Hossbach
Posté : 10 mai, 11:19
C'est un peu long à lire mais....
Berlin, 10 novembre 1937
Procès-verbal de l?entretien ayant eu lieu à la Chancellerie du Reich le 5 novembre 1937 de 16 h 15 à 20 h 30.
Etaient présents :
* le Führer, Chancelier du Reich.
* le général feld-maréchal Von Blomberg, Ministre de la Guerre.
* le général baron Von Fritsch, commandant en chef de l’armée de terre.
* le commandant en chef de la Luftwaffe, général Göring.
* le baron Von Neurath, Ministre des Affaires Etrangères.
* le colonel Hossbach.
Le Führer constate pour commencer que l?objet de l?entretien d?aujourd’hui était d’une importance telle que sa discussion serait sans doute dans tout autre pays venue en séance du Cabinet, mais que lui - le Führer -, précisément en raison de l?importance du sujet, se refusait à soumettre à la discussion du Cabinet du Reich au grand complet. Les déclarations qui allaient suivre étaient le résultat de réflexions approfondies et des expériences qu’il avait faites au cours de ses quatre années et demie de gouvernement ; il allait exposer à ces Messieurs ses idées essentielles sur les possibilités et les nécessités de l?évolution de notre situation politique extérieure, en quoi il demandait que, dans l?intérêt d’une politique allemande à long terme, on considérât ses déclarations comme son testament, au cas où sa mort se produirait.
Le Führer déclara ensuite :
Le but de la politique allemande était la sauvegarde et la sécurité de la communauté raciale (Volksmasse) ainsi que sa multiplication. Il s?agissait par suite d’une question d?espace.
La communauté raciale allemande comprenait 85 millions d?hommes qui formaient, étant donné le nombre des hommes et l?étroitesse des espaces habités en Europe, un noyau racial plus replié sur lui-même que ce n’était le cas pour aucun autre pays, et qui d’un autre côté possédait plus qu?aucun autre peuple un droit à un espace vital plus vaste. Si, sur le plan territorial aucune acquisition politique ne correspondait au noyau racial allemand, c’était la suite d’une évolution historique de plusieurs siècles, et la persistance de cette situation politique faisait courir le plus grand danger au maintien de la race allemande à son niveau actuel. Il était aussi impossible d?arrêter le déclin de la civilisation allemande (Deutschtum) en Autriche et en Tchécoslovaquie que de maintenir le niveau de vie actuel en Allemagne même. La croissance faisait place à la stérilisation, qui devrait, au cours des années entraîner des désordres sociaux parce qu?une idéologie politique et philosophique n?est efficace qu?aussi longtemps qu’elle peut fournir sa base à la réalisation des exigences vitales réelles d’un peuple. L?avenir de l?Allemagne était donc sous l?entière dépendance d’un règlement territorial nécessaire, et il était dans l?ordre des choses que cette solution ne pût être cherchée que pour l?espace de temps prévisible, comprenant à peu près une à trois générations.
Avant d?aborder la question de la solution territoriale, il y avait lieu de se demander si l?autarcie ou une plus grande participation à l?économie mondiale pouvaient apporter une solution durable à la situation de l?Allemagne.
AUTARCIE
N?est praticable que sous l?autorité rigoureuse du gouvernement national-socialiste qu’elle suppose ; à supposer cette réalisation possible, les résultats en seraient les suivants :
1. Dans le domaine des matières premières, autarcie non totale, mais seulement limitée.
1° L?autarcie est praticable dans la mesure où le charbon est considéré comme une source de matières premières.
2° La situation est déjà beaucoup plus difficile dans le domaine des minerais. Nous pouvons subvenir à nos besoins en ce qui concerne le fer et les métaux légers, mais non en ce qui concerne d?autres matières premières, cuivre, étain...
3° Textiles - nous pouvons subvenir à nos besoins dans la mesure où notre production de bois est suffisante. Pas de solution durable possible.
4° Matières grasses alimentaires, possible.
