Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

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Hakermann
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par Hakermann » 19 févr., 11:39

La suite, la suite :happy1:


recherches tous documents,objets sur le Kg Luck et les komp du 125pz, Afrique, Normandie...

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weyax
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par weyax » 20 févr., 06:55

Endormi en Flers :ghee:

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Salut



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 03 mars, 18:24

Bonjour à tous.

Endormi à Flers ? Pas exactement. Débordé, en réalité. Et pour longtemps, malheureusement.

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Situation le 10 août 1944 (Première partie)


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Une fois n’est pas coutume, nous commençons notre analyse de la situation générale du front de Normandie en présentant une carte américaine établie par l’un des services de l’une des trois « Special Staff Sections » de l’État-major du 12th Army Group du Lieutenant-General Omar N. Bradley, l’« Engineer Section », opérant sous la direction du G.S.G.S. anglais (le « Geographical Section General Staff », également connu sous le nom de MI. 4 et installé dans la banlieue ouest de Londres, à Eastcote précisément).

Pour en faciliter la lecture, sans doute est-il utile de rappeler l’organisation des forces alliées présentes en France le 10 août 1944.

Le General Dwight D. Eisenhower, Commandant en chef du Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (le S.H.A.E.F., dont le PC était alors établi à Port-en-Bessin), avait sous ses ordres deux groupes d’armées : le 21st Army Group anglais du General Sir Bernard Law Montgomery (PC à l’est de Balleroy) et le 12th Army Group américain du Lieutenant-General Omar N. Bradley (PC à Saint-Sauveur-Lendelin). Le 21st Army Group était composé de la 1st Canadian Army du Lieutenant-General Henry Duncan Graham Crerar (PC à Courseulles-sur-Mer) et de la 2nd British Army du Lieutenant-General Sir Miles Dempsey (PC au sud-ouest de Douvres-la-Délivrande). Il occupait le flanc gauche du front allié lors de la bataille de Normandie et regroupait cinq corps d’armées : le 2nd Canadian Corps et le I Corps britannique rattachés à la 1st Canadian Army, et les VIII, XII et XXX Corps britanniques rattachés à la 2nd British Army. Le 12th Army Group était quant à lui composé de la 1st US Army du Lieutenant-General Courtney H. Hodges (PC à Canisy) et de la 3rd US Army du Lieutenant-General George S. Patton (PC au sud-ouest de Saint-Georges-de-Rouelley). Il occupait le flanc droit front allié et regroupait six corps d’armées : les V, VII et XIX Army Corps rattachés à la 1st US Army, et les VIII, XV et XX Army Corps rattachés à la 3rd US Army.

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Cette organisation bien clairement présente à l’esprit, nous pouvons désormais nous confronter à la carte au 1 : 500.000 de l’« Engineer Section » du 12th Army Group. Pour la rendre plus lisible, nous avons été contraint de la publier en trois éléments séparés (correspondant au secteur nord, ouest et sud du champ de bataille de Normandie).

- Le premier élément de la carte de l’« Engineer Section » présente le secteur nord du front allié, où l’on constate à l’est de l’Orne, dans le secteur de la 1st Canadian Army, la percée effectuée lors des deux premiers jours de l’opération « Totalize » par le 2nd Canadian Corps du Lieutenant-General Guy Simonds, tandis que I Corps britannique du Lieutenant-General John T. Crocker sécurisait le flanc gauche de l’offensive. Nous aurons tout le loisir d’y revenir en détail par la suite puisque c’est le seul secteur qui à vrai dire nous concerne, étant donné le cadre (nécessairement) limité de notre étude.

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Plus à l’ouest, dans le secteur du XII Corps britannique commandé par le Lieutenant-General Neil Ritchie, après avoir franchi la rivière Orne dans la nuit du 6 au 7 août 1944 puis avoir été stoppée par la Kampfgruppe Wünsche, la 53rd( Welsh) Infantry Division maintient ses positions dans la forêt de Grimboscq, tandis que plus au sud la 59th (Staddordshire) Infantry Division demeure dans celles chèrement conquises entre la vallée de l’Odon et l’Orne après l’opération « Charnwood » des 8 et 9 juillet 1944 et la « seconde bataille de l’Odon » (les opérations « Greenline » du 15 juillet et « Pomegranate » du 16 juillet), une série d’opérations préliminaires lancée par l’armée britannique mi-juillet pour détourner et user l’armée allemande et préparer ainsi l’opération « Goodwood » (qui se déroula du 18 au 20 juillet 1944).

Dans le secteur du XXX Corps du Lieutenant-General Brian Horrocks (commandant l’unité depuis le 4 août 1944), secteur qui a été depuis le début du mois d’août et l’opération « Bluecoat » (du 30 juillet au 7 août 1944) l’un des plus mouvementé du front de Normandie, la situation s’est un peu apaisée le 10 août. La majeure partie de la 7th Armoured Division (les fameux « Rats du désert »), en contact permanent avec l’ennemi depuis trois semaines, même si elle n’a participé à aucune opération d’envergure, s’est repliée de quelques kilomètres dans le secteur du Mont-Pinçon, une hauteur qu’elle a concouru à libérer dans la nuit du 6 au 7 août, aux côtés du 13th/18th Royal Hussars (Queen Mary’s Own) et de la 43th (Wessex) Infantry Division. Après avoir conquis Le Plessis-Grimoult le 7 août et détruit le premier Panzerkampfwagen VI Tiger II Ausf. B (Sd.Kfz. 182) de la campagne de Normandie (un engin de la I./ s.SS-Panzer-Abteilung 503), puis laissé le secteur à la 50th (Northumbrian) Infantry Division, la 43th (Wessex) Infantry Division fut engagée le 8 août dans de violents combats dans la région d’Estry - Pierres - flanc ouest du saillant de Chênedollé, mais elle fut repoussée, comme le 9 août du reste, par les « Grenadiere » de la 9. SS-Panzer-Division « Hohenstaufen » (dont la position se situe beaucoup plus au nord que notre carte ne le laisse entendre, comme nous pouvons clairement nous en rendre compte en consultant la carte d’état-major allemand présentée ci-dessous). Le lendemain, les fantassins et les blindés britanniques ne se montrèrent pas et l’activité se réduisit à celle de l’artillerie et de l’aviation, les bombardements se succédant toute la journée du 10 août. Une accalmie que les Tiger de la s.SS-Panzer-Abteilung 102 du SS-Sturmbannführer Hans Weiß mirent à profit pour quitter (dès la nuit du 9 au 10 août) le secteur et rejoindre celui de Falaise où nous allons les retrouver.

