Libération de Lisieux en 1944 pendant la bataille de Normandie

Lisieux (Calvados)

Les villes de Normandie pendant les combats de 1944

22 août 1944 : une habitante de Lisieux verse du cidre dans le quart d’un soldat armé d’un fusil-mitrailleur Bren. Photo : IWM

22 août 1944 : une habitante de Lisieux verse du cidre dans un verre pour un soldat armé d’un fusil-mitrailleur Bren.
Photo : IWM B9617

Libération : 23 août 1944

Unités engagées :

Drapeau anglais 7th Armoured Division

Drapeau anglais 51st (Highland) Infantry Division

Drapeau nazi 272. Infanterie-Division

Historique :

La joie que procure l’annonce du lancement de l’opération Overlord n’est que de courte durée pour les habitants de Lisieux. En effet, dans la nuit du 6 au 7 juin 1944, la ville est détruite à près de quatre-vingt pour cent par une série de bombardements alliés. Lisieux est en effet un nœud ferroviaire et routier majeur que les Allemands peuvent utiliser afin de faire transiter leurs renforts en direction des plages du débarquement. Le premier raid touche la partie orientale de la cité et plus particulièrement le quartier de la gare à compter de 20 heures 20. Le 7 juin à 1 heure 20 du matin et pendant trente minutes, les bombardiers s’attaquent cette fois à l’ouest de Lisieux, touchant également la commune de Saint-Désir. Le troisième et dernier raid termine de transformer le centre-ville en champ de ruines à 14 heures. Les survivants, craignant un nouveau bombardement, hésitent à combattre les incendies qui font rage dans la ville : le feu consume tout particulièrement le quartier historique et ses nombreux édifices à colombages datant de l’époque médiévale. 819 habitants sont tués et plusieurs milliers sont sinistrés. Les jours et semaines qui suivent sont consacrés au sauvetage des victimes et au déblaiement des ruines. Une partie des réfugiés trouvent refuge dans la crypte de la fameuse basilique, miraculeusement épargnée.

Face à l’avancée alliée, les Allemands font sauter plusieurs ponts enjambant la Touques à Lisieux les 28 et 29 juillet. Cette destruction anticipée participe pourtant à compliquer leur propre repli, qui se densifie dès le 4 août : seuls quelques axes sont dégagés et ne permettent pas d’absorber l’ensemble des véhicules s’exfiltrant vers l’Est.

Après le lancement de l’opération Paddle le 17 août, les forces alliées convergent en direction de la Seine à la poursuite des divisions allemandes. Lisieux, dont les ruines ont été en partie dégagées afin de permettre de circuler le long des rues principales, demeure un objectif militaire important pour l’ensemble des belligérants malgré ses innombrables destructions. Dans la soirée du 19 août, le Major General Tom Rennie, commandant la 51st (Highland) Infantry Division, donne l’ordre à la 154th Infrantry Brigade d’atteindre les hauteurs situées au nord-ouest de Lisieux et de se préparer à franchir la Touques dans ce secteur, tout en s’emparant de la cité. Simultanément, la 7th Armoured Division du Major General Gerald Lloyd-Verney qui se trouve à Livarot tourne à gauche en direction de Lisieux, pour atteindre les hauteurs sud de la ville. En préparation de cette bataille, les artilleurs alliés ouvrent le feu sur les versants des deux rives de la commune, et plusieurs obus terminent leur mortelle courbe dans les décombres, n’en finissant plus de dévaster ce secteur. Dans la soirée du 20 août, les « Rats du Désert » de la 7th Armoured Division abordent Saint-Martin-de-la-Lieue tandis que les Écossais de la 51st Infantry Division aperçoivent Saint-Pierre-des-Ifs. Dès le lendemain, ils atteignent les faubourgs de Lisieux et engagent le combat contre les premières lignes de la défense adverse.

Si les Allemands mènent des combats de retardement, une partie d’entre eux s’est repliée sur les hauteurs à l’Est de la Touques et ouvrent systématiquement le feu avec leur artillerie sur les moindres mouvements alliés approchant de Lisieux. Les ruines de la ville sont autant de forteresses imprenables qui sont piégées à l’explosif ou battues par les feux : pour s’en emparer, il faut reconnaître ce véritable labyrinthe. Le 22 août, les Allemands détruisent les derniers ponts encore franchissables et contre-attaquent en direction de Saint-Martin-de-la-Lieue, infligeant des pertes élevées aux 1st Royal Tank Regiment et 4th County of London Yeomanry de la 22nd Armoured Brigade (7th Armoured Division).

Mais les Anglais stoppent l’attaque allemande et reprennent l’initiative, s’engageant dans la partie sud de Lisieux. Les Écossais s’infiltrent par l’ouest, franchissant la Touques à partir de ponts de fortune et en utilisant le viaduc de la ligne de chemin de fer, intact. Ils atteignent le centre-ville près des ruines de la cathédrale Saint-Pierre-de-Lisieux ainsi dans le secteur de la gare. Rue après rue, quartier après quartier, ruine après ruine, les Alliés repoussent les défenseurs sous les tirs permanents de l’artillerie allemande et des tireurs isolés.

Le 23 août en fin de matinée, sous la pression constante des Anglo-Canadiens, les Allemands lancent une contre-attaque désespérée depuis le nord-est de Bayeux, à partir des bois de Rocques : malgré de lourdes pertes infligées au camp adverse, l’offensive est vouée à l’échec. Des résistants français se présentent spontanément aux combattants britanniques depuis plusieurs jours pour les guider à travers la ville, participant également aux combats. George Poilane, qui servait dans la Marine nationale au début de la Seconde Guerre mondiale et qui était entré dans la résistance pendant l’Occupation (obtenant le grade de capitaine des Forces Françaises de l’Intérieur), est grièvement blessé ce jour en prenant d’assaut une mitrailleuse allemande.

La basilique tombe dans les mains du 1st Battalion, The Gordon Highlanders (153rd Infantry Brigade, 51st (Highland) Infantry Division) avant la tombée du jour, bientôt renforcés par les chars du 1st Royal Tank Regiment. Les derniers défenseurs de Lisieux s’exfiltrent dans l’obscurité en direction de Rocques et Hermival-les-Vaux. Les généraux Rennie et Lloyd-Verney sont soulagés de pouvoir rendre-compte de la prise de la ville, après 36 heures de furieux combats ininterrompus, mais craignent encore une éventuelle nouvelle contre-attaque adverse. Après le lever du jour le 24 août, les Allemands n’ont pas lancé de contre-offensive et les Alliés font le bilan de la prise de Lisieux. 51 soldats anglo-canadiens ont été tués lors de la libération de la commune.

Pour faciliter le franchissement sur la Touques et la progression en direction d’Evreux, les sapeurs britanniques installent aussitôt un pont Bailey à l’ouest du centre-ville et terminent de déminer les axes traversant Lisieux, jonchés de munitions non-explosées et de pièges divers.

Carte de Lisieux :