Histoires de Sicile, Husky juillet 1943

Le front de l'Ouest ne se limite pas à la bataille de Normandie : discutez ici des autres grandes batailles !
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Gennaker
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Histoires de Sicile, Husky juillet 1943

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Big Rodgers en promenade dans les vignes

C/504 a sauté sur la Sicile dans le cadre de l'opération Husky la nuit du 10 au 11 juillet 1943. Petit récit haut en couleur de Sergeant Ross Carter, squad leader, First platooon.

"J"ai atterri dans les vignes. Etourdi et le souffle court, je suis resté étendu totalement emmêlé dans mon parachute et mon équipement, m'attendant à voir surgir l'infanterie allemande à tout instant. J'ai assemblé mon M1 et me suis relevé. A une dizaine de mètres de moi, deux traits rouges de balles traçantes montèrent vers le ciel depuis un mur de pierre haut de près de trois mètres.
La guerre était pour moi une nouveauté et à aucun moment je n'ai réalisé que ces balles étaient rouges alors que les allemands utilisaient des traçantes argentées. Grenade en main, je me glissai silencieusement vers le mur. La mitrailleuse se tut et j'entendis alors : "Ben mon pote, on leur en a mis plein la gueule à ces bâtards de nazis!" Je réalisai alors que nos propres hommes nous avaient tiré dessus, et que j'étais sur le point de tuer des gars à nous...
C'est à ce moment que Big Rodgers arriva, arpentant tranquillement les rangées de vignes, cueillant des grappes dont il avalait goulûment les raisins et recrachait les pépins, aussi calmement que s'il se fut trouvé chez lui à Andalusia, Alabama, dégustant une pastèque par un bel après midi d'été.
"Tu sais Ross" dit il de sa voix posée teintée d'accent du Sud. "on aurait pu avoir une belle cérémonie religieuse en notre honneur là bas chez nous à la maison, et on n'en aurait jamais rien sû. Cela m'aurait bien embêté de me faire descendre là haut dans les airs sans avoir la moindre chance de me défendre. Bien sûr, c'est juste entre nous Ross, mais je crois que nos propres gars se sont un peu mélangés les pédales et nous ont tiré dessus. Qu'en penses tu? J'ai récité une petit prière pour nous dans les vignes à bas. Je sais que toi et les copains n'y croyez pas trop, mais je me sens mieux pour combattre après une petite prière. "
Calme, pondéré, discret, Big Rogers fumait peu, ne buvait et ne jurait jamais. il était toujours volontaire pour les tâches les plus désagréables ou pour les patrouilles les plus dangereuses. Quand on lui demandait d'effectuer une mission à haut risque, il prenait un petit air réfléchi et disait ; "OK, j'y vais." Il ne livrait jamais de jugement hâtif sur quel que sujet que ce soit mais ne parlait qu'après avoir mûrement pensé sa réponse.
T. L. "Big" Rogers, ancien champion de boxe, ne se querellait jamais ni ne jouait les gros bras, mais si on le cherchait, il donnait à son adversaire une leçon dont on se souvenait. A l'entraînement, il donnait l'impression de maladresse mais au combat, son professionnalisme était devenu légendaire au sein de la Légion (Surnom que les GI's donnait au 504 PIR ndlr). Je pourrais écrire un livre sur cet homme profondément et sincèrement religieux, et dont l'héroisme a sauvé maintes fois la vie de nombre d'entre nous, et que nous respections plus que n'importe quel autre soldat.

Nous sommes restés cachés derrière un mur de pierre, écoutant et observant durant de longues minutes. Puis nous avons rampé le long de ce mur jusqu'à ce que nous entendîmes des voix venant d'une étable. T.L. a sorti une grenade et s'est avancé pendant que je le couvrais de ma Thompson. Soudain, j'entendis une phrase ressemblant à "Pausiren sie?" T.L. me regardait fixement. J'ai hoché la tête comme pour dire "va z'y! balance!" Il arma son bras comme pour jeter sa grenade quand tout à coup retentit : "Poughkeepsie? Putain! mais bien sûr que c'est sur New York Central!"
"C'est Gruening" murmura T.L. d'un air sérieux "Ross, J'ai failli le tuer et le mec qui est avec lui!!" "Là où il y a Gruening, Duquesne n'est pas loin..." dis je. "Ouais mais dans l'ancienne armée mon cher Gruening...... " c'était la voix de Duquesne, l'ancien bûcheron qui chahutait son pote Gruening. "Une belle paire de rigolos" les interrompis je. "Qui se disputent à propos du New york Central et qui laissent n'importe qui s'approcher suffisamment pour vous descendre à la grenade! vous mériteriez la cour martiale. Poughkeepsie sonne comme "pausieren sie" et on a pensé que vous étiez allemands. Une seconde de plus et TL vous mettais en purée. "Et voilà, Gruening" éclata Duquesne. "je disais bien que New York Central, c'était de la merde! Tu vois! cela a failli nous tuer tous les deux...."
"Devils in baggy pants", Ross Carter

