Libération de Montmartin-en-Graignes en 1944 – Bataille de Normandie

Montmartin-en-Graignes (Manche)

Les villes de Normandie pendant les combats de 1944

Libération : 15 juin 1944

Unités engagées :

Drapeau américain 175th Infantry Regiment, 29th Infantry Division

Drapeau américain 120th Infantry Regiment, 30th Infantry Division

Drapeau américain 743rd Tank Battalion, 30th Infantry Division

Drapeau américain 327th Glider Infantry Regiment, 101st Airborne Division

Drapeau nazi Grenadier-Regiment 914, 352. Infanterie-Division

Drapeau nazi Kampfgruppe Heinz, 275. Infanterie-Division

Historique :

Un mois avant le débarquement du 6 juin 1944, les Allemands ont finalisé la mise en place de piquets en bois (surnommées “asperges”) dans les champs situés aux abords de la commune de Montmartin-en-Graignes, conformément aux ordres du Generalfeldmarschall Erwin Rommel afin de lutter contre toute tentative d’assaut allié par planeurs. Le secteur est placé sous la responsabilité du Grenadier-Regiment 914 (352. Infanterie-Division) : les Allemands ont installé un canon antiaérien de 20 mm au nord de la commune qui vise à protéger le pont ferroviaire de la grève.

Dès le 8 juin, la commune de Montmartin-en-Graignes fait l’objet de bombardements de la part de l’artillerie alliée. Les combats se rapprochent et les Américains de la 29th Infantry Division cherchent à sécuriser les rives de la Vire, dont le cours d’eau sépare les deux départements de la Manche et du Calvados. Comprenant la manœuvre, les Allemands décident de neutraliser le poste antiaérien de la grève au lever du jour du 9 juin, mettant le feu aux munitions. Le même jour à 18h00, ils détruisent à l’explosif le pont ferroviaire.

Après s’être emparé de Neuilly-la-Forêt le 10 juin, le 175th Infantry Regiment (IR) du colonel Paul R. Goode prend la direction de la Vire à l’ouest et vise à se saisir des ponts sur le canal de la Vire et Taute, au sud-ouest de Montmartin, sur le flanc droit de la 29th Infantry Division. Cette action de flanc-garde doit assurer la protection de la division lors de sa progression en direction de Saint-Lô contre d’éventuelles intrusions allemandes depuis l’ouest. Ce secteur est particulièrement sensible dans la mesure où il s’agit de la frontière entre les zones d’action de Ve et VIIe corps américains : les Allemands ne doivent pas parvenir à s’infiltrer entre les deux unités pour ensuite réaliser des actions à revers.

Dès le 11 juin, des patrouilles du 175th IR sont lancées en direction des hameaux au nord du Montmartin (notamment La Surveillerie et L’Enauderie) mais sont repoussées en direction des Veys par des troupes allemandes fraîchement arrivées sur le front normand : les premiers renforts du Kampfgruppe Heinz (275. Infanterie-Division), en provenance de Bretagne, ont atteint Montmartin depuis la veille. Affamés, ils cherchent dans toutes les maisons du village de quoi se restaurer.

Le 12 juin, le 327th Glider Infantry Regiment (101st Airborne Division) en provenance de Saint-Hilaire-Petitville reçoit de la part du général Taylor la mission de sécuriser les points de passage sur le canal de la Vire et Taute, en atteignant notamment sur le léger mouvement de terrain au sud de Montmartin. Ce secteur est pourtant situé en dehors des limites géographiques initialement imposées à la division, étant dévolu au 5e corps américain. Le colonel Joseph H. Harper, commandant le 327th Glider Infantry Regiment (GIR), ordonne à ses hommes de débuter la progression, parallèlement à la route reliant Saint-Hilaire-Petitville à Saint-Jean-de-Daye : dans la matinée, les soldats aérotransportés débutent la reconnaissance de Montmartin par le nord-ouest, mais ils sont violemment pris à partie par les défenseurs allemands à hauteur de la voie ferrée. Les pertes sont particulièrement élevées dans les deux camps et l’attaque s’enraye. Le capitaine Ira E. Hamblin, commandant la compagnie E du 327th GIR, est tué lors des combats. Le Major Warren D. Stubblefield, Jr. (officier adjoint du 2e bataillon) et le lieutenant Willard C. Harrison (officier adjoint de la compagnie F) décèdent de leurs blessures. Peu avant la nuit, n’ayant pas suffisamment de comptes rendus exploitables de la part de ses subordonnés, Harper fait rompre le contact à son 1er bataillon et le repositionne aux abords du hameau de l’Enauderie. Le 2e bataillon est quant à lui arrêté à hauteur du lieu-dit Rouxeville, environ un kilomètre plus à l’ouest, mais plusieurs de ses soldats aérotransportés (à commencer par son chef, le colonel Thomas J. Rouzie) reçoivent l’ordre de continuer en direction de leur objectif, au sud de Montmartin-en-Graignes.

