Témoignage d'une habitante d'Ifs

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Marc Laurenceau
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Témoignage d'une habitante d'Ifs

Message non lu par Marc Laurenceau » 26 juil., 22:38

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« Cette histoire-là, elle ne la raconte à personne », insiste Pierre-Yves Ozouf, époux de Raymonde. En 1944, Raymonde a 13 ans. Elle vit dans une maison mitoyenne à l'enclos de l'Eglise d'Ifs (située aujourd'hui face à la boulangerie), avec ses deux soeurs et « une mère veuve depuis 1938, qui est très volontaire. Elle est réquisitionnée pour préparer les repas aux Allemands », qui mangeaient dans l'école des filles (bâtiments en face de l'église).

Pour cette gamine ifoise d'alors, l'ennemi fait « partie du pays. Il y avait cinq ou six Allemands sur la route de Fontenay, certainement un relais de surveillance ». Jusqu'au D-Day, elle passe les après-midi à l'école. Des premiers bombardements de juin, elle parle peu : « On n'a rien vu pendant la guerre, moi j'étais gamine ! » Mais la mémoire de son enfance a bien imprimé des souvenirs impérissables. « Je me rappelle d'un Allemand qui a été tué. Il était à côté de l'église lorsqu'elle a été bombardée. Je le vois encore mort sur le brancard, le prêtre le bénissant. Un de ses amis a pris le géranium qui était devant la maison de notre grand-mère, pour le déposer sur sa tombe. »

Le Débarquement, la mère de Raymonde et son entourage l'espéraient. La violence des impacts d'obus le 6 juin 1944 a suffi à faire comprendre que « quelque chose se passait enfin ». La famille trouve refuge dans une tranchée construite de concert avec les voisins au fond du jardin. Cette vie de survie où l'hygiène n'a pas sa place, Raymonde s'en souvient non sans humour : « Ce n'était pas triste. Le grand-père tenait absolument à préparer le repas dans sa maison, rue du Bout-Guesdon, et il nous apportait la gamelle. Un jour, il avait cuisiné un ragoût, mais il avait oublié d'y mettre la viande, le pauvre ! »

Le 11 juillet, les bombardements « tombent partout, mais il n'y avait rien sur Ifs ». Ce jour-là, l'ensemble de la famille, quelques voisins, ainsi que « le curé et sa bonne Maria » ficellent les paquets et partent, à l'aide de charrettes et de vélos, sur la route « sans savoir quel village rejoindre ». Commence alors une vie d'errance. « On a d'abord rejoint la Mayenne, on couchait dans les fermes, souvent dans la paille. Sur la route, on retrouvait des personnes de Mondeville, de Cormelles et de Ifs. »

Cet exode les amènera jusqu'à Couzeix (Haute-Vienne) en août 1944. Un couple très aisé les accueille : « La dame ignorait qu'elle devait héberger des réfugiés. Elle était habillée comme dans le film Autant en emporte le vent ». Le retour à Ifs s'effectuera en décembre : « Il fallait désormais tout reconstruire ! »


Un article publié sur Ouest-France.fr le 20 juillet 2012 : http://www.ouest-france.fr/actu/actuLoc ... Locale.Htm


Marc Laurenceau
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