2. Dans la catégorie de l?alimentation, il faut répondre un " non " catégorique à la question de l?autarcie.
L?élévation générale du niveau de vie depuis trente ou quarante ans a été accompagnée par une augmentation des besoins et une consommation intérieure croissante même de la part des producteurs, des paysans par exemple. Les fruits de l?augmentation de la production agricole étant absorbés par l?augmentation des besoins, ils ne représentent donc aucune augmentation absolue de la production. Une nouvelle augmentation de la production obtenue en demandant un plus grand rendement de la terre, qui donne déjà, à la suite de l?emploi d?engrais artificiels, des signes d?épuisement, est presque impossible ; il est donc certain que même en augmentant la production au maximum, on ne pourra éviter un recours au marché mondial. Le nombre de devises non négligeable qu’il faut consacrer déjà dans les années de bonnes récoltes aux importations devant assurer le ravitaillement prend des proportions catastrophiques dans les années de mauvaises récoltes. L?éventualité d’une catastrophe augmente avec l?accroissement de la population ; l?excédent des naissances de 560 000 par an ayant pour suite une augmentation de la consommation du pain d?autant plus grande que l?enfant consomme plus de pain que l?adulte.
Il est impossible à la longue de faire face aux difficultés de ravitaillement par un abaissement du niveau de vie et par des rationalisations sur un continent jouissant de conditions de vie à peu près uniformes. Depuis que la solution du chômage a rendu effective la pleine capacité de consommation, il serait peut-être possible d?apporter quelques améliorations de détail à notre production agricole intérieure, mais non de transformer vraiment la base de notre ravitaillement. L?autarcie est donc impraticable aussi bien dans le domaine du ravitaillement que sur un plan général.
PARTICIPATION A L'ECONOMIE MONDIALE
Elle a des limites que nous ne saurions dépasser. Les fluctuations du marché s?opposent à l?établissement de la position allemande sur une base solide ; les traités de commerce n?offrent aucune garantie d?exécution effective. Il est essentiel notamment de se souvenir que depuis la guerre mondiale il y a eu l?industrialisation de pays qui étaient précisément autrefois exportateurs de produits alimentaires. Nous vivons à une époque d?impérialisme économique où la tendance colonialiste nous ramène aux temps les plus primitifs ; la poussée expansionniste du Japon et de l?Italie a des causes économiques ; de même, l?Allemagne est stimulée par les besoins économiques. La possibilité de l?expansion économique est particulièrement précaire pour les pays situés en dehors des grands empires économiques.
L?essor provoqué dans l?économie mondiale par la politique de réarmement ne constituera jamais la base d’un équilibre économique de longue durée, auquel les désordres économiques issus du bolchévisme s?opposeraient d?ailleurs avant tout. C?est une grave faiblesse militaire pour un Etat de faire reposer sa subsistance sur le commerce extérieur. Etant donné que notre commerce extérieur est acheminé par les mers que contrôle l?Angleterre, le problème réside pour nous moins dans l?approvisionnement en devises que dans la sécurité des transports, qui constitue la grande faiblesse de notre ravitaillement en temps de guerre.
La seule ressource, qui peut nous sembler chimérique, résiderait dans l?acquisition d’un plus vaste espace vital, une aspiration qui a été de tout temps à l?origine de la formation des Etats et des mouvements de population. On s?explique que cette aspiration ne rencontre aucun intérêt à Genève et auprès des Etats saturés. Que si l’on place au premier plan la sécurité de notre ravitaillement, c’est en Europe qu’il faudrait chercher l?espace qu’elle implique nécessairement, et non, comme le conçoit le capitalisme libéral, dans l?exploitation coloniale. Il s?agit de gagner non des hommes, mais des territoires ayant une valeur agricole. De même, il est plus rationnel de chercher les territoires devant fournir des matières premières en Europe à proximité immédiate du Reich, et non au delà des mers. La solution de ce problème doit être valable pour une ou deux générations, mais il faut laisser aux générations suivantes le soin de répondre aux nécessités des époques ultérieures. Les grandes communautés mondiales politiques progressent somme toute avec lenteur ; c’est au c?ur du continent européen que le peuple allemand avec sa forte unité raciale trouvera les conditions premières les plus favorables de ce progrès. Or l?Histoire a montré de tout temps (Empire romain mondial, Empire anglais) qu?une expansion territoriale ne va jamais sans risques et sans avoir à briser des résistances. Les réactions sont également inévitables. Il n?y a jamais eu de territoires sans maître, et l?attaquant se heurte toujours au possesseur.
La question est de savoir pour l?Allemagne où le maximum de bénéfices peut être obtenue avec le minimum d?efforts.
La politique allemande doit compter avec ses deux ennemis irréductibles, l?Angleterre et la France, qui ressentent la présence d’un puissant colosse allemand au centre de l?Europe comme une plaie au flanc ; ils s?opposent à un nouvel accroissement de la puissance allemande aussi bien en Europe qu?outre-mer et pourront s?appuyer en cela sur l?approbation d tous les partis. Ces deux pays verraient, dans l?établissement de leurs lignes de communications maritimes, une garantie apportée au commerce allemand, et par contrecoup, un renforcement de la position allemande en Europe.
