Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Le front de l'Ouest ne se limite pas à la bataille de Normandie : discutez ici des autres grandes batailles !
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Manuferey
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Gennaker a écrit :dans les récits des GIs, tous les canons sont des 88, tous les chars sont des Tigres, et tous les avions sont des Stukas… Il convient de prendre tous ces récits de mémoire pour ce qu'ils sont, des témoignages de première main et non des analyses techniques détaillées.
Tout à fait. Et je pense qu'il est bon de le rappeler de temps en temps pour les nouveaux lecteurs.

Comme on en avait discuté tous les deux, il est fort possible que les canons de 88 soient bien ici des canons de ... 88. Heydte parle en effet d’avoir uniquement une batterie de 88 comme soutien d’artillerie à Carentan.
A mon avis, il ne pouvait s’agir alors que d’une batterie détachée du Flak-Regiment 32 du III. Flak Korps.

Emmanuel


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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Oui, notamment à Brévands où de nombreux témoignages s'accordent pour parler d'un 88...


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Gennaker
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Nous sommes tous parvenus à la petite haie sans nous arrêter. Dix des onze hommes avaient pu franchir le pont N°4. En quelques pas, j'avais oublié momentanément la scène cauchemardesque du fossé rempli de cadavres mutilés, et j'étais de nouveau concentré sur la tâche à accomplir. Le champs en bordure duquel je me trouvais était pire qu'au niveau de la "belgian gate". Les balles traçantes le traversaient avec plus d'intensité qu'un nuage de mouches en plein été. Elles venaient vers nous depuis trois haies situées juste devant nous. Nous courrions tous vers la haie située au coin du "Cabbage patch". C'est là que c'est arrivé! je me trouvais à peu près au milieu du champs. J'ai vu un obus exploser juste devant moi et au même instant, j'ai senti un coup terrible au niveau de mon estomac. J'étais touché! Et je l'avais vu arriver! C'était un ricochet. Je poursuivais cependant ma course folle.Pourquoi n'étais je pas tombé?Je me souviens avoir entendu dire que lorsqu'on est touché, on continue de courir encore un peu avant de tomber mort.
"Continuez de courir" avait ordonné BJ, "Même si vous êtes touché". Quelque part, je l'étais. Peut-être que tous mes camarades aussi avaient été touchés, mais continuaient aussi à courir. Je sentais une terrible sensation de brûlure au niveau du ventre. C'est sûr, mes intestins devaient être en train de se faire la malle... Peut-être étais je en train de saigner à mort... Pourtant j'ai continuer de courir, ainsi que tous mes camarades.

Je réfléchis à la manière de tomber. Comment tombe t'on avec toute une bande de balles de . 30 autour de la taille et une mitrailleuse sur l'épaule, sans se faire mal? Le lendemain, je rirais de bon coeur de tout cela. Si j'étais touché au point de saigner à mort, quelle importance la façon de se jeter à terre...
J'ai poursuivi ma course, penché en avant, en zig zag. Mon entrainement chez les paratroopers avait été le meilleur qui soit. L'instinct prit le dessus. J'arrivai au fossé plein d'eau. je le sautai d'un bond. J'étais à présent dans le carré de choux (cabage patch ndlr). La haie principale, celle qui courrait parallèlement à la Nationale 13, était juste devant moi. Lt Cahill et Pfc Cooper traversèrent la petite haie qui s'avançait vers le carré de choux. Puis, Pfc Marcozzi et Cpl Willie Craig disparurent de ma vue, suivis de Pvt Jones et du Cpl John Whitlock.
En atteignant la haie, je me jetai à terre. Je tombai ventre à terre alors que les balles ennemies déchiraient les branches juste au dessus de ma tête. Lentement, je glissai ma main sous mon ventre. Je palpai tout autour de mon ventre et ramenai ma main que je plaçai devant mes yeux. Je savais qu'elle devait être couverte de sang. Mais il n'y avait pas la moindre goutte!Je roulai sur le dos et regardai plus précisément.Rien! il n'y avait rien. Quoi que ce soit qui m'ait touché, ne m'avait pas blessé!

