Encyclopédie du débarquement et de la bataille de Normandie
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Carentan en 1944 – Manche – Bataille de Normandie

Carentan (Manche)

Les villes de Normandie pendant les combats de 1944

Libération : 12 juin 1944

Unités engagées :

Drapeau américain 501st Parachute Infantry Regiment, 101st Airborne Division

Drapeau américain 502nd Parachute Infantry Regiment, 101st Airborne Division

Drapeau américain 506th Parachute Infantry Regiment, 101st Airborne Division

Drapeau américain 327th Glider Infantry Regiment, 101st Airborne Division

Drapeau américain Combat Command A, 2nd Armored Division

Drapeau américain 14th Armored Field Artillery Battalion, 2nd Armored Division

Drapeau nazi Fallschirmjäger Regiment 6, 91. Infanterie Division

Drapeau nazi MG-Bataillon 17

Drapeau nazi SS-Panzergrenadier Regiment 38, 17. SS Panzer-Division “Götz von Berlichingen”

Historique :

Géographiquement parlant, Carentan est un point clé du sud du Cotentin dans la mesure où c’est à cet endroit que transitent les réseaux ferroviaires (notamment la ligne Paris-Cherbourg) et routiers entre le Calvados et le Cotentin. Dans l’hypothèse où les ponts sur la Douve sont détruits ou contrôlés par l’ennemi, le premier point de passage entre ces deux secteurs est situé à Carentan. Si la priorité des Alliés le Jour-J est d’assurer une solide tête de pont dans le Cotentin, la prise de Carentan vient immédiatement après.

Carentan est bombardé par l’aviation alliée le 6 juin 1944 à 4 heures 30 : ce raid vise plus particulièrement les ponts et les chemins de fer du secteur. Dans la soirée du 6 juin 1944, malgré une audacieuse contre-attaque allemande menée depuis Carentan en direction de Brucheville (qui s’est révélée infructueuse), les parachutistes américains du 501st Parachute Infantry Regiment (101st Airborne Division) sont parvenus à s’emparer de plusieurs ponts sur la Douve au nord de Carentan, excepté celui de la route nationale 13. Jusqu’au 9 juin, les paras se réorganisent suite à l’imprécision des largages : ils sont chargés dans le même temps de sécuriser l’intégralité des passages sur la Douve afin d’assurer leur liberté d’action tandis que la 4ème division d’infanterie américaine progresse vers l’ouest et le nord du Cotentin. De leur côté, les Allemands (également des parachutistes) du Fallschirmjäger Regiment 6 (rattaché à la 91. Infanterie-Division) préparent la défense de Carentan.

Le plan américain, prévu d’être lancé aux premières heures du 10 juin 1944, consiste en un triple assaut simultané : le 501st Parachute Infantry Regiment (PIR) et le 327th Glider Infantry Regiment (GIR) doivent réaliser un vaste mouvement tournant pour attaquer Carentan depuis l’est, le 502nd PIR doit attaquer le long de la route nationale 13 du nord vers le sud tandis que le 506th PIR est chargé de contourner Carentan par l’ouest puis d’attaquer depuis le sud-ouest.

