmüller), formée autour du I./SS-Pz.Gren.Rgt.25, évacua elle aussi la partie sud de Haut-Mesnil peu avant l’aube et rejoignit le secteur de Soignolles.

- Le SS-Panzerartillerie-Regiment 12 et les lance-roquettes du SS-Werfer-Bataillon 12 s’étaient quant à eux repliés dès 22 heures le 08 août au sud du Laison afin de couvrir tout le secteur de la 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend ».

- En marche d'approche, treize Tiger de la s.SS-Pz.Abt.102 et les « vordere Teile » de la 85.I.D. doivent venir compléter le dispositif...

Pour permettre de s’y retrouver, nous publions ici la carte d’Hubert Meyer (présentée précédemment) revue et modifiée... par nos soins ! (Nous rêvons de pouvoir un jour proposer nos propres cartes des opérations, mais il nous faudrait pour cela bénéficier des conseils experts d’un infographiste !). Notons que sur le terrain une même unité peut être très dispersée et ses éléments assez éloignés de la position de combat principale. Un exemple : la Flakkampfgruppe 13300, subordonnée au III. Flak-Korps, est disposée sur une ligne allant de la cote 195 à Assy.

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Les forces alliées, en stoppant leur offensive à la tombée de la nuit du 08 août, ont ainsi permis à leurs adversaires de bénéficier de quelques heures de répit et de s’établir à nouveau solidement sur une ligne de défense offrant d’excellents centres de résistance. Ils laissèrent passer du coup leur chance d’ouvrir le passage étroit entre la Laize et le Laison et d’effectuer une percée rapide vers Falaise. Une erreur qui va s’avérer fatale. Mais d’ailleurs, peut-on se demander, la conception même de l’opération « Totalize », subdivisée en deux phases (que scandent les deux bombardements aériens), n’était-elle pas déjà en elle-même une erreur tactique ? Songerait-t-on à interrompre une charge de cavalerie en faisant intervenir une pause pour le fourrage ? Et c’est au demeurant parce que les résultats de la deuxième phase de l’opération sont décevants et que l’avance est devenue hésitante que l’état-major d’« Harry » Crerar va demander d’accélérer la progression et commander aux blindés de relancer l’offensive sans attendre l’infanterie éprouvant des difficultés sur le terrain. Conformément aux exigences du commandement, le Lieutenant-General Simonds ordonne alors à la 4th Canadian Armoured Division (4th CAD en abrégé) du Major-General Kitching et à la 1st Polish Armoured Division du Brigadier-General Stanislaw Maczek de reprendre l’initiative pour que « Totalize » se poursuive, mais désormais les tubes des canons et des mortiers attendent leurs victimes, et les Tiger et les Panther sont prêts à bondir pour anéantir d’un coup de griffe de jeunes vies humaines. La danse de la mort va (re)commencer...

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Un canon de 2 cm Flak 38 camouflé du III. Flak-Korps. Il est servi par quatre hommes : le viseur (K1), le chargeur (K2), le pourvoyeur (K3), et le dernier au
télémètre (K4). Le chef de pièce se trouvant derrière.

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Une Flak 8,8 cm embusquée en action.

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Le Generalleutnant Wolfgang Pickert, « Kommandeur »
du III. Flak-Korps.

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Un 7,5cm PaK 40 à l’affût.

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Pz.Kpfw. VI Tigre de la s.SS-Pz.Abt.101 en Normandie.

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Tapi dans sa tanière, le fauve peut-être pisté,...

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... c’est pourquoi il est impératif d’en effacer rapidement les traces.

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Pz.Kpfw. IV...

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... et Pz.Kpfw. V Panther en schéma camouflage.

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L’essentiel est de voir sans être vu. Mais à ce point-là !


Le plan de la nouvelle offensive est rédigé à 21 heures 30. La 4th CAD est articulée en deux « Battle groups ».

Le premier groupement tactique, sous les ordres du Lieutenant-Colonel William W. Halpenny, officier commandant du 22nd Canadian Armoured Regiment « The Canadian Grenadier Guards » (22nd CAR ou CGG en abrégé), comprend le 22nd CAR accompagné par le bataillon motorisé du Lake Superior Regiment (LSR en abrégé). Le second groupement tactique, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Donald G. Worthington (à ne pas confondre avec le Major-General F.F. Worthington), officier commandant du 28th Canadian Armoured Regiment « The British Columbia Regiment » (28th CAR ou BCR en abrégé), comprend le 28th CAR accompagné par trois compagnies (en partie motorisées, en partie portées) de l’Algonquin Regiment. Le 22nd et le 28th CAR (2/3 de la force blindée de la 4th CAD) et le bataillon motorisé du Lake Superior Regiment appartenaient à la 4th Canadian Armoured Brigade du Brigadier Eric L. Booth, tandis que l’Algonquin Regiment était subordonné à la 10th Canadian Infantry Brigade du Brigadier James C. Jefferson).

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Le Major-General George Kitching (à droite), commandant la 4th Canadian
Armoured Division
, et Lieutenant-General Guy Simonds, commandant du Second
Canadian Corps
. Ce dernier relèvera Kitching de son commandement le 21 août 1944,
après 21 jours de combat, arguant de son manque de « leadership » et des ternes performances
de la 4th CAD.


