Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

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OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 03 déc., 19:07

Bonjour Prosper,

Vous avez entièrement raison, il s’agit bien en effet de l’écriture Sütterlin.

http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%BCtterlin

Or, je dois avouer que je n’ai pas fait l’effort de relever le nom du propriétaire puisque, sans être désobligeant à son égard, c’est moins sa personne que son « Soldbuch » qui m’intéressait !

Mais, encore une fois, vous avez raison de le souligner, et j’attire du coup l’attention de nos chers membres sur l’importance de connaître cette écriture pour comprendre un certain nombre de documents allemands de l’époque, mais également les numéros des plaques d’identité des soldats (les numéros des « Erkennungsmarken » étant en effet très souvent frappés en Sütterlin), car elle peut prêter à confusion.

Un exemple : I.R. en majuscule (Infanterie-Regiment) s’écrit J.R. en Sütterlin... De quoi s'y perdre ! Nous voilà prévenus.

Bien amicalement.
*** PS. Comme il nous l’a expressément été demandé, nous avons dû retirer l’image du « Soldbuch » donné en exemple p. 4 de ce Sujet (bien que ce dernier soit présenté non-protégé par un copyright sur internet) et, du coup, nous lui en avons substitué un autre où le problème du Sütterlin ne se pose plus (mais où le nom du propriétaire est toujours aussi illisible !). Cela n’enlève toutefois rien à la remarque que nous faisons sur la difficulté, voire la confusion qu’une telle écriture peut engendrer.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 17 mars, 21:56, modifié 4 fois.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 07 déc., 23:28

Bonjour à tous.

Avant qu’on ne quitte la Normandie et qu’on se lance avec Kurt dans la campagne de Pologne, en tâchant de reconstituer jour à près jour son parcours, cartes d’état-major allemand à l’appui, il reste un point en suspens qui mérite sans doute d’être éclairci définitivement.

C’est cette affaire de la hauteur des blés dans le secteur de Sassy en août 1944. Nous y revenons car nos recherches vont à nouveau montré que ce fut un élément de première importance aux yeux des officiers allemands, et, qui plus est, un détail qui sauva la vie d’un chef d’escadrille canadien, rien de moins !

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Je m’explique. J’ai rencontré au mois d’octobre l’actuel Maire de Sassy, Monsieur Gilles Trempu, et la secrétaire de la commune, Madame Valérie Gualtieri, qui m’ont généreusement procuré un exemplaire photocopié des Souvenirs de l’ancien Maire de la commune (après-guerre), M. Roland Lebret, sous-officier de l’armée française, prisonnier en juin 40, qui parvint à s’échapper et vint se réfugier à Sassy où il habitait et où il restera jusqu’à la fin de la guerre. Ce document témoigne des événements qui se sont déroulés à Sassy et dans les alentours durant la guerre 39/45, et naturellement pendant l’été 1944. Or, ces Souvenirs - tous manuscrits à l’exception de deux pages seulement (pour certains en taille A3, donc impossible à reproduire avec le matériel à notre disposition), et qui comportent des notes ajoutées au fil des années en fonction des éléments nouveaux qui ont été découverts par l’auteur - offrent de précieux renseignements sur l’affaire qui nous concernent ici, comme d’autres très utiles, que dis-je, fondamentaux à connaître pour qui s’intéresse au destin funeste de notre cher Obergefreiter.

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En effet, concernant la question de la moisson des blés durant l’été 1944, M. Lebret écrit : « Le 10 août, les SS (n.d.a. assurément ceux de la 12 SS-Panzer Division « Hitlerjugend », division que certains éléments de la 85.I.D. remplacent à partir du 9 août 1944 dans le secteur de la rivière Laison, et dont une partie vint se reposer dans le secteur de Sassy à partir de ce jour-là exactement) nous ont chassé de Sassy ». Et il précise alors en note de bas de page : « Lorsque les Allemands furent à Sassy, ils firent sceller les moulins des fermes pour empêcher de faire de la farine, cela ne nous empêcha pas d’en faire quand même et d’en utiliser pour nous et ceux qui en voulaient ». On reconnaît là le caractère bien trempé des Normands et leur solidarité ! Cela dit, l’ordre donné par les Allemands ne trompe pas, il s’agissait en effet d’interdire l’usage des moulins pour rendre inutile du coup toute moisson et préserver en l’état l’environnement afin de s’y dissimuler et de tromper alors plus facilement l’ennemi.

Et d’ailleurs, M. Lebret raconte son retour à Sassy après les combats (ils s’étaient réfugié, lui, sa famille et des proches à Tortisambert, à 22 km à l’est de Sassy) et il écrit : « Nous sommes rentrés le 27 août après avoir fait halte une journée et une nuit chez M. et Me. Briand à Saint-Martin-de-Fresnay. J’étais venu deux jours avant boucher les trous sur le toit de la maison. Une fois rentré, j’ai commencé à réparer le plus urgent sur les toits pour les mettre hors d’eau, le travail complet fut fini plus tard, puis nous avons terminé la moisson restée en panne, il restait une pièce de blé à faucher (2h50) au Puits, et tout le grain à rentrer, deux pièces d’avoines étaient brûlées, à Caumont trois ares et au Haut du mont de Rouvres seize ares. Les chars étaient passés au travers des moyettes de gerbes, nous avons récupéré ce que nous avons pu. La lieuse restée au Puits était à peu près intacte, à part la carriole et un banneau qui avaient reçu des éclats d’obus, le matériel agricole avait peu souffert. La javeleuse restée en plaine était démolie ainsi que la monture d’un rouleau ».

