Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Le front de l'Ouest ne se limite pas à la bataille de Normandie : discutez ici des autres grandes batailles !
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Gennaker
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Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Layton Black a vécu toutes les campagnes de la 101st Airborne au sein de C/502nd. Il s'est élevé depuis le rang de Private jusqu'auu grade de company First Sergeant. Lorsque la 101st est officiellement désactivée à Auxerre le 30 novembre 1945, il entre dans les annales comme dernier First Sergeant de la compagnie.

A quelques mois du 70ème anniversaire du débarquement, et des événements de la bataille de Normandie, son récit de l'assaut de son 502nd parachute Infantry sur Purple Hearts Lane est des plus édifiant :

Vendredi 9 juin 1944. Le 1/502 est en réserve du 3/502 pour l'attaque de la 101st Airborne sur Carentan. Corporal Layton Black est mitrailleur dans le 2nd platoon de C Company. Il raconte l'assaut sur Purple Heart Lane, jusqu'aux premières maisons de Carentan, dans les pas des troopers décimés du 3/502 du Lt Colonel Robert Cole.

Feuilleton :
"A l'intersection de deux routes près du premier des 4 ponts à prendre avant Carentan se trouve "dead Man's Corner". Les 501st et 506th y avaient livré de durs combats ici. Même les gars du 327th GIR s'en étaient mêlés. A présent, comme on disait à l'époque, "c'était notre tour". La plus grande partie de C Company avait pu se reposer en ce vendredi. J'ai pu moi-même rattrapper un peu de sommeil l'après midi après avoir nettoyé la mitrailleuse. Je ne m'imaginais alors pas combien ce peu de sommeil aurait d'importance par la suite. Cependant, j'avais très vite apppris qu'il me fallait me reposer, manger, boire, me laver chaque fois que possible afin de conserver un semblant de forme.

Avec la tombée de la nuit, les ordres furent de mettre en place des tours de garde sous forme de petites patrouilles. Les lignes tenues par la compagnie étaient très étirées et mon second platoon était en réserve près de 100 mètres en arrière. On craignait une infiltration massive de nos lignes par les allemands. Le chemin encaissé et bordé d'arbres qui courait juste à côté de mon foxhole et jusqu'à la Douve rendait notre zone la plus vulnérable.

Notre sergent organisa des patrouilles de trois hommes toutes les deux heures. Je me trouvai dans la première patrouille prévue pour 22 heures. Au moment de partir, le sergent nous rappela :" Hey vous trois, assurez vous de bien retenir le mot de passe de la nuit! Je viens d'apprendre qu'un des gars du 1st platoon de notre compagnie C s'est fait tuer parce qu'il ne savait pas le mot de passe. " On apprit plus tard que ce sont les gars de son propre platoon qui l'ont descendu.
Cette nouvelle nous a persuadé de l'importance de garder le mot de passe au bord de nos lèvres lorsqu'on patrouillait de nuit. Cette patrouille est l'une des choses les plus difficiles que j'ai faite durant la guerre. Le plus redoutable était de ne pas savoir où se trouvaient les foxholes de C Company. Circonstance aggravante, la nuit était d'un noir d'encre dans ce chemin encaissé bordé d'arbres et qui menait à la rivière. Nous avons marché tous les trois côte à côte. Chaque fois que l'on approchait de l'un de nos hommes bien enterré dans son foxhole, on nous demandait le mot de passe. Ce fut une longue promenade, et on l'a terminée sans problèmes, comme toutes les autres patrouilles de la nuit. Ce fut une épreuve que je n'ai jamais oubliée.

Je me réveillai tôt et en forme le lendemain. L'ordre du jour nous fut donné par Captain Hancock, CO de C Company. "Nous allons rejoindre la grand route. On la rattappera à st Côme du Mont. Puis on la suivra en descendant vers Carentan en suivant la chaussée et en traversant les 4 ponts. et si Dieu le veut, on appuira le 3ème bataillon pour entrer dans Carentan."

