Fernande Presti raconte la peur face aux occupants allemands

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Marc Laurenceau
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Fernande Presti raconte la peur face aux occupants allemands

Message non lu par Marc Laurenceau » 09 juin, 08:32

Buzet (47) : elle a vécu l’enfer à Caen le 6 juin 1944

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Fernande,sa fille et époux revenus à Caen en reconstruction dans les années 1949.

Date : 04/06/2018
Source : Sud Ouest
Auteur : Georges Longueville
Lien : https://www.sudouest.fr/2018/06/04/elle ... 3-3788.php

Ses souvenirs sont forcément, à 95 ans, à la fois flous et précis, criants d’une réalité que beaucoup aujourd’hui ne peuvent même pas imaginer. Fernande Presti, Buzéquaise depuis les années 1950, a vécu l’enfer et le déluge de feu, précurseurs le 6 juin 1944, de la libération du joug allemand.

Fernande, née Renout, à Caen le 20 avril 1923 a connu une enfance heureuse auprès de sa famille, d’abord rue de Rethel, puis rue Saint-Jean, un des premiers lieux victimes des bombardements alliés intenses du D Day, jusqu’en 1939.

À seize ans, les Allemands font irruption dans sa vie, elle raconte la peur face à ses occupants qui réquisitionnent, effraient, tuent parfois.

« Mon futur mari, Julien, Italien venu de Nérac, était, à 18 ans, chef cuisinier dans un restaurant de Deauville, l’hôtel dans lequel il travaillait ayant été détruit et son patron tué, il arrive à Caen en 1942 au restaurant l’Eden, dont le patron sera fusillé par les Allemands et l’hôtel lui aussi détruit. C’est à cette époque que nous nous sommes connus. »

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Fernande se souvient

Réquisitionné pour le travail obligatoire en Allemagne, c’est un train trop bondé qui lui donne un sursis de 24 heures, mises à profit pour obtenir de faux papiers et se soustraire au carcan allemand.

« Nous avons eu la chance de pouvoir les éviter sous les bombardements quotidiens des avions canadiens et anglais. La population locale était réquisitionnée, apeurée, forcée de surveiller, notamment les voies ferrées, sous la contrainte des soldats qui ne lésinaient pas en représailles… Cachés en centre-ville que nous n’avions pas pu fuir, le poste à galène bricolé par Julien nous invite, le 6 juin 1944 à 0 h 30, à partir sans délais… Le déluge de feu commença immédiatement, il était impossible de fuir. Les Allemands pour leur part, interdisant autoritairement toute sortie, nous avons subi, chanceux pour nous de rester en vie, la grêle d’obus qui détruisait Caen et ses habitants. Sur le bord de l’Orne que nous avons réussi à atteindre en traversant cachés dans les amas pierreux des immeubles détruits, nous avons pu nous abriter dans un fossé en bordure de la rivière. »

« Nous étions cinq immobiles, priant dans ce talus que nous croyions protecteur, lorsqu’un obus est tombé, anéantissant nos proches voisins de droite, projette en nous épargnant de nombreux éclats passant au-dessus nous sur des malheureux fugitifs à notre gauche. La peur nous empêchait, hélas, de nous attendrir et nous avons enfin pu nous enfuir, nous éloignant à pied, de cet invivable désert de pierre. Après deux mois de marche, notre cauchemar a pris fin, chez mes beaux-parents, à Nérac, aube d’une seconde vie. »


Marc Laurenceau
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