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Suite de la
page Témoignage
de D. Zane Schlemmer (1)
Notre avion
était un C-53, ayant une porte de sortie relativement plus
petite que celle du C-47 standard, mais il n'y a finalement pas
eu de problème.
J'ai souvent pensé aux ingénieurs qui avaient dessiné
les sièges dans des avions de transport de troupe qui n'étaient
absolument pas compatibles pour des soldats parachutistes et leur
équipement. La plupart d'entre nous ont préféré
s'assoir sur le sol plutôt que sur les sièges qui n'étaient
pas pratiques.
Le pilote et
les membres d'équipage nous ont demandé que nous nous
fourrions le plus possible à l'avant de l'appareil afin de
permettre un décollage le plus rapide possible. Nous avons
remarqué que chaque avion et planeur Allié avait trois
bandes blanches peintes sur chaque aile pour faciliter l'identification.
On nous a dit que tous les appareils qui seraient repérés
sans ces signes distinctifs devaient être abbatu. Puis, au
crépuscule naissant qui emplissait petit à petit l'aérodrome
dans la pénombre, les moteurs des avions se sont mis en route.
Ils ont commencé à toussoter, cracher et malgré
quelques sursauts, le bruit s'est stabilisé pour augmenter
peu à peu en intensité.
Alors que les
moteurs atteignaient la pleine puissance, il semblait que chaque
rivet isolé vibrait en harmonie avec le bruit produit par
la mécanique de l'appareil, puis les avions ont pris la direction
des airs. Pendant que nous décollions, nous pouvions voir
les membres du personnel de l'aérodrome qui agitaient leur
bérets et casquettes dans notre direction, eux qui, comme
nous, savaient que le Jour J tant attendu venait tout juste de commencer.
Le 6 juin 1944,
à 0 heure et 1 minute (heure anglaise), nous approchions
de la Manche. Comme l'appareil ne disposait pas de porte, la cabine
était agréablement rafraîchie par le courant
d'air. Je l'ai déjà mentionné, notre stick
était formé de 18 parachutistes. Le Lieutenant Talbert
Smith, un de nos officiers, était le chef du stick et moi,
en tant que Sergent, je devais sauter en dernier.
Quand nous avons
atteint la Manche, il faisait de plus en plus sombre, mais nous
pouvions remarquer que la mer était recouverte d'embarcations.
Il était visible que lorsque nous étions au-dessus
de la Manche, nos mines ont arrêté d'exprimer une relative
tranquilité et le stick est devenu très calme et même
pensif. Avec le recul, on comprend que ce changement était
dû à l'apréhension du saut et du baptème
du feu.
Les seules lumières que je voyais étaient les lueurs
des cigarettes. Depuis l'endroit où je me trouvais, tout
juste à proximité du cockpit, je pouvais voir en me
levant, derrière le pilote, l'aile bleutée des formations
d'avions qui nous précédait.
Après
avoir volé au-dessus de la Manche pendant un certain temps,
nous avons effectué un virage sur la gauche, et j'ai remarqué
deux petites îles isolées dans cette direction. Je
devais apprendre plus tard qu'il s'agissait des îles Anglo-Normandes,
situées au large des côtes françaises. Bientôt,
notre avion a survolé le rivage français et, bien
qu'il n'y avait pas beaucoup de visibilité, on pouvait tout
de même distinguer les routes, les champs, quelques petites
maisons, le tout nous apparaissant principalement d'une couleur
brunâtre.
Nous nous sommes
ensuite levés, nous avons accrochés nos parachutes
au cable tendu au-dessus de nous et nous avons vérifiés
nos équipements dans le but de nous préparer à
sauter, et que tous les problèmes soient évités.
La lumière rouge s'est allumée. Ensuite, soudainement,
sans avertissement préalable, notre avion a traversé
un nuage ou un brouillard très dense. Ceci nous concernait
véritablement, parce que nous ne pouvions voir en dehors
de l'avion qu'une masse blanche, et il nous était même
impossible de voir les lumières situées aux extrémités
des ailes. Ceci, bien entendu, a handicapé les pilotes et
beaucoup d'appareils ont rompu leurs formations, dans le but d'éviter
toute collision avec un autre avion.