Après la Sicile et la terrible campagne d'Italie au sein de C/504, TL Rodgers s'est porté volontaire pour les pathfinders. Il a sauté avec le stick de 3/507, armé d'un BAR à canon scié, (C-47 #42-108884 - Chalk #13 - Serial 6 - 507 PIR 3rd Bn.) et s'est fait tué le 13 juin quelque part du côté de ste Mère Eglise, après avoir livré "one hell of a fight", crédité d'avoir descendu une vingtaine d'ennemis.



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Gennaker
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LT Col Charles Wilmarth Kouns (West point 1939)commande le 3ème bataillon du 504 PIR le 9 juillet 1943. C'est son bataillon qui est associé au 505th PIR avec le 456th PFAB en support, pour être largué sur la Sicile lors de l'opération Husky. Kouns est largué loin de sa DZ. Il arpente la campagne Sicilienne près de Niscemi le 10 juillet en compagnie d'un Lieutenant Ott et de 9 hommes. Il tombe nez à nez avec des éléments de la Hermann Goering Panzer Division. A coups de bazookas, ce petit groupe d'hommes détruit deux chars légers et trois camions, tuant un petit groupe d'officiers allemands et une quarantaine de soldats. Poursuivis dans les vignes durant trois jours, le petit groupe de troopers se réfugient dans une maison. Encerclés par des forces italiennes et allemandes, Kouns décide de se rendre. Il est envoyé dans un camp de prisoniers Italien près de Capua en Italie. Le 27 aout 43, il est envoyé à Chiete où il demeure jusqu'au 2 octobre. Durant tout ce temps, il est durement interrogé par les allemands. Le 3 octobre, on le met dans un train en partance pour l'Allemangne. Il saute du train et s'échappe. Il est capturé à Riva après 9 jours de cavale durant les quels les populations italiennes le cachent et le nourrissent. Les allemands l'envoient à Moosburg, en Allemagne où il est enfermé au secret. Après 20 jours en cellule, on l'envoie à Luckenwalde. Bis repetitas, il s'échappe à nouveau près de Munich. Ne pouvant obrtenir d'aide de la population, il est repris et envoyé à l'Oflag 64 près d'Altburgund (pologne actuelle). Il retrouve dans cet Oflag Doyle Yardley, éphémère CO du 509 PIB, blessé et fait prisonnier lors du saut de septembre 43 près d'Avellino.
Quand le 3/504 quitte le 505 PRCT et repasse sous commandement du 504 le 13 juillet 43, il ne compte que 59 hommes, et a perdu, en plus de son CO Charles Kouns, tous ses commandants de compagnies et tous ses sergents à l'exception d'un seul! Les troopers mettront plus de 10 jours à rejoindre leur bataillon.
Bob Capa n'a pas été autorisé à effectuer le vol vers la Sicile (Il n'était pas encore citoyen américain..) ; il a néanmoins été autorisé à shooter l'intérieur de l'avion avant le décollage :
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Gennaker
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James M Gavin, alors colonel, saute dans la nuit du 9 au 10 juillet à la tête du 5O5 Parachute Regimental Combat Team, prélude à l'assaut allié du lendemain sur la Sicile. Après un vol sans aide extérieure à la navigation, dans un fort vent d'ouest, il est largué très loin de ses objectifs. Il atterit dans un champs d'oliviers, et réunit immédiatement autour de lui son S-1 (personnel), le fidèle capitaine Al Ireland, et son S-3 (planification), futur CO du 2/505, le Major Benjamin Hayes "Vandy" Vandervoort, ainsi que 3 troopers. Gavin est furieux ; pour son premier saut de combat, il est totalement perdu, pas du tout certain d'être en Sicile!. Au bout d'une heure de marche à travers champs et en direction des coups de feu sporadiques entendus dans l'ouest, il a rameuté une vingtaine de troopers autour de lui. Ce petit groupe progresse sous la lune le long des champs d'oliviers, à l'abri d'un petit mur de pierres. Gavin est en tête. Il s'immobilise soudain et indique d'un geste à ses hommes de s'abriter derrière le mur. Une silhouette solitaire vient d'apparaitre au bout du chemin, marchant les mains dans les poches dans leur direction. Gavin croit reconnaitre dans le le sifflement débonnaire l'air de "O sole mio!". Il braque son M1 carbine et dans son meilleur italien crie "Alto". L'homme s'immobilise. Il est vite entouré des troopers menaçants. Vandervoort se précipite, .45 et jump knife au poing ; "Je vais lui faire son affaire!". "Non!" crie Gavin ; "Trainez le à l'abri et je vais l'interroger". L'homme est tout simplement pétrifié. Aux questions de Gavin "Dove Salerno? Dove Siracusa?" il répond en roulant des yeux effarés. Il regarde avec épouvante Vandervoort qui brandit sous la lune l'éclat menaçant de son M3. Gavin comprend qu'il n'en tirera rien. Il sait que Vandervoort a suivi les cours de la "Intelligence section" ; il doit savoir s'occuper d'un prisonnier : lui prendre sa ceinture et lui couper les boutons de sa braguette pour l'obliger à tenir son pantalon et lui enlever les idées de fuite. L'homme est au comble de l'épouvante et murmure en boucle "mamma mia mamma mia...!". les allemands ont martelé dans l'esprit des italiens que les parachutistes américains étaient tous des repris de justice sanguinaires. Gavin le sait et a toujours désapprouvé les crânes rasés dans son unité, pratique qui accrédite les thèses allemandes auprès des populations. Vandervoort attrappe la ceinture du soldat italien et la jette au sol. Il pointe ensuite son couteau vers la braguette de notre Signore. Celui ci pousse alors un hurlement "qu'on a sûrement entendu jusqu'à Washington" dira Gavin. Croyant à une tentative de castration, il attrape à pleine main la lame aiguisée de Vandy et se jette au sol ; "Une seconde il était au milieu de nous, la seconde suivante, il détalait comme un lapin au milieu du chemin" racontera Gavin! "J'étais fou furieux!" Gavin a passé un savon sévère à Vandervoort, et le petit groupe a repris son chemin, sans savoir s'il était en Sicile, en Italie ou dans les Balkans...