Dans le secteur du VIII Corps du Lieutenant-General Richard O’Connor, tandis que la 15th (Scottish) Infantry Division est engagée sur le flanc est du saillant de Chênedollé, la 3rd Infantry Division, appuyée par la Guards Armoured Division (abrégé « GDS » sur notre carte), sont en pleine offensive à l’ouest de Vire et au nord de Viessoix, dans le secteur du hameau de Pavée exactement. La 11th Armoured Division s’est pour sa part repliée dans le secteur de Sainte-Marie-Laumont - La Graverie, après avoir libéré Le Beny-Bocage le 1er août, percé jusque dans le secteur de Chênedollé le 4 août, et relancé continuellement des raids locaux jusqu’au 7 août, essuyant de lourdes pertes.

À l’ouest de Vire, dans le secteur américain du 12th Army Group du Lieutenant-General Omar N. Bradley et de la 1st US Army du Lieutenant-General Courtney H. Hodges, la 2nd Infantry Division « Indianhead », rattachée au V Corps du Major-General Leonard T. Gerrow, reconstitue ses forces après avoir effectué une percée au sud de Saint-Lô et avant de se relancer vers Tinchebray (qu’elle libérera le 15 août). Sur son flanc gauche, dans le secteur du XIX Corps du Major-General Charles H. Corlett, la 29th Infantry Division « Blue and Gray », après avoir libéré Vire le 7 août, poursuit son offensive vers le sud, dans les secteurs de Saint-Germain-de-Tallevende et Maisoncelles-la-Jourdan, où elle se heurte à la 363.I.D., mais également (ce qui n’est pas indiqué sur la carte américaine du 12th Army Group) à différents groupements tactiques de combat : une « Kampfgruppe » formée à partir d’éléments de la Panzer-Lehr Division à Maisoncelles-la-Jourdan, une seconde KG formée à partir de la 84.I.D. et de la 353.I.D. à Saint-Germain-de-Tallevende, et une troisième formée à partir de la 1. SS-Panzer-Division « Leibstandarte-SS Adolf Hitler » à la Lande-Vaumont, l’ensemble étant appuyé par des éléments de la 352.I.D. (la même qui avait infligé à la 29th US Inf..Div. de si lourdes pertes à Omaha Beach).

La carte américaine manque donc de précision en ce qui concerne les forces opposées au XIX Corps de la 1st US Army le 10 août 1944, celles composant le LXXXIV A.K. du Generalleutnant Otto Elfeldt. La carte suivante au 1 : 80.000 établie par le « WFSt Op. (H) » de l’OKW permet de rétablir les choses.

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À la frontière des VII et XIX Corps, la 28h Infantry Division « Keystone » s’empare quant à elle de Gathemo le 10 août, soutenue par la 3st Armoured Division « Spearhead » dont les blindés, après avoir pris part à la bataille des haies et essuyé de lourdes pertes pour s’emparer de Saint-Lô, sont établis dans la forêt de Saint-Sever.

- Le second élément de la carte de l’« Engineer Section » cible le secteur ouest du front allié (bien que le secteur sud y soit déjà visible pour une part), un secteur occupé par le VII Corps du Lieutenant-General Joseph L. Collins où, depuis peu après minuit le 7 août 1944, les Allemands ont lancé « l’opération “Liège” » (« Unternehmen “Lüttisch” », en all.) dans le flanc droit des forces alliées.

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Ce sont les Américains de la 9th Infantry Division « Old Reliables » du Major-General Manton S. Eddy et de la 30th Infantry Division « Old Hickory » du Major-General Leland S. Hobbs qui eurent alors à supporter tout le poids de l’offensive du XXXXVII. Panzer-Korps du General der Panzertruppen Hans Freiherr von Funck et de ses quatre divisions blindées (les 1. et 2.SS-Pz.Div., et les 2. et 116.Pz.Div.), épaulées par un groupement tactique de la 17. Panzergrenadier-Division « Götz von Berlichingen ». Mais après le choc initial de la contre-attaque, les soldats tiennent ferme.