Toutes mes peurs avaient disparu. Comme si un grand poids m'était enlevé. Je n'étais même pas fatigué de cette longue course. Je me sentais fort, capable de botter le Q à tous ces batards d'allemands. je me sentais plein de courage.
Folley, Cahoon et Evans étaient près de moi le long de cette haie. Tous étaient OK. Folley, assistant squad leader du second squad me demanda où étaient ils tous passés. . "Là, à travers cette haie" répondis je. Il démarra en trombe : "Suivez moi!". Nous le suivîmes. Je ne courrais pas. Passé la petite haie, je sentis la protection de la grande haie qui longeait la route nationale de Carentan, avec son surplomb de plus d'un mètre de terre compacte sur lequel poussait la haie à proprement parler. Renforcé par le fait que les balles dirigées contre moi par les allemands n'avaient pu m'atteindre quand j'étais à découvert, je pensais que l'ennemi ne pouvait plus me voir à l'abri de la haie.

Notre groupe de 10 avançait lentement derrière la haie. Lt Cahill, toujours en tête, était proche du point où la 4ème haie rejoint la haie principale quand il s'immobilisa pour regarder à travers ses jumelles. Il s'agenouilla en tenant ses jumelles de la main droite. Brrrrrrrrrrr! Trois longues rafales de mitraillettes allemandes déchirérent l'atmosphère.
je me jetai contre le talus de terre de la haie, ainsi que Folley près de moi. Quand le Lt Cahill s'était immobilisé, nous avions continué de marcher et nous trouvions ainsi en paquet.
J'avais toujours la lourde mitrailleuse sur l'épaule et je m'appuyais sur le dos afin de ne pas l'abimer. je pensais que nous étions en sécurité, et ce qui allait suivre est vraiment difficile à croire. Tous les troopers en avant de Folley et de moi furent touchés, et salement. Les 4 en arrière du groupe n'avions pas été touchés, mais les allemands étaient après nous. "Brrrrrrrrr". Ils nous rataient, mais c'était très près de Folley et de moi, pelotonnés contre le talus. Bob Cahoon et Jack Evans étaient allongés derrière nous, beaucoup plus exposés que Folley et moi.
Folley parla le premier : "Il faut foutre le camp d'ici!"
"P...t t'as raison. Il y a un trou d'obus par là. Allons -y" dis je.Le trou se trouvait à 4 ou 5 mètres de nous, à l'écart de la haie et sans protection. Je bondis le premier et atterris dans près d'un mètre d'eau. VJ me suivit de quelques secondes. Quand il sauta, il m'éclaboussa d'eau et de boue de la tête aux pieds. Folley cria au Lt Cahill de lui dire ce qu'il se passait à l'avant. Cahill répondit que tout le monde était touché et que nous devions installer la mitrailleuse et arroser les haies. Nous installâmes la cal 30 sur son trépied en bordure du trou. Puis je vis que la bande de cartouches était couverte de boue et qu'elle risquait d'enrayer la mitrailleuse. J'avais pris grand soin de la cal .30 mais avais été négligent avec la bande de munitions. Nous perdîmes du temps à récupérer une boite de munitions de Cahoon. Les allemands avaient réglé leur tir et nous arrosaient copieusement. Enfin, nous fûmes prêts.

TO BE CONTINUED


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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"Baissez la tête, on ouvre le feu" cria Folley. On a tiré. Je ne sais pas combien de temps. Peut-être toute une boite de cartouches. Je sais que j'ai arrosé cette haie jusqu'à Carentan, Aller et retour! On est resté un bout de temps dans ce cratère de bombe plein de flotte.

Notre tir a dû être efficace car le bourdonnement des balles au dessus de nos têtes a cessé. Lt Cahill avait été atteint par les balles de la mitraillette allemande mais ce qui devait plus tard lui coûter sa main gauche, n'était pas une blessure par balle mais l'explosion du verre de ses jumelles. Cahill survivra Carentan, mais la guerre était finie pour lui. Je l'ai revu une fois en Angleterre après la Normandie. Il partait pour les States où il a vécu longtemps et heureux.