En raison de l?opposition des dominions, l?Angleterre ne peut nous faire aucune concession sur ses positions coloniales. Après la perte de prestige qu?a subie l?Angleterre du fait que l?Abyssinie est devenue une possession italienne, il ne faut plus compter sur le retour de l?Afrique orientale. L?esprit de conciliation de l?Angleterre s?exprimera tout au plus dans la faculté qui nous sera laissée de satisfaire nos prétentions coloniales en nous appropriant des colonies qui ne sont actuellement pas des possessions anglaises, par exemple l?Angola. Les concessions françaises seront probablement dans la même ligne.
Il ne pourra être question de discuter sérieusement un retour de nos colonies qu?à un moment où l?Angleterre se trouvera en difficultés, et où le Reich allemand sera fort et armé.
Le Führer ne partage pas l?opinion selon laquelle l?Empire serait inébranlable. C?est moins dans les pays conquis que dans les pays concurrents que se rencontre l?opposition à l?Empire. L?Empire anglais et l?Empire romain ne sont pas d’une solidité comparable ; depuis les guerres puniques, l?Empire romain ne s?est heurté à aucun adversaire politique sérieux. Ce n?est que sous l?effet dissolvant du christianisme et des signes de vieillissement qui se manifestent dans tout Etat que l?ancienne Rome a succombé à l?assaut des Germains.
A côté de l?Empire anglais se dressent dès maintenant des Etats plus puissants. Ce n?est plus qu?en faisant alliance avec d?autres Etats, et non par ses seules forces, que la métropole anglaise est en mesure de défendre ses possessions coloniales. Comment l?Angleterre pourrait-elle défendre seule le Canada par exemple contre une attaque américaine, ou ses intérêts d?Extrême-Orient contre le Japon ?
Que la Couronne d?Angleterre soit déclarée le symbole de l?unité de l?Empire est déjà l?aveu que celle-ci ne peut être maintenue à la longue par la seule puissance politiques. Des symptômes significatifs peuvent être relevés dans ce sens :
1. l?aspiration de l?Irlande à l?indépendance ;
2. les conflits constitutionnels aux Indes où l?Angleterre a ouvert aux Hindous par ses demi-mesures la possibilités de faire arme contre elle d’une non-observation de ses engagements constitutionnels ;
3. l?affaiblissement de la position de l?Angleterre en Extrême-Orient du fait du Japon
4. la rivalité en Méditerranée avec l?Italie, qui, se réclamant de son histoire, poussée par la misère et menée par un génie, consolide sa puissance, et est amenée par là à contrecarrer les intérêts anglais dans une mesure grandissante. L?issue de la guerre d?Abyssinie est pour l?Angleterre une perte de prestige que l?Italie s?applique à aggraver en suscitant des troubles dans le monde arabe.
On doit constater, en somme, que malgré toute sa fermeté théorique, l?Empire ne peut être maintenu à la longue par 45 millions d?Anglais. Le rapport du chiffre de la population e l?Empire à celui de la population métropolitaine de 9 à 1 doit nous avertir de ne pas laisser lors d?expansions territoriales, la base constituée par le chiffre de notre population propre à devenir trop étroite.
La position de la France est plus favorable que celle de l?Angleterre. L?Empire français a une situation géographique plus avantageuse, la population de ses possessions coloniales constitue un apport militaire supplémentaire. Mais la France s?achemine vers des difficultés politiques intérieures. Dans la vie des peuples, le régime parlementaire occupe 10 % et le régime totalitaire environ 90 % de leur histoire. Quoi qu’il en soit, il faut tenir compte aujourd’hui dans nos calculs politiques des facteurs suivants : l?Angleterre, la France, la Russie et les petits Etats limitrophes.
Il n?y a que la violence qui puisse apporter une solution au problème allemand, et la violence ne va pas sans risques. Les luttes de Frédéric le Grand pour la Silésie et les guerres de Bismarck contre l?Autriche et la France ont été d’un risque extrême, et seule la rapidité de l?action prussienne en 1870 a empêché l?Autriche d?entrer en guerre. Si l’on fait du recours délibéré à la violence avec acceptation des risques le point de départ des considérations suivantes, il reste à répondre à ces deux questions : " quand ? " et " comment ? ". Il faut à ce propos envisager trois cas.