Du 7 au 10 août, la ligne de front n’a en effet presque pas été modifiée. Dans le secteur au nord de Mortain, la 9th Infantry Division s’est stabilisée provisoirement le long de la rive nord de la Sée, tandis que la 4th Infantry Division « Ivy » occupe la rive sud. Dans le secteur à l'ouest de Mortain, la 30th Infantry Division se prépare à prendre d’assaut le versant sud de la cote 314, clé de toute la région, pour relever le bataillon isolé sur le sommet depuis le 7 août (il s’agit du 2ème bataillon du 120th Inf. Regt. « Third North Carolina » de la 30th Inf. Div. dont le poste de commandement a été débordé le 7 août et le groupe de commandement capturé le 8). Dans l’après-midi du 10 août, des avions cargos C-47 envoyèrent de la nourriture et des munitions pour deux jours (la moitié étant malheureusement tombée à l’extérieur du périmètre défensif). Le soir du 10 août, le 230th Field Artillery Battalion de la 30th Inf. Div. procéda aux premiers lancers de ravitaillement par obus ! Utilisant des cylindres d’obus fumigènes, dont on se servait habituellement pour envoyer des brochures de propagande, le bataillon tira des bandages, des rouleaux de sparadrap, de la morphine et d’autres produits médicaux sur la colline. Les canons de 105 mm des blindés du 743rd Tank Bataillon et les 155 mm du 113th Field Artillery Bataillon participèrent à l’effort ! Nourris par des fermiers français qui partagèrent avec les soldats leurs poulets, leurs légumes et le danger commun, près de 700 hommes arrivent à tenir. Pendant ce temps, la 1st Infantry Division « The Big Red One », relevée le 6 août par la 30th Inf. Div. dans le secteur de Mortain, pousse en avant jusqu’à Mayenne, tandis que la 35th Infantry Division « Santa Fe », appuyée par les blindés de la 2nd Armoured Division « Hell on Wheels », tâche d’avancer en traversant Saint-Hilaire-du-Harcouët jusqu’à la route de Mortain à Barenton. 700 victimes en quatre jours, pour faire 12 km...

Dans le secteur de Mortain, la bataille est donc essentiellement un combat de petites unités : infiltrations, contre-infiltrations, combats à courte distance par des groupes de petites tailles qui manœuvrent pour déborder et qui à leur tour se trouvent débordés, activités en dents-de-scie consistant en de courtes pénétrations de part et d’autres, opérations caractérisées par des embuscades, l’effet de surprise et des combats d’un niveau rarement supérieur à celui du soldat individuel.

- Le troisième élément de la carte de l’« Engineer Section » couvre une partie (seulement) du secteur sud du front allié, celui de la 3rd Army du Lieutenant-General Georges S. Patton.

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Après avoir atteint Brest le 7 août et Lorient le 10, le VIII Corps du Lieutenant-General Troy H. Middleton, se prépare à de longs et durs combats pour la libération de ces ports. Le XX Corps du Major-General Walton H. Walker, engagé vers le sud et les Pays de la Loire, libère pour sa part Angers le 10 août. Enfin, le XV Corps du Lieutenant-General Wade H. Haislip pivote vers le sud-est et l’est, direction Alençon. Pour protéger la gauche et l’arrière du XV Corps en profondeur, Georges S. Patton se reposa sur la 80th Infantry Division (Institutional Training) « Blue Ridge » qui venait d’arriver sur le continent le 5 août, sous les ordres du Major-General Horace L. MacBride.

L’attaque du XV Corps le matin du 10 août déborde malheureusement le cadre de la carte. et le service cartographique américain se contente de mentionner les noms des unités y ayant pris part. La carte suivante au 1 : 500.000 établie par le « WFSt Op. (H) » de l’OKW le 10 août peut en revanche nous permettre de resituer les lieux de l’engagement (nous y avons ajouté en noir les numéros d’identification des unités alliées en présence).

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Qu’en est-il maintenant du la 85. Infanterie-Division et du bataillon de fusiliers de l’Obergefreiter Habersack en ce jeudi 10 août 1944 ?

Rappelons tout d’abord les sérieuses difficultés que les cartes (au 1 : 200.000) établies par le « WFSt Op. (H) » de l’OKW nous ont posé lorsqu’il s’est agi de déterminer avec précision l’emplacement des différents éléments de la division les 8 et 9 août 1944. La carte du 8 août établissait que les éléments avancés de la 85.I.D. (sans apporter aucune précision sur l’identité de ces derniers) étaient parvenus dans le secteur du Laison, alors que l’examen minutieux du KTB de la 5. Panzerarmee nous a permis de démontrer qu’ils ne s’y établirent que dans la matinée du 9 août. La carte du 9 août indiquait quant à elle que certaines unités, qui faisaient partie en réalité des éléments avancés de la division et venaient donc d’arriver dans le secteur des combats, étaient encore à l’arrêt dans les positions occupées le 8 août. Sur les deux cartes des 8 et 9 août (cf. supra p. 9), à l’exception du mouvement des éléments avancés, la situation semblait comme figée, alors qu’il n’en était rien en réalité. Nous en avons déduit que sur ces deux jours, le Service-Opérations de l’OKW ne savait plus vraiment où se situaient exactement les différents éléments de la 85.I.D. Cela a-t-il tenu à des problèmes de transmission ? À d’indispensables mesures de précaution imposant un silence radio ? Il nous a fallu en tous cas patiemment débrouiller l’écheveau. Mais si nous sommes parvenus à montrer que certaines unités, supposées à l’arrêt depuis le 8 août, avaient bien poursuivi leur marche d’accès au front puisqu’on les retrouve le 9 au matin dans le secteur des combats (la 3.Abteilung (mot.) de l’Artillerie Regiment 185 et les deux bataillons du Grenadiere-Regiment 1053, présentés comme étant encore au sud de Lisieux ou dans la forêt de la Londe au sud de Rouen ce jour-là !), nous n’avons trouvé en revanche aucune indication précise concernant l’emplacement des autres éléments formant le gros de la division. Or, nous avons supposé qu’ils étaient eux-mêmes en mouvement durant ces deux jours car, n’ayant pas pu parcourir en une nuit toute la distance les séparant de Rouen (où la majorité d’entre eux étaient censés être encore le 9 août) on les retrouve le 10 août (comme on va le constater) à quelques kilomètres de la ligne de front. Nous avons alors précisé quels pouvaient être les secteurs d’accueil occupés durant les 8 et 9 août par ces éléments en les inférant de ceux occupés le 10 août, car, comme nous allons nous en rendre compte maintenant, ceux-ci sont (enfin) clairement indiqués sur les différentes cartes du « WFSt Op. (H) » de l’OKW que nous allons consulter.