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Gennaker
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James M Gavin, alors colonel, saute dans la nuit du 9 au 10 juillet à la tête du 5O5 Parachute Regimental Combat Team, prélude à l'assaut allié du lendemain sur la Sicile. Après un vol sans aide extérieure à la navigation, dans un fort vent d'ouest, il est largué très loin de ses objectifs. Il atterit dans un champs d'oliviers, et réunit immédiatement autour de lui son S-1 (personnel), le fidèle capitaine Al Ireland, et son S-3 (planification), futur CO du 2/505, le Major Benjamin Hayes "Vandy" Vandervoort, ainsi que 3 troopers. Gavin est furieux ; pour son premier saut de combat, il est totalement perdu, pas du tout certain d'être en Sicile!. Au bout d'une heure de marche à travers champs et en direction des coups de feu sporadiques entendus dans l'ouest, il a rameuté une vingtaine de troopers autour de lui. Ce petit groupe progresse sous la lune le long des champs d'oliviers, à l'abri d'un petit mur de pierres. Gavin est en tête. Il s'immobilise soudain et indique d'un geste à ses hommes de s'abriter derrière le mur. Une silhouette solitaire vient d'apparaitre au bout du chemin, marchant les mains dans les poches dans leur direction. Gavin croit reconnaitre dans le le sifflement débonnaire l'air de "O sole mio!". Il braque son M1 carbine et dans son meilleur italien crie "Alto". L'homme s'immobilise. Il est vite entouré des troopers menaçants. Vandervoort se précipite, .45 et jump knife au poing ; "Je vais lui faire son affaire!". "Non!" crie Gavin ; "Trainez le à l'abri et je vais l'interroger". L'homme est tout simplement pétrifié. Aux questions de Gavin "Dove Salerno? Dove Siracusa?" il répond en roulant des yeux effarés. Il regarde avec épouvante Vandervoort qui brandit sous la lune l'éclat menaçant de son M3. Gavin comprend qu'il n'en tirera rien. Il sait que Vandervoort a suivi les cours de la "Intelligence section" ; il doit savoir s'occuper d'un prisonnier : lui prendre sa ceinture et lui couper les boutons de sa braguette pour l'obliger à tenir son pantalon et lui enlever les idées de fuite. L'homme est au comble de l'épouvante et murmure en boucle "mamma mia mamma mia...!". les allemands ont martelé dans l'esprit des italiens que les parachutistes américains étaient tous des repris de justice sanguinaires. Gavin le sait et a toujours désapprouvé les crânes rasés dans son unité, pratique qui accrédite les thèses allemandes auprès des populations. Vandervoort attrappe la ceinture du soldat italien et la jette au sol. Il pointe ensuite son couteau vers la braguette de notre Signore. Celui ci pousse alors un hurlement "qu'on a sûrement entendu jusqu'à Washington" dira Gavin. Croyant à une tentative de castration, il attrape à pleine main la lame aiguisée de Vandy et se jette au sol ; "Une seconde il était au milieu de nous, la seconde suivante, il détalait comme un lapin au milieu du chemin" racontera Gavin! "J'étais fou furieux!" Gavin a passé un savon sévère à Vandervoort, et le petit groupe a repris son chemin, sans savoir s'il était en Sicile, en Italie ou dans les Balkans...
Vandy en Sicile...
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Dès sa formation en juillet 1942 et sous l'impulsion de son jeune CO le Colonel Gavin, le 505 Parachute Infantry se dote d'un encadrement de médecins et chirurgiens de haut niveau pour encadrer leurs medics.

