Pourquoi
un assaut sur la Pointe du Hoc ?
A mi-distance
entre Omaha
Beach et Utah
Beach, la Pointe du Hoc domine la mer de sa falaise verticale.
Elle est couronnée par une batterie sous abri bétonné
mise en place par les Allemands : à 6 kilomètres à l'ouest d'Omaha, 6 obusiers de 155 mm de fabrication Française
sont installés sur un plateau qui se termine abruptement
en falaises rocheuses de 25 à 30 mètres de haut.
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Bombardement
en mai 1944 de la Pointe du Hoc. |
Il faut s'en
emparer pour libérer les plages (Omaha et Utah) de la menace
qu'elle fait peser sur elles. Telle est la mission confiée
à une unité américaine spéciale, créée
spécialement pour l'occasion, le 2ème Bataillon de
Rangers. La Pointe du Hoc a fait l'objet, dans les jours et mois
précédents le débarquement, de bombardements
massifs. La position, au sommet de la falaise, reste cependant importante,
et dure à conquérir.
La
stratégie envisagée pour la capture de la batterie
de la Pointe du Hoc
Convoqué
5 mois plus tôt au Q.G. du général Eisenhower,
le Lieutenant Colonel James Earl Rudder, un ancien fermier du Texas,
apprend que le Vème corps de la 1ère armée du général Bradley
doit prendre d'assaut le secteur ayant reçu le nom de code
d'Omaha Beach. En voyant les photos aériennes de la Pointe
du Hoc, il pense d'abord à une blague du commandement Allié
en voyant cette batterie allemande, très fortement protégée
par des bunkers et d'un rempart de hautes falaises, qu'on lui demande
de prendre d'assaut. Mais Bradley, venu lui informer de la mission
future, n'est pas là pour rire.
L'assaut
initial est prévu à 6 heures 30 et 225 Rangers, sous
le commandement du colonel Rudder, participant lui aussi à
l'attaque. A 7 heures, soit une demi-heure après l'assaut
initial, les Rangers doivent signaler aux bateaux Alliés
au large que la Pointe est capturée en tirant une fusée
éclairante. Les Alliés doivent alors envoyer 500 Rangers
en renfort pour retenir les contre-attaques allemandes et permettre
d'attendre les troupes débarquées à Omaha Beach
du 116ème régiment d'infanterie américain.
Les
Rangers doivent escalader la falaise des deux côtés
de la Pointe du Hoc, Ouest et Est, capturer les bunkers et blockhaus
qui renferment les pièces d'artillerie allemandes et les
détruire. L'horaire doit être respecté si les
américains veulent recevoir les 500 Rangers en renfort. Ils
seront relevés le 6 juin par les hommes du 116ème régiment d'infanterie américain, accompagnés
de chars Sherman,
en provenance de Vierville, à l'ouest, au secteur d'Omaha
Beach.
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Photo
de la Pointe du Hoc bombardée, prise à partir
d'un avion de reconnaissance Allié. |
Si
à 7 heures Rudder n'a pas lancé une fusée éclairante
indiquant la prise de la Pointe du Hoc, les 500 Rangers de renforts
seront directement envoyés à Omaha Beach, secteur
Charlie.
Le
déroulement de l'assaut
Sur
le pont du H.M.S "Ben Machree", à 6 heures du matin,
le 6 juin 1944, James E. Rudder se tourne vers ses hommes et dit
: "Maintenant écoutez... Rangers ! Montrez leur ce que
vous valez... Bonne chance les gars ! Démolissez-les... Départ
dans cinq minutes."
Les
225 Rangers, éclaboussés par l'eau et l'écume
glaciale, atteint par le mal de mer en partie, chargés de
leur équipement, naviguent dans les péniches de débarquement
vers les falaises, cachées par la fumée des explosions,
des incendies et par l'écran de fumée protégeant
l'Armada alliée. Une équipe se chargera de la Pointe
de la Percée, à l'est de la Pointe du Hoc, surmontée
d'un site radar allemand.
Mais
le courant est fort ; les barges sont déportées vers l'est et, quelques dizaines de mètres avant d'atteindre la
falaise, Rudder réalise que la falaise vers laquelle ils
se dirigent n'est pas la bonne... Les barges affectées au
transport des soldats devant débarquer à la Pointe
du Hoc font demi-tour et naviguent en longeant la côté
vers l'ouest. Ils arrivent enfin en vue de leur objectif : il est
7 heures. A ce moment, les Alliés sur les bateaux, n'ayant
pas vu la fusée éclairante signalant la prise de la
falaise, s'imaginent que l'opération est un fiasco total.