Nous disons bien les différentes cartes, car nous allons nous pencher sur trois cartes (à l'échelle 1 : 1000.000, 1 : 500.000 et 1 : 80.000), afin de proposer une étude de plus en plus précise et détaillée de la situation, mais également de manière à opérer une synthèse des informations (parfois contradictoires !) qu'elles proposent.

- La première carte, au 1 : 1000.000 donc (où 1 cm = 10.000 m.), est une carte spéciale n’indiquant que les mouvements de marche des unités (« Marschbewegungen », en all.).

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Ce premier aperçu nous permet de constater que le 331.I.D. du Generalleutnant Walter Steinmüller, dont certains éléments ont franchi la Seine dans la boucle au sud-ouest de Rouen (dans la forêt de Roumare) le 3 août, obligeant les éléments avancés de la 85.I.D. à patienter une journée avant d’opérer leur franchissement (cf. supra, Situation le 3 août 1944, p. 8) est toujours en transit. S’agissant de la 85.I.D., le gros de la division (« Masse » en all, abrégé « Ma ») est situé sur cette carte à l’est de Falaise et au sud de Saint-Pierre-sur-Dives, dans le secteur de Morteaux-Couliboeuf exactement.

Nous allons nous rendre compte avec la troisième carte que ce placement est imprécis et, en tant que tel, inexact. En revanche, cette carte indique qu’une compagnie du Pionier-Bataillon 185 (« 1 Pi-Kp. 85.I.D. ») est toujours employée (« eingesetzt », en all.) sur les différents passages d’eau de la Seine que nous avons décrit précédemment (Cf. supra, Situation le 5 août 1944, p. 8).

- La seconde carte au 1 : 500.000 (où 1 cm = 5000 m.) nous apporte des informations différentes mais complémentaires.

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Elle ne fait plus mention ni du gros de la division ni de la compagnie de pionniers mais signale en revanche, outre la présence des unités avancées de la 85.I.D. dans le secteur de la rivière Laison, celle d’éléments (« Teile » en all., abrégé « Tle ») au sud de Lisieux, dans les nombreuses zones boisées entre Orbec et Livarot, dont les plus étendues sont le Bois de Fervaques, le Bois de la Couvinière et la Forêt de Livarot. Et celle d’autres éléments à l’est de Brionne, dans les Bois brûlés, le Bois du Mont Mal, le Bois des Ifs et celui du Parc du bec. (Étant donné donné que la progression des différents éléments de la division s’effectua selon un échelonnement permettant l’absorption des unités dans les secteurs d’accueil et que les installations de ravitaillement devaient être toujours les mêmes, c’est cette carte qui nous a permis de déduire, en dépit d’informations fiables, ce qu’avaient bien pu être les secteurs occupés par les différents éléments de la 85.I.D. les jours précédents).

- La troisième carte au 1 : 80.000 (où 1 cm = 800 m., ou bien « 1 ¼ cm » = 1000 m.), est beaucoup plus instructive car elle désigne nominativement les unités formant le gros de la division et permet, vu l’échelle adoptée, de le localiser avec exactitude (cette fois).

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Ce premier post sur la journée du 10 août 1944 étant essentiellement consacré à l’état de la situation du front de Normandie côté allié et à celui de la 85.I.D. côté allemand, nous remettons au post suivant l’analyse des combats féroces ayant eu lieu ce jour-là (le troisième et dernier jour de l’opération « Totalize ») dans le secteur de la cote 195, du Bois du Quesnay et de Soignolles. Contentons nous de remarquer, sans non plus entrer dans le détail pour l’instant, que le mouvement des éléments avancés de la 85. Infanterie-Division pour relever certaines unités de la 12. SS Panzer-Division « Hitlerjugend » est bien engagé depuis le 9 août, cette action tactique se terminant le 11 août à 22 heures, lorsque la 85.I.D. prendra officiellement en charge la responsabilité du secteur.

Ainsi, d’après cette carte, ce n’est pas dans le secteur de Morteaux-Couliboeuf mais dans celui de Vieux-Pont-en-Auge, à l’est de Saint-Pierre-sur-Dives, qu’est cantonné en ce jeudi 10 août 1944 le gros de la 85.I.D., tandis que l’état-major de la division a pris ses quartiers à Ammeville, à 18 km au sud-est de Sassy et à 20 km à l’est de Falaise.

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Si, pour conclure cette analyse des différentes cartes du « WFSt Op. (H) » de l’OKW établie le 10 août 1944, on synthétise l’ensemble des informations recueillies sur une carte « Google Earth », il nous faut préciser que le trajet indiqué est celui accompli par le gros de la 85.I.D. sur plusieurs jours. La distance entre la Forêt de La Londe et la région boisée autour de Saint-Georges-en-Auge est de 85 km, celle entre Livarot et le HQ de la 85.I.D., de 12,6 km, et celle entre la Forêt de Brotonne et Brionne, de 27,6 km. Ajoutons que le placement des unités représentées entre Orbec et Livarot (II./Artillerie-Regiment 185) et à Brionne (Infanterie-Nachrichten-Abteilung 185, Infanterie-Divisions-Nachschubführer 185, Feldersatz-Bataillon 185, Verwaltungsdienste 185, Sanitätsdienste 185 ou Veterinärkompanie 185) est hypothétique, par manque de précision.