Cinq hommes qui courraient avec nous ont effectué le suprême sacrifice pour leur pays. Pour nous quatre qui restions, c'était presque plus que nous ne pouvions supporter. 5 mecs supers, tous des amis proches, fauchés en pleine jeunesse. William Cooper est mort sans une plainte. Herman Jones a été coupé en morceaux, et a mis longtemps à mourir . Une fin terrible. Le Cpl John Whitlock, notre radio, devait être tout de suite derrière Lt Cahill car il a été touché en même temps que lui. Il est mort très vite, face contre terre. Cpl Willie Craig était derrière lui. Quand il a été touché, il a fait un volte face et est tombé assis par terre, face à moi. Il était mort.C'était une vision d'apocalypse. Il est tombé assis, et il est tombé lentement en avant, son fusil dans les bras, jambes croisées. On ne croyait pas qu'il puisse être mort. Anthony Marcozzi était tout à côté de moi. Il était juste devant le trou d'obus et il est tombé en arrière. Il a essayé de se relever et de dire quelque chose. Puis il est mort.

Cinq des six qui ont été touchés sont morts. Pour Jack Evans, c'en était trop. Il a craqué, et a refusé de bouger après cela. On a dû l'emmener vers l'arrière. Je ne l'ai revu qu'une seule fois après. Avec son départ, nos pertes s'élevaient à 7 hommes sur les 11 qui avaient franchi le pont N°4. Pour les trois survivants, Cahooon avec les munitions, VJ Folley et moi, la bataille ne faisait que commencer...

Le champs dans lequel nous nous trouvions était long et étroit. Je pense qu'il s'agissait d'un potager, où on faisait pousser des légumes pour la vente sur le marché. C'est là que j'ai vu le Lt Swanson pour la première fois. LT Swanson était un type costaud, un brave parmi les braves. Plus tard, j'allais jouer au football avec le régiment sous sa direction. A présent, il arpentait de long en large le champs qui avait vu le désastre frapper mon second platoon. Il ne savait pas encore que le platoon et LT Cahill avaient subi de terribles pertes, ni que VJ Folley et notre mitrailleuse avaient mis en fuite les fallschirmjaeger allemands qui couvraient ce champs; Il ignorait aussi que les allemands tentaient à présent une manoeuvre pour nous attaquer de flanc.

Quand le Lt Swanson réalisa que nous n'avions plus de champs de tir dégagé, il nous demanda de traverser le potager et d'avancer une centaine de mètres vers Carentan. Nous nous installâmes dans un trou d'obus très propice. A peu près à cet instant, le sergent Stanley Czarniak de la Compagnie HQ du bataillon vint vers nous depuis la route à travers le potager. J'avais connu Czarniak en Angleterre, suffisamment bien pour être capable de prononcer son nom correctement. . Il était squad leader dans l'équipe de mitrailleur du HQ de compagnie. Quand il me demanda de déplacer notre cal. 30 vers une ouverture dans la haie le long de la route nationale, je n'ai pas hésité à ramasser ma mitrailleuse et à me déplacer à nouveau. J'étais certain qu'il savait ce qu'il faisait.Une fois installé près de l'ouverture dans la haie, nous réalisâmes que nous trouvions au bord d'un chemin conduisant dans le potager. La route était beaucoup plus basse que le champs, et elle était bordée d'un petit talus de terre d'environ 30 CM de haut. En se glissant dans le fossé, et en plaçant la cal. 30 sur le chemin, on avait un super angle de tir couvrant la nationale jusqu'à Carentan.
"Ouvrez le feu dès que vous êtes prêt" ordonna Czaniak, "J'ajusterai votre tir quand ils traverseront le champs de l'autre côté."
Je tirais avec la mitrailleuse et Folley me servait de pourvoyeur. Le sergent me donnait des directions de tir. "Descends un peu! Un peu à gauche à présent! Très bien! encore!Là! tu les as! Vas y! donne leur le max! Fous en plein la gueule à ces batards!"
Il se tenait debout au dessus de nous, tirant sur les allemands tout en nous donnant des instructions...

Les parachutistes allemands se faisaient cueillir à froid en essayant de traverser la national par petits groupes. Soudain, le "cling" caractéristique de l'éjection du clip du M1 du sergent attira mon attention. Je jetai un regard vers lui. Il tenait son fusil bien calé à l'épaule en position de tir. Dans un flash, j'ai vu le truc arriver. Il fut atteint en plein visage. Son M1 lui échappa des mains et en un brusque volte face, il tomba face contre terre Il a survécu! je l'ai revu plus tard en Angleterre.

