En pensant à Bastogne...

Le front de l'Ouest ne se limite pas à la bataille de Normandie : discutez ici des autres grandes batailles !
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En pensant à Bastogne...

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chtite trad d'un joli récit signé Don R. Burgett, A/506, histoire de bien se souvenir qu'il y a 63 ans, ça s'étripait ferme du côté de Bastogne....

"Lundi 18 décembre 1944, 2 heures 35 du matin, Mourmelon Le Grand-France

Le sergent Vetland entra brusquement dans notre baraquement en ciment en criant ; "Debout, secouez vous, on y va! hubba hubba one time! faites vos paquets, on s'en va!"

Nous descendîmes de nos lits pieds nus sur le ciment glacé en jurant. Certains demandaient ce qui se passait. Sgt Vetland hurla : "Il y a eu une percée dans nos lignes. Les Krauts sont passés et bousculent tout et tout le monde sur leur passage. on doit y aller et les arrêter."

Nous nous préparâmes du mieux possible.Il nous fallait voyager léger ; pas le temps de s'encombrer de souvenirs ou de nos précieux trophées de guerre. Nous laissâmes tout sur le sol de notre baraquement. Nous emballâmes le strict nécessaire dans un "seaborne roll" de 30 cm de diamètre et pas plus d'un mètre de long. Attaché avec une corde de tente, nous le jetâmes par dessus notre épaule en bandoulière. Les hommes se précipitèrent au magasin de chaque compagnie pour essayer de récupérer ce qui leur manquait pour monter au combat. Beaucoup étaient sans casque, sans gants, sans bottes, manteaux, couteaux et bayonnettes, fusils et munitions. Mais la plupart de ces choses n'étaient pas disponibles.

Nous étions restés en hollande 72 jours et la plupart de nos armes avaient été envoyées en réparation. Nous n'avions que peu ou pas de munitions. La plupart de nos armes lourdes étaient en réparation. Nous étions vraiment en mauvais état pour partir au combat. Des semi-remorques avec des remorques pour le bétail étaient stoppés aux quatre coins de France et réquisitionnés pour être envoyés à Mourmelon où ils s'alignaient comme les chariots du far west.

Les hommes se rassemblèrent autour du post de commandement près duquel étaient garés les camions. Plus tard dans la matinée, les cuisiniers nous ont préparé un petit dej, et avec tout ce qu'ils purent trouver, préparèrent un déjeuner. Nous déjeunâmes et continuâmes d'attendre. Alors que l'après-midi s'avançait, on nous donna l'ordre de former nos sections, platoon, compagnie et battaillon. Les ordres furent donnés ; un camion fut rempli de soldats et s'éloigna pour laisser place à un autre et ainsi de suite. Très vite, la 101 Airborne s'en fut sur les routes à travers les villages et les bocages..
Notre convoi voyagea aussi rapidement que les camions pouvaient progresser sur des routes étroites et sinueuses de la campagne française. La nuit tomba et tous les véhicules allumèrent leurs phares. Une cible magnifique pour la Luftwaffe si elle s'était trouvée dans les parages, mais nous roulions contre la montre pour arriver avant les allemands en un lieu qui nous était inconnu et il nous fallait gagner du temps. .

Chaque camion disposait de quelques ballots de paille que nous étalâmes sur le sol en acier dans l'air glacé de décembre. Les gars se pelotonnèrent les uns sur les autres comme des phoques sur un rocher, essayant de se réchauffer les uns les autres. Nous mourrions littéralement de froid. Ceux qui avaient des capotes les enlevèrent et les étendirent sur eux même et leur copains. Nous traversâmes les champs de bataille de la première guerre mondiale, Verdun, Sedan, sans nous arrêter...Les hommes se penchaint à l'arrière des camions, retenus par un pote quand ils voulaient se soulager. Toutes lumières allumées, nous avancions à vive allure.

Après moult péripéties, la 101ème arriva près de Bastogne, une ville dont nous n'avions jusqu'alors jamais entendu parler. Plus tard, nous apprîmes que la 82 Airborne était montée jusqu'à Werbomont. Nous étions face à face avec des milliers de soldats qui encombraient les routes et les champs en fuyant la bataille. Notre convoi fut stoppé plusieurs fois et nous en profitâmes pour descendre nous dégourdir et nous réchauffer. Aucun des fuyards n'accepta de donner son fusil ou toute autre arme. Les régiments s'installèrent dans les champs pour la nuit. Il n'y avait pas encore de neige mais on sentait que cela n'allait pas tarder. On s'est étendu sur la terre gelée en plein champs, sans déployer nos couvertures car à tout moment l'ordre de partir pouvait être donné.