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Arrêtons-nous maintenant sur l’état-major de la 85.I.D.

Selon l’Annexe 3a du KTB de la 5. Panzerarmee, et le point c) du « Supplément au rapport quotidien » du 9 août 1944 que nous avons étudié précédemment (cf. supra, Situation le 9 août 1944, Première partie, p. 9), c’est le 9 août exactement que celui-ci s’est établi à Ammeville. Avant d’examiner son lieu de cantonnement, une brève présentation de la structure de l’état-major d’une division d’infanterie allemande type 44, selon la « Kriegstärkenachweisung » (« ordre consigné des effectifs de guerre », en fr.) numéro 21n du 1er avril 1944 (dont nous publions les documents originaux en Annexe 1), peut sans doute s’avérer utile.

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Sans entrer dans tous les détails, indiquons que dans le groupe des opérations (« Führungsabteilung »), le Ia, qui est à la fois premier officier d’état-major (et donc chef d’état major) et chef des opérations, a en charge, avec son aide de camp (le O1), la responsabilité de la planification et de la conduite des opérations, ainsi que de l’instruction des troupes (rappelons que dans la doctrine militaire allemande, c’est le Ia, et non le commandant de la division, qui développe la stratégie mise en œuvre pour une opération). Le Ic est l’officier de renseignement chargé avec son aide de camp (le O3) de l’intelligence et des activités de contre-espionnage. Depuis l’ordre d’Hitler du 23 décembre 1943, est également présent au sein de la « Führungsabteilung » un NSFO (l’équivalent du « commissaire politique » russe) chargé de l’instruction politique et morale.

Dans le groupe d’administration (« Quartiermeisterabteilung »), le vaguemestre (le Ib) et son aide de camp (le O2) sont responsables de l’intendance, du ravitaillement, des transports, de l’attribution et de la distribution des armes, des munitions, des matériaux de construction, etc.

Dans le groupe IVa, l’intendant de la division (le IVa), l’agent administratif principal de la division, est responsable des uniformes, des vêtements, des rations, tandis qu’à ses côtés opèrent un officier chargé des munitions et des armes (le W) et un agent administratif spécialisé dans les questions techniques (le R). Dans le groupe IVb, le médecin de la division (le IVb) est responsable des soins médicaux et des installations sanitaires, tandis que dans le groupe IVc, le vétérinaire de la division (le IVc) est chargé des soins et de l’entretien des animaux (des chevaux notamment). Dans le groupe V, l’officier en charge du parc automobile assure l’entretien et la réparation des véhicules.

Enfin, le groupe du personnel (« Adjutantur »), est organisé en différentes sections. L’ « Adjutant » (le IIa) est responsable des questions relatives au personnel. Le juge divisionnaire (le III) a en charge les activités judiciaires, les punitions, les cours martiales, etc. L’aumônier de la division (le IVd) assure le soutien religieux du personnel. Le « Kommandant des Stabsquartiers » assure le commandement du quartier général en supervisant le service du trésorier-compable (IVz), celui du train de ravitaillement, des troupes motorisées (motocyclistes, chauffeurs de voitures et de camions), de celles assurant la sécurité de l’état-major, sans oublier le service de la formation musicale de la division.

Sachant que, comme l’indique le point 6 des « Anmerkungen » (Remarques, en fr.) de notre KStN, sont rattachés aux 186 hommes de l’état-major d’une « Infanteriedivision 44 neuer Art », une Divisionskartenstelle (mot) (un service cartographique comptant 8 hommes, selon la KStN 2076n du 1.10.1943), un Felgendarmerietrupp c (mot) (comptant 33 hommes, selon la KStN 2033c du 1.11.1943), et un Feldpost Amt (mot) (une unité de transmission comptant 18 hommes, selon la KStN 2251 du 1.02.1944), c’est théoriquement un total de 245 hommes que réunissait un quartier général de division d’infanterie type 44. (Cf. Récapitulatif proposé en Annexe 2).

On comprend dès lors qu’il faille réquisitionner au moins un château pour l’établir. Et c’est ce que fit le « Kommandeur » de notre 85. Infanterie-Division, le Generalleutnant Kurt Chill, lorsqu’il arriva avec son unité sur le théâtre d’opérations qu’il devait prendre en charge. Il s’installa en effet au sud de la Dive, très en retrait des positions avancées de sa division (établies à environ 20 km à vol d’oiseau, au nord, le long de la rivière Laison), non pas à Ammeville exactement, mais à 1,5 km plus à l’est, dans le Bois de la Punaye, au Château de la Punaye.

Sur ce cliché pris depuis l’église d’Ammeville, nous pouvons nous rendre compte de la distance séparant le village du château, construit sur le flanc de la colline du Bois de la Punaye dont le point culminant (un point géodésique) s’élève à 218 m. Nous y avons incrusté l’image du Château de la Punaye, mais également celle d’une construction tout à fait surprenante au milieu de la campagne normande, celle de la Tour de la Punaye.

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La photographie suivante, prise au même endroit, nous en donne déjà un meilleur aperçu.

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Si maintenant nous nous approchons du domaine,...