Il était près de midi. Lt Swanson avait disparu, ainsi que le Sgt Czarniak. Lt Cahill et deux de nos NCOs étaient tombés. Nous n'avions plus revu les sergents Schenk ou Jay B Schenk depuis notre sprint depuis le pont N°4. On ne le savait pas, mais le sgt Odom était juste en face de nous, de l'autre côté du chemin. Nous nous demandions si la C Company avait réussi à passer le dernier pont. Où était notre CO de Company, le Captain Hancock?Et notre CO de battaillon, le Colonel Pat Cassidy??

Folley et moi n'avions qu'une idée en tête, arrêter les allemands qui tentaient de contourner notre position de mitrailleuse et de nous attaquer par les côtés. Nous pensions avoir affaire aux mêmes allemands que nous avions chassés de la haie où nous avions perdu tant de monde de notre second platoon. Nous ne savions pas en réalité que le haut commandement du 6th FJ venait de lancer sa grande contre attaque de la bataille. Pour une raison indéfinie, les soldats qui marchaient dans le fossé derrière nous hésitaient à enjamber ou à contourner les soldats blessés, et formaient ainsi un groupe compacte. Ils constituaient ainsi une excellente cible pour l'artillerie. Ils se sentaient en sécurité tant que notre cal. 30 tirait. Mais quand on s'est trouvé à court de munitions, ils ont paniqué. On leur a demandé de faire passer le message vers l'arrière : "On a besoin de munitions de mitrailleuse à l'avant!" avant de tomber à sec. Mais personne ne s'est levé pour aller en chercher.

Finalement, VJ Folley a envoyé Bob Cahoon chercher des munitions. Dès que nous avons arrêté de tirer, les allemands ont augmenté leur bombardement des fossés de la route. On a vraiment juré, au plus fort des combats.

"Reculez, reculez! les allemands attaquent! repliez vous sur les ponts!" avons nous entendu venant de l'arrière. Tous les hommes valides ont bondi des fossés et ont couru vers l'arrière sur la route découverte. Beaucoup ont été touchés en pleine course. D'autres ont commencé à ramper par dessus les blessés vers l'arrière. On était tout près de la panique.

Notre porteur de munitions n'était pas encore revenu, et il n'y eut bientôt plus que nous deux du 2nd platoon. Au vu de la situation, nous aurions été bien bêtes d'essayer d'arrêter les allemands avec nos seules carabines. Nous décidâmes de foutre le camp d'ici tant que nous étions vivants.
Captain Fred Hancock, CO C/502
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TO BE CONTINUED….


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

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On discernait les tirs allemands venant des premières maisons de Carentan, juste au bas de la route, dans l'axe de notre position. Nous savions que le potager n'offrait aucun abri, que des trous d'obus. Nous choisîmes donc une autre voie.
On a bondi et on a traversé la nationale vers le côté Est. Nous avons foncé vers une petite maison à deux étages pour nous y abriter. On y est arrivé. Une fois derrière la maison, on a vu des soldats américains se précipiter vers le pont N°4. ils ne couraient pas en désordre mais semblaient suivre quelqu'un en bon ordre. De temps en temps, un des hommes s'arrêtaient de courir pour tirer sur les allemands. Folley et moi atteignîmes un caniveau plein d'eau qui passait sous la route principale vers le carré de choux. Nous vîmes que les gars de A company avaient pris position le long de ce carré de choux, et nous décidâmes de les y rejoindre et de rester avec des hommes à nous.Nous entrâmes dans l'eau et rampâmes sous la nationale dans le caniveau et jusqu'au fossé opposé, espérant y trouver quelques troopers de C Company. Arrivé au fossé, on s'est joint à une ligne de tirailleurs, et on est resté avec eux le restant de la journée. On n'a revu aucun des troopers du second platoon.

