La
Spéciale en Normandie
L'Ecole
Spéciale Militaire (E.S.M.) de Saint-Cyr, créée
en 1802, est une école qui a pour vocation de former les
futurs officiers de l'armée de Terre française. Elle
est aujourd'hui située à Coëtquidan en Bretagne,
après avoir été à Saint-Cyr-l'Ecole
près de Versailles jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
La scolarité des élèves-officiers et officiers-élèves,
qui s'effectue sur trois années, est à la fois militaire,
académique et morale. A la sortie de l'école, ces
jeunes français obtiennent le grade de lieutenant et sont
appelés à servir dans des régiments aussi divers
que l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie, les
transmissions ou encore le matériel.
Dans
le cadre de leur formation militaire, les élèves-officiers
du 2ème bataillon, promotion Lieutenant de Loisy (2007-2010),
ont eu l'occasion de mettre en pratique en Normandie l'enseignement
tactique dispensé à Coëtquidan. En effet, C'est
lors de leur exercice de rentrée (dénommé Normandex)
qu'ils ont effectué une série de manoeuvres du 25
au 29 août 2008.
Sur
les traces de leurs grands Anciens
Tout
exercice militaire possède un scénario dans lequel
chaque troupe joue un rôle précis. Imaginé par
les cadres militaires de Saint-Cyr, Normandex a repris
les grandes lignes de l'histoire du débarquement à
travers différentes étapes.
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Normandex
est l'occasion pour les élèves-officiers de
mettre en pratique leurs connaissances militaires. |
En
amont, avant les permissions d'été, des exposés
historiques ont été présentés aux élèves-officiers
pour décrire plus en détails l'opération Overlord.
Dès leur retour de permissions, les sections constituées
sont mises en alerte : les ordres de mission tombent (en anglais),
les sacs sont faits, les cartes sont étudiées... et
le départ est lancé.
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A
la batterie de Merville, des défenseurs organisent
des tours de garde pour la nuit. |
Le
25 août 2008, l'opération Normandex commence,
près de 160 élèves-officiers y prennent part.
Les premiers objectifs sont ceux pris d'assaut par les parachutistes
britanniques de la 6ème Airborne, à savoir le pont
de Pegasus Bridge et la batterie de Merville. Sur place, des "plastrons"
(militaires qui assurent le rôle de force adverse) ont l'ordre
de défendre leurs objectifs. Et le 26 août à
05h30, après une courte nuit de progression pour les uns
et de patrouilles pour les autres, les troupes "amies"
lancent leur assaut sur Pegasus Bridge qui est libéré
après un court combat. A 05h45, c'est au tour de la batterie
de Merville d'être attaquée. La force adverse (ou FORAD)
y était déjà en alerte, car le bruit des tirs
sur Pegasus Bridge s'entendait depuis la batterie. Cinq minutes
plus tard, les tirs de munitions d'exercice cessent, la batterie
est sous contrôle.
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L'emplacement
du pont de Bénouville où se sont déroulés
les combats en 1944... et en 2008. |
Les
élèves-officiers alternent les rôles au sein
des sections. Les chefs de section commandent les chefs de groupes
qui eux-mêmes commandent les chefs d'équipes, et les
attributions changent quotidiennement afin de placer chacun en position
de responsabilité. Ils sont suivis de près par des
cadres de Saint-Cyr, officiers et sous-officiers, qui les guident
et les conseillent dans leurs choix tactiques.
D'un
lieu historique à l'autre
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Eléments
de la force "amie" livrant des combats de rue dans
Ranville. |
La
FORAD s'est regroupée, la matinée du 26 août,
dans la localité de Ranville. Les troupes "amies"
doivent les en déloger. C'est vers 8 heures que les premiers
combats de rue commencent contre la FORAD : ils dureront jusqu'à
11h30.
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La
FORAD (force adverse) défend les points principaux
de Ranville. |
Normandex possède la particularité de laisser
la place à une phase historique une fois la phase tactique
terminée. En effet, après les combats de la matinée,
les saint-cyriens ont pu visiter les sites de Pegasus Bridge et
de la batterie de Merville. Une cérémonie du souvenir
a lieu en présence des habitants de la région au cimetière
militaire de Ranville. Les élèves-officiers ont également
eu l'honneur de rencontrer deux vétérans (un parachutiste
britannique de la 6ème Airborne et un soldat français
du commando Kieffer) du Jour J.
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Deux
vétérans (Léon Gauthier du commando Kieffer,
à droite) du Jour J témoignent. |
En
soirée, la phase tactique reprend. Le scénario indique
cette fois qu'il s'agit de préparer l'arrivée des
troupes devant débarquer sur les plages normandes. A cet
effet, les troupes "amies" sont transportées par
hélicoptère à la tombée de la nuit vers
différentes zones de regroupement situées au sud d'une
ligne Saint-Lô-Bayeux, à une cinquantaine de kilomètres
du rivage.
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Cérémonie
du souvenir et dépôt de gerbes au cimetière
militaire de Ranville. |
Par
la suite, pendant toute la nuit, de petits groupes constitués
doivent s'infiltrer à pied en direction des plages. En début
d'après-midi, les deux compagnies "amies" doivent
prendre d'assaut deux postes de commandement ennemis situés
dans des villages, toujours défendus par la FORAD. C'est
une nouvelle occasion pour ces futurs officiers de s'exercer au
combat urbain, que l'on retrouve de plus en plus sur les théâtres
d'opérations extérieures.
