La presse nationale s'empare du sujet (Le Point.fr - Publié le 15/01/2014) :
Première ville de France libérée le 6 juin 1944, Sainte-Mère-Église (Manche) tire sa notoriété de son musée consacré à ses libérateurs, les parachutistes américains. Un haut lieu du tourisme kaki, avec 180 000 visiteurs par an. Mardi, Patrick Bunel, 46 ans, directeur du musée de 2006 à 2011, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Cherbourg pour une trentaine d'escroqueries, d'abus de confiance, faux et usage de faux et détournements d'objets, qu'il conteste avec la plus grande énergie.
Sur la base d'un rapport d'audit et d'une longue enquête préliminaire du parquet de Cherbourg (1 000 pièces au dossier), sur fond de rivalité entre l'ancien et l'actuel président du musée, Marc Lefèvre, Patrick Bunel se voit entre autres reprocher d'avoir escamoté un Piper Cub, avion de reconnaissance de la Seconde Guerre mondiale, offert par un milliardaire américain, Robbie Wilson. Le don a-t-il été consenti au musée ou, comme l'affirme Patrick Bunel, à lui-même ? L'avion reste, selon la défense, entreposé dans un hangar de l'aéroport de Caen. Même interrogation à propos d'un half-track, engin blindé à chenilles : l'ex-directeur a-t-il remplacé celui du musée par le sien, en moins bon état ?
Trafic d'objets volés
Par ailleurs, chargé de l'extension du musée, Patrick Bunel a procédé à des achats massifs d'objets militaires pour près de 300 000 euros. Le prévenu indique qu'il n'avait aucune délégation de signature. "Il avait tous les pouvoirs ; je n'avais plus qu'à signer les chèques ! Mais je trouvais qu'on dépensait de plus en plus", confirme l'ancien trésorier en place pendant 13 ans. Mais une gestion aléatoire et dispendieuse constitue-t-elle une infraction pénale ?
Pourtant, selon l'audit, certains de ces achats n'ont rien à voir avec le musée, comme des équipements de tankistes français ou des équipements russes. Plus suspect, la plupart des objets militaires ont été achetés auprès de trois fournisseurs, dont deux comparaissent aux côtés du directeur. L'un d'eux, habitant de Sainte-Mère-Église, a déjà été condamné en 2013 à un an de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende pour avoir organisé un trafic d'objets volés au musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel (Morbihan)...
Proche de l'extrême droite
Autres reproches faits à Patrick Bunel : des frais de déplacement, de restauration ou d'hébergement non justifiés, voire indus, 215 000 euros de publications et de publicité en 2007 et 2008.
La défense conteste toute infraction pénale et plaide la relaxe. Malgré tout, le curriculum vitae de Patrick Bunel ne manque pas de susciter des interrogations : ancien chauffeur et garde du corps de Bruno Mégret, alors lieutenant de Jean-Marie Le Pen, il a aussi dirigé de 1997 à 2000 la police municipale de Vitrolles, ville alors gérée par l'extrême droite.
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