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... encore davantage, nous découvrons le château réquisitionné par notre Generalleutnant Kurt Chill, avec à sa gauche la tour qui, au-dessus des cimes, fait plus que dominer toute la campagne environnante.

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Le Château et la Tour de la Punaye furent construits au tout début du XXème siècle par Auguste Leblanc-Barbedienne, neveu du célèbre fondeur Ferdinand Barbedienne lequel, associé à Achille Collas, inventeur du procédé de réduction mécanique des statues, créa à Paris en 1839 l’une des plus importantes entreprises d’objets d’art en bronze du XIXème siècle en France, la Société Collas et Barbedienne. C’est la première société à reproduire en petites tailles les plus belles sculptures des musées d’Europe, l’idée de Barbedienne étant de démocratiser l’art en rendant accessible de fidèles reproductions de chefs d’œuvre. La Vénus de Milo fut la première des œuvres des grands musées à être reproduite. Les productions de la Maison furent récompensées d’une Médaille Spéciale à la Grande Exposition de Londres de 1851 et de la Grande Médaille d’Honneur à l’Exposition Universelle de Paris de 1855, sous le règne de l’Empereur Napoléon III. À la mort de Collas en 1859, Ferdinand Barbedienne prend seul la tête de l‘entreprise (dont les ateliers demeurent installés au 63, rue Lancry, dans le 10e arrdt. de Paris). De 1860 aux années 1890, des moulages d’artistes contemporains, des antiquités grecques et romaines, des statues d’hommes célèbres (Henri IV sur le Pont-neuf, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Balzac, Mozart enfant) et de héros nationaux (Jeanne d'Arc et le maréchal Ney) sortent de la fonderie Barbedienne où un département spécialisé dans la fonte de bronzes monumentaux a été créé. La production, quelques temps interrompue par la guerre de 1870 au cours de laquelle la fonderie est mise au service de la patrie en fournissant 70 canons pour la Défense nationale, reprend une fois la paix revenue. L’entreprise comptait plus de 600 ouvriers lorsque Barbedienne meurt, le 21 mars 1892. Considéré comme « Une gloire nationale ayant porté très haut l’éclat de notre industrie dans tous les concours internationaux (25 médailles aux grandes expositions de 1851 à 1889) et ayant poussé à l’extrême le sens de la traduction du beau », il est inhumé au Père-Lachaise avec des funérailles quasi nationales.

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N’ayant pas eu de descendants directs, c’est son neveu et associé Gustave Leblanc qui lui succède à la tête de l’entreprise. Il demande par voie de justice à prendre le nom de son oncle maternel afin de poursuivre l’histoire de la Maison. Par décret présidentiel pris en 1893 par le président Sadi Carnot, il est autorisé à s’appeler Gustave Leblanc-Barbedienne. Il signe à cette époque avec Auguste Rodin un contrat d’édition d’exclusivité de 20 ans pour l’Éternel Printemps et le Baiser. Il exécute également en 1895 la fonte de la première épreuve des Bourgeois de Calais. L'entreprise connaît toujours autant de succès. Elle dispose d’agences aux États-Unis, en Grande-Bretagne et ouvre une succursale à Berlin en 1913. C’est dans ce contexte, et alors que les affaires sont florissantes, qu’Auguste Leblanc-Barbedienne entreprend de construire un château dans le Bois de la Punaye, agrémenté d’une tour dressée comme un i au sommet de la colline boisée surplombant le domaine.

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La légende veut que le riche industriel français ait bâti cette tour pour l’offrir en cadeau à sa fille, afin qu’elle puisse profiter du Soleil (sur le balcon du premier étage) et voir la mer (du second étage). Par temps très clair, il est dit en effet qu’on peut voir jusqu’aux côtes anglaises ! Il est en tous cas parfaitement possible de voir les côtes françaises de la Manche, et notamment, en regardant plein nord, Villers-sur-Mer (entre Cabourg et Deauville), une commune distante de 42,8 km à vol d’oiseau, mais également, en regardant plein ouest, le CHU de Caen, distant de 42,5 km, un bâtiment au demeurant déjà visible depuis le perron du château lui-même. Une tour de 37 mètres de haut sur un point géodésique s’élevant à 218 mètres, cela donne un point de vue de 255 mètres d’altitude, presque le troisième étage de la Tour Eiffel, c’est dire le panorama exceptionnel qu’on peut y admirer.

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Parce que nous ne pouvons pas proposer des photographies prises depuis le perron du château, et encore moins depuis la tour elle-même (dont l’accès est désormais strictement interdit pour des raisons de sécurité), nous pouvons toutefois nous faire une idée de ce panorama en inversant la perspective et en tâchant d'apercevoir, à la limite de la puissance optique toute relative du zoom de notre appareil (un reflex avec un téléobjectif ayant une longueur focale allant jusqu’à 840 mm, soit un zoom x 35, serait idéal dans ce genre de situation), à 10,9 km à vol d’oiseau du Bois de la Punaye, depuis la plaine s’étalant au nord de la Dive, à la gare de Couliboeuf exactement, sur la commune de Morteaux-Couliboeuf dont on aperçoit quelques habitations au premier plan, les silhouettes du Château et de la Tour de la Punaye.

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Parce que le château est une propriété privée et dûment gardée, nous ne présentons que des photographies aériennes ou prises depuis la voie publique et suffisamment distanciées pour ne pas porter atteinte à la vie privée. Nous pouvons en revanche consulter des cartes postales pour découvrir les lieux tout à fait légalement. Et voir ainsi la façade principale d’origine du château, avec ses briques rouges.