L’objectif assigné à la Halpenny Force est de prendre Bretteville-le-Rabet, puis d’avancer de quatre kilomètres pour sécuriser la cote 195, et enfin d’avancer encore de deux kilomètres jusqu’à la cote 206, au sud-ouest de Fontaine-le-Pin, point le plus élevé de la route Caen-Falaise. La Worthington Force a quant à elle reçu l’ordre de s’emparer directement de la cote 195, au nord de Fontaine-le-Pin. Les deux groupements tactiques devant atteindre leurs objectifs avant l’aube. C’est peu avant minuit que le Brigadier Eric L. Booth informe les commandants des deux « Battle groups » du nouveau plan. À 02 heures 30, la Halpenny Force démarre du sud de Lorguichon avec le B-Squadron en tête, suivi du A-Squadron, le C-Squadron étant gardé à l’arrière. Les trois « Squadrons » sont accompagnés chacun d’une compagnie du bataillon motorisé du LSR. Mais la progression est lente et le C-Squadron est même stoppé une demi heure par des tirs provenant de l’est de Cintheaux. Se relançant, elle est à nouveau arrêtée et doit répondre à des tirs provenant cette fois de Cauvicourt avant de reprendre sa marche en avant. À 04 heures, la Worthington Force se lance à son tour depuis Gaumesnil, avec les chars du C-Squadron du BCR en tête, accompagnés par les hommes de l’Algonquin Regiment. Or, elle se heurte bientôt près de Haut-Mesnil à la colonne de la Halpenny Force qui attaque Bretteville-le-Rabet où, dans les abords nord de la commune, une position de canons anti-aériens de quatre Flak 8,8 cm et de six de plus petit calibre stoppe toute progression. Worthington a alors une décision difficile à prendre. Doit-il attendre que Halpenny prenne la localité ?

Ses ordres sont clairs. Il doit prendre la cote 195 avant la pointe du jour mais la route directe vers son objectif n’est pas disponible. Le village de Bretteville-le-Rabet était supposé être nettoyé par la Halpenny Force mais, avec le retard accumulé, son C-Squadron n’arrive dans le secteur qu’en même temps que la Worthington Force. Voyant que sa colonne commençait elle-même à essuyer des tirs, Worthington décide alors, afin d’éviter la bataille qui est en train de se dérouler, de se détourner vers le sud-est pour se rabattre ensuite vers le nord-ouest. La nuit est claire, mais la lune est seulement dans son premier quartier et ne procure pas beaucoup de lumière pour la navigation. Après 1 heure 30 de progression sous des tirs allemands sporadiques, avec la poussière soulevée par les blindés et, qui plus est, des nappes de brouillard réduisant localement la visibilité à moins de 1000 mètres, la colonne, manquant de repères, se perd complètement dans l’obscurité et, confondant la longue route droite bitumée menant à Rouvres avec la RN158 Caen-Falaise, ne se rabat pas comme prévu et s’engage vers le sud-est. Cette erreur va avoir des conséquences désastreuses...

Tandis que la 4th CAD doit attaquer en direction de Potigny, l’objectif de la 1st Polish Armoured Division (dont nous présenterons l’organigramme le moment venu) est de progresser sur le flanc gauche des canadiens. Elle a pour mission d’investir Cauvicourt (à 1,5 km à l’est de Haut-Mesnil), d’avancer sur Renémesnil (à 2 km au sud de Cauvicourt) et Saint-Sylvain (à 3 km à l’est de Cauvicourt), de progresser ensuite vers le sud en direction de Soignolles et d’Estrées-la-Campagne et de s’emparer de la cote 140, une hauteur stratégique dominant le cours du Laison et pouvant permettre à l’artillerie et aux blindés d’en interdire le franchissement à Montboint et Rouvres et de pilonner les défenses allemandes situées derrière la rivière. Un plan bien ambitieux qui ne tient pas compte de l’étagement en profondeur du système de défense mis en place par les allemands et qui va opposer aux vaillants soldats polonais un véritable mur de feu.

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À gauche, le Brigadier-General Stanislaw Maczek, commandant de la 1st Polish Armoured Division.

Nous n’entrerons pas dans l’examen des évènements qui marquèrent la progression de la Halpenny Force dans la journée du 09 août, si ce n’est en rappelant que le A-Squadron parvint à prendre Bretteville-le-Rabet avec l’aide d’une compagnie du LSR à 12 heures (la localité n’étant totalement « nettoyée » qu’à 15 heures), faisant 60 prisonniers, mais qu’elle ne réussit pas ensuite à déboucher entre Bretteville-le-Rabet et Langannerie, étant brutalement stoppée par les tubes des blindés de la Kampfgruppe Wünsche embusqués dans le Bois du Quesnay. Le 21st Canadian Armoured Regiment « Governor General’s Foot Guards », envoyé à la rescousse, ne parvint pas davantage à emporter la décision (le A-Squadron perdant 12 chars sur 19, tandis que les B et C accusèrent à eux deux une perte supplémentaire de 14 chars). Les « renseignements » avaient signalé que le Bois du Quesnay était faiblement tenu, mais, en fait, la Halpenny Force rencontrait-là le cœur même de la défense antichar allemande. À mesure que la journée passa, il devint évident qu’une nouvelle attaque serait trop coûteuse, et il fut décidé de retirer tous les « Squadrons » et de les installer en position défensive en terrain ouvert près de Langannerie, face au Bois du Quesnay. L’attaque en direction de la cote 195 ne reprendra qu’à la faveur de la nuit du 09 au 10 août.

Nous préférerons nous pencher sur le sort de la Worthington Force et de la 1st Polish Armoured Division, car ce sont les deux unités qui vont être amenées à rencontrer, aux côtés des hommes de la « Hitlerjugend », les « vordere Teile » de la 85. Infanterie-Division, laquelle va connaître en ce mercredi 09 août 1944 son baptême du feu.

Mais comme ces évènements réclament un examen long et minutieux, nous le remettons à plus tard.

À suivre donc...
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Dernière édition par Lionel Letendre le 10 Fév 2013, 00:08, édité 7 fois.
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