Les 500 Rangers destinés à renforcer Rudder et ses
hommes sont alors dirigés vers la plage d'Omaha, où
le débarquement a commencé...
Les
Allemands, de leur côté, ont eu 30 minutes pour se
rétablir : rejoindre les bunkers, établir un dispositif
défensif, se réarmer... Et ils attendent de pied ferme,
armes et grenades avec eux, ces soldats qui s'approchent de leur
position. Le courant et les vagues font couler une barge, il n'y
a qu'un survivant ; les autres coulent également, entraînés
par leur équipement. Les mitrailleuses allemandes crépitent
et déversent une pluie de fer qui s'abat sur les barges américaines.
Certaines prennent l'eau ; une barge, transportant exclusivement
des munitions destinées aux Rangers, explose dans un vacarme
étourdissant, projetant des morceaux de toutes sortes à
proximité. La première barge touche la plage de galet,
côté Est de la pointe : la précipitation empêchera
aux Rangers d'escalader la falaise des deux côtés de la Pointe. Les soldats américains s'élancent, découvrant
une plage de cinq à six mètres de large déjà
creusée par de nombreux trous de mortiers.
Les
premiers corps s'abattent sur les galets, tandis que les Rangers
lancent, par fusils, des grappins et des cordes pendant que l'artillerie
navale les appuie au plus près. Mais l'eau alourdie les cordes
et les grappins retombent sur la plage. Certains se décident
alors à grimper la falaise avec leurs mains, creusant des
marches avec leur dague. Les Allemands lancent des grenades sur
la fine bande de plage et l'arrosent avec les mitrailleuses MG.
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Escalade
de la falaise par les Rangers à l'aide de cordes et d'échelles. |
Des
échelles de pompiers, installées sur des chalands,
permettent à des Rangers d'accéder au sommet, tandis
que d'autres y arrivent en grimpant avec la corde qui est restée
accrochée et que les Allemands n'ont pas eu le temps de couper.
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Un
effondrement de la falaise, provoqué par les tirs du
croiseur USS
Texas. |
Quelques
minutes plus tard, les premiers soldats américains se dirigent
vers les bunkers et découvrent un espace lunaire, creusé
par les bombes. Les Allemands ont disparu mais des tireurs isolés
frappent. Ces snipers utilisent les trous creusés par les
bombes pour se rapprocher au plus près des Rangers. En
15 minutes, la Pointe est prise et couronnée par les Américains.
Mais comble de malheur : les Allemands ont retiré les pièces
d'artillerie de 155 mm. Elles ont été remplacées
par des pylônes de bois qui ont trompé les avions alliés de reconnaissance !
Une
fois la surprise passée, le lieutenant-colonel Rudder organise
la défense du bout de terre qu'il contrôle. Il lance
un appel radio, de son poste de commandement derrière un
blockhaus de défense contre avions (D.C.A.), vers les navires
alliés : "Ici Rudder, le Hoc est sous contrôle...
Lourde pertes... J'ai besoin de renforts immédiats !"
On lui répond peu après : "Bon boulot. Désolé
pour les renforts, ils ont déjà débarqué
à Omaha."
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Le
lieutenant-colonel Rudder, commandant l'attaque par les Rangers
de la Pointe du Hoc. |
Les pertes
sont, en effet, très élevées : sur les 225
Rangers débarqués, 90 sont hors de combat pendant
l'escalade de la falaise et la prise de la batterie allemande.
Rudder doit faire avec. Les bateaux au large effectuent un tir
de barrage autour des zones contrôlées par les Américains.
Une patrouille de deux Rangers, découvre environ à
1 kilomètre au Sud de la batterie les canons de 155 mm,
cachés derrière une haie, en position de tir. Une
cinquantaine de soldats allemands sont présents, à
environ cent mètres plus loin au Sud. Le jeune soldat qui
commande la petite patrouille donne ses ordres : son camarade
doit fournir un tir très important sur les Allemands tandis
qu'il lancera des grenades et détruira les systèmes
de visée avec la crosse de son arme. Après avoir
réussi cette opération, ils reviennent sur leurs
pas pour rendre compte à Rudder de leur découverte
et de ce qu'ils en ont fait.
