Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Ce forum vous permet de poser vos questions ou de demander des renseignements concernant les forces allemandes ayant combattu au cours de l'été 1944 en Normandie.
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AIRBORNE58
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par AIRBORNE58 » 21 oct., 20:53

quelle histoire!!
Bravo pour la reconstitution.
Très impressionnant. :o


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kommando.bb
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par kommando.bb » 22 oct., 00:05

Bonsoir,
En ce moment les détails font la différence :super:
Les photos en noir et blanc nous ferons douter entre le présent et le passé!
Je pense que le blé devait être en meule également en grande partie.
Puis-je me permettre de vous demander à nouveau l'endroit exact ou vous avez trouvé le casque,masque à gaz et le ceinturon du soldat?
Merci.
Cdlt.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 22 oct., 02:00

J’avais bien compris mon cher Guillaume77 les bonnes intentions qui animaient votre message. Et c’est comme un soutien et une forme d'encouragement que j'interprète ceux d’Araya et d’AIRBORNE58.

D’ailleurs, AIRBORNE58, la signature qui accompagne vos posts m’interpelle tout particulièrement car c’est bien l'objectif poursuivi ici. Faire revivre la mémoire de celui qui, depuis 30 ans, l’attendait patiemment du haut de ma bibliothèque ! Alors certes, il s’agit d’un soldat allemand pourront regretter certains (personne ne me l’ayant jamais reproché sur le forum, entendons-nous bien). Mais il a droit lui aussi à ce que l’on honore sa mémoire car il a donné sa vie, même si ça n’est assurément pas pour une juste cause, et que lui est désormais confié, à lui aussi, la noble mission d’exhorter les nouvelles générations à s’entendre et à se réconcilier. Car tel est sans doute le message que sa mort doit nous délivrer.

Ceci étant dit, à la question que je posais dans mon dernier post, il me semble avoir trouvé une réponse. Je me demandais en effet si les paysages photographiés correspondaient bien à ceux qu’avaient devant les yeux mon Obergefreiter et les hommes de la 85.I.D., ainsi que tous ceux des 3ème Division d’infanterie et 4ème Division blindée canadiennes, car à la vue de ces paysages, on ne peut qu’être estomaqué. Comment faire face à une telle armada sans pouvoir se soustraire à la vue de l’ennemi, ou, du point de vue inverse, comment se lancer à l’assaut de tel village ou de telle hauteur sur un terrain aussi dégagé ? Il est vrai que du blé de 80 cm de hauteur ne vous protège en rien mais il offre tout de même un couvert non négligeable pour, ici, embusquer une pièce de Pak, ou, là, se dissimuler à sa ligne de mire. Car si dans Sassy même, nous l’avons vu, les couverts ne manquaient pas, les hauteurs entourant Sassy elles (à l’exception du bois où les « carriers » du NSR se regroupèrent avant de se lancer à l’assaut de la localité) sont nues comme le dessus de la main. En effet, à l’exception des berges de la rivière Laison, assez boisées, et de quelques bosquets ou de quelques arbres sur les hauteurs dominant la rivière au sud, il n’y a rien qui puisse servir à se masquer à la vue de l’ennemi, dans un camp comme dans un autre. Seulement des champs de blé.

Imaginez une pièce de Pak 43 de 8,8 cm de ce type...

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... à la place des rouleaux de paille que l’on distingue clairement ici, sur la rive sud de la rivière Laison.