Le 3ème bataillon avait fait mouvement dès minuit le samedi 10 juin. Mais comme souvent à la guerre, de petits détails bloquent les grandes manoeuvres. Leur problème était entre les mains des Engineers de la Division ; Le 326thAEB n'avait pas réussi à réparer le second pont à temps pour l'attaque du 3/502. Colonel Michaelis rappela le 3ème bataillon vers Le Quesnels dans l'attente des nouveaux ordres de la division, pour une nouvelle attaque de jour, le samedi 10 juin dans l'après midi.

En tout, il y aurait 18 105 mm canons auto propulsés et 13 75 mm Howitzers pour appuyer notre attaque. Les 377th PFAB, 907th FAB et 65th Armored Field Artillery Battalion seraient aux commandes. Le fait d'attaquer au grand jour jouait à l'évidence en notre défaveur..."

TO BE CONTINUED
Layton Black, the last First Sergeant…
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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Il devait être au moins midi quand le Lieutenant Ralph Gelauf s'en alla voir le travail des engineers sur le pont. Le Colonel Robert Cole l'accompagna pour voir par lui-même. Mais rien n'avait été fait. En fait, les gars du 326th avaient foutu le camp!!

Dans les Airborne, quand quelque chose devait être accompli, même un Colonel devait s'y coller. Le Colonel Cole se mit donc au boulot en compagnie de trois autres hommes dont le capitaine en charge de G company. (Captain Robert Clements NDLR) Les 4 hommes travaillèrent d'arrache-pied durant deux heures pour mettre en place une petit passerelle. Elle était un peu branlante mais pourrait supporter un homme à la fois. A 15 heures, les hommes du 1st platoon, G company commencèrent à traverser. Chaque fois que les troopers s'amoncelaient en groupe, les allemands leur balançaient un 88. C'était plus un tir de harcèlement qu'autre chose, mais cela avait suffi pour faire fuir les Engineers.
Au bout de trois heures, tous les hommes du 3ème bataillon à l'exception d'un platoon de company H avait passé le pont N°2 et étaient éparpillés jusqu'au pont N°3. Un platoon avait déjà traversé le pont N°3 et se dirigeait vers le 4. Le lieutenat Gehauf et sa section d'information, ainsi que quelques gars du 1st platoon, H Company avaient même traversé le pont N°4.
A 18 heures, l'enfer se déchaina, sous la forme de tirs d'armes automatiques, de mortiers et de 88.
Jusqu'alors, le 3/502 n'avait à se soucier que des 88. Un seul trooper avait été atteint lors de la traversée du pont N°2. Ces faibles pertes étaient redevables à l'énergie du Colonel Cole qui nous poussait en jurant, arpentant toute la chaussée et nous exhortant à ne pas former de groupes, cibles trop évidentes pour l'ennemi. Les officiers du 3/502 commençaient à penser qu'ils allaient prendre la chaussée avec un minimum de pertes.
Où étaient donc les allemands? Avaient ils quitté Carentan, ainsi que la rumeur le colportait? On avait l'impression que l'ennemi ne se souciait guère de notre progression.
On se rendit vite compte qu'ils étaient bien là. Ils refermaient leur nasse sur nous! Le piège retombait sur le 3ème bataillon du 502 PIR! Avec deux autres bataillons engagés sur la chaussée, prêts à foncer dans le piège à leur tour!

Le régiment, tout le putain de régiment était coincé sur cette chaussée! On s'est immobilisé. La chaussée était la ligne de front. Notre 1st Battalion était en bordure du champ de bataille, à portée et à la merci des 88. Il n'y avait aucun abri tout au long de cette route qui mène à Carentan.

L'idée de s'emparer d'une ville me terrifiait, mais je masquais mes craintes, tout comme chacun de nous. On savait que c'était la grande affaire. Ce n'était plus qu'une question de temps avant avant que notre 2nd platoon reçut le feu de l'ennemi. Cette journée s'annonçait lugubre, et pleine d'angoisse. Lorsque nous avions traversé St Côme du Mont,la première ville française que je voyais, il n'y avait pas âme qui vive. Le village semblait désert. Il était touché par la guerre, dans une mesure importante, mais il semblait certain qu'il se releverait de ses ruines car ses murs de lourdes pierres et de briques avaient déjà traversé les âges. J'était heureux que nous n'ayons pas à combattre ici. Vers la fin de la matinée, la chaleur de cette journée de fin de printemps commença à se faire sentir. On se dit que l'après midi s'annonçait très chaude.