Le 501ème a bivouaqué près de Bastogne même. Le 502 était aussi proche de la ville. Le 506 venait ensuite, l'état major du régiment, et le 327ème étaient les plus éloignés de Bastogne. Avant même le levé du jour, on nous ordonna de nous lever et de partir dans l'obscurité. On nous donna l'ordre de laisser nos affaires (searolls) au bord de la route. Le 501 reçut l'ordre de traverser Bastogne et d'aller à la rencontre de l'ennemi à l'Est. Le 502 partit vers le Nord et l'Ouest. Le 506 partit vers le nord de Bastogne. Le second battaillon du 506 avec easy Company fut mis en réserve avec la compagnie de commandement et s'installa à Luzery.

Le 19 décembre, le 1er et 3ème bataillon du 506 PIR prirent la route d'Houffalize vers le Nord. Le 3ème bataillon reçut l'ordre de former une seconde ligne de défense courant d'est en ouest à travers Foy. Le 1er bataillon remonta à pied jusqu'à Noville pour rejoindre le 10th Armored battalion du Major Desobry. Il faisait jour lorsque nous, le 1er bataillon prîmes la route. On pouvait entendre l'artillerie à Noville. Nous rencontrâmes un lieutenant de la 10th Armored nommé James Rice au beau milieu de la route d'Houffalize avec une jeep remplie de munitions. Il distribuait des bandoulières de munitions, des grenades et des rockets de bazooka. Le Colonel Sink se tenait près de lui alors qu'il distribuait ses munitions. Sans lui, nous serions montés au combat avec peu sinon pas du tout de munitions. Il avait vu que nous étions mal équipés et était allé puiser dans les réserves de la 10th Armored quelques munitions pour nous. Un homme de ma squad avait un gros bâton avec lequel il frappait la route en disant ; "Ce soir, j'aurais un fusil!" Il fut tué à Noville.

Le Colonel Laprade, commandant du 1er battaillon prit le commandement du 10tj Armored du major Desobry avec ses 15 chars. La 10th armored s'enterra dans et autour de Noville en une défense de fer constituée de Shermans et de ses grenadiers. Le 1er battalion du 506 se dispersa et attaqua les allemands qui déferlaient depuis les collines alentour. C Company attaqua vers le Nord Ouest, A CY vers le Nord Est et C Company attaqua le long de la route de Bourcy.

Les allemands avaient des blindés et leurs panzers grenadiers nous attaquaient depuis les hauteurs. Nous avions des fusils et des mitrailleuses face à eux. Le 10th Armored constituait la dernière ligne de défense. Par chance, un brouillard tomba juste avant la nuit. Sans ce brouillard, je crois bien que tout le 1er battaillon y serait passé cet après midi là. Lors de notre attaque frontale, Able Company perdit 58 des 130 ou 160 hommes que nous avions au départ. Le 21 décembre, nous perdîmes 8 hommes dans le Bois Jacques et Able Company ne comptait plus alors que 50 hommes. De la route d'Houffalize au "halt Station", nous avons détruit tout un bataillon ennemi. Nous ne savions pas exactement combien nous éions au départ. Beaucoup de remplaçants étaient arrivés à Mourmelon, certains d'entre eux toujours inconnus à ce jour. Nous n'avions pas eu le temps d'inscrire leurs noms sur une liste.

Ainsi commença "notre" bataille des Ardennes, le 18 décembre 1944"
Donald R. Burgett, A/506 101 AB


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En pensant à Bastogne...

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Pour poursuivre sur le titre du sujet,je suis en train de lire "Bayerlein à Rochefort via St Hubert et l'encerclement de Bastogne",de Florent Lambert,livre que j'ai pu me procurer grace à Mr Stevenot (qui en a fait la préface) Vraiment un bon livre qui apporte des inédits (de tous genres),et des recits de details qui ont modifiés le cours de cette bataille aussi gigantesque!


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[quote=Roots,Bloody Roots]Pour poursuivre sur le titre du sujet,je suis en train de lire "Bayerlein à Rochefort via St Hubert et l'encerclement de Bastogne",de Florent Lambert,livre que j'ai pu me procurer grace à Mr Stevenot (qui en a fait la préface) Vraiment un bon livre qui apporte des inédits (de tous genres),et des recits de details qui ont modifiés le cours de cette bataille aussi gigantesque![/quote]

Ce livre m'est souvent utile pour certaines questions posées sur cette région. Florent Lambert était un ami trop tôt disparu.

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