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Cette hauteur est l’emplacement exact (indiqué par G. Bernage dans la carte présentée dans le post n°3) du III/Ar.Rgt. 185, équipé notamment de ces fameux canons antichars. Un repérage aux jumelles et la cible aurait été immanquable pour un Sherman Firefly, typiquement utilisé pour détruire les positions des canons antichars allemands. Capable de perforer 131 mm à 1000 mètres, le 17 pounder britannique, utilisé avec un obus explosif, n’aurait eu aucune peine à les éliminer, à condition de tirer le premier ! Or, on ne peut pas concevoir qu’ils aient été ainsi offerts à la vue de l’ennemi, même si plus près des berges du Laison, il existe quelques haies dans lesquelles ils pouvaient également être embusqués. Ces positions sont toutefois moins dominantes sur la vallée. Les blés devaient donc bien encore être hauts et servir de camouflage aux servants, avec assurément l’ajout des quelques branchages - les Allemands étant passés maîtres dans l’art de se fondre dans l’environnement. Un peu comme sur la photographie suivante d’un canon Pak de 7,5 cm de la 12.SS-Pz-Div. « Hitlerjugend » prise le 07 août 1944 lors de l’opération « Totalize ». (C’est précisément pour relever les derniers éléments de la division de « panzer Meyer » que la 85.I.D. sera affectée dans le secteur de Sassy, juste sur la route choisie par les canadiens lors de l’opération « Tractable »).

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Un camouflage dont ne pouvaient pas bénéficier en revanche les blindés alliés avec leur haute silhouette. Et c’est d’ailleurs pourquoi, approchant les berges de la rivière Laison, ils payèrent un aussi lourd tribut. Selon un des récits du régiment Fort Garry Horse en effet, « toute la zone était hérissée de canons antichars de 88, 75 et 50 mm. Malheureusement, nos pertes en chars furent nombreuses et la vision d’horreur des chars dévorés par les flammes n’était pas rare ». (J. Marteinson et M. Mc Norgan, The Royal Canadian Armoured Corps : An Illustrated History. [The Royal Canadian Armoured Corps Association, 2000, p. 277]). Une des nombreuses victimes fut le commandant de la 4th Arm. Brig., le Brigadier E.L. Booth. Il y eut également d’autres pertes au sein de l’état-major de la brigade, ce qui occasionna une sérieuse désorganisation des opérations de la 4th Can. Arm. Div., comme en témoigne son commandant lui-même, le Maj. Gen. G. Kitching, dans le « War Diary » de sa division.

Les « carriers » transportant l’infanterie étaient également très dangereusement exposés. Et c’est pourquoi les hommes sautèrent rapidement au sol pour continuer à progresser. C’est donc bien qu’ils devaient y trouver de quoi se dissimuler, car progresser ainsi, sans un minimum de couverts eût été non pas du courage, ni même de la témérité, mais de l’inconscience suicidaire. Or, une photographie des Archives nationales du Canada et un extrait du « War Diary » du 21st Arm. Regt. (The Governor General’s Foot Guard) de la 4th Arm. Brig. (4th Can. Arm. Div.) apportent une preuve incontestable que les blés, cet été-là, n’avaient pas encore été moissonnés.

Examinons la photographie d’abord.

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Cette photographie a été prise le 14 août 1944 dans le secteur de la 3rd Can. Inf. Div. (et non de la 4th Can. Arm. Div.), mais il n’y a que deux voire trois kilomètres entre les secteurs dévolus aux deux divisions, et on peut légitimement penser que l’état du terrain d’opération était semblable. Or, on remarque clairement au second plan les chenillettes britanniques Universal Bren Carrier Mk II remorquant des canons antichars de 6 pounder. Il s’agit de ceux du 3rd Regt. Anti-tanks canadien (3rd Can. Inf. Div.). Et au premier plan, on distingue nettement sur les blés - non-moissonnés ! - le tracé des chenilles des blindés empruntant cet itinéraire.

Nous sommes ici, soit au nord du Laison entre Estrées-la-Campagne/Soignolles et Montboint (cf. carte du post n° 3), soit au sud du Laison entre Montboint et Olendon, à 3 kilomètres à l'est de Sassy. Or, la première hypothèse semble la plus vraisemblable car :