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La
progression se fait le plus souvent de nuit, à travers
le bocage normand. |
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Préparer
le débarquement
Après
les combats de rue, la marche vers les plages reprend à la
tombée de la nuit. Les deux compagnies "amies"
reçoivent leurs objectifs : pour l'une, ce sera la batterie
de Maisy, pour l'autre la série de points fortifiés
le long de la plage d'Omaha Beach.
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La
géographie même du bocage normand est un élément
prépondérant pour la tactique. |
Pour
l'occasion, les compagnies reçoivent l'appui de deux hélicoptères
Gazelle, qui ont la capacité de tirer missiles et obus de
petit calibre sur des objectifs désignés. Une manière
de faire travailler aux élèves-officiers les cadres
d'ordres de l'appui de la troisième dimension, un soutien
toujours aussi prépondérant dans les opérations
actuelles où nos forces armées sont engagées.
L'occasion de rappeler également le rôle joué
par l'aviation alliée pendant l'opération Overlord.
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Honneur
aux morts au Cimetière militaire américain de
Colleville-sur-Mer. |
Le
28 août à 6 heures du matin, presque simultanément,
les différents points fortifiés d'Omaha Beach et de
la batterie de Maisy sont - virtuellement - bombardés par
les hélicoptères de combat qui ont reçu les
coordonnées des objectifs transmises par les futurs officiers.
Ces données ont été obtenues par des patrouilles
d'observation qui ont dû se frayer un chemin à travers
les gardes de la FORAD. Les objectifs sur Omaha Beach sont les véritables
bunkers construits et utilisés par les Allemands. Immédiatement
après les tirs des hélicoptères, l'assaut des
troupes "amies" au sol est lancé et les positions
sont enlevées dans un vacarme d'explosion de grenades d'exercice
et de crépitement des fusils d'assaut approvisionnés
en munitions à blanc.
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Cérémonie
des couleurs au Cimetière militaire américain
de Colleville-sur-Mer. |
Dans
la foulée, la phase tactique laisse la place à la
phase historique et les saint-cyriens visitent la plage d'Omaha
Beach, le cimetière américain de Colleville-sur-Mer
ainsi que la Pointe du Hoc. La phase tactique s'est permise certaines
libertées vis-à-vis de la partie historique du débarquement
de Normandie, l'intérêt pour les militaires étant
plus ici d'appliquer des enseignements que de reconstituer fidèlement
le Jour J. Malgré tout, le fait de manoeuvrer sur ces terres
chargées d'histoire permet à ces futurs officiers
de mieux comprendre les combats engagés au cours du 6 juin
1944, et de mieux réaliser la valeur du sacrifice des jeunes
soldats alliés morts pour notre liberté.
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Cérémonie
du souvenir à proximité du point W5, Utah Beach. |
Le
débarquement commence
Après
une courte période de visite, les saint-cyriens se remettent
en route. Ils atteignent Utah Beach où , après des
cérémonies du souvenirs en Grand Uniforme,
ils jouent la phase du débarquement à la tombée
de la nuit. A nouveau, chaque compagnie possède son propre
objectif : l'une doit détruire des canons situés dans
un champ près du Manoir de Brécourt, l'autre doit
s'emparer de la batterie d'Azeville. Deux batteries qui ont été
utilisées en 1944 par les Allemands pour ralentir la progression
des troupes américaines de la 4ème division d'infanterie
qui venait tout juste de débarquer à Utah Beach.
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La
plage de Utah Beach, point de départ de la dernière
phase tactique de Normandex. |
La
progression des troupes se fait à nouveau de nuit, sous une
petite pluie fine qui fait son apparition pour la première
fois depuis le début de l'exercice. D'abord en mission de
surveillance, les compagnies passent à l'assaut à
7 heures alors que le jour n'est pas encore levé. Le bruit
des tirs cesse à Brécourt comme à Azeville,
la FORAD s'est rendue. Ces assauts marquent la fin de l'exercice
Normandex. La phase historique suivante consistait en la visite
de Utah Beach et de Sainte-Mère-Eglise, haut lieu des troupes
aéroportées.
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Visite
guidée pour les saint-cyriens à la Pointe du
Hoc par un professeur d'histoire militaire à Coëtquidan. |
Un
exercice mémorable pour tous
Bien
qu'éprouvant (les élèves-officiers ont en moyenne
dormi près de 10 heures en cinq jours de manoeuvres), Normandex
a été pour tous les élèves-officiers
une expérience unique. L'occasion de marcher dans les pas
des troupes de la libération, de découvrir un fait
historique de manière particulièrement originale et
de vivre le lien Armée-Nation de part la présence
de la population civile au cours de l'exercice. Et ceci tout en
mettant en oeuvre leur savoir-faire militaire.
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Saint-cyriens
méditant le sacrifice de leurs Anciens lors d'une phase
de visite. |
Les
saint-cyriens ont pu réaliser que les difficultées
rencontrées par les militaires alliés, soixante ans
avant eux, sont en grande majorité les mêmes aujourd'hui,
parce qu'il y a dans les guerres, et ce malgré les évolutions
technologiques, des éléments qui ne changent pas.
La
visite de plusieurs cimetières militaires leur a également
rappelé quel fut le prix de la liberté, payé
soixante ans avant eux par des jeunes de leur âge. Une liberté
qu'ils devront défendre demain à travers le monde.
Marc
Laurenceau |