Une fois sorti de st Côme du Mont; on s'est retrouvé sur la route principale qui mène à Carentan. On a descendu la route pendant un moment puis on a dû attendre un long moment les ordres de la division avant de reprendre la progression vers le 3ème bataillon. La plupart d'entre nous a dormi dans les fossés le long de la route.

La guerre avait fait rage dans toute son horreur le long de cette route et personne n'avait eu le temps de nettoyer le champ de bataille. Nos gars de l'arrière se débrouillaient pour ramasser nos morts et nos blessés. Même dans l'Airborne, nous avions des "gars de l'arrière" qui venaient par la mer pour faire le sale boulot. Dieu merci, ils l'ont fait! Mais rien d'autre n'avait été ramassé. Les morts allemands étaient étalés un peu partout, dans des postures grotesques. Les objets de guerre, ainsi que les déchets des deux côtés étaient étalés tout au long de la route, détruits.

Je fus choqué par la manière avec laquelle les morts allemands avaient été traités. Partout, les effets personnels des soldats étaient étalés autour des corps, comme s'ils transportaient quelques secrets. Ces soldats n'étaient sûrement pas plus important que moi, et est ce que je transportais quoi que ce soit d'important? parmi les effets personnels jetés aux quatre vents, se trouvaient toujours quelques photos en noir et blanc. Le soldat allemand en portait plus que nous, américains. Beaucoup de ces images se trouvaient éparpillées, image en l'air, comme pour être vues de tous. Il me parut tellement injuste que les secrets intimes soient ainsi dévoilés. Donner sa vie devrait être suffisant!


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armand44
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Merci beaucoup !

cela fait du bien d'avoir des histoire comme cela en francais !
je suis entrain de lire DDAY with the screaming eagles mais en anglais a 15 ans c'est pas facile ! :gene:
( Je suis en contact avec George Koskimaki depuis le moi de juin dernier )

tous cela mériterai d'etre dans un livre en francais avec plein d'autres temoignages en francais !

encore merci beaucoup :)

et merci a tous les veterans nous vous oublierons jamais !

cordialement Armand


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Ta passion est le meilleur moteur pour progresser en anglais. George K. est un type super et ses bouquins sont des mines d'or, car écrits d'après sa propre experience d'ancien opérateur radio de Max Taylor, et par ses centaines de témoignages recueillis à l'époque où les vétérans avaient toute leur tête et tous leurs souvenirs…

Uniformes magazine devrait publier une compilation de ces témoignages couvrant la période de l'opération Neptune pour le mois de juin….


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Midi vint, le début d'une journée presque estivale s'avança. Pas la moindre ombre. De temps à autre, on s'avançait vers la surface plane de la chaussée.

Le sergeant Jay B. Shank nous dit de manger une des K ration qu'on transportait puis nous mena sur la côté de la route, vers une espèce de trou qui avait dû servir à stocker du gravier, grand comme une maison et où régnait une chaleur étouffante. L'air ne circulait pas et cela puait comme le trou du Q du monde avec tous ces corps allemands en décomposition.
On a bouffé nos rations K devant les carcasses de plsiers chevaux que les allemands utilisaient pour tirer leurs chariots. Les coprs étaient gonflés par la chaleur et les carcasses roulaient sur le dos, les 4 pattes en l'air. On a mangé, sans détourner la tête. Mon prochain repas ne viendrait que le lundi suivant, mais la fatigue me ferait oublier toute faim.

J'ai appris plus tard que cet endroit était appelé "dead man's corner" par les gars du 506 et 501st. La journée s'avança. Toute progresion était stoppée. Le temps n'avait plus de signification pour moi à présent. Le tic tac d'une montre, les heures et les minutes ne signifiaient plus rien.Il n'y avait nulle hâte à mourir. Pourquoi y en aurait il? Le 3ème bataillon ne faisait il pas exactement cela pour nous tous? Notre tour viendrait! Nous savions que ce n'était plus qu'une question de minutes avant qu'on ne nous appelle pour prendre leur place. Le temps n'évoquait plus que la clarté ou l'obscurité. on avait les plus grands meneurs d'hommes, les plus grands de toute la guerre peut-être... mais il n'y avait personne à mener. Le 3/502nd était pris dans un étau. Le 6th Fallschirmjaeger allemand ouvrit le feu avec tout ce qu'il avait à 18 heures ce soir là. Nos hommes tombèrent comme des mouches!