  • 1/ on distingue au loin, vers le sud, la poussière soulevée par les véhicules de combat, à moins que ce ne soit des restes de fumée d’obus fumigènes car on sait que l’attaque, qui commença à 12 heures, fut précédée à 11 heures 55 par des tirs d’obus de ce type pour masquer à l’ennemi la progression des unités alliées. Mais ce peut être également les fumées dues au bombardement par lequel l’opération « Tractable » a réellement débuté. (Rappelons que 417 Lancasters, 352 Halifax et 42 Mosquitos du Bomber Command de la R.A.F. ont, à partir de 11 heures 37, déversés 3723 tonnes de bombes sur tout le secteur au nord et au sud du Laison, bombardement qui occasionna d’ailleurs des pertes côté alliés : 69 tués, 241 blessés et 91 portés disparus, ces chiffres variant selon les sources) ;

    2/ les canons antichars n’étaient pas lancés parmi les premières unités mais plutôt en fin de colonne, pour assurer la défense du terrain conquis en cas de contre-attaque ennemie.

Ce qui laisse supposer que nous sommes bel et bien à l’arrière du champ de bataille, au nord du Laison donc.

Le « War Diary » du 21st Arm. Regt., en date du 14 août 1944, évoque quant à lui la belle journée d’été que fut ce jour-là et... les reflets dorés des épis de blés. Nous citons : « The 14th of August was a beautiful summer day. Those who saw it were to remember long the sight of the great columns of amour going forward through fields of waving golden grain ». (« Le 14 août était une belle journée d’été. Ceux qui l’ont vécu peuvent se rappeler la vue des grandes colonnes de blindés allant de l’avant à travers les champs de grains dorés ondulants »). « Through fields of waving golden grain ».

Manifestement, les blés ont retenu l’attention des soldats d’alors, comme ils ont pu retenir la nôtre ici. Et il n'y a plus de doute désormais, ces blés n’avaient alors pas encore été moissonnés.
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*** @ kommando.bb. C’est dans une grange à environ 3 km à l’ouest de Flers-de-l'Orne (61), en rase campagne, que toute cette « histoire » a commencé, alors que nous cherchions avec mon frère et des copains à jouer dans... la paille !
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 27 août, 17:08, modifié 9 fois.



kommando.bb
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par kommando.bb » 23 oct., 14:12

Un petit mystère régne donc quant aux effets de notre soldat retrouvé du coté de Flers!
Après l'échec de Mortain les Allemands se sont sauvé vers Flers...

Les Allemands tiraient le meilleur parti du terrain en s'incrustant dans le dédale des haies épaisses et donc certainement aussi du blé!il me semblais avoir lu que la moisson continué au mépris des bombes qui continuait à tomber du coté d'Argentan je me suis fixé la même idée pour Sassy mais en y réfléchissant de plus près,la stratégie de stopper la moisson lors de la bataille de Normandie et de rigeur pour favoriser la défense lors des opérations lancé par les alliés "Totalize,Tractable" par exemple.

Merci pour le partage.Cdlt.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 23 oct., 19:57

Bonjour à tous.

En effet kommando.bb, il s'agit bien là d'un des mystères de cette affaire. Comment les objets personnels de Kurt ont-ils bien pu se retrouver à Flers-de-l’Orne, à 50 kilomètres de Sassy ?

C’est du coté de Mortain, à 30 kilomètres à l’ouest de Flers, lors de l’échec cuisant de la contre-attaque allemande du 7 au 13 août 1944 (l’opération « Lüttich ») que j’ai longtemps cru que mon soldat avait été tué, blessé ou fait prisonnier. Mais il pouvait également appartenir à la 363.I.D. qui combattit à l’ouest de Flers, puis ensuite juste à l’est, sur les hauteurs d’Aubusson, avant que la 11th Arm. Div. - la fameuse « Taurus Pursuant » ne libère la ville le 17 août 1944.

Des hypothèses qui s’écroulèrent après que WeyAx (dont je me demande bien ce qu’il est devenu) me signala que mon Obergefreiter était enterré au Cimetière militaire allemand de La Cambe et que j’appris, en juin 2010, qu’il était mort au combat à Sassy, dans le Calvados. Quel ne fut pas alors mon étonnement !