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Sur la façade arrière, on constate la présence de marronniers imposants entourant le château. De nombreux spécimen ont depuis été abattus, pour dégager la vue.

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Lors de la construction de la Tour de la Punaye en 1906, ce sont des échafaudages en bois qui furent utilisés.

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La Tour de la Punaye,...

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... comme un phare dressé au milieu d’un océan de verdure !

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C’est donc dans ce lieu qui aurait été un endroit romantique dans d’autres conditions que s’est installé le HQ de la 85.I.D. et que vont se décider et être planifiées dans l’urgence les opérations en cours et à celles à venir. Avec les derniers effectifs de la 12.SS-Pz-Div. « Hitlerjugend » de « panzerMeyer » et la 89.I.D. du Generalleutnant Conrad Oskar Heinrichs (qui est à la moitié de ses effectifs), le Generalleutnant Kurt Chill doit d’abord et avant tout renforcer les défenses allemandes organisées autour de la série de villages, de boisés et de collines se situant le long de la rivière Laison (la 12.SS-Pz-Div. « HJ », organisée en groupements tactiques, devant par la suite servir de réserve de proximité et fournir aux divisions d’infanterie un appui anti-char supplémentaire).
*** Annexe 1. KStN 21n (1.04.1944) : Kommando einer Infanteriedivision 44 / Kommando einer Gebirgsdivision (n.A.) / Kommando einer Jägedivision (n.A.). Documents originaux (pages a à f).

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Annexe 2. Récapitulatif du nombre de personnels présents dans chaque groupe, section et service de l’état-major d’une « Infanterie-division 44 neuer Art », ainsi que du nombre et de la nature des armes et des véhicules disponibles en son sein (selon la KStN 21n du 1.04.1944).

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***

À bientôt pour la suite, ami(e)s de l’Obergefreiter Habersack, mais soyez patients et toujours vigilants. « PERVIGILIS ILLIC ».
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 02 sept., 19:50, modifié 7 fois.



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weyax
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par weyax » 04 mars, 13:59

Ahh, für einen überarbeiteten Mann un excellent report :super:

Merci pour les cartes et landscape-pictures actuel :amen:

Sauf un peu pics a moi cependant les voitures de STAN de votre document:

DKW NZ350:

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KFZ1
Stoewer
devant Pharmacie Ammeville :ghee:

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KFZ12:
HORCH

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KFZ15

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light Truck Steyr 2To:

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light Truck Opel 2To:

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Opel-Blitz bureau:

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en restauration:

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and perhaps they had a KFZ17-Funk too for the artillery:

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Salut Lionel ;)
Modifié en dernier par weyax le 05 mars, 11:07, modifié 1 fois.



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Hakermann
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par Hakermann » 05 mars, 09:41

Très beau travail que voila! et beaucoup de précisions apportées! Impressionnant ce château et cette tour! :super: Prends ton temps pour la suite. De mon coté professionnellement c'est un peu l'urgence.... :pleur4: et surtout ma priorité du moment...


recherches tous documents,objets sur le Kg Luck et les komp du 125pz, Afrique, Normandie...

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Manuferey
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par Manuferey » 07 avr., 16:05

Remarquons au passage sur la carte du « WFSt Op. (H) » la présence au sud-ouest de Beuzeville, sur la ligne de chemin de fer reliant Rouen et Caen et orientée (comme l'indique la flèche) dans la direction du Havre et de l’embouchure de la Seine, de l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688, une batterie d’artillerie lourde sur voie ferrée équipée de deux 28cm Lange Bruno-Kanone (E) (28 E 688 ­Î ­2), laquelle occupa, en 1940, le secteur Calais/Coquelles dans le Pas-de-Calais, face à l’Angleterre.
Petites précisions sur l’E688 : depuis au moins janvier 1944, l’Eisenbahnbatterie E.688 avait remplacé ses canons de 28 cm lange Bruno par des 28 cm K5, identiques aux fameux canons Anzio Annie en Italie. Et tout comme les canons d’Anzio, ceux de la E.688 se réfugiaient dans un tunnel, cette fois-ci près de Quetteville, au sud-ouest de Beuzeville.

Emmanuel

P.S. Les posts de Lionel sur ce fil sont vraiment impressionnants !



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converset
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par converset » 08 avr., 18:56

tres impressionant cette recherche quel boulot! merci c'est pationnant



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 10 avr., 20:50

Bonjour à tous.

« Impressionnant », « passionnant » dites-vous Manuferey et Converset ; j’ajouterais « très prenant », et, pour tout dire, trop en ce moment (tout particulièrement).

À ceux qui s’impatientent peut-être de lire la suite (qu’il me tarde de vous présenter), je demanderai d’attendre encore un peu car je dois vous dire que j’administre désormais et dirige l'édition d’un site internet disons officiel, ce qui m’amène à écrire des articles divers et variés (de la physique des particules cosmiques aux performances d’acteurs de théâtre !). Ces nouvelles responsabilités absorbent le peu de temps libre qu’il me restait et que je consacrais habituellement à faire vivre à vos côtés le forum du site DDay-Overlord.com. J’ai plaisir à constater que certains parmi vous ont bien conscience du « boulot » que mes recherches représentent. « Sur les traces de l’Obergefreiter Habersack », ce sont 18 mois d’heures supplémentaires où un hobby s’est progressivement transformé en un véritable travail de thésard et où, au risque de s’user la santé, s’ajoute en le complétant celui, aussi grave, de sacrifier sa vie de famille. C’est donc désormais avec un rythme moins soutenu que j’aurai le plaisir de vous faire partager les derniers jours de la vie de mon cher Obergefreiter, et j’ai encore beaucoup de choses à présenter, mais également à vérifier.