Berlin, 10 novembre 1937
Procès-verbal de l?entretien ayant eu lieu à la Chancellerie du Reich le 5 novembre 1937 de 16 h 15 à 20 h 30.
Etaient présents :
* le Führer, Chancelier du Reich.
* le général feld-maréchal Von Blomberg, Ministre de la Guerre.
* le général baron Von Fritsch, commandant en chef de l’armée de terre.
* le commandant en chef de la Luftwaffe, général Göring.
* le baron Von Neurath, Ministre des Affaires Etrangères.
* le colonel Hossbach.
Le Führer constate pour commencer que l?objet de l?entretien d?aujourd’hui était d’une importance telle que sa discussion serait sans doute dans tout autre pays venue en séance du Cabinet, mais que lui - le Führer -, précisément en raison de l?importance du sujet, se refusait à soumettre à la discussion du Cabinet du Reich au grand complet. Les déclarations qui allaient suivre étaient le résultat de réflexions approfondies et des expériences qu’il avait faites au cours de ses quatre années et demie de gouvernement ; il allait exposer à ces Messieurs ses idées essentielles sur les possibilités et les nécessités de l?évolution de notre situation politique extérieure, en quoi il demandait que, dans l?intérêt d’une politique allemande à long terme, on considérât ses déclarations comme son testament, au cas où sa mort se produirait.
Le Führer déclara ensuite :
Le but de la politique allemande était la sauvegarde et la sécurité de la communauté raciale (Volksmasse) ainsi que sa multiplication. Il s?agissait par suite d’une question d?espace.
La communauté raciale allemande comprenait 85 millions d?hommes qui formaient, étant donné le nombre des hommes et l?étroitesse des espaces habités en Europe, un noyau racial plus replié sur lui-même que ce n’était le cas pour aucun autre pays, et qui d’un autre côté possédait plus qu?aucun autre peuple un droit à un espace vital plus vaste. Si, sur le plan territorial aucune acquisition politique ne correspondait au noyau racial allemand, c’était la suite d’une évolution historique de plusieurs siècles, et la persistance de cette situation politique faisait courir le plus grand danger au maintien de la race allemande à son niveau actuel. Il était aussi impossible d?arrêter le déclin de la civilisation allemande (Deutschtum) en Autriche et en Tchécoslovaquie que de maintenir le niveau de vie actuel en Allemagne même. La croissance faisait place à la stérilisation, qui devrait, au cours des années entraîner des désordres sociaux parce qu?une idéologie politique et philosophique n?est efficace qu?aussi longtemps qu’elle peut fournir sa base à la réalisation des exigences vitales réelles d’un peuple. L?avenir de l?Allemagne était donc sous l?entière dépendance d’un règlement territorial nécessaire, et il était dans l?ordre des choses que cette solution ne pût être cherchée que pour l?espace de temps prévisible, comprenant à peu près une à trois générations.
Avant d?aborder la question de la solution territoriale, il y avait lieu de se demander si l?autarcie ou une plus grande participation à l?économie mondiale pouvaient apporter une solution durable à la situation de l?Allemagne.
AUTARCIE
N?est praticable que sous l?autorité rigoureuse du gouvernement national-socialiste qu’elle suppose ; à supposer cette réalisation possible, les résultats en seraient les suivants :
1. Dans le domaine des matières premières, autarcie non totale, mais seulement limitée.
1° L?autarcie est praticable dans la mesure où le charbon est considéré comme une source de matières premières.
2° La situation est déjà beaucoup plus difficile dans le domaine des minerais. Nous pouvons subvenir à nos besoins en ce qui concerne le fer et les métaux légers, mais non en ce qui concerne d?autres matières premières, cuivre, étain...
3° Textiles - nous pouvons subvenir à nos besoins dans la mesure où notre production de bois est suffisante. Pas de solution durable possible.
4° Matières grasses alimentaires, possible.