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Or, on peut supposer que les objets personnels de Kurt ont été donnés par un habitant de Sassy au propriétaire de la grange où ils ont été découverts. Car Sassy et les environs de Flers sont tous deux des zones rurales où les activités agricoles sont très développées et il se peut très bien qu’entre paysans normands un tel échange ait eu lieu. À moins qu’un Flérien ne possédait alors des terres dans le secteur de Sassy. Quoiqu'il en soit, cette vieille grange, ouverte à tous les vents, déjà délabrée à l’époque, n’existe plus depuis longtemps. Je rappelle que ces objets ont été découverts au printemps 1981, il y a plus de 30 ans maintenant. Ils étaient là, au milieu d’un bric à brac d’objets disparates, sans valeur et poussiéreux, comme oubliés...

J’en ai réalisé l’expertise que je ne vais pas tarder à proposer à l’attention des membres de notre communauté.

À bientôt donc.
Bien amicalement.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 27 août, 17:27, modifié 4 fois.



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weyax
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par weyax » 24 oct., 13:40

merci pour tirer le thread in 2011 8|

Some news: I telephoned with the descendents of Kurt in Berlin for several times.

They promised me to call me back, but they never did it.

I think they have not interests in this old affaires.


Salutations de la recolte dans les vignobles de la Moselle

Alex



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 24 oct., 21:12

Hallo Weyax !
Wie gehen Sie ?

Quel plaisir de vous retrouver et de reprendre ainsi le fil de notre discussion - de notre « thread » comme vous dites. Le lien ainsi renoué, nous allons à nouveau, avec tous les membres du forum qui le désirerons, faire vivre ensemble « die deutsch-französiche freundschaft »...

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Alors, vous m’apprenez avec regret que vos contacts avec la famille de Kurt n'ont, pour l’instant, pas donné suite. « Man muss Geduld haben ! » Un jour peut-être sentiront-ils la nécessité de connaître leur passé, même s’il est lié à de sombres événements. En attendant, c’est peut-être à notre communauté de passionnés qu’il incombe de le faire revivre, et c’est bien la modeste ambition qui anime ce Sujet.

Et bien justement, et si on procédait à une expertise des objets personnels de notre Obergefreiter ?
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 27 août, 19:01, modifié 4 fois.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 24 oct., 22:06

Bonjour à tous.

Que Kurt ait bien appartenu à la 85.I.D. avec le grade d’Obergefreiter, c’est ce dont nous sommes désormais certains avec la lettre du WAS(t) du 8 septembre 2010. Mais, dès le tout début de notre enquête, des éléments déterminants auraient pu nous en convaincre, car si l’on examine attentivement l’intérieur du casque de notre soldat, on y voit d’abord deux chiffres inscrits avec la même peinture que celle qui a servi à écrire le nom Habersack.

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Si l’on zoome davantage, que lit-on au juste ?

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85, non ? Le 8 ne fait pas problème, c’est le 5 qui est difficilement lisible. Cela aurait aussi pu être un 9, mais la barre en haut du chiffre s’arrête nette (comme celle du bas) et ne forme pas un cercle, ce qui aurait été le cas pour faire un 9.

Par ailleurs, le casque de Kurt comporte également deux inscriptions à son nom : l’une, comme on l’a vu, peinte sur la bombe à l’intérieur du casque et une autre, écrite au stylo, sur la garniture cette fois.

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« Habersack. O ». « O », pour « Obergefreiter » ! Le nom et le grade.

Un autre chiffre apparaît aussi, juste à droite du « O ». Il s’agit apparemment du nombre « 98 ». 98 certes, mais si l’on retourne le casque, que lit-on à nouveau ?

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85, non ? Couleur et luminosité ont été retouchées pour tâcher de mieux faire ressortir l’inscription. C’est encore le 5 qui fait difficulté, car sa patte remonte trop et tend à former un 6. Mais, que ce soit sur la bombe ou sur la garniture, difficile d’écrire en formant bien ses chiffres ! Ce qui est étonnant, c’est que Kurt l’ait écrit en sens inverse. Or, l’encre des deux marquages est différente, ce qui suggère qu’ils n’ont pas été apposé en même temps. (Soit dit en passant, avec le nom et le numéro de la division sur la bombe ; le nom, le grade et la division sur la coiffe ; on ne risquait pas de lui voler son casque à notre cher Kurt !).