La moisson était « restée en panne », une « pièce », c’est-à-dire un champ de blé appartenant à M. Lebret restait à faucher, d’autres, d’avoine, étaient brûlés dans le secteur de Sassy (au Puits) comme aux alentours (au Haut du mont de Rouvres, là où les hommes du NSR se regroupèrent avant d’attaquer Sassy, et à Caumont). Les chars étaient passés à travers les « moyettes » de gerbes de blés, d’avoine ou d’orge, lesquelles permettent de conserver sans dégâts les gerbes dans les champs pendant quatre à cinq semaines, même avec des pluies répétées, abondantes et prolongées. La moisson avait donc bien débuté mais s’était interrompue (sur ordre express des Allemands qui ont ainsi pu utiliser les gerbes déjà faites et montées en moyettes pour parfaire le camouflage de leurs pièces, à n’en pas douter). Du coup le matériel agricole était encore dans les champs, la lieuse notamment, qui fauchait les tiges des céréales et permettait de les lier automatiquement en gerbes. Celles-ci étaient entassées ensuite en meules de façon à assurer le séchage des épis pendant plusieurs jours avant le battage qui se faisait à poste fixe. Elle n’a pas trop souffert, elle, tandis que la javeleuse, qui dispose les céréales sur le sol en paquet qu’il ne reste plus qu’à lier, fut détruite.

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En voilà assez pour confirmer notre intuition de départ : la moisson n’était pas terminée, comme c’est le cas dans le reportage photo que nous avons réalisé lors du retour à Sassy en août 2010. Les Allemands ont donc bien pu se camoufler dans les blés et les Canadiens, s’y faufiler.

Cependant, une seconde anecdote vaut vraiment la peine d’être racontée pour mettre un point final à cette question de la hauteur des blés dans le secteur de Sassy en août 1944. C’est celle du chef d’escadrille canadien Donald Melvin Walz, qui revint à Sassy le 13 octobre 1984 et dont la vie ne tint que grâce à cette hauteur des blés.

Je m’explique à nouveau. M. Lebret fit un premier récit d’un Combat entre 12 avions allemands et 4 avions alliés qui eut lieu le 16 juin 1944 dans le ciel de Sassy. Il y apporta quelques quarante ans plus tard une Rectification. Voici ce qu’il dit de cette affaire dans le premier récit datant de l’immédiate après-guerre (nous reproduisons ici le texte en son entier et en présentons un extrait en Annexe) :

« 16 juin. J’étais à travailler au bout de la petite remise un après-midi, quatre avions de chasse alliés revenant de mission de la direction des quatre vents passaient sur Sassy, se dirigeant sur Caen. Au même moment, une douzaine d’avions de chasse allemands arrivaient en rase-mottes de la direction de Saint-Pierre-sur-Dives et passèrent au-dessus de moi. Je vis les avions alliés faire demi-tour et engager le combat. Le premier avion allié qui attaqua un allemand le toucha d’une seule rafale et le descendit, puis les avions se mirent à tournoyer tout en mitraillant. Je me rentrai vivement à la maison pour me mettre à l’abri, et je regardai le combat par la porte-vitrée qui donne sur le jardin derrière la maison. J’aperçus un parachutiste qui descendait au milieu de toute cette mêlée, puis le combat cessa, il avait duré environ trois à quatre minutes. On constata après cela que deux avions alliés étaient écrasés de chaque côté de la route allant à Rouvres, à environ 4 à 500 mètres de la dernière maison de Sassy. Un avion allemand était écrasé plus haut, delle du Mont du Rouvres, près du chemin qui va en direction de la delle de Fossé-Giot (n.d.a. là où, regardant vers le sud en direction de Sassy, nous avions pris une photo où l’on indiquait le débouché du chemin creux, l’église de Sassy, le parc de la propriété privée et la cote 262N, cf. supra, p. 2). Un autre avion était tombé derrière la ferme de la Varende. On apprit ensuite qu’un avion allié et un allemand étaient tombés l’un sur le territoire de Perrières, l’autre sur celui de Maizières. Les soldats allemands qui se trouvaient à Sassy se mirent aussitôt à chercher le parachutiste, mais ne purent le trouver, il avait atterri derrière la ferme de la Varende, s’était débarrassé de son parachute et s’était faufilé dans les grains, hauts à cette époque. Une tranchée abri couverte de balle de paille et appartenant à M. Joseph Levavasseur était à proximité de l’endroit où le pilote avait atterri, les Allemands n’osant pas y descendre, mirent le feu aux balles de paille, croyant que le pilote s’y était réfugié, naturellement sans résultat. Le lendemain du combat, un ouvrier à M. René Levavasseur (n.d.a. le frère de Joseph) , travaillant dans la plaine, dans le secteur où se trouvait le pilote, caché dans une parcelle de blé, dans un endroits nommé " Les Ormelets ", en revenant manger le midi chez ses patrons, traversait la plaine à pied. Il arriva par hasard sur le pilote, ce dernier ne parlait pas le français. Au premier abord il fit le mort, puis voyant qu’il avait affaire à un civil, il fit comprendre à ce dernier qu’il avait faim. À la suite de cela deux hommes de Sassy, André Magdelaine et Elie Bidault, lui portèrent de quoi manger. Pendant la deuxième nuit suivant le combat, plusieurs personnes dont moi-même, entendirent un avion se poser et repartir peu de temps après, le pilote n’étant plus là, les soldats allemands avaient entendus également, ils disaient "pilote parti". Il faut dire qu’aussitôt après le combat, j’ai vu le dernier avion allié rescapé faire un tour sur l’emplacement où les deux avions alliés étaient abattus, l’un situé à droite de la route allant à Rouvres était celui du parachutiste, l’autre tombé à gauche de la même route, en face et à peu près à 50 mètres du premier, était en miettes, son pilote Perez Gomez (n.d.a. il s’agit du pilote canadien enterré dans le cimetière de Sassy, à qui nous avons rendu hommage et dont une place de la commune porte le nom depuis 1984, cf. supra, p. 1) gisait sur le terrain, parmi les débris de l’avion, de son corps déchiqueté, il restait le tronc et des morceaux dispersés de ses membres. Sous la direction de René Levavasseur, le tout fut ramassé et mis dans une boite en planche confectionnée par M. Finard menuisier et enterré dans le cimetière (pas question de faire de cercueil, les Allemands avaient requis le bois, ils avaient même défait les parquets). Il fut exhumé après la guerre, remis dans un cercueil et réinhumé.

Le pilote allemand tombé au Mont du Rouvres était resté coincé dans sa cabine, pour ne pas faire de jalousie, nous offrîmes aux Allemands de l’enterrer également, ils refusèrent disant que la Luftwaffe d’Alençon allait s’en charger. Lorsque nous sommes revenus d’évacuation plus d’un mois après il y était toujours, il n’y avait plus que les os. L’autre pilote allemand tombé derrière la Varende ne devait être que blessé, car nous n’en avons pas entendu parler. Le lendemain du combat, n’ayant pas trouvé le parachutiste, les Allemands étaient furieux. Un soldat avait dit à René Levavasseur " si mon chef savait que le pilote est caché dans le village, il y ferait mettre le feu ".

