Témoignage de Peter Roper, pilote de Typhoon le Jour-J

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Marc Laurenceau
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Témoignage de Peter Roper, pilote de Typhoon le Jour-J

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C’est l’histoire d’un petit garçon de Noyers-Bocage et d’un pilote anglais un peu tête brûlée. « Le 7 juin 1944, j’avais 11 ans, raconte Jacques Bréhain. Par la fenêtre de notre ferme, ma mère a vu un parachute descendre dans les airs et un homme tomber à 300 m de là, dans le champ familial. »

Un peu plus tôt ce 7 juin-là, le lieutenant Peter Roper, jeune chasseur de 21 ans, a les nerfs qui le démangent. A la base de Coney Island, d’où il organise le départ des escadrilles de la Royal Air Force, il ronge son frein. Parti voler le matin, à l’est du Calvados, le pilote de Typhoon est frustré. Il n’a pas croisé un seul char allemand.

L’après-midi, il n’y tient plus. Il emprunte l’engin de son chef et avec un ami pilote, Martin Carrick, il file dans les airs vers l’ouest de Caen. « On cherchait des chars allemands, se remémore Peter Roper, 91 ans aujourd’hui. Et puis dans une allée, j’ai vu bouger un tank, du côté de Villers-Bocage. » Il fait demi-tour pour attaquer le char. Las ! Son avion est touché avant.

« Mon Typhoon était en flammes. J’avais une balle dans la jambe gauche, un trou dans la droite entre la cheville et le genou. J’étais très bas, mais je me suis dit : tant pis, je n’ai pas le choix. J’ai sauté en parachute. Je suis descendu sous les tirs allemands pour atterrir dans un champ. »

Avec son stylo-plume et son foulard, Peter Roper se bricole un garrot de fortune. « J’étais tout seul. J’ai attendu, attendu, mais seules les vaches sont venues. » À la nuit tombée, un habitant s’approche, « très prudemment. J’ai crié dans mon français appris à l’école : Sauvez-moi, je suis anglais ! » Peter Roper a très soif, réclame de l’eau. Son sauveur revient avec une carafe. « C’était du calvados ! J’ai tout bu tellement j’avais mal. »

Les fermiers du baron Clément d’Huard vont chercher leur patron, cachent les papiers du pilote sous une haie, l’emmènent sur une vieille porte puis dans une vachère jusque chez le médecin de Villers. « Il a été soigné à la lueur d’une bougie », se souvient Jacques Bréhain. Envoyé à l’hôpital d’Aunay puis à Bagnoles-de-l’Orne, Peter parvient à rejoindre ses camarades et reprend les commandes de son Typhoon. « J’ai combattu jusqu’à la fin de la guerre. Je suis devenu médecin-pilote au sein de la RAF. En 1953, je suis parti en Indochine. »

Peter revient à plusieurs reprises à Noyers-Bocage. Dès octobre 1944, pour défendre l’honneur du baron d’Huard, accusé de collaboration. « J’ai parlé au gouverneur de la prison de Caen. Je lui ai dit : cet homme m’a sauvé la vie ! » En 1984, Jacques Bréhain, le petit garçon d’alors, lui rend le moteur de son avion, déterré sur les lieux du crash. Puis bataille bec et ongles pour que les pilotes de Typhoons aient un monument « pour honorer leurs morts », quitte à frôler la banqueroute personnelle. « 157 des 450 pilotes de Typhoons ont été tués dans le ciel de Noyers. C’est un tiers de leur unité. On leur avait dit qu’un sur trois ne reviendrait pas. Ça s’est vérifié… »

Le 14 août, Peter Roper, aujourd’hui psychiatre, toujours en activité, reviendra en Normandie, pour accompagner le moteur de son avion jusqu’au musée de Tilly-sur-Seulles. Avec plaisir, malgré son âge : « Ce sont des gens ordinaires qui m’ont sauvé. Tous ces inconnus qui ont sauvé tant de pilotes, sans bravade, juste par humanité. Nous leur devons une éternelle reconnaissance. » Peut-être passera-t-il voir ses sauveurs de 1944. « Quand je suis revenu après la guerre, on m’a servi un calvados, j’ai tenté de le refuser. Mon ami à la carafe m’a rétorqué : tu ne disais pas non la dernière fois ! »

Source : Ouest-France, 5 juin 2019


Marc Laurenceau
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