Pour nous autres,
debouts dans la cabine, le temps semblait sans fin et nous allions
d'un nuage à un autre, jusqu'à ce que nous quittions
d'un seul coup la masse nuageuse. C'est à cet instant que
nous avons fait l'expérience de la FLAK (artillerie anti-aérienne
allemande) et des armes de poing dont les projectiles, lorsqu'ils
heurtaient l'avion, émettaient un bruit similaire à
du gravier s'écrasant sur une tôle en métal
(c'était un son assez impressionnant et une fois qu'on l'entend,
on s'en souvient pour toujours).
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Nous avons continué
de vérifier nos équipements. Le stick de paras s'est
ensuite rapproché de la porte de sortie le plus rapidement
possible, attendant que la lumière verte s'allume alors que
les tirs de la FLAK se poursuivaient.
A ce moment, je ne pensais plus qu'à deux choses : premièrement
je voulais sortir de l'avion le plus rapidement possible, puisque
j'étais le dernier du groupe à sauter, et deuxièmement
je me demandais ce que je fichais dans une telle situation (je me
suis posé la même question à de nombreuses reprises
les jours qui ont suivi).
En règle générale, en fonction de l'habitude et de son instinct,
un parachutiste parvient à anticiper la lumière verte
de saut, quand le pilote ralenti la vitesse de son appareil et perd
de l'altitude, mais pas cette nuit-là. La lumière
verte s'est allumée, et tout le stick est sorti de l'avion
de manière parfaite - cela ressemblait presque à une
chorégraphie -.
J'ai véritablement
ressenti l'ouverture de mon parachute comme un choc violent, mais
également en tant qu'une sensation agréable. Mon casque
s'était placé devant mon visage et j'ai du le replacer
pour voir à nouveau. Le ciel semblait être animé
par des couleurs roses, oranges, et par des balles traçantes
rouges qui se courbaient avec élégance, puis qui se
séparaient en de petits traits après avoir traversé
la voile du parachute.
Je me suis depuis demandé qu'elle était la fréquence
de balles traçantes par rapport aux balles ordinaires utilisée
par l'Armée allemande cette nuit-là, car la vue de
ces "tracers" m'a fortement impressionnée. Au loin,
vers l'Est (c'était la direction empruntée par les
avions Alliés), je pouvais apercevoir un feu très
important au sol - cela devait se passer à Sainte-Mère-Eglise,
bien que je ne le savais pas encore à l'époque -.
Le côté
embarrassant du saut de nuit est que vous ne pouvez voir le sol
s'approcher et que vous devez en conséquence anticiper votre
atterrissage. Nous avons été parachuté à
une altitude extrêmement faible, afin de minimiser le temps
de chute dans les airs où, sans défense, nous étions
des cibles faciles, et j'ai atterri contre une haie bordant un verger,
tout en émettant un bruit sourd provenant de mon équipement
que je portais le long de mon corps. Je me suis rapidement défait
de mes harnais, j'ai assemblé les diverses parties de mon
fusil, et j'ai empoigné mon revolver.
La lune, à
ce moment, était cachée derrière des nuages
et cette faible lumière, qui était quelque peu rosée
dans le ciel à cause des balles traçantes, m'a permi
de remarquer un petit chemin le long du verger et une petite maison
au toit formé par des tuiles. La FLAK et les armes de poing
ouvraient alors le feu sur la vague suivante d'avions parachuteurs,
qui arrivait au loin.
Je n'ai observé aucun signe de vie, ni dans le verger, ni
à l'intérieur de la maisonnette. Mais, près
du chemin en direction de l'Ouest, à proximité d'un
groupe d'habitation, devait se trouver un point fortifié
allemand, où les tirs étaient très importants.
Je n'avais aucun
moyen de retrouver les autres parachutistes de mon stick. Je devais
apprendre plus tard que le Lieutenant Talbert Smith, qui a sauté
en premier, a été immédiatement capturé,
fait prisonnier. Il a été tué par la suite
lors d'une attaque en rase-motte d'un avion américain.
Alors que je
quittais le verger pour rejoindre le petit chemin de campagne, une
énorme boule de feu orange est apparue au-dessus de ma tête,
descendant rapidement en direction de l'Est. Cela ressemblait beaucoup
à la chute d'un météor ou d'une météorite.
Mais le tout était accompagné par le gémissement
de deux moteurs à pleine puissance qui s'emballaient, apparament
un avion transporteur de troupe qui allait s'écraser, et
mes premières pensées furent pour les soldats et les
membres d'équipage qui devaient sûrement être
encore tous à bord.
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