Simultanément, les compagnies C et E du 175th IR ont entamé la reconnaissance de Montmartin, cette fois depuis le nord-est, chacune d’entre elles étant renforcée par une section de mortiers de 81 mm et une section de mitrailleuses lourdes. Subissant également de lourdes pertes, les fantassins de la compagnie E rompent le contact et se replient en direction de Neuilly-la-Forêt. La compagnie C parvient quant à elle à traverser puis dépasser le village. Elle s’installe sur les hauteurs environnant le hameau de La Rayé qui offre des vues dans la profondeur au sud de Montmartin. L’abbé Louis Provost, témoin des combats, témoigne : “les blessés agonisent et sont achevés par les patrouilles allemandes. Quel fut le sort de la trentaine de prisonniers qui défilèrent, les mains sur la tête, tout le long du bourg, encadrés par les soldats boches ?” Arthur Marie, un civil normand de 25 ans habitant la commune, est tué par un tireur allemand lors des combats. Marcel Roger, 17 ans, meurt la nuit suivante dans les mêmes conditions.

Le général Bradley (commandant la 1st Army) prend conscience que la limite de zone d’action entre les Ve et VIIe corps américains doit être remaniée. Il fait diffuser une nouvelle répartition géographique des secteurs de responsabilité : la zone de Montmartin-en-Graignes bascule définitivement sous la coupe du Ve corps. En conséquence, les soldats aérotransportés s’alignent au nord de la ligne de chemin de fer. Pour le colonel Goode, la priorité de la fin de journée du 12 juin consiste désormais à renforcer la position de la compagnie C qui se retrouve isolée au sud de Montmartin. Il est d’autant plus inquiet que la compagnie C est accompagnée du Brigadier General Norman D. Cota, commandant en second de la 29th Infantry Division. Goode prend lui-même le commandement de l’élément de renfort (qui se compose de la compagnie G, renforcée par une section de mortiers et une section de mitrailleuses) et se met en route à 22h00. Les fantassins atteignent les rescapés de la compagnie C et le général Cota dans la nuit.

Le lendemain, 13 juin, le colonel Harper reçoit plusieurs informations contradictoires concernant Montmartin : l’état-major de la 101st Airborne Division l’informe qu’une division blindée allemande (équipée d’environ 150 chars) serait arrivée en renfort et pourrait éventuellement lancer une contre-offensive. Il apprend également que le général Cota serait dans la commune, mais n’ayant pas connaissance de la présence des compagnies C et G du 175th IR au sud du village, il estime que le général Cota est potentiellement fait prisonnier par les Allemands, ou qu’il y a été tué. Harper met aussitôt en alerte les artilleurs sous son commandement ainsi que les équipes d’appui feu naval qui l’accompagnent et demande un tir de neutralisation sur Montmartin-en-Graignes. Plusieurs obus de marine tirés par l’USS Texas s’abattent sur le village, sans toucher les positions américaines plus au sud. Pendant ce temps, les membres du 2e bataillon du 327th GIR aux ordres du colonel Rouzie ont atteint leur objectif et découvrent les soldats du 175th IR. Soldats aérotransportés et fantassins combattent ensemble face aux patrouilles allemandes. Ils ne se replient vers leurs lignes respectives qu’à compter de l’après-midi du 13 juin, retrouvant leur unité une fois la nuit tombée.

