Reprenons maintenant le récit du transfert de la division de notre cher Obergefreiter.
État au 06.08.44.


Le Generalleutnant Walther Wenck, Chef der Operations-Abteilung
de l'OKH depuis le 21 juillet 1944.
La carte suivante établie par l’« Op. Abt. » du « Gen.St. d H » de l’OKH à la date du 06 août, nous permet de nous rendre compte de la situation générale sur le front de Normandie à la veille de la contre-attaque de Mortain (ou d’Avranches, comme l’appelaient les allemands) qui débuta le 07 août 1944 peu après minuit.

Remarquons que dans le secteur américain, le Haut Commandement allemand ignore que la First U.S. Army du Lieutenant-General Courtney H. Hodges est épaulée par la Third U.S. Army du... Lieutenant-General Georges S. Patton, et que ces deux armées sont coiffées par le Twelfth U.S. Army Group du... Lieutenant-General Omar N. Bradley ! (Il est vrai toutefois que, dans le cadre de l’opération d’intoxication « Quicksilver », c’est dans le plus grand secret que, le 1er août, la 3rd Army de Patton est devenue opérationnelle et que le 12th Army Group est passé sous le commandement de Bradley...).
Faisons le point sur l’état du front allemand de Normandie en ce dimanche 06 août.
Ordre de bataille des armées allemandes sur le front de Normandie le 06.08.44.

5. Panzerarmee. General der Panzertruppen Heinrich Eberbach.

Le Generalmajor Heinrich Eberbach en 1942.
(Il sera promu General der Panzertruppen le
1er août 1943).
- LXXXVI. Armeekorps. General der Infanterie Hans von Obstfelder. (Secteur du corps d’armée : entre Cabourg et Secqueville-la-Campagne).
. 346. Infanterie-Division.
. 272. Infanterie-Division. (+)
. 711. Infanterie-Division. (-)
- I. SS-Panzer-Korps. SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Josef Dietrich. (Secteur du corps d’armée : entre Secqueville-la-Campagne et Thury-Harcourt).
. 89. Infanterie-Division.
. 271. Infanterie-Division.
. 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend ».
[. 85.Infanterie-Division. (De la 15. Armee, en route pour la 5. Panzerarmee, au sud de Rouen le 06.08).]
- LXXIV. Armeekorps. General der Infanterie Erich Straube. (Secteur du corps d’armée : entre Thury-Harcourt et Saint-Jean-le-Blanc).
. 277. Infanterie-Division.
. 276. Infanterie-Division.
. 326. Infanterie-Division.
[. 331. Infanterie-Division. (De la 15. Armee, en route pour la 5. Panzerarmee, au sud de Bernay le 06.08).]
- II. SS-Panzer-Korps. SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Wilhelm Bittrich. (Secteur du corps d’armée : entre Saint-Jean-le-Blanc et Chênedollé).
. 21. Panzer-Division.
. 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen ».
. 10. SS-Panzer-Division « Frundsberg ». (-)