2. Dans la catégorie de l?alimentation, il faut répondre un " non " catégorique à la question de l?autarcie.
L?élévation générale du niveau de vie depuis trente ou quarante ans a été accompagnée par une augmentation des besoins et une consommation intérieure croissante même de la part des producteurs, des paysans par exemple. Les fruits de l?augmentation de la production agricole étant absorbés par l?augmentation des besoins, ils ne représentent donc aucune augmentation absolue de la production. Une nouvelle augmentation de la production obtenue en demandant un plus grand rendement de la terre, qui donne déjà, à la suite de l?emploi d?engrais artificiels, des signes d?épuisement, est presque impossible ; il est donc certain que même en augmentant la production au maximum, on ne pourra éviter un recours au marché mondial. Le nombre de devises non négligeable qu’il faut consacrer déjà dans les années de bonnes récoltes aux importations devant assurer le ravitaillement prend des proportions catastrophiques dans les années de mauvaises récoltes. L?éventualité d’une catastrophe augmente avec l?accroissement de la population ; l?excédent des naissances de 560 000 par an ayant pour suite une augmentation de la consommation du pain d?autant plus grande que l?enfant consomme plus de pain que l?adulte.
Il est impossible à la longue de faire face aux difficultés de ravitaillement par un abaissement du niveau de vie et par des rationalisations sur un continent jouissant de conditions de vie à peu près uniformes. Depuis que la solution du chômage a rendu effective la pleine capacité de consommation, il serait peut-être possible d?apporter quelques améliorations de détail à notre production agricole intérieure, mais non de transformer vraiment la base de notre ravitaillement. L?autarcie est donc impraticable aussi bien dans le domaine du ravitaillement que sur un plan général.
PARTICIPATION A L'ECONOMIE MONDIALE
Elle a des limites que nous ne saurions dépasser. Les fluctuations du marché s?opposent à l?établissement de la position allemande sur une base solide ; les traités de commerce n?offrent aucune garantie d?exécution effective. Il est essentiel notamment de se souvenir que depuis la guerre mondiale il y a eu l?industrialisation de pays qui étaient précisément autrefois exportateurs de produits alimentaires. Nous vivons à une époque d?impérialisme économique où la tendance colonialiste nous ramène aux temps les plus primitifs ; la poussée expansionniste du Japon et de l?Italie a des causes économiques ; de même, l?Allemagne est stimulée par les besoins économiques. La possibilité de l?expansion économique est particulièrement précaire pour les pays situés en dehors des grands empires économiques.
L?essor provoqué dans l?économie mondiale par la politique de réarmement ne constituera jamais la base d’un équilibre économique de longue durée, auquel les désordres économiques issus du bolchévisme s?opposeraient d?ailleurs avant tout. C?est une grave faiblesse militaire pour un Etat de faire reposer sa subsistance sur le commerce extérieur. Etant donné que notre commerce extérieur est acheminé par les mers que contrôle l?Angleterre, le problème réside pour nous moins dans l?approvisionnement en devises que dans la sécurité des transports, qui constitue la grande faiblesse de notre ravitaillement en temps de guerre.
La seule ressource, qui peut nous sembler chimérique, résiderait dans l?acquisition d’un plus vaste espace vital, une aspiration qui a été de tout temps à l?origine de la formation des Etats et des mouvements de population. On s?explique que cette aspiration ne rencontre aucun intérêt à Genève et auprès des Etats saturés. Que si l’on place au premier plan la sécurité de notre ravitaillement, c’est en Europe qu’il faudrait chercher l?espace qu’elle implique nécessairement, et non, comme le conçoit le capitalisme libéral, dans l?exploitation coloniale. Il s?agit de gagner non des hommes, mais des territoires ayant une valeur agricole. De même, il est plus rationnel de chercher les territoires devant fournir des matières premières en Europe à proximité immédiate du Reich, et non au delà des mers. La solution de ce problème doit être valable pour une ou deux générations, mais il faut laisser aux générations suivantes le soin de répondre aux nécessités des époques ultérieures. Les grandes communautés mondiales politiques progressent somme toute avec lenteur ; c’est au c?ur du continent européen que le peuple allemand avec sa forte unité raciale trouvera les conditions premières les plus favorables de ce progrès. Or l?Histoire a montré de tout temps (Empire romain mondial, Empire anglais) qu?une expansion territoriale ne va jamais sans risques et sans avoir à briser des résistances. Les réactions sont également inévitables. Il n?y a jamais eu de territoires sans maître, et l?attaquant se heurte toujours au possesseur.
La question est de savoir pour l?Allemagne où le maximum de bénéfices peut être obtenue avec le minimum d?efforts.
La politique allemande doit compter avec ses deux ennemis irréductibles, l?Angleterre et la France, qui ressentent la présence d’un puissant colosse allemand au centre de l?Europe comme une plaie au flanc ; ils s?opposent à un nouvel accroissement de la puissance allemande aussi bien en Europe qu?outre-mer et pourront s?appuyer en cela sur l?approbation d tous les partis. Ces deux pays verraient, dans l?établissement de leurs lignes de communications maritimes, une garantie apportée au commerce allemand, et par contrecoup, un renforcement de la position allemande en Europe.