Le 14 juin, les forces américaines se réorganisent et engagent des unités “fraîches”, le choc de la première semaine du débarquement ayant fortement consommé le potentiel de combat allié. Dans l’après-midi, le 327th GIR laisse la place au 120th Infantry Regiment (30th Infantry Division), qui doit réaliser son baptême du feu en relançant son action en direction de Saint-Jean-de-Daye. Le 2e bataillon commandé par le lieutenant-colonel Bradford est chargé de s’emparer de Montmartin, appuyé par le 1er bataillon ainsi que les artilleurs du 230th Field Artillery Battalion. Le 15 juin, à compter de quatre heures trente du matin, les Américains débutent la préparation d’artillerie qui touche sévèrement le village. L’abbé Provost décrit la situation : “On se rend compte que ce jour va être celui de la décision. Le bourg et ses abords sont littéralement arrosés par l’artillerie américaine. Ce sont des obus fusants, des percutants de gros calibre, lancés par les cuirassés qui se trouvaient dans la baie des Veys, des torpilles aériennes, des bombes, rien n’y manque. Les boches se taisent. Nichés avec leurs mitrailleuses dans des trous, ils tiendront jusqu’au moment de l’arrivée des chars américains.” Les bombardements occasionnent d’importants incendies qui noircissent le ciel de fumée.

A compter de 08h00, la compagnie E du 120th IR débute son assaut en direction du hameau de L’Enauderie, appuyée par les chars du 743rd Tank Battalion. Les Allemands y opposent une farouche résistance, s’appuyant sur des nids de mitrailleuses qu’ils ont eu le temps de valoriser, mais ils ne peuvent lutter contre les obus de 75 mm des M4 Sherman et sont obligés de rompre le contact. La compagnie G progresse sur le flanc droit du bataillon et reconnait le bocage normand vers le sud, rencontrant également une vive résistance allemande aux abords du hameau Déville, étant pris sous les tirs des mitrailleuses et de l’artillerie. Le 3e bataillon, sur le flanc droit du régiment, reconnait quant à lui l’axe Saint-Hilaire-Petitville – Saint-Jean-de-Daye qui est miné, l’obligeant à ralentir sa progression. Jugeant que l’élan de son bataillon se brisait peu à peu, le lieutenant-colonel Bradford décide d’engager sa compagnie de réserve, la compagnie F. Cette dernière traverse la ligne de chemin de fer et s’infiltre par l’ouest, atteignant les tranchées allemandes de Montmartin puis le centre du village à compter de 12h35. Sept chars M4 Sherman et un Sherman Bulldozer appuie les fantassins de près. L’abbé Provost se souvient : “Enfin, les bombardements diminuent progressivement. Les sentinelles ennemies ont disparu les unes après les autres. On entend le mouvement sourd de puissants moteurs. Un char imposant s’avance… Il n’y a pas d’hésitation. Ce sont les Libérateurs ! Dieu soit béni ! Vive l’Amérique ! Vive la France !

Le colonel Hammond Birks, commandant le 120th IR, installe son poste de commandement dans l’école du village qui continue d’être pris pour cible, cette fois par l’artillerie allemande depuis le sud du canal de Vire et Taute. Le 2e bataillon poursuit son offensive jusqu’aux rives de la Vire qu’il atteint vers 22 heures. Le 3e bataillon atteint le lieu-dit de La Comté (hameau de Briseval) à 17h20 après d’importants combats qui se prolongent jusqu’à 19h00, et s’y installe avant l’obscurité. Le 1er bataillon, élément réservé, reçoit l’ordre de s’infiltrer entre les 2e et 3e bataillons pour se positionner face à La Rayé.

Aux premières heures du 16 juin, plusieurs patrouilles américaines sont envoyées de nuit jusqu’au canal de la Vire et Taute, et le hameau de La Rayé est finalement sous contrôle de la compagnie F (commandée par le capitaine Reynold C. Erickson) vers 10h00. En fin de journée, les ponts permettant de franchir le canal sont sous contrôle américain et les tentatives de contre-attaques allemandes sont repoussée par l’artillerie.

Les Allemands tiennent leurs positions défensives au sud du canal jusqu’au 6 juillet 1944, date de la reprise de l’offensive américaine vers le sud. Plusieurs tentatives de franchissement du canal par le 2e bataillon du 120th IR avortent, notamment le 17 juin. Le village de Montmartin-en-Graignes demeure à portée de l’artillerie allemande durant toute cette période, qui continue de dévaster les bâtiments. Au total, 8 habitants de la commune et 400 têtes de bétail sont tués durant la libération, 35 maisons détruites et 137 civils doivent être relogés.

Photos de Montmartin-en-Graignes

Carte de Montmartin-en-Graignes :