| Préparations
L'ordre
de mission, signé par le général Gale commandant
la 6ème Division Aéroportée, était de "prendre intacts
les deux ponts de l'Orne et le canal de Caen, à Bénouville
et à Ranville... La prise de ces deux ponts, qui sera l'Opération
"Coup de Main" (en français dans le texte), repose
essentiellement sur l'effet de surprise, la rapidité d'éxecution
et la détermination à vaincre. Il faudra s'attendre
à une contre-attaque et tenir jusqu'à la relève".
Le but de cette mission est qu'en capturant ces ponts, le flanc
Est de l'invasion est protégé car le seul passage
entre Ouistreham et Caen pour traverser l'Orne et le Canal de Caen
est situé entre les localités de Ranville et de Bénouville
: ces deux villes sont les objectifs principaux de la 6ème
Division Aéroportée Britannique.
Jamais,
probablement, une opération de commando n'avait été
plus minutieusement préparée : deux ponts pratiquement
identiques en Angleterre servent à entraîner une petite
centaine de soldats tous volontaires sous les ordres du Major John
Howard. Cet entraînement, répété à
de maintes reprises, est selon le Major Howard l'un des plus difficiles
de l'armée Britannique. Jim Wallwork, l'un des pilotes des
trois planeurs Horsa qui prendront part à l'assaut, contenant
environ 29 soldats avec leur équipement, raconte : "Nous
avions effectués de nombreux exercices d'atterrissages, certains
en condition normale de jour, de jour toujours mais avec les vitres
teintées, et enfin pendant la nuit".
Déroulement
de l'attaque
Cette
opération eut lieu dans les premières heures du 6
juin 1944, vers 0 heures 25.
6
planeurs, aux ordres du Major John Howard, font route dans la nuit
vers le canal de l'Orne. Les 3 planeurs chargés du pont de
Bénouville - surnommé "Pegasus Bridge"
(le "Pont Pégase") pour l'occasion du fait du surnom
de la 6ème Division : Pégase - se posent à
moins de 50 mètres du pont : encore mieux qu'à l'excercice
!
La
surprise est totale. Les bombardiers qui tractent les planeurs,
faisant évidemment du bruit, sont repérés par
les sentinelles allemandes bien avant que les planeurs n'atterrissent,
mais les fantassins de la Whermacht ne savent pas que les avions
Alliés tractent des planeurs. Pour camoufler l'opération,
les avions Alliés à moteur bombardent une usine de
ciment située quelque kilomètres plus au Sud des objectifs
de la 6ème Division Aéroportée Britannique.
Ainsi, les Allemands pensent que les avions ne passaient par là
que pour bombarder la cimenterie. La jeune sentinelle d'origine
Slave et à peine âgée de 17 ans entend pourtant
un bruit sourd et étrange à quelques dizaines de mètres
à l'Est du pont. Ce soldat se dit : "c'est sûrement
un des bombardiers qui s'est écrasé près du
pont, il a été descendu par l'artillerie anti-aérienne
de Caen".
Le soldat reste ainsi quelques minutes à regarder dans la
nuit noire en direction de ce qu'il croit être l'épave
d'un bombardier, se disant que peut-être un des pilotes aura
survécu. Mais en surface, rien ne bouge : les soldats Britanniques,
sonnés, émergent des planeurs et après une
légère attente, s'infiltrent dans les blockaus, protégeant
les accès au pont, sans faire de bruit et y égorgent
les quelques soldats allemands endormis. La sentinelle du pont recommence
à effectuer ses cent pas, sans imaginer ce qu'il se passe
à moins de dix mètres de lui.
Dans
un des bunkers souterrains où dorment les quelques fantassins
allemands, certains se réveillent à cause de bruits
étranges. Et lorsque l'un d'entre eux sort de son dortoire
pour rejoindre le couloir d'accès illuminé par la
faible lumière des ampoules, il découvre des soldats
ennemis, accroupis, avançant lentement dans sa direction.
Les commandos britanniques n'ont pas d'autre choix que d'utiliser
leurs mitraillettes Sten.
Les canons des armes automatiques crépitent et l'allemand
tombe, mort. Mais l'alerte est donnée, le coup de feu ayant
servit d'alarme.
Des
fusées éclairantes sont lancées, la panique
chez les Allemands est complète. Ils tirent dans toutes les
directions tandis que les Britanniques traversent le pont, à
couvert de fumigènes. Ils lancent des grenades au phosphore
dans les nids de mitrailleuses qui explosent presqu'aussitôt.
Les
Anglais récupèrent l'engin de mise à feu du
pont, situé dans un des bunkers souterrains, et le mettent
à l'abri - cet engin, les Allemands n'ont jamais voulu l'utiliser
pour détruire le pont, au contraire, leur devoir était
de protéger le Pegasus Bridge. Celui-ci ne risquait rien
finalement rien -.