Les canons allemands étaient réglés sur les grilles métalliques (Belgian gates) qui bloquaient le pont N°4. Leurs 88 arrosaient toute la chaussée du pont N° 2 au pont N°4.Durant les 4 heures suivantes, ce qu'il restait de jour, l'ennemi a déversé ses munitions sur cette partie de la chaussée.Tout mouvement s'est arrêté à l'orée de ce barrage. Bientôt, la chaussée fut encombrée d'un invraissemblable amoncellement de poteaux et de fils électriques. Chaque fois qu'une balle touchait les grilles métalliques, un poteau ou un câble, des étincelles jaillissaient comme un feu d'artifice.

C'était l'enfer de voir un trooper courir d'un pont à l'autre, mais c'était pire d'attendre son tour. La mise en place du 502 PIR s'interrompit avec la tombée de la nuit. Tout mon 1st battalion était toujours au niveau du pont N°1, et n'avait toujours pas été appelé en secours. Toute la Company C devait encore franchir le pont sur la Douve (N°1). On venait d'atteindre la partie plate de la chaussée. A la tombée de la nuit, je me trouvais avec V J Folley au maniement de la cal.30. Il était à présent acting corporal de notre second squad. C'est alors qu'on les aperçut en même temps. Des troopers hurlaient de toute leur force : "Aux abris, avions ennemis en vue! à l'abri! à l'abri! tous à terre!"
Mais c'était déjà trop tard. Je me suis jeté au sol, visage contre terre dès que j'ai vu qu'il s'agissait de Stuka, avions allemands en piqué. Ces avions étaient effrayants. Ils volaient avec leurs trains baissés. On avait l'impression qu'ils allaient nous attérir dessus quand ils piquaient pour mitrailler nos lignes en rase motte.

Le bruit était assourdissant : les bombes hurlaient en tombant, le bruit mat des balles qui frappaient l'asphalt de la route et qui rebondissaient dans toutes les directions, et le bruit hallucinant des moteurs d'avion qui passaient au dessus de nos têtes dans un grand coup de vent, et la terre qui tressautait sous les explosions....

"Putain! ce n'est pas tombé loin!" ai je murmuré. J'avais l'impression qu'une centaine d'avions ennemis allaient me tomber dessus, et je suis resté immobile ventre à terre pendant un temps qui m'a paru infini.

Tout est devenu alors très calme avec l'arrivée de la nuit, comme si les allemands avaient décidé "C'est tout pour aujourd'hui! à demain!" Les seuls bruits que nous entendions étaient les appels "Medic! Medic!" tout au long de la chaussée et les hurlements de peur et de douleur. Pourtant la nuit adoucissait les bruits et il ne semblait pas y avoir de panique.
I Company du 3/502 avait été la plus touchée. Ils avaient reçu 8 bombes à hauteur du pont N°3, et se trouvaient pratiquement éliminé de l'ordre d'attaque. 30 troopers avaient été victimes de cette attaque aérienne. 8 étaient morts.

C'est l'un des rare moment de ma vie où je me suis senti totalement inutile. Quand nous avons finalement reçu l'ordre d'avancer entre les ponts 1 et 2, je me suis dit, "Enfin on fait quelque chose!" Pour la première fois de cette longue journée d'attente, j'ai commencé à creuser mon foxhole.On était après minuit, près de une heure du matin. On aurait dit que toute la company C s'était massée à l'est de la chaussée après avoir franchi le premier pont. A et B Company était à l'ouest à ce moment là.Le 502 PIR avait à présent deux bataillons amassés sur cette route qui n'offrait aucun abri ni couverture. On était les uns sur les autres, trop près pour creuser nos foxholes. Quelques uns d'entre nous ont essayé cependant. V J Folley et moi en faisions partie…
TO BE CONTINUED

Purple hearts lane, ex RN 13, et ses 4 ponts entre dead man's corner et Carentan…
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Gennaker
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Le bombardement allemand s'était ralenti, mais n'avait pas totalement cessé. Tout mouvement de notre part, ou tout bruit attirait immanquablement un 88. Comme il n'y avait aucun abri et pas de signal d'avertissement, seul un fou pouvait tenter de se lever. Nous creusâmes donc depuis une position allongée ventre à terre.