Le régiment quitte les USA pour Casablanca fin avril 1943 avec pour cadres médicaux le Captain Lewis A "Lew" Smith comme Régimental surgeon, captain Robert Franco, assistant regimental surgeon, Carl R Comstock, 1st battalion surgeon, Gordon C Stenhouse, Assistant Battalion surgeon, Lester Stein, 2nd battalion surgeon, Kurt B Klee, assistant. Daniel B MacIlvoy, 3rd Batalion surgeon, Lee F Scarborough, assistant.
Par ailleurs, le régiment est parti pour l'Afrique du Nord avec deux dentistes, les Lt Alexander P Suer et Domat L Savoie.

A l'instar des medics qui accompagnent chaque platoon, ces médecins évolueront souvent en première ligne. Mc Ilvoy lui même sera blessé dès la Sicile quand le camion italien chargé de blessés qu'il conduisait sera pris pour cible par un Tigre.

Lester Stein survivra près de la Volturno en Italie à l'explosion de sa jeep sur une mine.

Le dentiste Al "Pete" Suer restera parmi les plus célèbres. Après avoir échappé aux patrouilles italiennes en compagnie de Dean L. Garber, il trouva le Colonel Gavin près de la crête de Biazzo et se mit à rassembler les blessés et à les conduire à une infirmerie de campagne dirigée par le Cpt. Daniel McIlvoy, chirurgien du 3° bataillon.
McIlvoy fut blessé superficiellement lorsque son ambulance, un camion italien capturé, fut détruite par un char allemand Tigre alors qu’il collectait des victimes des premiers combats. Le second jour, le poste de secours regroupa bientôt 45 morts et 150 blessés qui devaient être évacués. A.P. Suer emprunta une ambulance à la 45° division d’infanterie et fit de nombreux voyages vers la côte pour confier les blessés aux médecins de la Navy et les faire embarquer vers un navire-hôpital ancré au large. Il se retrouva au centre d’une fusillade entre les Allemands et ses propres frères d’arme, et aperçut plusieurs blessés des deux camps. Sans prêter attention au violent combat, il n’hésita pas et, brandissant un drapeau de la Croix-Rouge, se rendit auprès d’eux afin de les évacuer tous vers une zone non exposée, sans être lui-même atteint par les balles amies ou ennemies.
Son image a été immortalisée par Linzee Prescott (ci dessous) ; on y voit Suer à bord d'une jeep "empruntée" à la 45th ID et qui fonce sous les balles, drapeaux ce la Croix Rouge à la main pour ramasser les blessés des deux camps du champs de bataille.
Amputé des deux jambes après avoir été grièvement blessé le 23 décembre 44 en portant secours à des GIs', il meurt aux USA d'une embolie pulmonaire en février 45. Il avait 28 ans.

Pete Suer vu par Linzee...
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Suer à gauche et Mc Illvoy à Ste Mère le 9 juin 44
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