Pour les avions tombés hors-commune, nous n’avons pas entendu parler de ce que les pilotes étaient devenus. Après la guerre le pilote parachutiste qui était un chef d’escadrille canadien, avait écrit à la Mairie pour remercier ceux qui lui avaient porté secours. L’aviateur Perez Gomez est toujours enterré dans le cimetière près d’un autre abattu après lui.
(n.d.a. un soldat inconnu). La guerre finie, sa femme est venue se recueillir sur sa tombe ».

Et voilà la Rectification qu’il apporta quarante ans après :

« À propos de l’aviateur canadien descendu en parachute le 16 juin 1944, nous avons pensé que l’avion que nous avions entendu se poser et repartir pendant la deuxième nuit qui suivit le combat, était venu rechercher le parachutiste, les Allemands qui occupaient Sassy le pensaient aussi. Mais nous avons appris en 1984, quarante ans après, cet aviateur étant revenu Sassy voir le lieu où il avait été abattu, qu’il s’était faufilé, avait passé le Laison à Rouvres, puis avait par différentes étapes, aidé par des gens dévoué, réussi à rejoindre les lignes américaines à Malicorne, dans le département de la Sarthe (Étapes successives : Cauvicourt, Barbery, Cesny-Bois-Halbout, Giel, Malicorne) ».

Voilà donc comment les blés ont permis à ce pilote canadien d’échapper à la vigilance des soldats allemands.

M. Lebret raconte ensuite, dans sa Rectification, son retour à Sassy le 13 octobre 1984, l’hommage qui lui fut rendu, la cérémonie en l’honneur de son camarade le Flying Officer L. Perez Gomez, mort au combat, et l’inauguration de la place qui porte désormais son nom. Or, nous avons retrouvé ce pilote canadien rescapé sur le site internet « Ciel de gloire.com ». Donald Melvin Walz est né le 25 décembre 1917. La page internet ne mentionne pas la date de sa mort, le pensant sans doute encore vivant (à moins qu’elle n’ait pas été revue et corrigée), mais en fait il est décédé, selon la secrétaire de la commune de Sassy, il y a quelques années déjà. Nous ne pouvons malheureusement pas donner la date exacte. Le site internet est en tous cas très précis sur le reste, son numéro de matricule, ses différents grades et affectations, les différents avions sur lesquels il a volé, son nombre de victoires homologuées, etc. Et, cerise sur le gâteau, nous avons droit à sa photographie.

http://www.cieldegloire.com/003_walz_d_m.php

Notons que lorsque ce site internet affirme à propos de notre aviateur : « le 16 juin 1944, il est abattu à bord de son Spitfire IX - MK605 au cours d’un engagement mais parvient à échapper à la capture, parvenant à rejoindre les éléments avancés des troupes alliées qui viennent de débarquer. Il retourne dans son unité deux mois plus tard »- il nous manque évidemment les détails de toute cette anecdote que seul M. Roland Lebret pouvait nous fournir !

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Un dernier élément mérite également d’être évoqué pour conclure sur ce point et se donner une idée exacte de la configuration des lieux lors de l’opération « Tractable ».

À mon grand étonnement, M. Lebret évoque en effet la présence dans la plaine de Sassy des fameuses « asperges de Rommel » que les hommes du pays, réquisitionnés, avaient été contraints de planter à partir du printemps 1944. Je cite : « À partir du printemps 1944, les hommes valides furent requis pour la plantation dans la campagne des "asperges à Rommel ". Les pieux étaient de petits arbres ou des sapins coupés dans les bois ou sapés de la campagne et transportés par des attelages requis à tour de rôle. Des tranchées étaient creusées de même le long des routes. Tous les matins, les hommes requis se rassemblaient devant l’entrée du presbytère et partaient au travail sous le conduite d’un sous-officier allemand. […] Dans la deuxième quinzaine du mois de mai, le maréchal Rommel vint passer une inspection, les chars qui étaient sous les hangars furent placés dans des trous percés dans la campagne autour du pays et camouflés. Le 5 juin au soir, les Allemands firent faire des barrages dans les rues avec des charrettes et des vieux outils agricoles, le lendemain débarquement des Alliés sur la côte et départ des chars et chenillettes ».

Une note de bas de page précise : « Le maréchal Rommel vint voir les chars qui étaient sous le hangar à M. Julien Lehoc, il n’alla pas voir ceux qui étaient sous le mien. Je l’ai vu passer devant moi dans notre rue, il marchait seul dans le milieu de la rue guidé par le capitaine de l’unité stationnée à Sassy (n.d.a. une unité appartenant assurément à la 21.Pz.Div., la seule présente dans le secteur à l’époque) et était suivi à une dizaine de mètres par deux douzaines environ d’officiers. J’étais sur le bord de la rue dans l’entrée à ma tante Goupil près de l’entrée Maillard. Lorsque nous sommes revenus d’évacuation, il n’y avait plus d’" asperges " dans la plaine, les soldats alliés les avaient scié et les avaient utilisé pour couvrir leurs trous individuels ».

Des « asperges » donc dans la plaine, des tranchées le long des routes, des emplacements soigneusement préparés pour les blindés, le secteur était ainsi déjà prêt, dès avant le 6 juin 1944, à « accueillir » nos valeureux soldats alliés.

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À très bientôt pour l'examen des détails qui, dans les Souvenirs de M. Roland Lebret, concernent cette fois directement la libération de Sassy en août 1944 et par conséquent Kurt lui-même. *** Annexe. « Combat entre 12 avions allemands et 4 avions alliés ». Extrait des Souvenirs de M. Roland Lebret, page 1.

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weyax
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par weyax » 08 déc., 08:12

Formidable Lionel!!!!!!!!!!!!!! :amen:

Mais je pense ce n'est pas un Wespe a droit, c'est un Lorraine avec 10,5 Feldhaubitze:

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C'est un Wespe:

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Et a gauche?? Un Panther je pense:

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von Luck et Bandomir de la 21. Pz:

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Mon oncle est dans la HitlerJugend en cet region,capturees blessees apres Caen.