Si maintenant on poursuit l’expertise du « Stahlhelm », on remarque les deux éléments suivants :
  • - Sur la garniture, le n°« 57 » tamponné, 57 étant le code de la taille de la coiffe.

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    - Et sur la bombe, à l’intérieur, la marque « Q 64 » estampillée, le « Q » (que nous n’arrivons pas à rendre correctement en photo mais qu’on aperçoit mieux à la loupe) correspond au nom du fabricant, connu pour la qualité de ses casques, F.W. Quist, à Esslingen, juste à côté de Stuttgart, dans le Bade-Wurtemberg. (« Baden-Württemberg », c’est le Land notre cher weyAx, ça !) Le « 64 » est, quant à lui, le code de la taille de la bombe.
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« Q 64-57 », voilà donc la taille exacte du casque de Kurt, ce qui correspond à une taille médium (M). Mais quel est au juste le modèle de ce casque ?

D’après les renseignements que nous avons pu collecter, notamment dans l’excellent ouvrage de Agustín Saíz, Landser. Uniformes, équipements, matériel personnel du soldat allemand 1939-1945 (Heimdal, 2009), il s’agit d’un Stahlhelm M 40 (M, pour modèle et 40, pour l’année de fabrication).

En effet, contrairement au M 35 qui possède des trous d’aération rivetés sur la coque, celle du M 40 est emboutie d’une seule pièce, avec les trous d’aération.

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Les bords sont ensuite retournés à la main. Le M 42 n’a pas, quant à lui, de bords enroulés.

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Il y a d’autres différences entre ces modèles (notamment le cuir de la coiffe : en cuir de bœuf sur le M 35, et en cuir de porc sur le M 40 et le M 42 - une différence qui s’explique par la nécessité de réduire le coût de fabrication du casque), mais, à eux seuls, ces deux détails - des trous d’aération estampés et un rebord ourlé - nous permettent d’éliminer le M 35 et le M 42 et de nous assurer qu’il s’agit bien d’un M 40.

Notons la présence de la peinture vert-de-gris au dessous du nom. Elle dessine un bandeau tout autour de l’intérieur de la bombe du casque (Cf. également la photographie de l’intérieur du « Stahlhelm » du post n° 1). A-t-elle été posée pour recouvrir d’anciens marquages (ceux relatifs à la 68.I.D.) devenus inutiles du fait de la nouvelle affectation de notre Obergefreiter au sein de la 85.I.D. ? La même peinture exactement se trouve, nous le verrons, sur le boite container du masque à gaz. La réponse à cette question nous permettrait de savoir si ce casque a bien fait, comme son propriétaire, les campagnes, non pas de Pologne car nous allons établir que ce casque date de 1940, mais celle de France et de Russie. Parviendrons-nous toutefois à l'obtenir un jour, cela n'est pas dit...

Si l’on examine maintenant le segment le plus long de la jugulaire de la coiffe, on y lit un triple marquage apposé sur le cuir.

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Ce triple poinçonnage indique :

  • - « ??GELS » : certainement le nom (mal centré !) du fabricant de la coiffe et de la jugulaire, mais il y a au moins une voire deux lettres avant le G absolument illisibles, même à la loupe.

    - « KOLN » : le K est très difficile à rendre en photo, mais la loupe révèle en revanche bien la lettre. « Köln », ou Cologne en français, est sans aucun doute la ville où coiffe et jugulaire furent fabriquées.

    - « 1940 » : le marquage est, ici, très clair.
La jugulaire possède 13 trous. Les deux utilisés par Kurt, en position serrée ou « détendue », sont nettement marqués, ce qui semble suggérer que son propriétaire possédait ce casque depuis longtemps. Doit-on à nouveau en déduire qu’il a été de toutes les campagnes auxquelles Kurt a participé (à l'exception de celle de Pologne) ?