7. Armee. SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Paul Hausser.

Paul (dit « Papa ») Hausser, Oberbefehlshaber
der 7. Armee depuis le 27 juin 1944.
- II. Fallschirmkorps. Generalleutnant Eugen Meindl. (Secteur du corps d’armée : entre Chênedollé et Vire).
. 3. Fallschirmjäger-Division.
. 363. Infanterie-Division.
. Élém. 10. SS-Panzer-Division « Frundsberg ».
- LXXXIV. Armeekorps. Generalleutnant Otto Elfeldt. (Secteur du corps d’armée : entre Vire et Chérencé-le-Roussel).
. KG 353. Infanterie-Division.
. KG 243. Infanterie-Division.
. KG 275. Infanterie-Division.
. 84. Infanterie-Division.
- XXXXVII. Panzer-Korps. General der Panzertruppen Hans Freiherr von Funck. (Secteur du corps d’armée : entre Chérencé-le-Roussel et Barenton).
. 116. Panzer-Division.
. 2. Panzer-Division.
. 2. SS-Panzer-Division « Das Reich ».
. 1. SS-Panzer-Division « Leibstandarte Adolf Hitler ».
. KG 17. SS-Panzergrenadier-Division « Götz von Berlichingen ».
- LXXXI. Armeekorps. General der Panzertruppen Adolf Kuntzen. (Secteur du corps d’armée : entre Barenton et Laval).
. 9. Panzer-Division. (-)
. 708. Infanterie-Division. (-)
. Élém. 5. Fallschirmjäger-Division.
. Élém. 13. Flak-Division.
. QG du LVIII. Panzer-Korps.
Notons :
1/ que nous avons ajouté à cet ordre de bataille les 85. et 331. Infanterie-Divisionen en provenance du nord de la France et en marche vers la Normandie (et dont on a vu que les éléments avancés se sont immédiatement succédés lors du franchissement de la Seine, tandis le gros des deux divisions traverse le fleuve en même temps) en précisant l’« Armeekorps » auquel elles étaient affectées.
2/ que (+) signifie que la division en question possède des éléments supplémentaires, et (-) qu'elle ne dispose pas de toutes ses unités.
3/ que « KG » est l'abréviation de « Kampfgruppe » (groupe de combat, en fr.), un groupement tactique provisoire le plus souvent formé à partir des restes de divisions malmenées au combat ou alors d'éléments en transfert qui n'ont pas pu atteindre leur division d'origine.
4/ que les « Hauptquartiere » de la 5. Panzerarmee et de la 7. Armee se situent respectivement dans la forêt à l’est de Lisores et au Mans, tandis que celui de la Heeres-gruppe B est au château de La-Roche-Guyon.
et 5/ que le « vorgeschobener Gefechtstand » (« V.G. St. » en abrégé, poste de commandement avancé, en fr.) de l’État-major de la 7. Armee est dans les bois de Messei au sud de Flers-de-l’Orne..., tandis que celui de la Heeresgruppe B est dans les bois au nord de Rouffigny.
C’est donc le I. SS-Panzer-Korps, sous le commandement du SS-Oberstgruppenführer und Generaloberst der Waffen-SS Josef Dietrich, que la 85.I.D. de nos deux Kurt (Chill et Habersack) doit rejoindre pour renforcer le secteur entre Secqueville-la-Campagne et Thury-Harcourt, et relever la 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend » épuisée par deux mois de terribles combats.


Josef (dit « Sepp ») Dietrich (1892-1966), photographié par Heinrich Hoffmann. Gerd von Rundstedt l’avait jugé « honnête mais stupide ». Wilhelm Bittrich avait été plus dur
encore : « Il m’est arrivé de passer une heure et demie, carte en main, à essayer d’expliquer une situation à Sepp Dietrich écrivait-il. En pure perte : il n’avait absolument
rien compris »...
Mais la route est encore longue, et pour l’heure, nous constatons (en revenant à notre carte du 06.08.) que si le gros de la 85.I.D. se regroupe (après avoir traversé la Seine le jour précédent) en forêt de La Londe et dans le secteur du Bois de Mont-Poignant et celui de Givard, au sud de Bourgtheroulde, d’autres éléments sont parvenus dans le secteur au nord-ouest de Rouen, au nord de Barentin exactement.

Mais où sont donc passés les éléments avancés de la 85 I.D. ? Plus de traces... Ni dans le secteur de Monfort-sur-Risle, ni ailleurs ! Pour les retrouver, il nous faut changer de carte et nous tourner vers celle du « WFSt Op. (H) » de l’OKW établie à la même date.

Et l’on se rend alors compte qu’ils se situent dans le même secteur que la veille (ce qu’indique la mention « 5. 8. »), c'est-à-dire dans celui de la forêt de Monfort, près de la Risle, et n’ont donc pas entrepris de mouvement dans la nuit du 05 au 06 août. C’est que déjouer la surveillance de l’aviation alliée doit devenir de plus en plus risqué à l’approche du champ de bataille et qu’il vaut sans doute mieux, malgré l’urgence de la situation, tâcher de se faire oublier.
Revenons maintenant un instant dans la forêt de La Londe. Nous y avons retrouvé les deux tunnels que nous évoquions dans le post précédent. Parmi les mille et un sentiers qui sillonnent l’épaisse forêt de La Londe, il existe quelques routes asphaltées dont l’une (la route forestière des Moulineaux) se trouve à une centaine de mètres du tunnel long que nous avions déjà repéré sur des prises de vue aériennes présentées ci-dessus.

Le voici, photographié entrée ouest.

Sa construction date exactement de 1863...

