| Cet
article que le site DDay-Overlord.com vous propose est publié
le 14 juillet 1944 dans le premier numéro de la revue "Ensemble",
un magazine destiné à être distribué
aux Français tout juste libérés par les forces
alliées.
Après
la guerre, Maurice Chauvet a été l'un des conseillers
militaires du film Le Jour le Plus Long et a décidé,
constatant que les réalisateurs prenaient trop de libertés
vis-à-vis de l'Histoire du Débarquement, de quitter
l'équipe du film lors du tournage. Pour Maurice, l'Histoire
ne doit pas être mal réécrite et c'est son combat
actuel de faire respecter la vérité des faits.
Maurice
Chauvet est le créateur de l'insigne des Commandos Français
qui est aujourd'hui porté sur les bérêts des
Fusiliers Marins Commandos de la Marine Nationale Française
- cliquez
ici pour voir l'insigne.
Aujourd'hui,
Maurice Chauvet habite en France et chaque année, il se rend
en Normandie commémorer la mémoire de ses amis, une
mémoire qu'il veut véritable et sans modification
dans le futur. Pour lui, le devoir de mémoire représente
le devoir de la véritable Histoire.
Maurice
Chavet a écrit des ouvrages sur cette période : cliquez
ici pour consulter ses livres. |
| "Nous
avons vécu un moment qui sera certainement en bonne place
dans l'histoire, mais nous ne nous en sommes aperçus qu'après.
Nous, ce sont les commandos français du Capitaine Kieffer,
lui-même intégré à la Brigade de Lord
Lovat. Nous avons débarqué à Ouistreham faisant
ainsi l'extrême gauche de tout le débarquement.
A notre camp,
un mois avant l'ouverture du second front, nous avions étudié
des photos aériennes et des plans détaillés
en relief de l'endroit où nous devions débarquer.
Nous ne savions rien de son emplacement sinon qu'il était
sur la côte française. Très vite nous avons
connu le terrain par coeur, et ce plan très incomplet, que
nous savons depuis être un plan de Ouistreham, n'était
destiné qu'à rappeler la position des points particulièrement
importants.
J'ai ajouté
les noms au plan, ainsi que des chiffres pour situer les photos
qui suivent et vous permettre de comprendre l'action. Les défenses
allemandes ne sont pas indiquées, nous les connaissons si
bien. Elles consistaient en blockhaus et pille-box le long du boulevard
Aristide Briand, avec un point fort au casino (x). Entre le casino
et l'avant port, une fosse anti-char et sur cette pointe des lance-flammes.
La mission des deux troupes françaises consistait à
nettoyer les pilles-box à partir de B, de boulevard Aristide
Briand sur le plan jusqu'au point fort du Casino, soit une douzaine
d'ouvrages répartis sur cinq cent mètres environ.
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Des
LCIS en route vers Sword Beach. |
Voici
les trois L.C.I.S (embarcations d'infanterie) dont deux étaient
occupées par les troupes françaises. Partis à
21H d'Angleterre, nous avons passé une nuit très dure
entassés dans les trois cales, avec tout le matériel.
Le temps était gris. A perte de vue, la mer était
couverte de bateaux. Au loin dans la brume, la côte française.
Les coups sourds du bombardement de la R.A.F., sur la gauche des
flammes rouge cerise et de la fumée, sans doute des lance-flammes.
Des obus de la défense allemande coulèrent quelques
barges. C'est l'heure H moins 20 environ. Le colonel du commando
nous a fait bonjour de la main en passant le long du bord ; il a
pris place dans une très petite barge d'assaut plus rapide
que la nôtre avec à l'avant le drapeau blanc à
croix rouge de la Marine de Guerre anglaise.
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Débarquement
des soldats Français. |
Je
ne sais pas comment se sont passées les dernières
minutes, les barges ont touché le sol, et les deux coupées
ont été poussées, quatre matelots sont blessés
sur le pont, des balles de mitrailleuses sifflent de tous côtés,
venant de la gauche. Les garçons debout sur la deuxième
barge sont Français. La barge a perdu ses deux coupées
par un obus de 75 et je passe sur celle d'à côté,
la 528. Il est 7H50. Je vois encore les trois pilliers en faisceaux,
enfoncés dans le sable, avec une mine accrochée dessus,
qui ont effleuré la barge : reste des défenses allemandes,
assez abîmées par le bombardement.