Salutation

Alex

Ps: C'est compliquees de joindre M. Habersack a Berlin par telephone



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 08 déc., 18:45

Hallo Weyax.

Vous avez raison, il s’agit bien d’un obusier automoteur de 10,5 cm sur tracteur Lorraine. Le mantelet du canon ne me semblait pas correspondre à celui du Wespe, c’est pourquoi je n’affichais pas de certitude sur la question, mais j’avoue que je ne me suis pas appesanti sur ce point, ayant fini le post sur les rotules ! Je constate en tous cas avec satisfaction que je suis suivi et c’est avec plaisir que je corrige cette approximation. De la rigueur, voilà bien ce qui est absolument indispensable si l'on veux progresser sur le chemin de la vérité et ne pas s'en écarter.

Un mot tout de même sur cet obusier, il est le modèle même de l’assemblage improbable. Un canon allemand de 10,5 cm sur le châssis d’un char français (le H-39) capturé et cela vous donne le 10,5cm leFH 18 auf Gefechtswagen (ou Geschützwagen) Hotchkiss H 39(f) produit à 48 exemplaires entre 1943 et 1944. Ou comment faire feu de tout bois !

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Ce qui m’intéresserais, c’est de savoir quelle(s) unité(s) appartenant à la 21.Pz-Div. stationnai(en)t dans le secteur de Sassy et, dès le 6 juin au matin, en parti(ren)t pour gagner la région de Caen, comme le signale M. Lebret. Je n’ai pas le temps d’y songer pour le moment, tant les recherches sur mon Obergefreiter sont avides de temps. Alors si quelqu’un sait cela, je suis preneur.

En tous cas, merci Weyax pour le renseignement. Je suis heureux d’avoir eu de vos nouvelles. Je m’inquiétais ! S’il est compliqué de joindre les Habersack à Berlin, c’est embêtant mais n’y mettez pas un point d’honneur. Je le comprends tout à fait. Et si la chose s’avère impossible, on tâchera de trouver d’autres biais, le WASt notamment, pour obtenir ce que je cherche depuis toujours, sa photographie.

Beste Grüße aus der Normandie.
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weyax
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par weyax » 08 déc., 20:27

Oui Lionel une photo, une face pour Kurt, c'est le non plus ultra pour nous!!!!



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 08 déc., 21:32

Mettre un visage sur son nom, ce serait en effet, comme on le dit en latin, le « nec plus ultra » mon cher Weyax. Mais tout vient à qui sait attendre. Alors je le répète, « Man muss Geduld haben »...

Bis bald.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 17 mars, 22:18, modifié 2 fois.



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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 10 déc., 02:54

Bonjour à tous.

Ce sont en fait les éléments de la force blindée de la 21.Pz.Div., les 112 chars des deux Abteilungen du Panzer-Regiment 22 pris en main depuis octobre 1943 par un as de la Panzerwaffe, l’Oberst Hermann von Oppeln-Bronikovski, qui stationnent dans le secteur de Saint-Pierre-sur-Dives et de Falaise.

Sur cette carte, peu lisible mais suffisamment claire tout de même pour le problème qui nous intéresse ici, sont indiquées les positions des différentes unités de la 21.Pz.Div. juste avant le débarquement allié.

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Le poste de commandement du I./22 du Major Wilhelm von Gottberg est situé à Jort, à 3 km au sud de Vendeuvre et à 6 km à l'est de Sassy (sur la carte, le cercle matérialisant l’endroit est placé un peu trop au nord), tandis que celui du II./22 du Major Martin Vierzig est à Fresné-la-Mère, à 7 km à l’est de Falaise et à 16 km au sud de Sassy (le cercle matérialisant l’endroit est également placé un peu trop au nord !).

Conclusion. Il y a de très fortes chances pour que les chars qui étaient présents dans les hangars de Messieurs Julien Lehoc et Roland Lebret soient ceux du I./22 !

Ceux-là même qui, au matin du 06 juin 1944, alors qu’ils s’engagent à l’est de l’Orne pour détruire la tête de pont de Bénouville, recevront un contrordre du General der Artillerie Marcks, Kommandeur du LXXXIV. Armee-Korps, et seront redirigés vers le nord de Caen afin de barrer la route des britanniques ! Marche arrière, demi tour, l’épisode est bien connu...

Ceux-là même qui ensuite, épaulés par le II./22, et suivis par les blindés de l’état-major à la tête desquels était l’Oberst Oppeln-Bronikowski, seront repoussés sur les hauteurs de Perriers-sur-le-Dan, à quelques encablures de Luc-sur-Mer et Lion-sur-Mer, par le B Squadron du Staffordshire Yeomanry appuyé par le plus puissant des tubes antichars anglais, le 17-Pdr. Seule la Kampfgruppe « Rauch » (le I./Panzer-Grenadier-Regiment 192 de la 21.PZ.Div.) s’enfoncera dans la brèche existant entre « Sword et « Juno » et, soutenu par les canons automoteurs de 15 cm de la batterie Graf Waldersee appartenant à l’Artillerie-Regiment 1716, parviendra vers 17 heures jusqu’à la Manche, et la verra une ultime fois avant de se retirer, vers 21 heures, afin de dresser une ligne de défense passant du sud de Cairon à Cambes-en-plaine et s’arrêtant à Bois, au nord de Lebisey.

La I. Abteilung comptabilise une Stabskompanie forte d’1 Panzer III, 1 Befehlspanzer III et 5 Panzer IV Lang, trois Kompanien à 17 Panzer IV ausf. H ou J (1., 2. et 4. Kompanien), la quatrième (la 3. Kompanie) n’en comptant que 13. La 4. Kompanie de l'Oberleutnant Hoffmann occupe, au matin du 06 juin 1944, la zone d’Épaney, à 5 km à peine de Sassy. Prête dès 6 heures du matin, l’instruction de se porter au devant des Alliés n’arrive à l’unité que deux heures plus tard, les chars s’élançant alors vers le secteur de Démouville-Cuverville via la route Falaise-Caen. Elle souffrira d’un important retard suite aux attaques des « Jabos » et s’embusquera vers 17 heures près du château d’Escoville, à l’est de l’Orne. Elle ne participe donc pas à l’action décrite ci-dessus des deux Kampfgruppen « Oppeln » et « Rauch » qui s’ébranlent vers la Manche à 16h20.