... et il était parfaitement à même d’abriter une partie des hommes et du matériel de la division de notre Obergefreiter lors de son transfert vers le front
de Normandie.
Que ces tunnels aient servis d’abris sûrs n’est qu’une hypothèse s’agissant du transfert de la 85.I.D. C’est en revanche un fait avéré lors de la retraite allemande de la fin du mois d’août 44. En effet, les récits des combats meurtriers que mena du 27 au 29 août 1944 dans la forêt de La Londe le 2nd Canadian Army Corps du Lieutenant-General Guy Simonds (appartenant à la First Canadian Army du Lieutenant-General Henry D.G. Crerar - celle-là même que la 85.I.D. affrontera lors de l’opération « Tractable ») en attestent.
Rappelons en effet pour mémoire qu’opposée au Grenadier-Regiment 559 de la 331.I.D., appuyé par des éléments du Grenadier-Regiment 1053 (deux unités qui connaissent bien le terrain...), et épaulée par une « Kampfgruppe » formée par le Generalleutnant Graf von Schwerin (l’ex « Kommandeur » de la 116. Panzer-Division) à partir des restes de la 6. Fallschirmjäger-Division, de la 2. Panzer-Division et de la 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen » (dont les blindés furent mis à l’abri dans les tunnels de la forêt de La Londe...), la 2nd Canadian Infantry Division du Major-General Charles Foulkes connut des pertes très lourdes pour des combats ayant duré quatre jours. En effet, si les Fusiliers Mont-Royal, étant déjà très affaiblis, n’ont pas été engagés à fond et n’ont perdu que 20 hommes, en revanche le South Saskatchewan Regiment a laissé sur le terrain 185 hommes, dont 44 tués. Le Black Watch (Royal Higland Regiment) of Canada déplora quant à lui la perte de 118 hommes, le Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada, de 99, et le Essex Scottisch Regiment, de 96, sans oublier le Royal Hamilton Light Infantry, avec 59 tués et blessés. Cela fait donc un total de 577 hommes pour six bataillons (dont 86 tués). Nous ignorons les pertes côté allemand.

Carte des combats ayant opposés les forces canadiennes aux troupes allemandes en forêt de La Londe du 26 au 29 août 1944. (Notons que cette carte omet
de signaler la présence d’éléments de la 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen »).

Photographie prise en 1946 du « carrefour des viaducs » en forêt de La Londe. Le South Saskatchewan Regiment a beaucoup
souffert lors des combats qui se déroulèrent dans les parages le 28 août 1944.

Le même lieu actuellement. (Notons que tout début avril, les feuillages sont encore rares !).
À quelques centaines de mètres du tunnel long, se trouve un tunnel court que nous avions également repéré précédemment, lequel se trouve lui aussi à quelques mètres d’une route forestière, celle de Beauval. Nous pouvons constater sur la photographie suivante combien est immédiate la proximité entre la route et le tunnel.

Le voici, photographié entrée ouest.

Ouvrage d’art de moindre importance (il ne mesure « que » 100 mètres), il ne comporte aucune inscription précisant la date exacte de sa construction (à la même époque, en toute bonne logique) et a pu également offrir un abri sûr aux précieuses pièces d’artillerie de l’Art.Rgt.185 et de la Pz.Jg.Abt.185, ainsi qu’aux hommes des bataillons d’infanterie de la 85.I.D.
Nous avons également découvert un tunnel beaucoup plus long encore (1320 mètres) dans le secteur d’Orival où le pont ferroviaire du Port des Graviers a bien sûr été reconstruit depuis la fin de la guerre. Le voilà, photographié depuis la rive gauche de la Seine.

Une prise de vue effectuée en son milieu nous donne une idée de la largeur du fleuve...

... et nous permet de comprendre le risque extrême que représentait le fait d’en entreprendre la traversée en plein jour, ce que feront pourtant les allemands lors de leur retraite fin août, vu l’urgence de la situation. Bien leur en a pris d’ailleurs, car cela nous permet de disposer de... photographies !
État au 07.08.44.

