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"Au début
juin de l'année 1944, précisemment le 4 juin, nous
avons navigué le long de la rivière Clyde, accompagné
par un autre bâtiment de guerre. Après une heure de
manoeuvres, le capitaine du HMS HEMERALD annonça à
l'équipage que nous étions en train de prendre part
à l'invasion de l'Europe en Normandie.
Nous faisions route vers le Sud quand, à la hauteur de la
côte Sud du Pays de Galles, le navire fit un virage de 180
degrés et nous sommes revenus à la case départ
: l'invasion venait d'être reportée d'une journée
à cause du temps, exécrable en Manche.
Le 5 juin 1944,
lorsque nous avons contourné Land's End nous avons fait route
vers l'Est, parallèlement à la côte Anglaise.
A proximité de Plymouth, nous avons reçu l'ordre :
"Poste de combat !" et chaque membre d'équipage
à rejoint son emplacement. Pour ma part, j'étais sur
une plate-forme de DCA (Défense Contre-Avions) située
au niveau du mât de misaine, juste au-dessus du pont du navire.
Un capitaine des Royal Marines avait sous son commandement tous
les canons antiaériens d'un des deux bords du navire, je
m'occupais de l'autre bord.
Depuis la tourelle de DCA nous avions une vue superbe sur ce qui
se passait autour du navire et nous pouvions entendre le haut-parleur
du pont (où nous devions vivre pendant environ deux semaines).
Après
Plymouth, nous avons commencé à voir des centaines
de barges de débarquement, toutes différentes. En
atteignant l'Ile de Wight nous avons viré vers le Sud. A
partir de ce moment jusqu'avant le lever du jour les vaisseaux de
guerre ont navigué entre les files de barges de débarquement,
puis nous avons, finalement, ouvert la marche.
Notre rôle
consistait à protéger les troupes de débarquement
destinées à la plage de Gold
Beach. Nous avons navigué dans un passage dégagé
par les dragueurs de mines et qui, ou peut-être était-ce
d'autres embarcations, avaient balisés le chenal que nous
devions emprunter à travers la Manche. Il y avait deux autres
chenaux similaires à notre gauche (qui se dirigeaient vers
les plages de Juno
et Sword),
ainsi que deux autres à notre droite (pour Omaha
Beach et Utah
Beach), mais nous ne pouvions en voir aucun de là où
nous étions. Il y avait des feux colorés bleus, verts,
rouges... installés par les éclaireurs pour indiquer
les cibles aux bombardiers qui arrivaient. Quelques temps avant
le lever du jour nous étions en vue des côtes françaises
et les bateaux de guerre se sont déployés. Il y avait
six croiseurs, qui ont jeté l'ancre à environ neuf
kilomètres des côtes, gardant entre eux de un à
un kilomètres et demi d'espace. Treize destroyers se sont,
quant à eux, positionnés à environ sept kilomètres
du rivage. L'HMS HEMERALD était en face d'Arromanches-les-Bains,
mais à l'époque je ne le savais pas encore.
Nous avions
jeté l'ancre, et nous étions tous silencieux et ce
pendant peut-être plus d'une heure. Ensuite le bombardement
naval commença et il continua pendant environ deux heures.
Il n'y avait pas grand chose à voir pour nous excepté
les passages de chalands de débarquement. Sur la côte,
la brume matinale a laissée place à la poussière
puis à la fumée mais, dans tous les cas, on parvenait
à voir le rivage entre Port-en-Bessin et Arromanches-les-Bains.
Pendant le bombardement,
je me souviens avoir vu de petites silhouettes tomber des falaises.
Dans les champs plus loin on pouvait voir d'autres petites silhouettes
s'enfuir et, occasionnellement, s'arrêter et ouvrir le feu
pour couvrir leur fuite (les tirs des armes étaient indiquées
par des échappements soudains de fumée). Je croyais
que les tirs du HMS HEMERALD étaient dirigés vers
une grange et j'ai appris quelques années plus tard, lorsque
j'ai recherché cette grange, que notre cible était
en fait la batterie d'artillerie côtière située
à Longues-sur-Mer. Peut-être que c'est à cet
endroit que les petites silhouettes fuyantes ont été
bombardées.