Est-ce cette 4.Kompanie (dont certains chars étaient à l’abri du regard des pilotes alliés dans les hangars et sous les pommiers d’Épaney) qui était également présente à Sassy, ou bien y avait-il une autre companie stationnée dans le village (la 1. Kompanie du Hauptmann Schmidt par exemple, ou bien l’une des deux autres) ? C’est toute la question. Et nous n’avons pas pour l’instant de réponse. Nous avons en tout cas essayé de nous approcher au plus près des hangars de Messieurs Lehoc et Lebret pour y voir ce qui s'y cachait, mais, comme souvent dans toute cette histoire, c’est sur une énigme que nous débouchons...

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*** PS. Il nous faudra indiquer dans un prochain post où était Kurt exactement en ces heures cruciales du débarquement, car il ne s’agit pas de le perdre de vue !
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 28 août, 18:42, modifié 4 fois.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 11 déc., 23:34

Bonjour à tous.

Sans être parvenus à l’identifier clairement, nous cherchions l’unité présente à Sassy avant le débarquement, juste avant qu’elle ne gagne la région de Caen aux premières heures du jour J, comme en témoignent les Souvenirs de M. Roland Lebret. Or, nous nous sommes décidés à nous rendre sur les lieux pour tâcher d’obtenir des renseignements.

À la lecture des récits de M. Lebret dont nous avons fait état (cf. supra), un élément avait suscité notre perplexité. Il semblait y avoir, sinon une incohérence du moins une contradiction que nous ne nous expliquions pas. C’est du reste pourquoi, dans un premier temps, nous avons préféré la taire. En effet, dans son premier récit, l’ancien Maire de Sassy affirme : « Dans la deuxième quinzaine du mois de mai, le maréchal Rommel vint passer une inspection, les chars qui étaient sous les hangars furent placés dans des trous percés dans la campagne autour du pays et camouflés ». Or, dans sa Rectification, il précise : « « Le maréchal Rommel vint voir les chars qui étaient sous le hangar à M. Julien Lehoc, il n’alla pas voir ceux qui étaient sous le mien ». Alors, les chars étaient-ils dans les hangars ou non ? Et où exactement étaient-ils situés ces hangars ? Il nous fallait en avoir le cœur net, et seuls les habitants de la commune pouvaient nous permettre de savoir clairement à quoi nous en tenir.

Nous sommes donc partis à Sassy, avec une idée en tête : interroger un habitant en particulier, que nous souhaitions depuis longtemps déjà rencontré. Nous supposions en effet qu’il pourrait nous être d’un grand secours (sur le problème qui nous occupe en ce moment mais également et surtout sur les événements du 14 août 1944), et ce fut le cas, au-delà même de nos espérances.

Ne lui ayant pas encore demandé l’autorisation de mentionner son nom, nous l’appellerons « Monsieur Tombapic » ! Arrivant à l’improviste en toute fin de matinée, nous n’avons pu nous entretenir qu’une quinzaine de minutes avec lui. Toutefois, malgré le rendez-vous que notre interlocuteur devait honorer, il nous a très bien reçu, a pris le temps de répondre à nos questions et a même été d’une rare générosité avec nous. Nous n’entrons pas davantage dans les détails car, à vrai dire, à l’exception du Maire de Sassy et de la secrétaire de la commune (des « officiels »), c’est la première fois dans nos recherches que nous faisons référence à une personne physique (au sens juridique du terme) et nous nous devons de prendre très au sérieux les problèmes liés à la sécurité, à la confidentialité et au respect de la vie privée. D’où ces précautions.

Tout ce que nous pouvons dire pour le moment, c’est que « Monsieur Tombapic » est un fin connaisseur des événements de l’été 44 qu’il a personnellement vécu, bien qu’il était jeune à cette époque, que ses parents et grands-parents occupaient déjà les lieux où il habite actuellement et que ces derniers sont, comment dire,... « stratégiques ». Depuis longtemps en contact avec des associations de vétérans, il doit se rendre dans trois semaines en Angleterre pour des raisons qu’il ne nous appartient pas non plus de préciser pour l’instant. Bref, voilà quelqu’un qui risque fort d’être déterminant pour nos recherches sur l’Obergefreiter Habersack, et, plus particulièrement, sur les événements qui se sont déroulés à Sassy le lundi 14 août 1944, jour de la mort de notre regretté Kurt !

Nous nous sommes entretenus avec lui une quinzaine de minutes disions-nous, avant d’échanger nos cartes et de nous promettre de nous recontacter par mail. Une discussion qui fut déjà riche en enseignement. En effet, celle-ci nous a permis de prendre conscience de certains désaccords sur quelques points du récit de M. Roland Lebret, des points dont nous avions annoncé que nous ferions état et qui devaient concerner cette fois, non pas la question de l’occupation de Sassy au moment du débarquement (à laquelle nous revenons tout de suite), mais ceux concernant l’opération « Tractable ». Ce post est donc suspendu jusqu’à ce que la situation soit tirée au claire par un examen approfondi ! Nous pouvons ainsi reprendre le problème qui nous occupe ici, et qui fut l’un de ceux que nous avons évoqué avec ce cher « Monsieur Tombapic » : quelle unité de la 21.Pz.Div. occupait la commune de Sassy dans les semaines et les jours précédents l’« invasion » ? Sa réponse est formelle : c’est « l’unité qui avait en charge la maintenance des chars ». Autrement dit, ce sont les mécaniciens des ateliers divisionnaires et non les hommes du Panzer-Regiment 22 qui occupaient les lieux ! Il est bien évident toutefois que les uns ne vont pas sans les autres !