Peu après minuit, le 07 août 1944, les allemands lancent « l’opération “Liège” » (« Unternehmen “Lüttisch” », en all.) dans le flanc droit des forces alliées. Nous n’entrerons pas dans l’examen de cette opération (bien connue au demeurant), tant il y aurait de choses à dire, lesquelles déborderaient le cadre de notre sujet. Nous nous contenterons d’en donner un aperçu au travers de la carte au 1 : 80.000 suivante établie par le « WFSt Op. (H) » de l’OKW aux premières heures de la contre-attaque allemande. Nous pourrons ainsi nous rendre compte que ce sont les américains de la 9th Infantry Division (« Old Reliables ») du Major-General Manton S. Eddy et de la 30th Infantry Division
(« Old Hickory ») du Major-General Leland S. Hobbs qui eurent à supporter tout le poids de l’offensive du XXXXVII. Panzer-Korps du General der Panzertruppen Hans Freiherr von Funck et de ses quatre divisions blindées (les 1. et 2.SS-Pz.Div., et les 2. et 116.Pz.Div.), épaulées par un groupement tactique de la 17.Pz.Gren.Div.

Sur cette carte, notons 1/ que le « WFSt Op. (H) » ignore (le gros point d’interrogation en témoigne) que près de la Sée, au nord de Chérencé-le-Roussel, c’est le 39th Inf. Regt. du Lieutenant-Colonel Van H. Bond de la 9th Inf. Div. qui était présent. Il était lui-même en train d’attaquer lorsque débuta l’offensive de la 116.Pz.Div. Et 2/ qu’il oublie de mentionner à Mortain même, à la Montjoie exactement (cote 314), la présence du 2ème bataillon du 120th Inf. Regt. (« Third North Carolina ») de la 9th Inf. Div., l’héroïque « bataillon perdu » du Lieutenant-Colonel Eads G. Hardaway, encerclé (du 7 au 12 août) par les « Waffen SS » de la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich » et dont ces derniers, malgré leurs attaques répétées, n’arriveront jamais à obtenir la reddition. « Virtus incendit vires » (le courage embrase les hommes), telle était la devise de leur régiment...
Cela dit, revenons dans le secteur du front de Normandie qui nous concerne et où, à partir des positions situées à cinq kilomètres au sud de Caen, la First Canadian Army allait lancer dans la nuit du 07 au 08 août une attaque massive en direction du sud-est, vers Falaise - l’opération « Totalize ». L’arrivée dans ce secteur de la 85.I.D. devenait désormais très urgente, d’autant que pour l’opération « Lüttisch », le Haut Commandement allemand avait retiré trois divisions blindées du secteur de la 5. Panzerarmee pour les envoyer dans la région de Mortain. (On peut d’ailleurs comprendre le dilemme dans lequel se trouva à partir du 08 août l’Oberbefelshaber West, le Generalfeldmarschall Hans Günther von Kluge : ou se conformer aux ordres d’Hitler et lancer une deuxième et plus puissante attaque sur Avranches, ou tâcher de parer à la menace canadienne...).
Où les unités de la 85.I.D. se trouvaient-elles alors exactement en ce lundi 07 août 1944 ? La carte suivante (au 1 : 200000 cette fois) du « WFSt Op. (H) » de l’OKW va nous permettre de le savoir très précisément, en nous offrant la possibilité de localiser nominativement chacune des composantes de la division de notre cher Obergefreiter, et par conséquent les lieux qu’occupait le Divisions-Füsilier-Bataillon 85 de Kurt ce jour-là - les endroits car, malheureusement, nous allons nous apercevoir que son bataillon était morcelé en trois éléments...
Voici d’abord un aperçu général de la situation.

Détaillons-la à présent, en examinant tour à tour les positions prises par chacune des unités de la 85.I.D.

Tle. 85. J.D.
III/ A.R. 185
Pz.Jg.Abt. 185
Notons d’une part que le « WFSt Op. (H) » rédige le nom de la division en écriture « Fraktur », dans laquelle le « I » majuscule s’apparente à un « J » majuscule, ce qui peut prêter à confusion. Nous avons déjà évoqué la question avec Prosper dans un post précédent (cf. infra p. 4 et 5). Précisons d’autre part que c’est à partir de cette carte exactement que nous savons, depuis le début de l’examen de l’opération de transfert de la 85.I.D. (nous rétablissons l’orthographe d’usage !) vers le front de Normandie, que ses éléments avancés sont la 3.Abteilung (mot.) de l’Art.Rgt.185 et la Pz.Jg.Abt.185.
Après une journée à l’arrêt, ces derniers se sont donc remis en marche, ont quitté l’Eure et sont parvenus à 11 km au nord-est de Lisieux, dans le Calvados, et plus précisément dans le secteur de Blangy-le-Château et de ses nombreux bois. Nous en avons répertorié les principaux sur la carte suivante :