Après une importante préparation d’artillerie, les parachutistes débutent la progression peu après minuit, le samedi 10 juin. Le troisième bataillon du 502nd PIR, commandé par le lieutenant-colonel Robert G. Cole, reconnaît la route nationale 13 vers le sud et fait l’objet de nombreux tirs d’artillerie adverses, étant donné qu’une partie de son parcours est à découvert et surplombe les marais. Ses hommes sont pris sous le tir d’une pièce de 88 mm à hauteur du deuxième pont qui doit être réparé par les sapeurs : pendant ce temps, Cole donne l’ordre au lieutenant Ralph B. Gehauf, officier renseignement du bataillon, de franchir la Douve pour reconnaître l’axe. Soutenue par l’artillerie, la patrouille de reconnaissance parvient à atteindre le quatrième pont qui est obstrué par une porte belge. Une brèche est réalisée, mais un seul soldat à la fois peut traverser. Décelée par l’adversaire, la patrouille se replie tandis que des obus explosent à proximité et que des fusées éclairantes sont tirées : ils rejoignent le bataillon à 5 heures 30 du matin. Le lieutenant Gehauf rend compte qu’il a été pris à partie depuis un corps de ferme situé ainsi que depuis une vaste haie à environ 400 mètres au sud du quatrième pont ; il estime que la défense allemande s’appuie sur ces bâtiments et la végétation pour tenir le secteur. De midi à 16 heures, le 3ème bataillon progresse jusqu’au quatrième pont sous le feu constant de l’artillerie allemande. Les parachutistes progressent en rampant pour éviter autant que possible les tirs de mitrailleuses, de tireurs embusqués ainsi que les éclats d’obus : les pertes sont terribles en fin de journée. Soudain, à 23 heures 30, un chasseur-bombardier Junker 87 Stuka apparait dans le ciel et largue des fusées éclairantes au-dessus de la chaussée : un deuxième Stuka suit et mitraille le secteur, tuant près de 30 soldats. La compagnie I dirigée par le capitaine Ivan R. Hershner, Jr n’est plus en mesure de combattre en raison de ses pertes. Le 10 juin à minuit, le troisième bataillon du 502nd PIR a perdu plus des deux-tiers de ses effectifs. La chaussée de la route nationale 13 au nord de Carentan est surnommée depuis la “Purple Heart Lane” : la route de la Purple Heart (médaille américaines pour les blessés au combat).

Pendant ce temps, le 327th GIR commandé par le colonel George S. Wear progresse au nord-est de Carentan et entame avec le 501st PIR le mouvement tournant qui se prolonge toute la journée du 10 juin. Les 1er et 2ème bataillons du 327th GIR stoppent leur progression et prennent position de part et d’autre de la route nationale 13 peu avant minuit tandis que le 3ème bataillon (composé de soldats appartenant au 1er bataillon du 401st GIR) s’installe de part et d’autre du canal de Carentan, aux portes de la localité.

Peu après minuit le dimanche 11 juin, les rescapés du 3ème bataillon du 502nd PIR s’infiltrent à travers la brèche sur le quatrième pont et prennent pied sur la rive suivante, compagnies H et G en tête, tandis que le harcèlement des obus allemands se poursuit. A l’aube, des patrouilles sont envoyées vers le corps de ferme identifié par le lieutenant Gehauf comme étant le point d’appui allemand : elles sont aussitôt fixées et détruites par les mitrailleuses allemandes. Le lieutenant-colonel Cole demande un appui feu de l’artillerie mais les tirs américains s’avèrent incapables de réduire au silence la position adverse qui continue de fixer les parachutistes américains : fixé à courte porté et ne pouvant pas se replier, Cole n’a d’autre choix que de monter à l’assaut du corps de ferme et de la haie, 300 mètres face à lui. Après avoir fait fixer les baïonnettes au canon et fait lancer des grenades fumigènes, il utilise son sifflet pour se lancer à l’assaut des positions ennemies : 20 parachutistes traversent le découvert, aussitôt suivis par 50 autres dirigés par son adjoint, le Major John P. Stopka. Les Allemands ont abandonné la ferme appartenant à la famille Ingouf et se sont mis à couvert dans des tranchées le long des haies environnantes, où ils sont traqués par les parachutistes. Craignant d’être en infériorité numérique, Cole (qui installe son poste de commandement dans un bâtiment du corps de ferme) demande à être renforcé par le 1er bataillon du lieutenant-colonel Patrick F. Cassidy qui est en soutien sur la chaussée, pris sous le feu des mortiers allemands. Il parvient cependant à renforcer les éléments avancés du 3ème bataillon : la compagnie C aux ordres du capitaine Fred A. Hancock s’installe en défensive dans un carré de choux sur le flanc gauche du 3ème bataillon, entre le corps de ferme et la route. Elle est soutenue par la compagnie A qui met en place une deuxième ligne de défense immédiatement derrière la compagnie C.