Ainsi tout s’éclaire ! On comprend en effet maintenant les propos de M. Roland Lebret, car sitôt un char sorti des ateliers de maintenance et camouflé dans la campagne environnante, d’autres prenaient sa place... Et du coup, on comprend aussi pourquoi le Generalfeldmarschall Rommel en personne s’est rendu à Sassy, car si ses tournées d’inspection avaient pour but de vérifier que ses dispositions étaient bien mises en œuvre et de gonfler le moral des troupes, elles avaient également comme objectif de s’assurer que la logistique et le ravitaillement des divisions blindées qu’il voulait tant à proximité du front étaient satisfaisants. Or, il devait avoir bien du souci de ce côté-là, et les mécaniciens également.

Ces mécaniciens, ce sont ceux de la Panzer-Werkstatt-Zug 200 mit Panzer-Ersatzteilstaffel 200 (Train d’atelier de blindés 200 avec l’équipe de pièces de rechange 200) du Panzer-Versorgungstruppen 200 (Troupes d’approvisionnement de blindés 200) du Major von Streit. On comprend également pourquoi M. Lebret affirme, à propos de Rommel : « Je l’ai vu passer devant moi dans notre rue, il marchait seul dans le milieu de la rue guidé par le capitaine de l’unité stationnée à Sassy et était suivi à une dizaine de mètres par deux douzaines environ d’officiers. J’étais sur le bord de la rue dans l’entrée à ma tante Goupil près de l’entrée Maillard ». Car « l’entrée Maillard », la voici, elle se situe Rue de la Forge.

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C’était, à l’époque, un garage pour de lourds engins agricoles.

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La plaque est toujours présente. « Établissement Maillard, machines agricoles ».

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Avec une réclame d’alors, toute rouillée !

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C’est donc cette rue que Rommel emprunta à pied, guidé par le commandant de l’unité présente à Sassy, certainement le Major Von Streit donc. Il se dirigea vers les hangars de MM. Lehoc et Lebret qui se situent à 50 mètres du garage, en empruntant un chemin sur la gauche après avoir parcouru 25 mètres Rue de la Forge.

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Le hangar de droite est celui de M. Julien Lehoc, tandis que celui de gauche est celui de M. Roland Lebret. Ils sont capables d’accueillir plusieurs chars chacun (au moins quatre). Il y a d’autres hangars de ce type dans le village susceptibles d’accueillir également des véhicules blindés. Nous rappelons que nous sommes au beau milieu d’une plaine céréalière et que les machines agricoles y sont nombreuses. Quant aux officiers suivant Rommel, on peut supposer qu’il y avait parmi eux, en plus du Major Von Streit, le Generalleutnant Edgar Feuchtinger (Kommandeur de la 21.Pz.Div.), l’Oberst Hermann Oppeln-Bronikowsi, Kommandeur du Panzer-Regiment 22, le Major Wilhelm von Gottberg, Kommandeur du I./22, le Major Martin Vierzig, Kommandeur du II./22, et sans doute aussi certains des commandants des huit Kompanien du Pz.Rgt. 22. On peut également supposer que le Major Alfred Becker, Kommandeur du StuG.Abt. 200 était présent, avec à ses côtés l’Oberst Herbert Hühne, Kommandeur du Pz.Art.Rgt. 155, lui qui avait dans son unité un grand nombre d’« inventions » du Major Becker. C’est en effet ce dernier qui mis au point les « assemblages improbables » que nous avons évoqué (cf. supra) : les Hotchkiss H39 de prise convertis en canon automoteur 10,5cm leFH 18, ou les Hotchkiss H35 en canon d’assaut 7,5 PaK 40 par exemple. L’équipe d’ingénieurs/mécaniciens de Becker (le « Baukommando Becker ») s’en étaient fait une spécialité. L’unité de Becker elle-même était équipée de ces canons d’assaut, répartis dans cinq batteries de dix véhicules (4 × 7,5 PaK 40 et 6 × 10,5cm leFH 16 chacune).

Le voici en photo.

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La signature du « Percy Hobart allemand » alors qu’il était à Fosses-La-Ville en Belgique le 3 septembre 1944.

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Il possédait un camion...

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... qu’il devait avoir bien du mal à soustraire aux yeux exercés des pilotes alliés !

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Le voici à nouveau, au travail cette fois, certainement à Maison-Laffite où était installé le HQ de son « Baukommando ».

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Et du travail, ses « inventions » devaient en donner à la Panzer-Werkstatt-Zug 200 mit Panzer-Ersatzteilstaffel 200 ! Elle devait en effet avoir à faire face à un cauchemar logistique...

Ingénieur dans le civil dans la firme Volkman & co. à Krefeld, la ville où il est né le 20 août 1899, il fut présenté à Hitler sur recommandation de Rommel lui-même le 1er octobre 1942, reçu de nombreuses distinctions honorifiques (la « Ritterkreuz des Kriegsverdienstkreuzes mit Schwertern » qui lui fut conférée le 20 avril 1945 fut la plus haute). Voici quelques-unes parmi les plus originales de ses « créations », celles qui devaient rendre fou les mécaniciens des ateliers divisionnaires de la 21.Pz.Div.

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Parmi ces bricolages (de génie ou de fortune ?), le char français B1 bis recyclé par l’imagination fertile de l’équipe du Major Becker. (Il ne figurait pas parmi les véhicules de la 21.Pz.Div. mais constituait l’une des 447 réalisations du « Baukommando »).

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Voici enfin le concepteur de tous ces engins avec Rommel et Feuchtinger lors de l’une des trois tournées d’inspection du Generalfeldmarschall que la 21.Pz.Div. va connaître successivement durant le mois de mai 1944 (les 11, 18 et 30 mai exactement).

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Ainsi, avec les Panzer IV Lang du I./22, et l’hallucinant capharnaüm du II./22 mêlant Panzer IV B ou C armés de canons courts, les Panzer-Kampfwagen 35 S(f) 739(f) et Panzer-Kampfwagen 38 H 735(f) (des Somua S35 et Hotchkiss H38 de prise), ça ne devait pas chômer à Sassy ! En tous les cas, nous non plus nous n’avons pas chômé mais nous sommes parvenus à y voir plus clair. Alors, pour fêter ça, je propose à tous ceux qui ont eu le courage et la patience de me lire, de partager symboliquement une bouteille de champagne normalement réservée à la Wehrmacht...

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Une bonne bouteille de Pommery, ce champagne dont Joachim von Ribbentrop était le représentant avant la guerre !