1) Bois de Morainville. 2) Bois de Manneville. 3) Bruyères des Marettes. 4) Bois du Mieux. 6) Bois Ravenot. 7) Bois des Yaumes. 8) Bois de la Cuve. 9) Bois Rivier.
10) Bois de Noirval. 11) Bois de la Couyère. 12) Bois de la Côte. 13) La Sapée. 14) Bois de Blangy. 15) Bruyère au Cher. 16) Bois de Cambrette. 17) Bois de Faulq.
18) La Petite Forêt.
Les éléments motorisés de la division ont ainsi progressé de 40 km vers l’ouest. Ce qui semble peu en un sens, mais représente déjà beaucoup en réalité en ces courtes nuits d’été et avec la menace qui se fait croissante à mesure que les troupes approchent du front.

Carte du trajet probable de la 3.Abteilung (mot.) de l’Art.Rgt.185 et de la Pz.Jg.Abt.185. entre le 05 et le 07 août 1944, de la forêt de La Londe aux bois des environs de Blangy-le-Château, via la forêt domaniale de Monfort, soit un total de plus de 65 km.
Remarquons au passage sur la carte du « WFSt Op. (H) » la présence au sud-ouest de Beuzeville, sur la ligne de chemin de fer reliant Rouen et Caen et orientée (comme l'indique la flèche) dans la direction du Havre et de l’embouchure de la Seine, de l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688, une batterie d’artillerie lourde sur voie ferrée équipée de deux 28cm Lange Bruno-Kanone (E) (28 E 688 Î 2), laquelle occupa, en 1940, le secteur Calais/Coquelles dans le Pas-de-Calais, face à l’Angleterre.

Un 28cm Lange Bruno-Kanone (E) (« E » pour « Eisenbahn », voie ferrée en fr.) identique à ceux qui équipaient
la Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688.

Trois exemplaires furent produits de ce matériel qui utilisait
un tube Marinerohr SK L/45.

Des efforts particuliers pour le camouflage de ces canons sur rail étaient indispensables car la moindre surface réfléchissante était visible aux yeux des
aviateurs alliés expérimentés, et la cible eût été trop belle !

Tle. 85. J.D.
Tle. Füs.Btl. 85
II/ A.R. 185
Feld Ers. Btl.
Tle. Pi-Btl.
Tel était donc l’emplacement d’au moins une des compagnies du bataillon de fusiliers de Kurt en ce lundi 07 août 1944. Laquelle ou lesquelles ? - impossible à dire en l’état. Elle(s) étai(en)t accompagnée(s) du Felderstaz Bataillon 185 et d’éléments du Pionier-Bataillon 185. La présence de ce dernier ne nous étonnera pas car, comme on a pu le constater précédemment, ses hommes étaient indispensables pour faire franchir la Seine aux différentes colonnes de la 85.I.D. Or, quand on sait qu’un Felders.Btl. peut compter jusqu’à 2000 hommes, selon qu’il comporte trois, quatre ou cinq « Kompanien » (celui de la 85.I.D. n’en comportant très certainement que trois, vu le nombre total de ses effectifs - 8725 hommes seulement rappelons-le, alors que l’effectif théorique d’une division d’infanterie allemande type 44 était d’environ 11000 soldats), tandis qu’une compagnie de fusiliers en compte 200, c’est environ 1500 soldats qu’il fallait faire traverser - de nuit de préférence ! Dans le secteur de Notre-Dame-de Bliquetuit en l’occurrence, dans la dernière boucle de la Seine, au passage d’eau du Trait/La Mailleraye-sur-Seine.
Les photographies suivantes (d’un même reportage) ont été prise le 28 août au passage d’eau de Caudebec-en-Caux/Saint-Nicolas-de-Bliquetuit, et peuvent nous permettre de nous faire une idée de ce qui s’est déroulé quelques kilomètres plus à l’est (cf. la carte répertoriant les différents passages d’eau proposée dans le post précédent) au début du mois avec les hommes de la 85.I.D.

Sur ce premier cliché (pris rive gauche), nous apercevons le grand bac qui opérait à ce point de passage et a été
détruit par l’aviation. On voit sa rampe d’accès qui surplombe la scène.

Un véhicule léger est embarqué avec difficulté sur une « Floßsackfähre 2 t. ».

