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La
Normandie a été le théâtre de furieux
combats plusieurs semaines encore après le 6 juin 1944. Après
la bataille des plages débute ce que les historiens appellent
communément aujourd'hui la "guerre des haies" en
référence à la nature particulière du
terrain sur lequel vont évoluer les forces belligérantes.
La guerre des haies, également connue sous le nom de "bataille
du bocage", a débuté dès le lendemain
du Jour J et s'est achevée à la fin du mois d'août
1944, lorsque les troupes alliées ont fini de libérer
la plus grande partie de l'actuelle Basse-Normandie. Pratiquement
deux mois de combats meurtriers et acharnés qui ont mis les
hommes à rudes épreuves. Quelles sont les spécificités
du combat dans le bocage normand ? Révélatrice de
nombreux enseignements tactiques et techniques pour les militaires
encore à l'heure actuelle, la bataille des haies mérite
une étude précise, qui mêle des domaines tels
que la géographie, la tactique ou encore l'armement.
Les
haies en 1944
La
nature même des haies en 1944 n'est pas la même qu'aujourd'hui,
sur un plan physiologique autant qu'utilitaire. Au moment du débarquement
de Normandie, les haies sont en moyenne hautes de cinq mètres,
une taille moins élevée qu'aujourd'hui. Particulièrement
bien entretenues, elles possèdent un rôle économique
prépondérant dans la région, qui a largement
disparu de nos jours.
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Vue
aérienne du bocage normand en 1944. |
En
effet, si les haies servent à délimiter les propriétés
et retiennent l'écoulement des eaux, elles servent également
à garder les vaches ou encore les chevaux. Apportant des
compléments de nourriture non-négligeables grâce
à la présence de nombreux pommiers et poiriers dans
la région (qui permettent également de produire des
alcools traditionnels comme le cidre, le poiré, le pommeau
ou encore le calvados) qui sont soit situés au sein même
des haies soit dans les vergers qu'elles entourent, cette masse
végétale bordées le plus souvent d'orties et
de ronces est également une source de bois servant au chauffage.
Difficilement
franchissable de part la structure tortueuse des végétaux
la formant, la haie est en 1944 en phase avec l'agriculture traditionnelle
normande. Très largement répandue et faisant partie
du paysage, elle a influencé les tactiques des combattants
pendant toute la durée de la bataille de Normandie.
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Vue
contemporaine d'un chemin dans le bocage normand. |
L'intérêt
tactique des haies
La
structure et l'agencement des haies en Normandie sont particulièrement
défavorables aux assaillants.
Un chef de section doit être capable de réaliser trois
points : voir, tirer, manoeuvrer. Mais dans le cadre d'une offensive
pendant la bataille des haies, les assaillants ne pouvaient que
très rarement posséder des vues sur l'ensemble du
terrain, les haies cachaient également les lignes de tir
tandis que leur caractère infranchissable gênait considérablement
les mouvements des sections et des groupes de combat.
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Grenadiers
allemands de la Hitlerjugend, 12ème SS Panzerdivision,
près de la ville de Verson. |
A
l'inverse, le soldat en position défensive est en situation
de force s'il a bien pris en compte les caractéristiques
du terrain. Les Allemands connaissent le bocage normand dans la
mesure où celui-ci est occupé depuis près de
quatre ans. Les manoeuvres se sont multipliées en Normandie
et les enseignements pour la Wehrmacht et les divisions blindées
sont légions. Les soldats aussi bien que les chefs de char
apprennent à tirer profit du terrain, à camoufler
le mieux possible leurs positions. D'une part ils font inonder une
grande partie des terres au sud et au sud-ouest de la baie des Veys,
d'autre part ils évitent judicieusement de toucher aux haies
qui forment une muraille naturelle. Seules les haies à proximité
immédiate de points d'appuis fixes sont coupées pour
des raisons évidentes d'observation et de capacité
d'ouverture du feu.
