| Premiers
pas et course à l'armement
Si
les jeux vidéos sur la Seconde Guerre Mondiale se comptent
aujourd'hui par centaine, ce n'est qu'au début de l'année
2002 que pour la première fois, un jeu retrace l'histoire
et le Débarquement de Normandie. En effet, c'est le 14 février
2002 qu'est mis sur le marché un jeu désormais mythique
: Medal
of Honor : débarquement allié. Le joueur peut
suivre un scénario retraçant le débarquement
sur les plages de Normandie, précisement sur Omaha
Beach. Par la suite, quelques missions supplémentaires
font évoluer le joueur au coeur même de la Normandie
au cours de l'été 1944, en pleine guerre de positions.
Le succès de ce jeu est immense et de nombreux développeurs
décident de poursuivre les travaux dans cette voie.
Le 6 juin 2003,
pour célébrer le 59ème anniversaire du Débarquement
de Normandie, le jeu Day
of Defeat est disponible. Il s'agit d'un mod (une version) du
célèbre "Counterstrike" (le jeu le plus
répandu sur la planète) ; les joueurs s'affrontent
sur internet ou en réseau et choisissent leur camp : terroriste
ou anti-terroriste. Le mod Day of Defeat met en place une nouvelle
interface : la Seconde Guerre Mondiale, et les joueurs choisissent
cette fois entre le camp Allié et celui de l'Axe. Ils s'affrontent
ensuite sur des cartes, dont certaines rappellent les événements
de la Bataille de Normandie : la plage de Omaha Beach et des villes
normandes (notamment Caen). Day of Defeat permet également
aux joueurs plus expérimentés de créer leur
propres "terrains de jeu" et on peut ainsi trouver sur
internet des cartes dénommées "Pointe du Hoc",
"Pont de Bénouville" ou encore "Utah Beach".
Les jeux vidéos
sur la Seconde Guerre Mondiale se multiplient très rapidement,
proposant des scénarios variés sur la plupart des
fronts. Mais de manière régulière, la Bataille
de Normandie apparaît comme un événement de
choix, apprécié par les jeunes joueurs. Grâce
aux nouvelles technologies de développement et à la
demande des utilisateurs, ces jeux deviennent de plus en plus réalistes,
que ce soit d'un point de vue historique ou même au niveau
de la simulation du combat, comme si les créateurs ne souhaitent
plus simplement proposer de "jouer au débarquement",
mais véritablement de "revivre le débarquement".
Pour exemple, il faut citer le jeu vidéo "Call of Duty",
qui retrace la prise du pont de Pegasus Bridge ou encore l'assaut
de la batterie de Brécourt au Sud de Utah
Beach. La plupart des principaux événements historiques
sont recréés : la mission "Pegasus Bridge"
de "Call of Duty" insert le personnage dans un des trois
planeurs qui se pose à proximité du pont de Bénouville,
aux premières heures du 6 juin 1944. Il doit prendre d'assaut
et capturer les points de défense allemands, ainsi que protéger
tous les accès au pont, jusqu'à ce que les troupes
débarquées arrivent en renfort. Un combat épique
et impressionnant, appuyé à certains moments par des
musiques qui rappellent bandes-originales de de film. Mais quelle
est la valeur historique d'un tel jeu vidéo ?
Le
réalisme vis-à-vis de l'Histoire
En mars 2005,
le jeu Brothers in Arms est disponible
à la vente. Il repousse toutes les limites des jeux historiques,
en plaçant d'entrée l'utilisateur dans une interface
inspirée par le film Band of Brothers qui donne au programme
une touche cinématographique évidente. Le scénario
est inspiré presque entièrement de l'histoire vraie
d'une compagnie de la 101ème Division Aéroportée
américaine, parachutée au-dessus du Cotentin dans
la nuit du 5 au 6 juin 1944. Ce jeu vous permet de faire évoluer
une section de vingt soldats de cette compagnie tout au long de
la campagne normande, en effectuant des missions réellement
effectuées par les jeunes parachutistes américains.
Dans Brothers in Arms, l'environnement historique est poussé
à un réalisme maximum. |
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Le
grand point fort des jeux historiques récents est de proposer
une vision cinématographique réaliste des événements.
Car les créateurs veulent désormais coller au plus
près de l'Histoire, et s'inspirent directement de faits réels
en interrogeant des vétérans ou en consultant des
experts militaires. De plus, les techniques modernes d'imagerie
satellite permettent aux développeurs de reproduire à
l'identique sur ordinateur un espace géographique. Ce mode
de travail est également à mettre en parallèle
avec la création en image de synthèse de rues, champs
ou maisons par rapport à un support photographique d'époque
: la mission "Pegasus Bridge" du jeu Call of Duty en est
le fruit le plus mûr : les détails du pont sont surprenant
de réalisme.
Si les premiers
jeux vidéos du Débarquement de Normandie (notamment
Medal of Honor : débarquement allié) sont des adaptations
informatiques simplifiées de cet événement
historique, les progrès en matière de programmation
vidéo permettent aux développeurs d'insérer
plus de détails dans leurs scénarios ou sur leurs
personnages. Le succès planétaire du film Il
faut sauver le soldat Ryan est sans aucun doute dû au
réalisme historique des scènes de combat. Aujourd'hui,
la nouvelle génération semble rechercher dans le divertissement
vidéo une forme de documentaire vivant, dans lequel il est
possible d'intervenir, de prendre part à un événement
fondamental de l'humanité.
Les créateurs
ont bien cerné ce besoin, et innondent leurs jeux de précisions
historiques qui donnent à leurs produits un sentiment de
documentaire. Et, s'il est clair qu'un jeu vidéo n'a rien
à voir avec la réalité, beaucoup de jeunes
cherchent dans ces "simulations de guerre" le moyen de
tenter de revivre ce que leurs ainés ont vécu pendant
ces sombres périodes de guerre. Une simulation du débarquement
en quelque sorte, de la même manière que l'Armée
américaine met gratuitement à la disposition de ses
soldats un jeu vidéo de simulation de combat moderne, America's
Army, qui doit permettre de maintenir à jour des réflexes
appris à l'entraînement.
Il est clair
qu'un jeu vidéo historique ne peut servir de documentaire
au même titre qu'un livre d'Histoire. Il faut plutôt
voir dans ce type de création la mise en image de différents
témoignages et articles historiques. Le fait de plonger dans
un univers passionnant pour beaucoup de jeunes et de moins jeunes,
comme celui de la Seconde Guerre Mondiale, peut permettre d'encourager
les utilisateurs à enrichir leur connaissance sur ces événements.
De plus en plus
de personnes se réunissent en "clans" et s'affrontent
sur internet dans la bonne humeur à travers ces jeux vidéos.
Sur leurs sites internet, les clans mettent des liens vers certains
sites historiques, comme celui-ci, ce qui montre bien leur désir
de se divertir tout en apprenant. C'est pourquoi les développeurs
de jeux vidéos devraient aujourd'hui placer dans leurs boîtiers
un livret ou un DVD historique réalisé avec le soutien
d'historiens ou de vétérans, ce qui permetterait de
marquer profondément la sépération entre la
fiction du jeu et la réalité.
Car les progrès
technologiques des programmes informatiques permetteront bientôt
de revivre intégralement le Jour J à la télévision,
par images de synthèse plus vraies que nature, il semble
nécessaire de marquer dés aujourd'hui une sépération
entre la fiction et la réalité, au risque de se servir
de la fiction comme élément de la réalité.
Marc
Laurenceau |