J'étais allongé sur l'asphalt de la route, creusant avec mon couteau et mes mains nues directement à travers le revètement de la route. Ce n'était que gravier et pierre. Ce fut un travail long qui me prit toute la nuit. Au lever du jour, mon foxhole était suffisamment profond pour que je m'y tienne debout jusqu'aux épaules. Bien que je n'ai guère eu le loisir d'en profiter bien longtemps (on est parti aux premières heures du jour), j'ai toujours pensé que c'était l'un des meilleurs foxholes que j'ai creusé de toute la guerre. C'était un vrai défi pour moi de creuser sur un mètre 50 de pierres et de graviers, sans faire le moindre bruit ni le moindre mouvement pour ne pas me faire repérer de l'ennemi. Il est certain qu'un travail aussi dur m'a évité de cogiter et de devenir fou cette nuit là.

"We're moving out!" Ces mots étaient plus qu'attendus. Le Colonel Cassidy ( Lt Col. Patrick F. Cassidy, CO de 1/502 PIR NDLR) avait passé la nuit parmi nous. Il était à peu près 7 heures du matin, et il nous dit que nous allions avoir l'occasion de rendre aux batards d'allemands la monnaie de leur pièce. B Company devait mener l'attaque, suivie de A company, avec C Company en troisième position. HQ company resterait en arrière avec les troupes d'appui, artillerie et approvisionnement pour l'attaque.

Colonel Cassidy nous dit que le 3/502 de Cole avait bien entamé les allemands en prévision de notre attaque. A présent, notre bataillon allait leur donner une leçon à la manière des paras. Il savait que les hommes de Cole étaient décimés.
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Il doit y avoir 3,2 km entre Dead Man's corner et Carentan. Il y a environ un demi mile entre les ponts 1 et 4. et encore un demi mille entre le pont 4 et les limites de Carentan. La route était droite comme un I, construite en surplomb, et avec aucune protection, même pas un arbre!. La chaussée faisait plus de trois mètre de haut au dessus des deux rivières (Madeleine et Douve).
De chaque côté, ce n'était que marécages sur des kilomètres, une zone inondée et infranchissable. Le pays vers l'est, à notre gauche en regardant Carentan, était parfaitement plat et s'étendait jusqu'à la ville. Le côté ouest était moins plat. Le marécage s'étendait entre les deux rivières.

Le 6th Fallschirmjaeger avait décidé de résister et de tenir toutes les hauteurs au Nord Ouest de Carentan. Le terrain à l'ouest de la ville remontait au niveau du pont n°4 et et l'entourait vers le nord en un demi cercle de collines. C'était une région agricole, avec des routes bien encaissées, des fermes et, très important pour l'ennemi, beaucoup de hautes haies à angle droit par rapport à la route nationale que nous devions emprunter.