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Un
des canons de 155 cachés à 1 kilomètre
au Sud de la batterie. |
La nuit tombe
et les Allemands organisent une contre-attaque. Ils s'infiltrent
à travers les lignes américaines puis sont repoussés
par les Rangers. Mais les munitions s'épuisent et les renforts
ne sont toujours pas là. De plus, de nombreux Rangers sont
faits prisonniers car, trop peu nombreux, ils ne peuvent offrir
une défense solide et sont souvent pris à revers.
Une explosion plus forte que les autres se fait entendre : un Rangers
vient de faire exploser le dépôt de munitions allemand.
Au petit matin
du 7 juin, Rudder fait un nouveau terrible constat : les munitions
et vivres sont insuffisants pour contenir ce siège et les
effectifs américains baissent. Et le 116ème d'infanterie
n'est toujours pas là ! Mais il faut tenir, ce sont les ordres.
Le 116ème régiment d'infanterie a rencontré
une très forte résistance, à Vierville et sur
la route vers la Pointe du Hoc et est retardé. Personne ne
connaît la date, l'horaire de leur arrivée pour relever
les Rangers.
La défense
allemande se concentre à l'ouest de la Pointe, aux alentours
du blockhaus de D.C.A. Ouest. Rudder abandonne l'idée de
le capturer, ayant déjà perdu 20 soldats américains
pour tenter de réduire au silence ce point de forte résistance
allemande. Partout ailleurs, de nombreux tireurs isolés blessent,
tuent des Rangers.
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Depuis
les cratères creusés par les bombes, les Rangers
défendent leurs positions. |
La deuxième
nuit tombe sur la Pointe du Hoc depuis que ce bout de terre appartient
à moitié aux soldats américains qui s'y accrochent
avec les ongles. Les renforts ne sont toujours pas arrivés,
la fatigue gagne (beaucoup n'ayant pas fermé l'oeil depuis
deux jours), les munitions et vivres sont pratiquement épuisés
et les effectifs sont encore en baisse. Dans le but de mettre un
terme à la résistance américaine, les Allemands
lancent pas moins de trois contre-attaques sur le secteur tenu par
les Rangers. Peu à peu, les points de résistance américains
tombent, les combats deviennent des corps à corps sanglants.
Au petit matin, le 8 juin 1944, alors que les Allemands lancent
ce qui doit être pour eux le coup de grâce, les chars
américains de soutien au 116ème régiment arrivent
enfin à la Pointe du Hoc avec l'infanterie. Les Allemands
s'enfuient et Rudder, blessé, peut enfin souffler, la première
fois depuis plus de 48 heures. Les Rangers sont relevés.
Bilan
Sur les 225
Rangers engagés à la Pointe du Hoc, seulement 90 d'entre
eux sont encore en état de se battre et beaucoup sont blessés.
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Des
prisonniers allemands sont conduits par les Rangers au pied
de la falaise. |
Les 500 Rangers
ayant débarqué à Omaha le 6 juin vers 7 heures
30 ont rencontré une très forte résistance
sur la plage. Ils se sont séparés en deux groupes
: l'un avec une cinquantaine de soldats qui ont débarqué
comme prévu au secteur Charlie (Vierville), l'autre avec
les centaines de Rangers restant à l'est d'Omaha Beach
devant Colleville, estimant que les soldats avaient plus de
chance de survivre à l'est que sur Charlie. En effet, sur
la cinquantaine de soldats engagés sur Charlie, moins de
dix ont réussi à survivre au débarquement tandis
qu'à l'est, une dizaine de Rangers ont trouvé la mort
sur les centaines engagés.
Le courage des
Rangers sur la plage d'Omaha a été exemplaire et ces
hommes, particulièrement sur Charlie, ont ouvert des brèches
au prix de pertes incroyablement élevées comme toutes
les compagnies américaines sur Omaha.
De nos jours,
la devise des Rangers, unité d'élite de l'Armée
des Etats-Unis d'Amérique, est "Lead the Way, Rangers
!" ("Montrez le chemin, les Rangers !"). Cette devise
a été prononcée la première fois par le général Cota sur Charlie, pour encourager ces soldats
à aider les Américains de la 29ème
division d'infanterie U.S. ayant eux aussi de nombreuses pertes.
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