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Mais la fête ne serait pas complète si je n’y associais MM. Lehoc et Lebret (les propriétaires des hangars), MM. Magdelaine et Bidault (qui portèrent assistance à Donald Walz caché dans les blés), MM. Perez Gomez et le soldat inconnu (morts au champ d’honneur), et MM. Levavasseur Joseph et René (les frères dans le champ desquels est tombé puis s’est dissimulé le pilote canadien) - malheureusement tous décédés mais qui « revivent » ici le temps d’un post.

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Et naturellement, je n’oublie pas « Monsieur Tombapic », bien vivant et pour longtemps encore !

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Mes respects, Messieurs.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 28 août, 20:50, modifié 8 fois.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 18 déc., 20:45

Bonjour à tous.

Maintenant que nous avons examiné les événements et la situation des forces en présence dans la commune de Sassy avant et pendant le Jour-J, revenons à Kurt. Où était-il précisément juste avant le débarquement ? Et quelle position son unité (la 85.I.D.) occupait-elle exactement le mardi 6 juin 1944 ?
*** En consultant une carte de l’Oberkommando des Heeres précisant l’« organisation dans le secteur du Haut Commandement Ouest » (« Gleiderung im Bereich OB-West ») et son « état » (« Stand ») en date du 3 juin 1944,...

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... une carte classée secrète et réservée seulement aux officiers (« Geheime Kommandosache »), classifiée dans le registre (« Vereinnahmt im Bestandsbuch ») du Commandant en chef de la Section Opérations (« Kommandoführer Operations-Abteilung ») page 69, numéro 701, à la date du 4 juin 1944,...

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... la réponse saute aux yeux.

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La 85.I.D. de notre Obergefreiter stationne dans la région de Crécy-en-Ponthieu, en Picardie, dans le département de la Somme, entre Berck et Abbeville. Le choix de ce secteur n’est pas anodin, car en son cœur se trouve la forêt domaniale de Crécy qui s’étend sur 4300 hectares - de quoi largement dissimuler à la vue de l’aviation alliée une division toute entière !

Sur le photo satellite de l’embouchure de la Somme présentée ci-dessous, la forêt de Crécy est le massif rectangulaire sombre au centre de la partie supérieure de l’image.

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Crécy-en-Ponthieu qui, soit dit entre parenthèses, fut pendant « la guerre (dite) de cent ans » (qui dura en réalité 116 ans, de 1337 à 1453 !) le théâtre de la bataille du même nom qui opposa, à partir du milieu de l’après-midi du 26 août jusqu’à l’après-midi du 27 août 1346, Édouard III d’Angleterre et Philippe VI de Valois, le premier revendiquant le trône de France. L’affrontement, qui a vu l’usage des premiers canons ou autres « bombardes » (mais ce point fait débat), se solda par une défaite cinglante de l’armée française, pourtant en supériorité numérique (50.000 hommes pour les troupes menées par Philippe de Valois contre 20.000 hommes pour les anglais, selon l’estimation d’une majorité d’historiens).

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Sans entrer dans les détails de cette bataille violente et sanglante, ajoutons que l’incompétence militaire de Philippe VI de Valois, l’impréparation de l’armée française, l’épuisement par leur longue marche des arbalétriers génois avec leur arme lourde et encombrante, laquelle avait de plus souffert de la pluie de l’orage qui avait éclaté juste avant le combat et rendu le terrain glissant, conjugués avec, à l’inverse, la tactique guerrière de l’armée anglaise mieux organisée et rodée par des années de guerre en Écosse, la redoutable efficacité des archers gallois (au nombre de 6000) abrités derrière des rangées de pieux et qui n’avaient, eux, qu’à détendre leurs arcs dont les cordes gagnent en dureté quand elles sont mouillées, conduisit à la victoire écrasante des forces anglaises qui ne déplorèrent que 100 à 300 morts, tandis que les pertes françaises s’élevèrent à environ 4000 morts (1550 chevaliers et 2300 Génois), mais le nombre de fantassins français morts est inconnu ! La « piétaille » manquant de noblesse...

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Fermons la parenthèse !

Entre Crécy-en-Ponthieu (85.I.D.) et Saint-Pierre-sur-Dives (21.Pz-Div.), la distance à parcourir est d’environ 270 km, que le Divisions-Füsilier-Bataillon 85 de Kurt a effectué en vélo entre le 1er et le 10 août. (Nous décrirons, cartes d’état-major du Haut Commandement allemand à l’appui, ce transfert qui n’a pas dû être une « randonnée » dans des posts - remis à plus tard pour des raisons évoquées plus haut - consacrés aux tous derniers jours de la vie de notre Obergefreiter).

Et le 6 juin 1944 alors ? Où Kurt se trouvait-il exactement en ce jour mémorable ?

En consultant à nouveau une carte d'état-major du Haut Commandement allemand (toujours classée avec le degré de discrétion : secret), celle du Generalstab des Heeres de l’OKH (« OKH - Gen St d H ») précisant l’état de la situation à l’Ouest (« Lage West ») le 6.6.44, examen numéro 94 113 (« Prüf Nr 94 113 »), une carte établie par l’Operations-Abteilung III b...

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... et frappée du cachet rédigé en écriture « Fraktur » presque illisible de l’OKW/WFSt (Oberkommando des Wehrmacht/Wehrmachtführungsstab), numéro 77 18 00/44, à la date du 7 juin 44,...

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... on se rend compte que la 85.I.D. n’a pas changé de cantonnement et qu’elle demeure l’arme au pied, tandis que la 21.Pz-Div. quitte, elle, le secteur de Saint-Pierre-sur-Dives et gagne celui de Caen.

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C’est donc à l’abri du massif forestier de Crécy, parmi les 150.000 hommes de la 15. Armee du Generaloberst Hans Eberhard Von Salmuth, présente sur une zone allant des Pays-Bas jusqu’à la Dives, que Kurt apprend la nouvelle de l’« invasion » (selon le terme qu’utilisaient les Allemands, mais également les Alliés).

Notons que ce fut dans les bunkers du HQ de la 15. Armee (aujourd’hui transformés en musée), au 4 bis Avenue de la Marne à Tourcoing, que les Allemands interceptèrent le message de radio-Londres (dans l’émission « Les français parlent aux français ») contenant les fameux vers du poème « Chanson d'automne » de Verlaine annonçant le débarquement à la Résistance. Et pourtant...