A midi, une trêve d’une durée de deux heures est acceptée par les deux camps pour évacuer les blessés de la zone des combats, mais les coups de feu reprennent peu après et les Allemands montent plusieurs fois à l’assaut des positions du 3ème bataillon. C’est durant l’une de ces terribles attaques que le lieutenant Melvin Morton Spruiell, à la tête d’une poignée de parachutistes (le Jour-J, il est observateur avancé d’artillerie au sein du 377th Parachute Field Artillery Battalion mais du fait des pertes en cadres et en matériels, il sert finalement en qualité de chef de section), tombe au feu à hauteur du carré de choux. A 18 heures 30, l’un de ces assaut repousse les parachutistes jusqu’à la rivière Douve, obligeant Cole à demander un tir de barrage quasiment sur sa propre position. Ce choix désespéré entraîne un tir d’artillerie de cinq minutes causant la mort de plusieurs de ses hommes sous les obus américains mais qui empêche les Allemands de reprendre le quatrième pont, ce qui aurait eu pour conséquence d’isoler les compagnies A et C du reste du 502nd PIR. En début de soirée, les parachutistes allemands du Fallschirmjäger Regiment 6, exténués, sont à court de munitions. Le Major Friedrich-August Freiherr von der Heydte ordonne à ses hommes de se replier au sud de Carentan à la faveur de la nuit, laissant uniquement une arrière-garde dans la commune afin de retarder au maximum la progression des Américains. Un parachutage de munitions organisé par la Luftwaffe dans la nuit du 11 au 12 juin, 11 kilomètres au sud de Carentan, arrive trop tard. Cette même nuit, les premiers éléments de la 17. SS Panzer-Division Götz von Berlichingen (commandée par le SS-Oberführer Werner Ostendorff) atteignent les abords sud de Carentan.

De son côté, le 506th PIR commandé par le colonel Robert Sink progresse pendant la nuit en direction du sud-ouest de Carentan. Le deuxième bataillon, dirigé par le lieutenant-colonel Robert L. Strayer, doit atteindre la cote 30, un mouvement de terrain situé sur la route de Périers à hauteur du hameau de La Billonnerie (qui n’existe plus aujourd’hui), environ 500 mètres du centre de Carentan, puis attaquer le village par cette même route. Le hameau de La Billonnerie est atteint aux environs de 5 heures le 12 juin : le 1er bataillon s’installe en défensive pendant que le 2ème bataillon se place en base d’assaut face au nord-est. Le 501st PIR a de son côté contourné Carentan par le sud pendant la nuit et se dirige vers la cote 30 pour installer une couverture sur la route de Périers. A 6 heures du matin, le 2ème bataillon du 506th PIR lance une attaque simultanée avec le 3ème bataillon du 327th GIR (1/401st GIR). Les Américains font face à une résistance sporadique de la part de l’arrière-garde du Fallschirmjäger Regiment 6 : leur progression est toutefois ralentie par les tirs de mitrailleuses et les obus de mortiers. Pendant ce temps, le 1er bataillon du 506th PIR engage un intense combat pour secourir le poste de commandement de son chef de corps : l’état-major du colonel Sink s’est en effet infiltré par erreur derrière les lignes ennemies pendant la nuit et était encerclé par les Allemands. Les parachutistes parviennent rapidement à sauver leurs chefs. Le 501st PIR, qui est en position de couverture à compter de 6 heures 30, livre également une furieuse bataille : les Allemands tentent de déborder les positions des parachutistes américains et pour mener à bien leur action ils fixent leurs adversaires sous un feu intense. Le lieutenant Robert R. Harrison de la compagnie I s’infiltre avec deux éclaireurs le long d’un chemin creux et s’approche à seulement 25 mètres d’une mitrailleuse ennemie en position de tir : décelés par les Allemands, ils restent à couvert et Harrison demande l’appui d’un tir d’artillerie bien qu’il risque d’être également tué par les obus américains. Ses deux éclaireurs sont blessés et le lieutenant les met à couvert l’un après l’autre avant de reprendre sa position d’observation : le tir de barrage fonctionne et les Allemands se replient.