La partie la plus frustrante de toute cette bataille pour Carentan, était, pour nous autres américains, que l'on ne voyait jamais l'ennemi. Il avait tous les avantages. Tous! Il avait monté son piège, et on avait mordu à l'hameçon. Mais nous refusions de nous laisser attraper. Nous continuions d'avancer jusqu'à ce que notre nombre soit si important qu'ils ne pourraient pas nous tuer tous. La situation s'est alors figée.
La battaille a fait rage en ne concernant qu'un bataillon à la fois, jusqu'à ce qu'il soit consumé. Puis un autre s'avançait et prenait sa place. Le 3ème bataillon du Colonel Cole n'avait pas réussi à s'emparer des hauteurs la veille. En fait, il avait à peine dépasser le barrage du pont N°4. Il allait essayer de nouveau ce jour à l'aube. A 4 heures, sa compagnie H a pris les devants. A 5 heures 30, Cole a fait passer le pont N°4 à ce qui restait de son 3/502, mais ils se trouvèrent cloués sur place. La puissance de feu du 6th FJ était dévastatrice.
Le lieutanant Rogers prit le commandement de la compagnie B après la nouvelle de la perte le Jour J du CO, Captain Fitzgerald. Rogers était un costaud, connu de tous les anciens du 1/502 comme le plus fin limier du régiment. On l'appelait "Buck Rogers". Il était essentiel pour une compagnie en ces instants cruciaux d'être menée par un homme comme lui. A Carentan, trois commandants de compagnie ont fait leur preuve : Captain Hancock de C Co, Lieutenant Swanson de A Co, et Lt Rogers de B Co. Pour moi, simple homme du rang, le courage de ces hommes à Carentan était contagieux.
Lt Rogers a mené B company le long de la nationale jusqu'à la ferme où Cole avait installé son poste de commandement (Ferme Ingouf ndlr). On est passé devant le long de la route. Les soldats allemands qui avaient survécu à la charge à la bayonnette de Cole s'était répandu sur toutes les routes avoisinantes. Lt Rogers a demandé au Sgt Harrison Summers ( DSC à Mézières ndlr) d'installer deux des cal.30 de son platoon de B Co juste au delà de la ferme, en limite d'un verger. Le reste de B Co organisa une ligne de défense de l'autre côté de ce verger, en bordure de route. On a tenu ces positions toute la journée et on a vu l'intensité des combats augmenter.
TO BE CONTINUED


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armand44
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par armand44 »

bonjour,

merci pour l'info je verrai pour l'acheter s'il me reste de l'argent car avec le 70 eme .... sa risque de faire mal ! ::d

habitant a 1000 kilometre de carentan il faudra en profiter !! :)

en tous cas merci beaucoup pour ce feuilleton, hate de lire la suite !

cordialement Armand


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Manuferey
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par Manuferey »

Gennaker a écrit :Je me suis jeté au sol, visage contre terre dès que j'ai vu qu'il s'agissait de Stuka, avions allemands en piqué. Ces avions étaient effrayants. Ils volaient avec leurs trains baissés. On avait l'impression qu'ils allaient nous attérir dessus quand ils piquaient pour mitrailler nos lignes en rase motte.
Des Stuka en Normandie en juin 44??? 8|

Personnellement, j'ai de gros doutes. Je pense qu'il s'agissait plutôt de chasseurs-bombardiers FockeWulf Fw 190.

Voici l'ordre de bataille de la Luftflotte 3 qui couvrait la France au 1er juin 1944. Il n'y avait pas alors de Ju-87 Stuka.

http://niehorster.orbat.com/011_germany ... te_03.html
(site de l'historien allemand Dr. Niehorster)

Et je ne crois pas que les Allemands aient transféré des Stuka d’un autre front vu l'incapacité de cet avion à se défendre face aux chasseurs alliés ou à leur échapper. D’ailleurs, les Stuka avaient été très vite retirés de la Bataille d’Angleterre en 1940.

Emmanuel


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par Gennaker »

Manu,
Tu sais mieux que quiconque que dans les récits des GIs, tous les canons sont des 88, tous les chars sont des Tigres, et tous les avions sont des Stukas… Il convient de prendre tous ces récits de mémoire pour ce qu'ils sont, des témoignages de première main et non des analyses techniques détaillées.

Ce qui est avéré car corroboré par tous les survivants de cet épisode, c'est que deux avions allemands ont attaqué la chaussée le 10 juin à 1 heure du matin, mitraillant et lâchant des bombes. L'un aurait été abattu…


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Un peu après 8 heures, A company a débuté sa course sur la chaussée vers le barrage du pont N°4. Alors que B Company avait perdu 8 hommes lors de ce franchissement des portails belges, A Co allait en perdre 6. Mais le désastre les attendait dès qu'ils atteignirent le terrain découvert après le pont.
Les allemands déclenchèrent la concentration d'artillerie la plus intense de toute la journée. Deux platoons de troopers de A company furent surpris à découvert et découpés en morceau en un rien de temps. Des 88 et des mortiers leur tombèrent dessus. 15 paratroopers américains furent touchés, et le reste s'éparpilla, choqué.

