Témoignage de René Marc - Forces Navales Françaises Libres

Dans cette rubrique, vous pourrez vous lancer à la recherche d'adresses de vétérans du Jour J et de la Bataille de Normandie, partager vos connaissances, vos relations avec nos héros de la Seconde Guerre Mondiale.
Marc Laurenceau
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Témoignage de René Marc - Forces Navales Françaises Libres

Message non lu par Marc Laurenceau » 12 mai, 08:28

Source : Ouest-France
Date : 09/05/2016
Auteur : Jérôme Bezannier
Lien : http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-l ... rc-4217820

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Homme d'esprit, René Marc est né en Eure-et-Loir en 1920. Aujourd'hui à Saint-Mars, il a servi pour la Marine nationale pendant la Seconde Guerre mondiale.

1939-1945

« Comme Aristide Briand, mon père était partisan d'une Europe réconciliée. Il n'admettait pas l'idée qu'on puisse faire la guerre. Son fils, moi en l'occurrence, a bien été obligé de la faire.

39-45, je l'ai vécue de A à Z. Au moment où elle a été déclarée, on a embarqué l'or de la Banque de France à Brest pour l'emmener à Dakar (Sénégal).

J'évite de parler de la guerre parce qu'il y a des « spectacles » qui ne résonnent pas bien dans ma tête. Si j'ai quelques bons souvenirs en escale, j'en ai beaucoup moins lors des débarquements.
Voir tous ces types se faire massacrer avant d'avoir touché terre, voir tous ces corps flotter et joncher la mer n'est pas ragoûtant. J'ai fait la guerre d'un côté, de l'autre, il y avait des ennemis.
Quand j'y repense, ils avaient, eux aussi, une femme, un enfant, une mère... J'ai combattu Hitler, combattu le fascisme, mais je me demande pourquoi on a tué de pauvres gens. »

Septembre 1940

« J'ai participé à la bataille de Dakar contre les forces britanniques et les forces navales françaises libres. Je me souviens d'un vieil amiral, Émile Lacroix. L'équipage l'appelait « Mimil » : il roulait ses cigarettes alors que le combat état engagé contre les Anglais qui voulaient nous déloger de là. Il disait : « Bande de cons ! Savent pas tirer ! »
Aujourd'hui, je suis en train d'écrire tout cela pour ma descendance et pour qu'il en reste quelque chose. Toutes mes notes sont dans un cahier. J'en ai noirci quelques pages. »

6 juin 1944

« J'étais à bord du Montcalm (lire ci-contre). Les Américains nous ont contactés car ils avaient besoin d'aide : les tanks allemands revenaient vers la pointe du Hoc. À bord du Montcalm, les tourelles triples étaient munies de canons de 152 mm. Les obus étaient réglés à des distances différentes pour les faire éclater là où on le voulait et pour « arroser » le plus loin possible. On a débarqué à Port-en-Bessin (Calvados) à 6 h du matin : on n'avait pas le droit de tirer avant. Alors qu'on visait une batterie qu'il fallait démantibuler, j'ai vu un gros truc tomber à la mer. Est-ce que c'était un morceau de falaise ou un tank allemand ? Je ne sais pas. Depuis, invité chaque année, je suis comme un citoyen admis par les habitants de Port-en-Bessin. »

8 mai 1945

« Je fais partie de l'Union nationale des Anciens combattants UNC-AFN de Saint-Mars-du-Désert. Je participerai à la cérémonie commémorative ce dimanche. À Saint-Mars, je suis le dernier survivant de la guerre 39-45. Ailleurs, il n'en reste plus beaucoup non plus. Le 8 mai 1945, j'étais en mer à bord du torpilleur Basque. On venait de la pointe de Grave (Gironde) et on nous a annoncé que l'Armistice avait été signé. On l'a fêté à l'Île d'Yeu en dansant. On a même dormi sur des bateaux de pêche parce qu'il n'était pas possible de regagner notre bâtiment. Je me souviendrai toujours de cette date-là, toujours voulant peut-être dire « pendant encore quelques années »... »

Noël 1945

« Je n'ai pas eu de nouvelles des miens (qui habitaient près de Chartres), pendant trois ans et demi. Ma mère ne savait pas si j'étais toujours vivant. Fin décembre 1945, je suis parti de Toulon avec tout ce que j'avais acheté en Angleterre, en Sierra Leone et aux États-Unis : soit au moins 70 kg de camelote à trimballer. J'ai dû faire des bonds à pied entre les gares parce que des ponts avaient sauté. À Maintenon (Eure-et-Loir), il faisait nuit : le chef de gare m'a attendu avant de faire démarrer le train car j'étais à la traîne à cause de mon barda. Quand je suis arrivé chez moi, mon père était parti ramasser des pommes mais mon oncle était là. Il a monté sept marches jusqu'à la cuisine. Ma mère était assise, l'émotion a été forte. Mon père est arrivé après, la cigarette au bec. Quand il m'a aperçu, son mégot est tombé par terre comme le sac de pommes qu'il portait à l'épaule. »


Marc Laurenceau
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