Une heure et trente minutes après le déclenchement de l’assaut sur Carentan, le 2/506th PIR et le 3/327th GIR effectuent leur jonction au centre du village et les laborieuses opérations de nettoyage des habitations débutent. La localité de Carentan est libérée mais elle n’est pas éloignée de tout danger pour autant. Le 501st et le 506th PIR sont alors déployés vers le sud-ouest de Carentan durant l’après-midi où ils établissent le contact avec des parachutistes allemands renforcés par des blindés et de l’infanterie appartenant à la 17. SS Panzer-Division. L’aviation alliée harcèle les SS qui sont obligés de s’enterrer pour se protéger : ils utilisent tant bien que mal leurs mortiers et leur artillerie pour ralentir la progression américaine et ce jusqu’à la tombée de la nuit.

Le lundi 13 juin 1944, à l’aube, les Allemands contre-attaquent pour reprendre Carentan et tentent de briser la ligne américaine : deux bataillons du SS-Panzergrenadier Regiment 37 se lancent à l’assaut, soutenus par le 3ème bataillon du Fallschirmjäger Regiment 6 et par le SS-Panzer-Abteilung 17. Les Américains souffrent sous le poids de cette violente attaque et la ligne de front recule progressivement, notamment sur le flanc tenu par le 501st PIR. Le flanc droit tenu par le 506th PIR est également sévèrement touché et les compagnies D et F entament leur repli. La compagnie E, commandée par le lieutenant Richard D. Winters et installée en défensive à hauteur du hameau de Douville, près de la voie ferrée, tient bon. Le second bataillon du 502nd PIR vient aussitôt lui apporter son soutien : cette résistance acharnée malgré la violence de l’assaut allemand empêche l’effondrement de la ligne américaine qui sur son flanc gauche n’est plus qu’à 500 mètres de distance de Carentan.

Les Américains déploient les chars Sherman du Combat Command A de la 2nd Armored Division (appartenant notamment au 66th Armored Regiment) aux ordres du Brigadier General Rose en direction de Carentan en début d’après-midi afin de renforcer leurs positions, tandis que la pluie tombe sur le Cotentin. Les blindés passent à l’attaque à compter de 14 heures sur deux axes, une partie vers Beaupte, l’autre vers Périers. Ils sont soutenus par les canons du 14th Armored Field Artillery Battalion, et permettent de repousser les Allemands environ un kilomètre au-delà de l’emplacement de la ligne de front au petit matin. Les chars sauvent de nombreux parachutistes, parfois encerclés par les Allemands comme ceux appartenant à la compagnie F du 502nd PIR. Au soir du 13 juin 1944, après cette bataille qui depuis porte le nom de “Bloody Gulch“, la commune de Carentan est définitivement hors de portée des Allemands, malgré des tirs d’artillerie irréguliers durant les jours qui suivent.

Le 15 juin 1944, sur la place de la République, les chefs de corps des régiments engagés dans la bataille de Carentan, John Michaelis (502nd PIR), “Jumpy” Johnson (501st PIR), “Bob” Sink (506th PIR), et “Bud” Harper (327th/401st) sont décorés de la Silver Star lors d’une prise d’armes présidée par le Brigadier General Maxwell Taylor. Une autre cérémonie de remise de décorations a lieu le 20 juin puis une autre encore le 23 juin. C’est durant cette dernière que les Allemands effectuent un tir d’artillerie sur Carentan : des civils et des militaires sont touchés par les éclats, les compte-rendus font état d’une cinquantaine de blessés. Danielle Laisney, une petite normande âgée de 3 ans qui assistait à la cérémonie avec sa famille, meurt quelques minutes après avoir été touchée.

Pour sa charge à la baïonnette à Carentan, le colonel Cole est proposé pour être décoré de la Medal of Honor, la médaille du Congrès américain qui est la décoration militaire la plus élevée aux Etats-Unis. Néanmoins, il ne l’a pas porté, ayant été tué le 18 septembre 1944 en Hollande durant l’opération Market-Garden.

Photos de Carentan en 1944

Cartes de Carentan :

Image : carte de la commune de Carentan
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