Le commando au premier plan est un camarade anglais. Il porte une
échelle. Il a sans doute été blessé,
quelques secondes plus tard en mettant pied sur le sol. J'ai entendu
dire qu'il était mort.
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La
planche du débarquement de la barge du second plan est en
train de tomber ; une douzaine d'hommes seulement l'ont empruntée,
dont les deux officiers de la première troupe française,
ils ont tous été blessés en mettant le pied
à terre, par une seule bombe de mortier tombée au
milieu d'eux. Si la coupée n'était pas tombée
j'aurais été avec eux.
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Les
Royal Engineers débarquent sur Sword Beach. |
Des
Royal Engineers, avec leur casque cerclé de blanc, étaient
avec nous, et j'ai perçu un tank à cinquante mètres
à droite, en débarquant, qui est sans doute celui
qui est arrêté sur la droite de la photo. Après
25 ou 30 mètres dans l'eau jusqu'à la ceinture, il
nous fallait traverser le plus vite possible le sable et les flaques
d'eau pour atteindre le sable sec. Toute cette partie était
balayée par un feu de mitrailleuse venant de gauche. Certains
des hommes qu'on aperçoit couchés, se sont jetés
à terre par un réflexe parceque une balle les a effleurés
; d'autres sont déjà blessés ou morts. Pour
moi, aussitôt touché le sol, je me suis mis en marche
le plus vite possible, avec de l'eau jusqu'à la ceinture,
mais je ne me souviens pas d'avoir eu l'impression d'être
mouillé. Il y avait déjà beaucoup de blessés,
et tout le monde se rendait vers son emplacement de ralliement.
C'est à ce moment que j'ai aperçu le Capitaine Kieffer,
commandant le détachement français, blessé
à la cuisse ; un de nos infirmiers lui faisait un pansement
d'urgence, et nous sommes repartis ensemble. Au passage, j'ai vu
les gars de notre commando couchés là. A l'endroit
où le sable commençait à être recouvert
de végétation, il y avait un réseau de barbelés.
Une brèche de 2 mètres y avait été faite.
Il fallait se mettre en file pour passer. Je suis resté quelques
secondes là à attendre mon tour. Un camarade m'a dépassé
à ce moment, et me dit deux ou trois noms de ceux qui venaient
d'être blessés.
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Les
commandos progressent dans Ouistreham sous les tirs allemands.
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Debout
dans un champ de mines, face aux mitrailleuses, c'est ainsi que
le cinéaste a pris cette photo. Il lui a fallu un fier courage.
La ligne de fond à gauche donne sur la mer, et à droite
on devine les postes des petits baraquements. Au fond à entre
les deux pignons de la maison, on devine le château, où
étaient installées les mitrailleuses lourdes qui nous
génèrent au débarquement. Au moment précis
où cette photo fut prise les balles se croisaient en tout
sens. La portion de terrain que les commandos traversent, au sortir
de la brèche est minée. Juste au-dessus du sac du
commando de droite, on aperçoit une tache noire, formée
de quatre ou cinq hommes d'une troupe qui se regroupe. Chaque troupe
de notre commando avait un bâtiment de rendez-vous, et ne
devait repartir qu'après ce premier regroupement. Certaines
troupes y laissèrent leurs sacs, avant de partir vers la
route qui conduit à Ouistreham, en file indienne à
travers les dunes.
Le château est enlevé. En passant les barbelés
qui défendent la route, je croise le lieutenant Mazéas,
de la première troupe, qui regagne la plage, une balle lui
a labouré tout l'avant-bras. Le château tire toujours
du toit et je traverse le parc en employant au mieux les couverts.
A l'entrée du parc le premier allemand mort, à côté
de son trou individuel.
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