Un Schwimmwagen s’engage ensuite dans la Seine à côté du bac coulé. L’homme debout à l’arrière est en train de basculer l’hélice du véhicule pour la
mettre en position à l’aide de la tige prévue à cet effet.
Sur la photographie suivante, on assiste au chargement sur la « Floßsackfähre 2 t. » d’une pièce de Flak légère de 20 mm.

Visible à l’arrière-plan de la première et de la seconde photographie, un Leichter Einheits-PKW (Kfz. 3) attendait d’être embarqué. Le voici parvenu rive droite.

Et la « Floßsackfähre 2 t. » (dont on voit combien elle n’a pas été fabriquée selon les instructions précises que nous avons détaillé - urgence oblige !) repart rive gauche pour un nouveau chargement.

Une fois l’obstacle franchi, c’est à nouveau dans une épaisse forêt, celle de Brotonne cette fois (qui s’étend sur 12 km de long et 10 km de large, et fait 7200 hectares), qu’allaient se dissimuler et cantonner, en attendant de progresser à nouveau, les hommes de la 85.I.D. Du nord de Barentin à la forêt de Brotonne, ils ont parcouru 32 km exactement.
À l’abri désormais de l’une des plus grande hêtraie de France,...

... ils ont pu s’arrêter,...

... et, la tension s’apaisant,...

... se reposer,...

... voire, parce que nous supposons que ce franchissement s’est effectué de nuit, s’endormir franchement.


Tle. 85. J.D.
Tle. Füs.Btl. 85
I/ A.R. 185
Tle. 1/Pi-Btl.
Gren.Rgt. 1053
Voici donc les éléments de la 85.I.D. qui ont traversé la Seine dans le secteur du passage d’eau de Duclair le 05 août puis se sont regroupés dans la forêt domaniale de La Londe le 06. Nous constatons que les trois « Abteilungen » de l’Artillerie-Regiment 185 sont désormais au sud de la Seine puisque l’une, motorisée, est au nord de Lisieux, la seconde, en forêt de Brotonne, et la troisième, ici, bien à l’abri des tunnels sans doute. Un des éléments de notre Divisions-Füsilier-Bataillon 85 est également là (nous ne pouvons pas davantage savoir si c’est la 3.Kompanie de notre cher Kurt...). Avec l’un des deux régiments de la division, le Grenadier-Regiment 1053, qui compte (théoriquement) un peu plus de 2100 soldats (708 par bataillon). Sont également présents les autres éléments du Pionier-Bataillon 185, lesquels sont intervenus à n’en pas douter sur les points de passage des deux premières boucles de la Seine. Ils sont prêts à quitter les lieux, car le transfert de la division est terminé dans ce secteur.
Mais pour l’heure, protégés qu’ils sont eux aussi par une épaisse forêt, tous ces soldats patientent...

... en songeant à ceux qui, peut-être, ont laissé la vie dans cette traversée périlleuse.


Tle. 85. J.D.
Gren.Rgt. 1054
Tle. Füs.Btl.
Et voilà enfin les « trainards » ! Dont faisait peut-être partie notre Obergefreiter, puisqu’on trouve là le troisième et dernier élément du Div.Füs.Bat.85 ! Présent dans le secteur de Barentin à nouveau, au nord de la Seine donc. Et en compagnie du deuxième régiment de la division (celui auquel Kurt a appartenu avant d’être transféré dans le bataillon de fusiliers), le Grenadier-Regiment 1054.
Et s’il s’était arrangé pour faire la route...

... avec ses camarades de régiment !

Qui sait...
Récapitulons pour finir la marche d’approche et le franchissement de la Seine aux différents points de passage empruntés du 04 au 07 août 1944 par les hommes de la 85.I.D.

Les trois-quarts de nos soldats ont ainsi traversé le fleuve. Mais les jours à venir vont être fatidiques pour eux. L’opération « Totalize » va bientôt être lancée, et c’est dans la plaine au sud d’Estrées-la-Campagne (qu’Hakermann nous a présenté à point nommé, et je l’en remercie vivement) qu’ils vont être attendus d’extrême urgence. Ils ne devront plus désormais s’arrêter de rouler. Poussés par le courant impétueux d’un destin insensé...
À très bientôt j’espère, pour la suite de cette tragique aventure.



je vous envois un mp avec des photos, j'ai corrigé mon texte sur la page précédente. 






































































