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Le Musée du 5 juin : « Message Verlaine » de Tourcoing : http://www.museedu5juin1944.asso.fr/index.htm

Explications en images de M. Alain Defretin, vice-président de l’association gérant le Musée « Message Verlaine » :
http://www.dailymotion.com/video/xj4f7d ... laine_news

Pourtant, la mystification savamment orchestrée par la London Controlling Section a tellement bien leurré le Haut Commandement allemand que ce n’est qu’à la fin juillet/début août que les premières divisions de la 15. Armee (qui en comptait 18 au 15 mai 44, puis 19 au 15 juin) ne rejoignirent le front de Normandie - les éléments avancés de la 85.I.D. n’y parvenant que dans la nuit du 8 au 9 août. Kurt a donc dû penser, comme Hitler et la plupart des généraux allemands (y compris Rommel lui-même, d’après Robert Paxton) que ce qui se déroulait sur les plages normandes n’était qu’un débarquement de diversion, le véritable débarquement devant avoir lieu dans le Pas-de-Calais. Il est même probable que les Allemands n’aient définitivement renoncé à l’« hypothèse Quicksilver » qu’en septembre ! Le commentaire de Thibautdu59 (qui met en ligne la vidéo présentée ci-dessus) est en revanche, quant à elle, totalement fantaisiste sur ce point ! Quoiqu’il en soit, au matin du 6 juin 1944, Hans von Salmuth écrit dans son journal qu’il ne croit pas à un véritable débarquement en Normandie mais à une diversion alliée...

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Ainsi, au matin du mardi 6 juin 1944, il restait un peu plus d’un mois à notre Obergefreiter avant que les choses sérieuses ne commencent, tellement sérieuses qu’il y perdît la vie.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 28 août, 21:11, modifié 9 fois.



OGefr. Habersack
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Re: Sur les traces de l'Obergefreiter Habersack

Message non lu par OGefr. Habersack » 29 déc., 10:07

Bonjour à tous.

Puisque nous sommes dans le secteur des 7. et 15. Armeen, restons-y finalement !

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Nous avons en effet évoqué l’état de la situation de la 21.Pz-Div. et de la 85.I.D. allemandes juste avant le débarquement et le jour même. Entre les HQ de ces divisions (Saint-Pierre-sur-Dives et Crécy-en-Ponthieu), la distance à parcourir est d’environ 270 km.

Or, nous savons qu’à 4 heures 10 le 6 juin 1944, le Generalfeldmarschall Gerd Von Rundstedt (commandant de l’OB-West) place les 7. et 15. Armeen en état d’alerte 2 (le degré maximum). Que deux heures plus tard, il met la 21.Pz-Div. à disposition de la 7. Armee du Generaloberst Friedrich Dollman. Et que vers 5 heures, le Generalmajor Edgard Feuchtinger (commandant la 21.Pz-Div.), de retour à son HQ de Saint-Pierre-sur-Dives et pressé par ses officiers de régiment, autorise des contre-attaques sur les « Drop Zones » des parachutistes de la 6th Airborne Division à l’ouest de l’Orne. Mais, à cause des atermoiements de la hiérarchie allemande, l’ordre de mise en route effectif des « Abteilungen » du Panzer-Regiment 22 vers le littoral n’intervient que vers 6 heures 45. L’aube commençant à pointer, les « Jabo » pourront s’en donner à cœur joie.

Pendant ce temps, la 85.I.D. de Kurt (Kurt... Habersack et non Kurt Chill, le « Kommandeur » de la division) reste l’arme au pied. Intoxiquée ! Et les effets de cette intoxication vont se faire sentir longtemps puisque ce n’est que le 31 juillet que les premiers éléments de la division quitteront leur cantonnement en Picardie et partiront rejoindre le front de Normandie et le secteur de Saint-Pierre-sur-Dives.

C’est ce parcours que nous nous proposerons de retracer.

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Nous nous baserons à nouveau sur les cartes du Haut Commandement allemand pour tenter de l’établir jour par jour, nonobstant les incertitudes qui entourent ce transfert. Il importe toutefois de préciser que nous n’étudierons pas avec la même précision la montée au front de toutes les unités de la 85.I.D. (même si les cartes que nous présenterons permettront de nous rendre compte du mouvement de chacune d’entre elles). Nous nous focaliserons essentiellement sur le Divisions-Füsilier-Bataillon 85.

Or, avant de s’atteler à cette tâche, il est peut-être utile d’expliquer ce qu’est au juste un Divisions-Füsilier-Bataillon de la Heer.

Nous avons déjà décrit brièvement sa fonction. Constitué en 1943, le bataillon de fusiliers remplace, au sein de l’Infanterie-Division 44 neuer Art (la nouvelle division de la Heer, telle qu’elle a été restructurée sur ordre de l’OKH du 2 octobre 1943), l’Aufklärungsabteilung. Sa tâche principale est la reconnaissance et la recherche de renseignements sur la force de l’adversaire. Mais, sur le terrain, il sert le plus souvent d’« Eingreifreserve » (réserve d’intervention, en fr.). Équipés de bicyclettes, les fusiliers sont en effet extrêmement mobiles et peuvent être envoyés à chaque point du front. C’est pourquoi ils étaient aussi appelés « les pompiers de l’infanterie » (« Feuerwehr der Infanterie »).

Reste maintenant à décrire sa structure et son organisation, ses personnels, ses armements et ses véhicules, et cela à l’échelle d’une compagnie seulement (un Divisions-Füsilier-Bataillon en comptait quatre, Kurt appartenant, quant à lui, à la 3.Kompanie du Div.Füs.Bat. 85), ce qui nous montrera que, déjà à ce niveau, entreprendre de parcourir les 270 km, sous le harcèlement incessant des chasseurs-bombardiers alliés, avec, qui plus est, un obstacle majeur à traverser (la Seine), n’a vraiment pas dû être chose aisée.

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À très bientôt donc pour la suite.
Modifié en dernier par OGefr. Habersack le 28 août, 21:21, modifié 7 fois.




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