Après que les survivants des deux platoons de A Co aient été réunis, ce fut le tour du 3rd platoon de traverser. Au moment où les troopers parvinrent au même espace dégagé après le pont, il subirent le même traitement.
L'enfer se déchaina de nouveau. 9 troopers tombèrent. Trente soldats de A Company étaient hors de combat, sans avoir tiré un seul coup de feu.

Le choc subit par A co était si fort qu'il fallut plus d'une heure pour rassembler les survivants en un semblant d'unité cohérente. La plupart de ces gars furent positionnés sur une ligne le long d'un fossé rempli d'eau à environ 200m en avant du pont, sur la route de Carentan et après le pont N°4.

Tout comme B Co, A Co s'accrocha par la peau des dents toute la journée, bien que les premières heures furent passées à récupérer du choc initial. Sans compter le fait que les allemands tenaient les hauteurs et se tenaient à couvert, je crois que le fait de trouver nos blessés et nos morts sur notre chemin nous a touché plus que n'importe quoi. Plus le jour avançait, plus les choses empiraient, au point que les soldats encore en vie et autonomes devaient ramper sur les corps de leurs camarades dans les fossés, pour amener des munitions en première ligne. Les fossés étaient notre seule protection contre le feu ennemi, mais ils n'offraient qu'une faible protection contre l'artillerie qui toute la journée a prélevé son écot.

C'était à présent l'heure pour ma company C d'entrer en scène. Le 502 PIR était décimé. Le saut et les 5 jours de combat depuis le D day avaient taillé fort dans nos rangs avant même l'attaque sur Carentan. La majorité des platoons comptait moins de 30 hommes, certains à peine 20 (Sur 48 théoriques ndlr). La plupart n'avait plus qu'un seul officier et la moitié de leurs NCO's. Certains n'en avaient plus du tout. En parcourant la partie découverte de la chaussée, et en franchissant la barrière du pont N°4, nos rangs furent encore plus éclaircis. Nous étions en infériorité numérique face aux allemands.

Notre mouvement sur la chaussée fut dramatiquement lent. VJ Folley et moi même nous désespérions d'avoir jamais la chance de sprinter vers l'autre côté du pont. Puis notre tour arriva. Pourquoi étions nous si pressés de traverser l'enfer? je ne saurais le dire...

Je portais la cal.30 et ma carabine, et toute une bande de munitions enroulée autour de ma taille. Folley portait le trépied et sa carabine. Bob Cahoon, notre pourvoyeur, avait deux boites de munitions et son fusil. Il nous fallait couvrir près de 400 mètres avant de trouver la moindre protection. On était complètement à découvert, un vrai tir aux canards pour l'ennemi, à partir du moment où on a commencé à courir. Toute la chaussée, et la traversée du pont, à travers la "belgian gate". Passer le pont et quitter la nationale vers la ferme (Ingouff ndlr). Quitter cette route et et traverser le champs. Sauter par dessus le fossé plein de flotte. Courir jusqu'au coin du "carré à choux" (Cabbage patch) jusqu'à la haie parallèle à la route nationale. 400 mètres d'acier pur!

C'était une attaque de type "suivre le leader". Le "vieux" sergent Jay B Schenk, notre platoon sergeant, nous avait répété incessamment "Les mecs, rappelez vous votre entrainement "chat et souris" en Angleterre, à Bragg et au Tennessee. Ici, ce n'est plus l'entrainement. Quand le Lt Cahill démarrera, je veux un de vous échelonné derrière lui tous les 5 mètres nom de Dieu. Zig, puis zag! sur toute la longueur du champs. Restez penché! aussi bas que possible. Et gueulez de toutes vos forces! Il faut que les batards sachent que vous arrivez! Quoi que vous fassiez, ne vous arrêtez pas! Courrez! au nom du ciel, courez jusqu'à cette putain de haie!!!"