Le message de la victoire "Ham and Jam" ("Jambon
et Confiture") est immédiatement envoyé aux
bateaux Alliés après l'attaque par l'intermédiaire
d'un pigeon voyageur.
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Le
pont de Bénouville est pris en 10 minutes, tout comme le
pont de Ranville à une centaine de mètres à
l'Est, mais un officier est tué, le Lieutenant Brotheridge,
et le major Howard craint une contre-attaque allemande. C'est une
longue nuit pour lui et ses hommes qui va donc commencer.
Il
y avait, stationnée à quelques centaines de mètres
au Sud du pont Pégase, au Château de Bénouville,
une garnison de chars Panzer (datant de 1939). Ayant entendu des
explosions et des tirs, les Allemands sont venus inspecter les environs
mais sans jamais s'approcher du pont : en effet, ils savaient qu'était
organisé la nuit même un entraînement avec balles
à blanc pour les hommes chargés de la défense
du pont. Ils ont donc confondu la fusillade avec un entraînement.
Seul un char prit la route de Bénouville et se présenta
devant les parachutistes britanniques : ces derniers le firent exploser
avec le seul P.I.A.T.
("Projectil Infantery Anti Tank", un bazooka Britannique)
en leur possession. Mais, étrangement, aucun autre char ne
vint les déranger.
Première
maison libérée
Les
civils, eux-aussi, avaient été pour la plupart informés
qu'un exercice était organisé par les Allemands aux
alentours du pont. Le thème était : défense
du pont contre un commando ennemi parachutiste. Mais cet exercice
avait été annulé quelques heures auparavant.
Maurice
Chauvet, vétéran du 1er Bataillon Fusiller Marin
Commando de la France Libre raconte : "l'un des habitants
de Bénouville, étant propriétaire d'une des
maisons les plus proches du pont, (à l'emplacement de l'actuel
bar-restaurant "Les 3 planeurs"), est sorti pour connaître
les raisons de ces tirs à quelques mètres de sa maison.
Tout-à-coup une rafale part, le Normand s'effondre, mort.
On ne sait pas qui a tiré, mais les Britanniques seraient
entrés par la suite dans sa maison, quelques temps avant
d'entrer dans la maison de la famille Gondrée, de l'autre
côté de la rue (l'actuel Café Gondrée)".
Si
l'on prend en compte la version de ce vétéran Français
du Débarquement, qui a été avec les troupes
du Lord Lovat pour rejoindre les hommes du Major Howard à
Bénouville le mardi 6 juin à 12:02 après avoir
débarqué sur Sword
Beach à 7 heures 30, la première maison libérée
de France ne serait pas - d'après ce témoignage -
celle de la famille Gondrée. Toujours d'après Maurice
Chauvet, la première maison libérée de France
le 6 juin 1944 serait celle située à l'emplacement
de l'actuel bar-restaurant "Les 3 planeurs", exactement
en face de la maison des Gondrée. Pour en savoir plus, découvrez
le document exceptionnel de Norbert Huguedé (préfacé
par Maurice Chauvet) : Le
Commando du Pont Pégase.
Jonction
avec les troupes débarquées
Le
lendemain, vers midi, après que les hommes d'Howard aient
détruit le char allemand de reconnaissance ainsi que deux
cannonières ennemies qui patrouillaient sur l'Orne, les Français
débarqués le matin sur Sword, accompagnés par
des soldats Britanniques commandés par Lord Lovat - ce dernier
accompagné du célèbre joueur de cornemuse,
Bill Millin - effectuent la jonction à 13 heures 32 minutes
avec les hommes d'Howard en ayant 2 minutes 30 secondes de retard
sur l'horaire prévu, ce dont Lovat prend la peine de s'excuser.
Alors
qu'il traverse le pont où des fumigènes ont été
envoyé, le soldat-radio Mullen, un membre du Commando Kieffer
ayant débarqué à Sword le matin, entend une
balle ricocher juste derrière lui sur la structure du pont.
Lorsqu'il se retourne, il aperçoit dans la fumée un
de ses amis blessé (ce soldat meurt quelques instants plus
tard à la suite de cette blessure) par la balle d'un tireur
isolé, un sniper allemand. Il s'abaisse pour l'aider mais
il est touché à son tour par un sniper et s'écroule,
sans vie. Ses frères d'armes, notamment Maurice Chauvet,
ont souhaité poser une plaque commémorative sur le
pont Pegase que l'on peut voir actuellement dans le musée
Mémorial Pegasus Bridge à Bénouville.
Bilan
Une
attaque "parfaite" qui en fait de perfection, a bénéficié
d'une chance miraculeuse. En effet, si l'opération fut une
réussite, ce n'est que grâce à une série
de circonstances imprévisibles, qui ont toutes jouées
en faveur des Anglais. La prise de ce pont a permit aux alliés
de protéger le flanc Est de leur tête de pont des attaques
allemandes les semaines suivantes.
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