Alors justement, Manuferey, à propos des canons sur rails allemands, vous mettez là le doigt sur une affaire qui, il y a plus d’un an, a pris pour moi l’allure d’un véritable casse-tête. Or, grâce à votre intervention, je vais peut-être enfin pouvoir le résoudre.

Je rappelle seulement qu’à l’occasion de l’étude d’une carte du WFSt Op. (H) du 7 août 1944 (cf. supra p. 9), j’avais constaté la présence au sud-ouest de Beuzeville, à proximité de la route empruntée par les éléments avancés de la 85.I.D., de l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688. Les canons sur rails équipant cette unité sont si impressionnants que j’ai alors décidé de faire sur eux une brève apartheid. Or, comme la plupart des comptes-rendus historiques le précisent, l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688 avait bien en effet été rééquipée de deux 28-cm K 5 (E) (sans doute le meilleur canon sur rails allemand de la Seconde Guerre mondiale), mais quand exactement, c’est ce que je n’ai personnellement pas réussi à établir avec certitude à l’époque ! Car, et c’est un fait également bien connu, l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688 fut la seule unité à s’être vue attribuer dès 1939 les trois seuls exemplaires réalisés du 28-cm Lange Bruno-Kanone (E) (le second modèle de canon sur rail de calibre 28 cm - lequel en comptait cinq en tout - fabriqué par la firme Krupp AG d’Essen dans le cadre du programme « Sofort » élaboré par Hitler). Ces trois canons sur rails, répondant aux doux noms d’Anton, de Bruno et de Cäsar, furent engagés en Crimée en 1942 lors du siège de Sébastopol où, à force de tirs répétés, ils usèrent (définitivement ?) leurs tubes. Que sont-ils devenus par la suite ? Malgré mes recherches, aucun document officiel ne m’a permis de trancher la question. Ont-ils été ferraillés ou bien remis en service ? Certaines sources sont, sur la question, d’une extrême confusion et d’autres avouent humblement leur ignorance. Ce n’est qu’à la date du mois de décembre 1944 que j’ai eu la preuve sous les yeux que l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688 possédait un 28-cm K5 (E) (le second ayant sans doute été détruit ou bien sabordé par son équipage). Aussi, parce que le problème était au fond très secondaire dans le cadre de mes recherches, ai-je fini par renoncer et m’en suis-je tenu au 28-cm Lange Bruno-Kanone (E). Pour espérer le savoir, il m'aurait fallu pouvoir consulter l’ouvrage (indisponible à l'époque) paru aux Éditions Histoires et Fortifications en 2006 (et dont presque une moitié sur la Seconde Guerre mondiale a été écrit par Alain Chazette, qu’on ne présente plus) du spécialiste français de la question, le général Guy François : Einsenbahnartillerie, Histoire de l’artillerie lourde sur voie ferrée allemande des origines à 1945. Ou mieux encore, ceux (introuvables également) du spécialiste allemand (dont s’inspirent très certainement nos auteurs français) Gerhard Taube (Deutsche-Einsenbahn-Geschütze paru aux Éditions Motorbuch en 1991 et Festung Sewastopol paru aux Éditions Mittler und Sohn en 1995).

Sont-ce les sources qui vous permettent d’avancer que l’Eisenbahn-Artillerie-Batterie 688 a été rééquipée de 28-cm K5 (E) « depuis au moins janvier 1944 », mon cher Manuferey ? Si c’est le cas, j’aurai plaisir à l’apprendre et à modifier en conséquence ma présentation.

Bien amicalement.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 02 sept., 20:42, modifié 4 fois.



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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par converset » 10 avr., 21:21

montrer mon impatience c'est demontrer mon respect pour ton travail! Et moi aussi j'ai la chance d'avoir un job et une famille alors je comprend tout a fait tes propos! encore merci! moi perso j'adore!



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Manuferey
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par Manuferey » 11 avr., 00:16

Lionel,

Le livre Einsenbahnartillerie Histoire de l’artillerie lourde sur voie ferrée allemande des origines à 1945 est effectivement la source de ma mention de janvier 1944. J’ai déjà échangé plusieurs fois avec le général Guy François sur des sujets d’artillerie, ALVF française en particulier, et je suis souvent en contact avec Alain Chazette. Leurs sources sont typiquement des documents d’époque car les choses évoluent continuellement dans l’histoire « technique » de la 2e GM grâce aux nouvelles archives retrouvées régulièrement et aux échanges de milliers de passionnés autour du monde reliés par des réseaux sociaux comme les forums.

Pour trouver les types de canons utilisés par les unités d’artillerie du Heer allemand, les sources typiques sont les « Kriegsgliederungen des Feldheeres » et les « Gliederungen » des armées allemandes, documents qui étaient régulièrement mises à jour. Je pense que ce sont ces genres de documents qu’ont consultés MM. François et Chazette.

Par ailleurs, « les doux noms » d’Anton, Bruno et Cäsar sont des noms classiques dans les batteries allemandes, quelque soit le type de canon, et correspondent à l’alphabet phonétique allemand (A = Anton, B = Bruno, C = Casear, D = Dora, E = Emil, …). On les appellerait aujourd’hui Alpha, Bravo et Charlie.
Ainsi le 1er canon d’une batterie allemande portait la lettre A, le 2e la lettre B, le 3e la lettre C, etc. On voit souvent ces lettre peintes sur les tubes sur les photos de canons de 8,8 cm Flak.

Emmanuel




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