Pour J B, ce n'était pas simplement une question de survie. C'était le seul moyen de disposer de suffisamment de troopers pour déborder l'ennemi et sauver le poste avancé de la ferme. Le moment pour lequel J B nous avait préparé depuis si longtemps était arrivé.

Lt Cahill, un des mecs les plus sympas que j'ai jamais rencontré, est parti le premier dans cette course folle. 5 mètres derrière lui se trouvait Pfc William Cooper, puis Pfc Anthony Marcozzy. Plus loin, toujours à 5 mètres démarra le Cpl Willie Craig, chef de notre mortar squad. Ensuite, ce fut Cpl John Whitlock, notre radio. Pour je ne sais quelle raison, ce fut ensuite le tour de Pvt Herman Jones du 1st platoon. Après Jones, ce fut à moi, avec VJ Folley à la suite, puis Pvt Cahoon et Pfc Jack Evans était le dernier. Cahill, courageux et élégant, brave parmi les braves, nous a mené dans cette charge. Laissez moi vous dire que personne ce jour là n'est allé aussi loin sur le flanc de la bataille de Carentan.
La peur s'empare d'un soldat de première ligne à tout moment. Seuls les degrés de peur fluctuent. Ce n'était pas l'élément temporel mais mais le degré de peur qui décidait de ce que nous pouvions endurer. J'avais vu ce qui était arrivé aux hommes de A Co. Ils n'étaient qu'à une centaine de mètres de moi quand ils ont été fauché en plein jour. Ils avaient reçu le choc. Pas moi. Cela faisait toute la différence dans le degré de peur que je ressentais.

Quand le Lt Cahill nous a crié "Let's go!", et que "old" J B a répété "au suivant", tout ce qui importait n'était plus que je devrais me lever et courir quand mon tour arriverait. Je traverserais l'enfer en courant tant qu'il y aurait quelqu'un à suivre. Que ferai je si tout le monde devant moi tombait? Je n'y ai pas pensé une seule fois.
"Trooper suivant!"
C'était mon tour. J'ai sauté sur la chaussée. "Reste courbé. Ne te relève pas! zig zag!" me dit le vieux sergent. Je me dis tout haut. "Old J B sait de quoi il parle. Reste courbé." Je me répétais intérieurement ; "Il est plus difficile de toucher une cible en mouvement, qui bouge et qui saute..."J'étais certain qu'un soldat allemand me tenait au bout de son fusil. Le voilà! J'arrivais au pont N°4, et là se trouvait cette fameuse "Belgian date". Un vrai barrage. Il me fallut m'arrêter pile pour pouvoir faire passer entre les barreaux ma mitrailleuse. Des balles sifflaient dans toutes les directions et les craquements qu'elles faisaient au dessus de ma tête étaient épouvantables. Il me fallait dépasser cette barrière et passer le pont. Rien ne pouvait être aussi effrayant que cet endroit pensai-je.
Je réussis à dépasser le pont et à courir sur la route qui mène à la ferme Ingouff, puis à plonger dans le fossé qui la borde. En prenant mon élan pour franchir le fossé, je jetai un coup d'oeil en bas pour être sûr que je pouvais sauter. J'aperçus quelqu'un d'autre que l'homme que je suivais. Ce fut comme un flash, une vision que jamais je n'oublierai. La chose la plus horrible que j'ai vue de toute la guerre. Il 'y avait au moins six troopers américains serrés là les uns contre les autres et qu'un obus de 88 avait écrabouillé. Ce n'était qu'une bouillie informe de têtes, de bras et de jambes ensanglantés. J'ai failli ne pas sauter mais j'étais déjà dans ma course d'élan quand cette vison d'horreur m'est apparu. J'ai poussé le plus loin possible en pédalant dans l'air comme le fond les sauteurs en longueur. J'ai attérri de l'autre côté du fossé sans même ralentir.
Deux fois encore j'allais devoir passer près de cette scène. Plus tard, après la bataille, à la nuit tombée, et le jour suivant. A chaque fois j'ai évité de regardé afin de ne pas reconnaitre quelqu'un que je connaissais.

TO BE CONTINUED…

La fameuse ferme Ingouf à Carentan, vue depuis le pont N°4, à hauetru du grand rond point "Mercédès"….
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