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Soldats
allemands en position avec une mitrailleuse MG 42 dans le
bois de Bavent. |
Si,
comme nous l'avons vu, un chef de section doit être capable
de voir, tirer et manoeuvrer, pratiquement seule la défense
en est capable. Elle peut référencer, avant la bataille,
les meilleurs postes d'observation, les meilleures positions de
tir capables de fixer et de détruire au mieux l'ennemi et
elle peut déjà jalonner d'éventuels chemins
de replis pour manoeuvrer le plus rapidement et le plus efficacement
possible. De nombreux postes d'observations, parfois bétonnés
tels les tobrouks, étaient munis avant les combats des coordonnées
des lieux à proximité que l'ennemi serait susceptible
d'emprunter. Il suffisait simplement de transmettre ces coordonnées
à la batterie d'artillerie la plus proche pour stopper la
progression ennemie, et ceci dans un délai particulièrement
rapide.
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Le
28 juin, un tireur isolé de la "Hitlerjugend"
est emmené par des soldats de la 49e D.I. britannique. |
Pour
l'assaillant, en revanche, c'est tout l'inverse. Ne connaissant
pas son terrain, il doit progresser d'un compartiment de terrain
à l'autre, et chaque haie est une forteresse qu'il faut faire
tomber. Les vues sont très limitées et les appuis
directs d'infanterie sont par conséquents rendus difficiles.
Si la portée de certaines armes alliées est de plusieurs
centaines de mètres, le bocage réduit considérablement
cette distance. Enfin, la manoeuvre, de part la structure même
des haies, est extrêmement difficile pour celui qui ne connait
pas les détails du terrain, les possibilités d'entrée
et de sortie de chaque champ ou de chaque verger. La haie demeure
toutefois une protection non-négligeable contre les armes
légères d'infanterie, pour l'assaillant comme pour
le défenseur.
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Soldat
américain mettant en action sa grenade à fusil. |
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de page |
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La
guerre des haies
La
guerre des haies commence à proprement parler aux premières
heures du 6 juin 1944 : les parachutistes américains et anglo-canadiens
ainsi que les troupes débarquées sont immédiatement
confrontés à cette végétation. Les planeurs
alliés, chargés d'hommes et de matériel (munitions,
petits véhicules, armes lourdes) heurtent les haies de la
même manière qu'une voiture lancée à
pleine vitesse heurte un mur : les pertes sont inquiétantes,
les dégâts matériels le sont également.
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Un
planeur s'est écrasé. 8 soldats américains
ont été tués au moment du crash. |
Dans
la journée du 6 juin 1944, les batteries mobiles d'artillerie
allemandes utilisent les haies pour accomplir leur mission tout
en se camouflant des vues de l'aviation ennemie qui pourrait soit
les détruire, soit définir leur position et guider
les tirs de l'artillerie embarquée sur les bâtiments
de guerre dans la baie de Seine. C'est notamment le cas de la batterie
allemande installée à Brécourt près
de Sainte-Marie-du-Mont (Utah Beach).
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Le
26 juin, des soldats britanniques observent le centre-ville
de Saint-Manvieu. |
La
fin de la guerre des plages laisse directement la place à
la guerre des haies. Ce sont les Américains qui ont été
majoritairement confrontés à ce type de combat, car
dans la région de Caen (où les Anglo-Canadiens ont
progressé) le terrain est essentiellement composé
de vastes plaines, propices aux combats de blindés. A l'ouest,
en revanche, le Cotentin est très largement compartimenté
en petits vergers ou champs cultivés bordés de haies
(remarquons également qu'à l'époque, la culture
du maïs n'a pas l'importance qu'on lui donne aujourd'hui en
Normandie). C'est ce que les géographes appellent véritablement
le bocage normand. Les soldats anglo-canadiens ont cependant également
rencontré ce type de végétation, mais de manière
moins récurrente que pour les Américains.