Ce qui est certain, c’est qu’il ne peut s’agir que d’un Stahlhelm M 40 fabriqué à partir de 1939/1940 et distribué à la troupe à partir de 1940. En acier chromé et nickelé, il fait un poids d’environ 1300 grammes. Les casques de la livraison du 27/01/1940 sont peints avec une couleur mat « feldgrau », tandis que ceux du 01/03/1940 le sont avec une couleur mat gris-ardoise - ce qui ne correspond pas au casque de Kurt, lequel est vert sombre.

« Zum Schluss », le casque de l’Ogefr. Habersack est un Stahlhelm M 40 Q 64-57 de la livraison du 27/01/1940.

Et voici l'usine où il a été fabriqué :

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*** Nous procéderons à l’expertise de la « Gasmaske » et de son « Tragebusch » plus tard car il nous faut marquer une pause. Nous revenons en effet aujourd’hui même de Sassy où Monsieur le Maire et Madame Gualtieri, l’aimable secrétaire de la commune, ont eu la gentillesse de nous recevoir et de nous donner une photocopie des Souvenirs écrits de Monsieur Roland Lebret, l’ancien Maire de Sassy, dans lesquels tous les événements marquants de la période 1940/1944 sont relatés dans le détail. Une mine d’or qui risque fort de nous livrer quelques grosses pépites...

À bientôt donc.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 27 août, 19:19, modifié 7 fois.



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weyax
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par weyax » 25 oct., 07:03

Bonjour Lionel de Rheinland-Pfalz avec ses vignobles,

merci de ton sujets de la M40 de Kurt.

Le ....gels est le Lederfabrik Franz&Kurt Vogels en Cologne:

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detruit en guerre et maintenant moderne:

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En Allemagne le "Tragebusch" est un Gasmaskenbüchse ou Gasmaskendose

et mes vignobels sont situes en Rheinland-Pfalz a la Mosel:

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Salutations

Alex



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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 25 oct., 11:15

Tout d’abord, mille excuses Axel pour vous avoir localisé un peu trop au sud de l’Allemagne (les vignes, le soleil, le sud... et hop, voilà comment on va trop vite !) Bon, on ne m’y reprendra plus, enfin je l’espère.

Le drapeau du land de Rhénanie-Palatinat (en allemand Rheinland-Pfalz) donc.

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Et sa localisation en Allemagne.

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Voilà les choses rétablies.

Alors, il y avait, dans toute l’expertise du casque de Kurt, une difficulté qui demeurait entière (concernant le fabricant de la jugulaire). Elle est à présent levée - et de quelle manière - grâce à weyax. « Vielen dank für Ihre Hilfe Alex ! Ich bin Ihnen sehr dankbar ».

Je corrige cependant ce précieux renseignement, maintenant que je suis sur la voie : il s’agit de Franz und Karl VOEGELS, « Lederwarenfabrik » (fabricant de cuir/maroquinerie - un peu comme Hermès en France), Wollküche 20/24, Köln, Nordrhein-Westfalen, référencé « ewx », n° 367, au Heereswaffenamt (le « bureau de l’armement de l’Armée » allemande). La photographie des employés de l’entreprise est extra. Dire que le casque de Kurt est passé entre les mains de ces gens-là. Si je voulais jouer au petit chef, je leur dirais cependant... de bien centrer les marquages !

J’ai cherché, comme on cherche le numéro de code d’un coffre, ces premières lettres pendant des heures. Rien ! Et là, voilà qu’arrive mon ami Alex, avec sa mythique « vw coccinelle », reconnaissable entre toutes, de sa belle région viticole de Moselle, m’apporter la réponse comme sur un plateau. Il n’y a plus qu’à déguster ! Voilà l’intérêt de notre forum, la convivialité de l’amitié pour étancher notre soif de savoir...

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À très bientôt pour l’expertise de la « Gasmaske » et de sa « Gasmaskenbüchse », une expertise qui, elle, me donne bien du fil à retordre !
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 16 mars, 23:01, modifié 2 fois.




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