Maurice Chauffray témoigne des bombardements de Condé-sur-Noireau

Combats, bombardements, déroutes... Quels ont été les impacts de la Bataille de Normandie sur les civils normands ? Cette rubrique leur est destinée : posez-vos questions ou donnez votre témoignage.
Marc Laurenceau
Messages : 2697
Enregistré le : 20 juil., 23:00
Vérification anti-robot : JE NE SUIS PAS UN ROBOT

Maurice Chauffray témoigne des bombardements de Condé-sur-Noireau

Message non lu par Marc Laurenceau » 14 févr., 12:18

Image
Maurice Chauffray, sur la voie ferrée qui mène au Tunnel des Gouttes

Maurice Chauffray, 88 ans, revient au tunnel des Gouttes à Berjou, dans l'Orne, près de Condé-sur-Noireau. En juin 1944, il s'y était réfugié avec sa famille et 1200 civils pour échapper aux bombardements.

Béret sur la tête, bottes au pied et canne en main, Maurice Chauffray longe la voie ferrée, celle qui mène au tunnel ferroviaire des Gouttes. 69 années se sont écoulées mais ses souvenirs n'ont pas pris une ride. Les traverses de chemin de fer glissantes défilent sous ses pieds, mais l'homme est vif et agile. Sa canne se cramponne à lui et se faufile entre les pièges de la nature.

Maurice s'apprête à pénétrer sous le tunnel. Il fait noir et ça sent l'humidité. L'eau s'infiltre et ruisselle sur les parois. Le bruit d'un goutte-à-goutte résonne dans la grosse artère. Il stoppe la cadence et lève la tête. Il regarde à droite, à gauche, Maurice compare la taille des deux ronds lumineux que dessine chaque embouchure, afin de savoir où il est situé.

« La guerre n'était pas finie »

« Entre 10 et 15 jours... » Maurice, bientôt 88 ans, ne se souvient pas combien de temps il a passé avec sa famille et 1 200 réfugiés dans le tunnel, à Berjou, pour échapper aux bombardements. « Le 6 juin 1944, les alliés avaient débarqué sur nos côtes, mais la guerre n'était pas finie », se remémore Maurice.

Il habitait avec sa mère, son frère et sa soeur, dans une ferme de la commune occupée par les Allemands. Un matin, alors que Maurice traverse son champ, il ramasse une feuille de papier. Partez sur le champ ! Vous n'avez pas une minute à perdre ! « C'est à ce moment-là que j'ai eu peur », se souvient Maurice. Ces tracts, largués par les avions alliés, étaient censés atterrir sur la commune de Condé-sur-Noireau située à environ 6 km. « J'ai été le premier à en trouver un ». Les Condéens, eux, n'ont pu être prévenus à temps. 252 d'entre eux sont morts.

« Il fallait rester prudents »

Les habitants du village et des alentours se sont mis à l'abri sous le tunnel, le trafic ferroviaire y étant interrompu. « On avait le nécessaire. L'eau potable ruisselait et nous avions emmené de la nourriture. Des couvertures au sol, pour dormir et ça nous suffisait. On ne faisait rien. De temps en temps on sortait voir le jour mais il fallait rester prudents. Une messe a même été dite. »

« Ils ont miné le tunnel ! »

Un matin, ils ont aperçu les Allemands à l'entrée du tunnel. « Je les vois encore, en haut de l'échelle. Ils creusaient des trous dans les murs à chaque embouchure, pour poser des mines. Ça a failli être un Oradour-sur-Glane (1). Ils ont miné le tunnel ! » Parmi les civils réfugiés, quelques résistants. « Si les Allemands avaient fouillé le tunnel, ils auraient trouvé un poste émetteur... Ils nous auraient tués», assure Maurice.

Le directeur de la fromagerie de Berjou parlait allemand. Réfugié avec les autres, il est allé voir le général allemand résidant au château de Cahan pour lui demander d'arrêter le minage. Ce dernier lui a répondu : « Si vous êtes tous civils, j'arrête les travaux. » Les réfugiés du tunnel ont ainsi eu la vie sauve. « Ah, le mensonge, une chance qu'il existe ! », sourit Maurice. « S'il avait parlé, on était fusillés... »

Berjou a été libérée le 15 août 1944. « On était heureux. Mon champ était rempli de véhicules anglais. Il y avait même des médecins. Ce qui m'a le plus surpris à la Libération, c'est de voir les gars de la Résistance sortir avec leur mitraillette sur le dos. Je me suis dit: mince, on a risqué gros ! »

(1) Le 10 juin 1944, 642 personnes ont été massacrées par les Allemands, à Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne.

Source


Marc Laurenceau
Webmaster du site DDay-Overlord et du forum
Auteur du livre Jour J Heure par Heure

Image

alain2904

Re: Maurice Chauffray témoigne des bombardements de Condé-sur-Noireau

Message non lu par alain2904 » 14 févr., 13:49

Merci



Avatar du membre
Coz
Messages : 667
Enregistré le : 22 août, 15:34
Localisation : Oise

Re: Maurice Chauffray témoigne des bombardements de Condé-sur-Noireau

Message non lu par Coz » 16 févr., 15:53

Excellent témoignage. Merci


Image

Membre de l'association "DDay-Overlord "
Image

Membre de l'association "Les fleurs de la mémoire"
Image

GILLES 1968
Messages : 4
Enregistré le : 27 janv., 18:33
Vérification anti-robot : JE NE SUIS PAS UN ROBOT

Re: Maurice Chauffray témoigne des bombardements de Condé-sur-Noireau

Message non lu par GILLES 1968 » 17 févr., 21:18

Merci Marc de nous apporter tous ces témoignages ...



cedo14
Messages : 17
Enregistré le : 18 mars, 17:23
Vérification anti-robot : JE NE SUIS PAS UN ROBOT
Localisation : ouistreham

Re: Maurice Chauffray témoigne des bombardements de Condé-sur-Noireau

Message non lu par cedo14 » 11 avr., 15:54

bonjour marc
merci de partager se témoignage
cdlt




  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message

Retourner vers « Les civils normands et la Bataille de Normandie »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 2 invités