En raison de l?opposition des dominions, l?Angleterre ne peut nous faire aucune concession sur ses positions coloniales. Après la perte de prestige qu?a subie l?Angleterre du fait que l?Abyssinie est devenue une possession italienne, il ne faut plus compter sur le retour de l?Afrique orientale. L?esprit de conciliation de l?Angleterre s?exprimera tout au plus dans la faculté qui nous sera laissée de satisfaire nos prétentions coloniales en nous appropriant des colonies qui ne sont actuellement pas des possessions anglaises, par exemple l?Angola. Les concessions françaises seront probablement dans la même ligne.
Il ne pourra être question de discuter sérieusement un retour de nos colonies qu?à un moment où l?Angleterre se trouvera en difficultés, et où le Reich allemand sera fort et armé.
Le Führer ne partage pas l?opinion selon laquelle l?Empire serait inébranlable. C?est moins dans les pays conquis que dans les pays concurrents que se rencontre l?opposition à l?Empire. L?Empire anglais et l?Empire romain ne sont pas d’une solidité comparable ; depuis les guerres puniques, l?Empire romain ne s?est heurté à aucun adversaire politique sérieux. Ce n?est que sous l?effet dissolvant du christianisme et des signes de vieillissement qui se manifestent dans tout Etat que l?ancienne Rome a succombé à l?assaut des Germains.
A côté de l?Empire anglais se dressent dès maintenant des Etats plus puissants. Ce n?est plus qu?en faisant alliance avec d?autres Etats, et non par ses seules forces, que la métropole anglaise est en mesure de défendre ses possessions coloniales. Comment l?Angleterre pourrait-elle défendre seule le Canada par exemple contre une attaque américaine, ou ses intérêts d?Extrême-Orient contre le Japon ?
Que la Couronne d?Angleterre soit déclarée le symbole de l?unité de l?Empire est déjà l?aveu que celle-ci ne peut être maintenue à la longue par la seule puissance politiques. Des symptômes significatifs peuvent être relevés dans ce sens :
1. l?aspiration de l?Irlande à l?indépendance ;
2. les conflits constitutionnels aux Indes où l?Angleterre a ouvert aux Hindous par ses demi-mesures la possibilités de faire arme contre elle d’une non-observation de ses engagements constitutionnels ;
3. l?affaiblissement de la position de l?Angleterre en Extrême-Orient du fait du Japon
4. la rivalité en Méditerranée avec l?Italie, qui, se réclamant de son histoire, poussée par la misère et menée par un génie, consolide sa puissance, et est amenée par là à contrecarrer les intérêts anglais dans une mesure grandissante. L?issue de la guerre d?Abyssinie est pour l?Angleterre une perte de prestige que l?Italie s?applique à aggraver en suscitant des troubles dans le monde arabe.
On doit constater, en somme, que malgré toute sa fermeté théorique, l?Empire ne peut être maintenu à la longue par 45 millions d?Anglais. Le rapport du chiffre de la population e l?Empire à celui de la population métropolitaine de 9 à 1 doit nous avertir de ne pas laisser lors d?expansions territoriales, la base constituée par le chiffre de notre population propre à devenir trop étroite.
La position de la France est plus favorable que celle de l?Angleterre. L?Empire français a une situation géographique plus avantageuse, la population de ses possessions coloniales constitue un apport militaire supplémentaire. Mais la France s?achemine vers des difficultés politiques intérieures. Dans la vie des peuples, le régime parlementaire occupe 10 % et le régime totalitaire environ 90 % de leur histoire. Quoi qu’il en soit, il faut tenir compte aujourd’hui dans nos calculs politiques des facteurs suivants : l?Angleterre, la France, la Russie et les petits Etats limitrophes.
Il n?y a que la violence qui puisse apporter une solution au problème allemand, et la violence ne va pas sans risques. Les luttes de Frédéric le Grand pour la Silésie et les guerres de Bismarck contre l?Autriche et la France ont été d’un risque extrême, et seule la rapidité de l?action prussienne en 1870 a empêché l?Autriche d?entrer en guerre. Si l’on fait du recours délibéré à la violence avec acceptation des risques le point de départ des considérations suivantes, il reste à répondre à ces deux questions : " quand ? " et " comment ? ". Il faut à ce propos envisager trois cas.