On a eu vent d'une trêve dans les combats, mais elle était déjà finie. Elle n'avait duré qu'une heure, vers les 13 heures 30. Elle avait été demandée par les deux camps pour ramasser les blessés les plus graves éparpillés sur le champs de bataille. On avait vu le Major Davidson, le chirurgien du régiment marchant avec un drapeau à Croix Rouge en compagnie de deux officiers allemands au beau milieu de la route de Carentan.
"Sympa! "ai je dit à Folley ; "La guerre n'est qu'un jeu finalement!" Des années plus tard, j'ai appris que nous avions envoyé durant cette trêve un Medic du Medical Corps jusqu'au centre ville de Carentan pour demander au commandant allemand de se rendre. Il n'a pas voulu!.
Cette trêve d'une heure n'a finalement servi qu'à fâcher davantage encore les paras du 6th FJ. les combats ont empiré, et l'après midi n'a plus été qu'un enfer ininterrompu pour quiconque tentait de franchir les ponts. Nous autres américains étions accrochés par la peau des dents au moindre centimètre carré gagné de l'autre côté du pont. les paras allemands étaient en chasse, multipliant les attaques. Il n'y eut aucun répit de toute l'après-midi. Ils nous tombaient dessus vague après vague, avec leurs fusils et mitraillettes tirant dans toutes les directions.

Heure par heure, ils sortaient de Carentan depuis les fossés de chaque côté de la nationale. Ils longeaient les quatre grandes haies vers le carré de chou et les caniveau. Ils arrivaient depuis la voie de chemin de fer et les hauteurs vers le verger et la ferme Ingouff. Des balles d'armes légères remplissaient l'air et trouvaient leurs cibles au fur et à mesure que la journée s'avançait. Chaque camp a payé un sacré prix pour chaque attaque et contre attaque.
Folley et moi avons ramassé des M1 pour remplacer nos carabines. Dès le milieu de l'après midi, le champs de bataille était jonché de matériel et d'armes diverses des deux camps. Ils y avait tant de blessés et de morts sur le terrain que vous pouviez à loisir choisir l'arme que vous vouliez....

Une fois dans le fossé plein d'eau, Folley et moi sommes restés là jusqu'à la fin des combats. Pendant 6 heures et demi, à partir de 13 heures, on est resté assis là, nous levant de temps en temps pour nous dégourdir, et même nous allongeant dans l'eau pour essayer de dormir. Bien que nous soyions presqu'en été, j'étais gelé jusqu'aux os quand le soleil s'est couché.
La ferme fut reprise. Cole fit des plans avec le régiment pour préparer une retraite. Le second battalion devait établir une ligne de feu à partir de la nationale, de façon à permettre aux valides des 1 et 3rd battalion de se replier vers le pont N°4. Les blessés devraient rester en arrière.
Un sentiment lugubre planait sur nous. On le voyait sur chaque visage. Je n'avais pas abandonné, pas plus qu'aucun de mes camarades. On tenait toujours le coup. Nous n'étions plus très nombreux mais nous continuions à tire sur l'ennemi. On tirait dans la direction d'où venait le bruit de leur culasse manuelle. On n'arrivait pas à les voir.. J'avais passé mon fusil à travers la haie, pointé vers l'ennemi. Quand je les entendais approcher, je tirais comme avec une mitraillette, deux coups à la fois.
"pour l'amour de Dieu" entendit on de quelque part dans ce fossé plein d'eau ; "Pourquoi nos gars continuent ils de balancer des obus si loin au dessus de nous! On a besoin de soutien d'artillerie tout de suite et exactement sur nous."

Et soudain (il devait être près de 18 heures), c'est arrivé! comme une pluie divine. Notre artillerie a tiré juste devant nos lignes devant le fossé. Tous nos canons ont ouvert le feu. C'est le plus gros barrage venant de nos lignes que j'avais jamais expérimenté. Il a duré seulement 5 minutes et a tué quelques paratroopers US qui avaient pourtant survécu à trois jours de combat. Mais ce barrage a sauvé le 502! On avait gagné!

Pour les allemands du 6th FJ, c'était la fin du combat pour Carentan. C'était fini pour eux. A minuit, ils s'étaient tous retirés, et le lendemain matin (Jour J+6), ils quittaient Carentan. Les allemands avaient subi de terribles pertes. Mais ils se reformeraient, et nous allions les retrouver plus tard.

