| Guerre
du renseignement
A
partir de 1943, l'opération
Round-up (en français : rassemblement) commence. Les
anglos-américains transfèrent une grande partie de
leurs effectifs militaires en Angleterre et ces manoeuvres sont
remarquées par les forces de l'Axe, qui s'intéressent
de près à ces mouvements. Les Allemands comprennent
rapidement qu'il s'agit d'une offensive amphibie de grande envergure
en préparation.
Pour
en savoir plus, et pour adapter leurs mises en alertes, les services
de renseignements de l'Axe renforcent leur présence en Angleterre.
Les Alliés, qui s'attendaient à une recrudescence
des agents allemands et Italiens, décident de créer
un centre chargé d'envoyer de faux renseignements afin de
désorienter les services étrangers. C'est la naissance
de l'opération Fortitude, dirigée par la Section de
contrôle située à Londres.
Les
fausses informations envoyées par la Section de contrôle
sont variées : ainsi des opérations "coups de
poing" effectuées par des commandos britanniques sont
signalées par Londres, tout comme des mouvements de troupes
en direction de la Norvège ou vers le Pas-de-Calais. L'objectif
principal de cette stratégie est le suivant : éloigner
les Allemands de la Normandie et les tromper sur les préparatifs
du débarquement.
Une
armée en caoutchouc
Afin
d'augmenter l'effet de désinformation des forces allemandes,
les Alliés décident de construire des leurres gonflables
qui, vus d'un avion de reconnaissance, font croire à de réelles
unités. La campagne du sud-est de l'Angleterre voit ainsi
une quantité importante de chars, véhicules de transport
et d'artillerie factices, peints aux marques de la 3ème armée
commandée par le bouillant et redouté général
Patton . Dans les ports de la région de Douvres, des bâtiments
de guerre et des navires de transport en bois ou en caoutchouc prennent
place.
Les
Allemands reçoivent dans un premier temps des informations
provenant de leurs avions de reconnaissance, qui indiquent qu'une
gigantesque armée s'organise en Angleterre, tout juste en
face du Pas-de-Calais. Effectivement, les appareils de la Luftwaffe
sont assez étonnés de pouvoir survoler relativement
facilement la région du sud-est de l'Angleterre, alors que
ce n'était pas possible avant le début de l'année
1944, du fait du nombre important de patrouilles britanniques dans
cette zone.
En
réalité, les aviateurs britanniques de la Royal
Air Force ont reçu l'ordre de s'éloigner des
avions de reconnaissance allemands, mais ils doivent toujours cependant
abattre les bombardiers ennemis. Les pilotes allemands peuvent ainsi
photographier les sites de regroupement des unités alliées
qu'ils prennent pour de véritables engins, mais qui en vérité
ne sont que des ballons gonflables adoptant la forme de chars, de
canons ou de navires de guerre.
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Un
faux débarquement
La
stratégie alliée vise à protéger à
la fois les préparatifs de l'opération Overlord, mais
également le déroulement même de cette offensive.
En effet, les chefs militaires anglos-américains savent très
bien que les premières 48 heures d'Overlord seront décicives.
Il leur faudra débarquer très rapidement un maximum
d'unités, afin de résister aux probables contre-attaques
immédiates allemandes.
Pour
avoir le temps d'établir une tête de pont relativement
solide en Normandie, la Section de contrôle de Londres donne
le départ, quelques heures avant le Jour J, à une
série de manoeuvres indiquant qu'une attaque alliée
amphibie de grande envergure est en cours en face du Pas-de-Calais.
Les Allemands devront obligatoirement maintenir une force militaire
importante dans cette région, s'ils tombent dans le piège,
une force qui ne serait pas employée sur un autre zone d'opération,
comme en Normandie.
Les
bombardements aériens sont nettement plus intenses au nord
de la France, et particulièrement en face de Douvres, depuis
mai 1944. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, plusieurs milliers de
tonnes de bombes sont larguées par des bombardiers Alliés
dans la région du Pas-de-Calais. Les soldats allemands de
la XVème armée sont placés en alerte : leurs
généraux redoutent un débarquement allié
dans cette zone.
Pour
ajouter à la confusion, une escadre de petites embarcations
émettant de fausses communications radio quitte le 5 juin
1944 en soirée les ports du sud-est pour se diriger ensuite
vers le nord de la France. Les opérateurs de surveillance
allemands remarquent de larges échos sur leurs radar et donnent
l'alarme : pour l'Allemagne, le débarquement aura bien lieu,
il se fera au Pas-de-Calais.
Le
piège de l'opération Fortitude tendu par la section
de contrôle basée à Londres fonctionne à
merveille. Le Jour-J, perturbés par les nombreux rapports
contradictoires en provenance du Pas-de-Calais et de la Normandie
dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les Allemands considèrent
le débarquement sur les plages de Basse-Normandie comme une
diversion, tandis que le véritable débarquement aura
lieu dans le Pas-de-Calais.
Les
généraux allemands sont persuadés que le débarquement
en Normandie n'est qu'une simple diversion malgré les moyens
engagés. Ils choisissent de maintenir en alerte les 150000
hommes de la XVème armée dans le Pas-de-Calais et
décident de ne pas envoyer ces troupes combattre en Normandie.
L'opération Fortitude est une très grande réussite,
à un tel point que les Allemands n'engageront la XVème
armée qu'à partir de mois d'août 1944.
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