Témoignages d'habitants de Torigni-sur-Vire en 1944

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Marc Laurenceau
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Témoignages d'habitants de Torigni-sur-Vire en 1944

Message non lu par Marc Laurenceau » 07 août, 06:35

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« En ces temps de commémoration, cela méritait d'être rappelé », a expliqué Henri Marie.

« Le 7 juin 1944, les bombardiers américains tournant au-dessus de Torigni avaient largué des bombes sur la ville. Une était tombée sur le haras, rue Leprovost ; une autre dans l'étang », avait confié il y a quelques semaines Michel Lemariey, témoin de ce bombardement. « Il a raison. Ce qui est écrit dans cet article est tout à fait vrai, mais une troisième bombe est tombée ce même jour rue Notre-Dame », explique Henri Marie, présent jeudi 1 er août à la cérémonie de la ferme de La Bigne. Né à Torigni-sur-Vire en 1924, il habite aujourd'hui à Saint-Jean-de-Daye.

En 1944, ses parents louaient à M. et Mme René Tostain, gardiens à l'abattoir, une des deux maisons jumelées situées à l'emplacement de l'actuel n° 66 de la rue Notre-Dame. Le 7 juin, il était avec sa mère Angélina à l'intérieur de cette maison tandis que son père, Henri, était parti scier du bois. « Vers 19 h 30, une bombe larguée d'un avion est tombée à l'arrière de ces bâtiments, creusant un profond cratère dans le jardin légumier. Cela a entraîné l'écroulement des deux maisons, à l'exception des murs de façade. Quelqu'un qui passait dans la rue ne voyait pas que les maisons étaient détruites, témoigne-t-il. Avec ma mère, nous nous sommes mis à l'abri sous une poutre, restée en appui sur le mur de façade. C'est sûrement cette poutre qui nous a sauvé la vie à tous les deux. »

L'arrestation de Georges Lescot

Henri Marie a oublié la date, mais plusieurs mois avant ce 7 juin 1944, en se rendant à son travail chez M e Albert Massé, huissier, il avait assisté à l'arrestation par les Allemands du Torignais Georges Lescot. « J'ai vu ça de loin, précise-t-il. Le bas de la rue Robert-du-Mont était bloqué par deux soldats allemands ; le bas de la rue Thiers aussi. J'ai aperçu un groupe de soldats allemands. J'ai pensé que c'était une perquisition mais il s'agissait de l'arrestation de Georges Lescot. J'ai entendu dire qu'il y avait eu cinq ou six arrestations, dont le commandant Hamel. Il y en avait eu aussi à Saint-Amand. Ce devait être des résistants qui avaient été dénoncés. »

Enfermé à la prison de Saint-Lô, Georges Lescot y est décédé lors du bombardement de celle-ci dans la nuit du 6 au 7 juin 1944. Les Allemands y avaient laissé près de 150 personnes enfermées, dont un grand nombre de résistants.


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Michel et Gisèle Lemariey se souviennent.

Le 12 juin 1944, Gisèle Lemariey avait 13 ans. Elle était réfugiée avec sa mère Denise Leboucher, ses trois frères et sa soeur, chez son oncle Pierre Leboucher au village Méry, à Saint-Amand. Son père, Henri, était resté dans leur maison de la rue Rohan et travaillait, avec Maurice Vergne, un réfractaire de Maisons-Alfort qu'il hébergeait (et avec lequel il était ensuite resté en contact), dans son atelier de menuiserie situé de l'autre côté de la rue. « Il faisait un cercueil pour une famille de Saint-Amand et était parti chercher les ferrures du cercueil à la maison », a entendu raconter Gisèle.

Mais les premières bombes commençaient à tomber sur la ville. Henri quitte vite la maison pour retourner à l'atelier et se cache avec Maurice Vergne sous un établi. « Un gros établi épais comme cela se faisait à l'époque. C'est peut-être lui qui leur a sauvé la vie. » Car les bombes n'épargnent pas la rue Rohan. Etienne, le grand-père de Gisèle, resté dans la maison, sera tué. « C'est le cercueil que fabriquait mon père qui a servi pour son enterrement. » La famille Leboucher part ensuite se réfugier « chez les Frétel à Guilberville », puis à Sainte-Marie-Laumont. « Mon père avait fait deux chariots en bois avec des roues de vélo et mon oncle Pierre avait emmené tous les animaux de sa ferme. » Ils sont rentrés à Torigni le 3 ou 4 août. « Nous avons appris le drame de La Bigne. »

Michel Lemariey avait 17 ans et travaillait à l'entreprise d'Henri Leboucher, son futur beau-père. De juin 1944, il parle tout d'abord du 6. Une journée où il posait un escalier à la boucherie Mette (aujourd'hui boucherie Patrix). « Du deuxième étage de la maison, on voyait les avions piquer sur Saint-Lô. Nous avons vu aussi Alfred Lepeltier, un des seuls rescapés de la prison de Saint-Lô, rentrer chez lui. » Il se souvient également que les bombardiers américains venant tourner au-dessus de Torigni-sur-Vire ont largué deux bombes sur la ville dès le 7 juin. « Une est tombée sur le haras, rue Leprovost, l'autre dans l'étang. » Ce 7 juin, il est parti avec ses parents, son frère et ses trois soeurs à Brectouville. « Mon père avait fait la guerre de 1914-1918, il avait peur pour sa famille et n'avait pas voulu qu'on aille à la Bigne. » Ils partent ensuite dans l'Orne, près de La Ferté-Macé. Et ne rentreront que vers le 20 août à Torigni. « Tout le monde se demandait où était la famille Lemariey. »

Source 1
Source 2


Marc Laurenceau
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Auteur du livre Jour J Heure par Heure

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alain2904

Re: Témoignages d'habitants de Torigni-sur-Vire en 1944

Message non lu par alain2904 » 07 août, 08:28

Encore de beaux témoignages.
On oubli souvent que le travail de mémoire, vient aussi des civils, ceux qui ont subit l'occupation,et qui parfois en sont morts, mais aussi les jours des la délivrances, et qui malheureusement en sont aussi mort, a cause des bombardements.
Il faut aussi faire parler les "acteurs" de se drame.
Merci Marc pour cet article.



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