Je demeurai assis, sous le choc, comme beaucoup d'autres après la bataille. Je ne savais pas si nous avions gagné. Mais je savais que l'artillerie nous avait délivré. Je ne me souviens plus comment ni par qui j'ai su que la bataille était terminée. Ceux d'entre nous qui avaient passé la journée dans le fossé plein d'eau se retrouvèrent à arpenter le bout de la nationale, à errer au milieu de la route. On nous dit de retrouver les survivants de chacune de nos compagnies.
VJ Folley et moi étions toujours ensemble et on s'est mis à la recherche de C Company. Quand on les retrouva, captain Hancock nous dit de rassembler le second platoon. On a retrouvé Bob Cahoon, notre porteur de munitions, toujours en une seule pièce. On lui a demandé où était le second platoon. il a dit : ICI!" On a regardé autour de nous, et on a vu seulement le sergent Jay B Schenk. Je n'en croyais pas mes yeux. Du second platoon ne restait que nous quatre! J'ai dit à Folley : "P...n! c'était chaud. Ils ont presque anéanti tout le second platoon." Même le "vieux" sergent Jay B Schenk avait l'air sonné. D'ailleurs, il ne trouvait rien à dire! C'est un signe!

Quand la nuit est tombée en cette journée de juin, j'ai vu l'incendie d'une ville en flamme dans le Sud est. En repartant de Carentan vers St Côme, on est resté sur le bord de la nationale pendant que le 1st battalion du 506th PIR prenait notre place. Un des gars du 506 a crié : "Hey, les Five o' deuce! On dirait que vous avez été très occupé! Personne ne vous a dit qu'on ne travaille pas le dimanche!"

Il était minuit passé quand nous avons rejoint St Côme. Je suis entré dans un petit pré et me suis cherché un petit endroit le long de la clôture sous une haie. Je n'ai pas creusé de foxhole car je n'en avais plus la force.

Je n'avais pas dormi depuis 44 heures."

Sergeant Layton Black, C/502 PIR

"Blackie" recevant sa Bronze Star à Auxerre en 1945 des mains du Major Fitzgerald, CO 1/502nd PIR…

THE END!
From ""THE LAST FIRST SERGEANT" de Layton Black
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Chester44
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par Chester44 »

Encore un grand merci pour ce récit captivant :super:


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par Gennaker »

You're welcome… j'en ai d'autres en magasin…
A suivre alors...


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325th GIR
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par 325th GIR »

Merci du partage Denis...


Sous chaque croix blanche du cimetière Américain de Colleville-sur-Mer ( Normandie) , dort un morceau de Liberté.
baker-bzh
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Vérification anti-robot : JE NE SUIS PAS UN ROBOT

Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par baker-bzh »

merci gennaker pour ce recit, on se plonge dans le corps du gi, tres captivant, on apprend enorement de chose, mon gros probleme c'est la lecture des cartes, jai du mal a me situé exactement les endroits et de les retrouvés quand je vais sur carentan, je n'avait jamais entendu parler de trève pendant la ww2 contrairement au noel de la premiere guerre, ca m'as beaucoup surpris qu'un soldat puissent aller voir un general allemand pour lui demander de ce rendre, des recits comme celui la, je veux en lire tout les jours, faut que je mette serieusement a investir dans les bouquins, mais y'en as tellement qu'il trouver les bons ;)


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Gennaker
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Re: Feuilleton : le 502nd PIR sur Purple Hearts Lane

Message non lu par Gennaker »

Merci à toi…
Voici le récit de cette fameuse trêve…

A 15 heures le 11 juin 44, après que le Lt Col. Cole ait mené sa fameuse charge à la bayonnette sur la ferme Ingouf, le commandant du FJR 6 Major Friedrich August Freiherr von der Heydte en position défensive au nord de Carentan reçut une demande de réddition de la part du général Max Taylor. C'est le major Douglas Davidson, regimental surgeon du 502 PIR qui s'avança sur la route de St Côme du mont avec un drapeau blanc, accompagné de deux prisonniers allemands, et qui remit le message au Hauptmann Mager (II/FJR6). Une trève d'une heure fut accordée le temps de ramasser les innombrables blessés. Le CO de A/502, le lieutenant Swanson, ignorant tout de cette trêve, poursuivit son incursion derrière les lignes allemandes en bordure de Carentan. Une demi douzaine de paras allemands se jetèrent sur lui et le saucissonnèrent proprement. Dès la fin de la trêve, il le libérèrent et le renvoyèrent vers les lignes américaines. Ce petit geste, et la réponse de von der Heydte traduisent au coeur d'une bataille d'une rare férocité, un certain esprit chevaleresque qui existait dans l'armée allemande ; réponse de von der Heydte à la demande de réddition; "Que feriez vous à ma place?"


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