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26
juin, durant l'opération Epsom, les Britanniques sont
en action. |
L'objectif des Américains étant de couper le Cotentin en deux
afin d'empêcher les Allemands de ravitailler et de renforcer
Cherbourg et son fameux port en eau profonde, le 5e corps du général
Collins fonce littéralement à travers le bocage pour
rallier la côte ouest de la presqu'île. La progression,
volontairement accélérée, sera à l'origine
de bien des pertes parmi les troupes américaines souvent
prises à partie par des tireurs isolés ou des positions
d'artillerie allemandes. Des carrefours ou des ponts sont franchis
à toute vitesse et lorsque l'effet de surprise ne fonctionne
pas, les Allemands mettent un coup d'arrêt aux forces débarquées
en utilisant au mieux les haies.
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Soldats
américains lors des combats autour de Saint-Lô. |
L'aviation
a joué un rôle central pendant toute la durée
de la campagne de Normandie. Non seulement elle offrait un appui des troupes au sol, mais elle permettait également
de déloger les troupes ennemies de leurs caches ou encore
d'assurer la préparation d'offensives par le biais de vastes
bombardements, le plus souvent concentrés dans l'espace et
dans le temps. L'exemple le plus frappant est l'opération
Cobra, qui a vu la réalisation d'un intense bombardement
visant à ouvrir des passages entre les lignes allemandes
pour percer le front en direction de la Bretagne. Le 25 juillet
1944, les Américains appliquent la stratégie du carpet
bombing : le tapis de bombes. 1500 bombardiers de type B-17
et B-25
larguent près de 3300 tonnes de bombes entre Montreuil et
Hébécrevon au nord-ouest de Saint-Lô. Mais du
fait des mauvaises conditions atmosphériques et de la proximité
des forces amies, plusieurs dizaines de soldats
américains sont tués lors des bombardements : on dénombre 111
morts et près de 500 blessés.
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Un
char Sherman doté du dispositif de coupe "Rhinocéros"
facilitant le franchissement des haies. |
Les
Alliés doivent faire preuve d'ingéniosité pour
mener à bien leurs actions tout en étant un minimum
contraint par le terrain. Pour ce faire, ils renforcent les moyens
en transmissions reliant le combattant et l'appui artillerie ou encore
mettent au point des équipements adaptés au bocage
normand, comme par exemple le Sherman Rhinocéros, doté
de lames qui lui permettent de franchir plus facilement les haies
(cf. photo ci-dessus). Cette invention a permis l'emploi des chars
pendant la progression à travers les différents compartiments
de terrain, ce qui était difficilement réalisable
sans risquer la perte prématurée de ces engins (les
embuscades permettant aux Allemands d'attaquer au plus près
et donc très efficacement les blindés alliés).
Conclusion
Cette
étude de la guerre des haies en Normandie a montré
la particularité du combat dans le bocage et l'ascendant
tactique de la défense sur l'attaque. La puissance militaire
alliée est venue à bout de son adversaire mais au
prix de pertes élevées et d'un retard important par
rapport aux prévisions. Ces combats ont montré l'importance
des armes d'appui (artillerie terrestre et embarquée, aviation)
qui ont su généralement dégager les troupes
d'assaut de situations bien délicates.
Les
Allemands ont joué la carte de l'usure par la prolongation
du conflit : ne pouvant pas résister à la machine
de guerre alliée, leurs actions ont retardé l'avancée
des troupes américaines, britanniques ou encore canadiennes,
sans l'arrêter pour autant. Toutefois, les stratèges
allemands n'ont pas tiré profit de cette action retardatrice
en Normandie. En effet, Hitler attendait la victoire décisive
qui pouvait rejeter les Alliés à la mer, alors que
ses généraux conseillaient un repli tactique derrière
la Seine. Cette absence de lucidité et cette perte de temps
a profité aux Alliés qui ont pu s'engouffrer en France
et avancer à grands pas vers la libération totale
de l'Europe.
Marc
Laurenceau |