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Des pilotes,
volant à bord de Seafires (un appareil dérivé
du Spitfire), repéraient les points d'impact de nos tirs
et à un moment, alors que la conversation avec le pilote
était retransmise à tout l'équipage grâce
aux hauts-parleurs, celui-ci indiqua que nous faisions mouche et
qu'il pouvait voir des soldats allemands courrir se mettre à
l'abri. Nous avons reçu immédiatement après
un appel d'un officier qui, depuis la plage, nous demandait de cesser
le feu car nos tirs étaient en fait dirigés sur nos
propres troupes. Aujourd'hui, on appelle ces erreurs des "Friendly
Fire" ou "Tir sur Ami".
L'HMS AJAX,
directement à l'Ouest de notre position, était à
ce moment pris sous le feu ennemi et dût relever l'ancre pour
changer de position. Le croiseur AJAX ne fut heureusement pas touché.
Il eut plus de chance qu'un destroyer Norvégien qui fut coulé
par des E-Boot allemands provenant de la base du Havre.
Les avions Alliés
qui nous survolaient avaient des bandes blanches et noires peintes
sur la partie inférieur des ailes afin de faciliter la reconnaissance
des postes de DCA et ils devaient effectuer un mouvement d'aile
lorsqu'ils passaient au-dessus d'un convoi maritime. S'ils ne le
faisaient pas, nous avions ordre de les abattre, mais je n'ai pas
vu une seule fois une pareille scène se dérouler,
bien que j'ai entendu depuis que quelques appareils ont été
abattus par erreur : un autre exemple de "Friendly Fire".
Au Jour J +
5 (11 juin 1944), nous avons été bombardé par
un avion allemand, qui a survolé la flotille alliée
juste au-dessus des mâts. Le Capitaine des Royal Marines,
qui dirigeait les tirs de DCA de son bord du navire, ouvrit le feu.
De mon côté, je pris le téléphone et
contacta tous les postes DCA dont j'avais la responsabilité
pour les prévenir qu'un appareil allait être visible
sur notre bord.
L'avion allemand lâcha sa bombe qui rebondit sur la surface
de l'eau et explosa. Nous ne sommes pas parvenus à descendre
l'appareil ennemi - mais lui ne nous a pas non plus touché
! Plus tard, l'équipage a été quelque peu fâché
d'apprendre que notre sister ship, le HMS Enterprise, avait été
coulé lors d'une attaque aérienne allemande au large
de Utah Beach.
Etrangement,
les artilleurs allemands ne nous ont pas tiré dessus pendant
toute la journée du Jour J, certainement parce que les calibres
de nos canons était bien plus importants que ceux des leurs.
Chaque navire était doté d'un générateur
de fumée, qui était, dans notre cas, fixé sur
le pont. Lorsque la pénombre du crépuscule s'installait
peu à peu, les générateurs étaient mis
en route et ainsi tout le navire était recouvert d'une épaisse
fumée. Le jour, les Allemands repéraient la position
d'un ou de plusieurs navires et la nuit venue, ils tiraient en direction
de l'objectif repéré en journée. Mais au crépuscule,
nous abandonnions notre position pour nous laisser dériver
avec la marée pendant 30 à 40 minutes avant de jeter
l'ancre à nouveau. Depuis la plateforme de DCA, j'étais
situé au-dessus de l'écran de fumée, créé
par le générateur et je pouvais voir, lorsque la lumière
du clair de lune le permettait, l'immense armada autour de l'HMS
HEMERALD. On pouvait également voir les explosions des obus
dans l'eau.
Je me souviens
d'un petit rigolo, situé à la plateforme avec moi,
qui joignait ses mains comme pour faire une prière et qui
disait "S'il vous plait, ne manquez pas Nelson, ne manquez
pas Nelson !" (l'HMS Nelson étant un navire de guerre
et une cible bien plus importante qu'un simple croiseur comme le
HMS HEMERALD).
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