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6 Juin 1944 - Jour J - Débarquement de Normandie
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Filmographie de la Bataille de Normandie

Le Jour le plus Long


Critiques du film

Le film Le Jour le plus Long réalisé par Darryl F. Zanuck, Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki et Gerd Oswald est le premier film sur le Débarquement de Normandie. Le titre est inspiré d'une phrase prononcée par le général Rommel, commandant le Groupe d'Armée B allemand dans le Nord-Ouest de la France lors du Débarquement de Normandie. Beaucoup sont ceux qui pensent que c'est un film très proche de la réalité, à commencer par les médias qui véhiculent une idée trop répandue.

Il est temps, 40 ans après la création de ce film et 60 ans après le Débarquement de Normandie, de remettre les choses à leur place : non, le film Le jour le plus long n'est pas fidèle à la réalité historique du Jour J. Non, le film Le jour le plus long n'est pas le meilleur film de guerre jamais réalisé. Mais alors pourquoi a-t-il eu tant de succès malgré un grand nombre d'erreurs historiques, comment a-t-il pu "légendariser" le Débarquement de Normandie ?

Toutes les scènes du film ne sont bien entendu pas erronées vis-à-vis de l'histoire. Il faut évidemment admettre que ce long-métrage est le seul présentant le Débarquement de Normandie dans sa quasi-globalité. Toute personne s'intéressant au Jour J doit avoir vu au moins une fois ce film. Mais je tiens tout de même à critiquer certaines libertés prises par les différents réalisateurs de ce film, qui pourraient être rapprochées aux faits réels sans prendre de distance dans un futur où certains vétérans ne seront pas là pour signaler des scènes presque imaginaires. Ce film raconte bien le Débarquement de Normandie, mais il le fait irréspecteusement de l'Histoire.

Dans le cadre de mes recherches sur le Débarquement de Normandie, j'ai rencontré le vétéran Maurice Chauvet, appartenant au Premier Bataillon de Fusilers Marins qui a débarqué le 6 juin 1944 sur Sword Beach, et nous avons abordé le thème des films réalisés sur le Jour J. Il m'a raconté le déroulement du long métrage "Le Jour le plus Long", auquel il a participé. Son rôle était de renseigner sur un plan historique et militaire les réalisateurs et les acteurs à propos du déroulement de l'Opération Overlord. Mais, estimant que de trop nombreuses libertés vis-à-vis de l'histoire avaient été prises par les réalisateurs, il a décidé de quitter l'équipe du film.

Les erreurs du film

En tant que créateur d'un site recherchant la vérité historique, j'ai décidé de présenter ces erreurs sur ces pages web, estimant que par moment, ce film ne fait pas toujours attention au souvenir des vétérans du Jour J. Voici quelques-unes des erreurs du film "Le Jour le plus Long".

L'histoire des troupes françaises réinventée

Il était demandé à Maurice Chauvet, en tant que conseiller militaire, si telle ou telle scène était exacte par rapport à l'histoire du Débarquement. Mais les réalisateurs et plus particulièrement les producteurs ont voulu que leur film touche un très large public. Et pour ce faire, ils ont quelque peu modifié l'Histoire du Jour J :

Le mardi 6 juin 1944, à l'aube, les troupes Françaises Libres sous les ordres du Commandant Kieffer et appartenant au 1er B.F.M. Commando n°4 ont, entre autres, la mission de libérer la ville de Ouistreham, secteur Sword Beach. Maurice Chauvet, alors caporal, prend part à l'assaut - cliquez ici pour lire son témoignage -. Dans le film, les soldats français, qui débarquement en même temps que le sonneur Bill Millin, célèbre joueur de cornemuse de Lord Lovat, touchent le sol français à partir de péniches de débarquement américaines de type LCVP. En réalité, les soldats Français ont débarqué en Normandie à partir de péniches dotées de deux rampes rétractables lancées à l'avant du navire, de type LCI.

Une fois sur la plage, les militaires Français du 1er B.F.M. Commando devaient notamment capturer un casino, anciennement une grande bâtisse luxueuse, mais que les Allemands avaient détruit avant le Jour J pour y installer un véritable fortin sous casemate. Jamais le casino n'a représenté un immeuble de huit étages comme on peut le voir dans le film : c'était un blockhaus de béton protégée par des mitrailleuses et des canons anti-chars de trois à quatre mètres de hauteur maximum.

Dans le film, lors de l'attaque du casino (qui, cela dit, a été filmé à Port-en-Bessin et qui par conséquent n'a pas de point commun avec la ville de Ouistreham), des religieuses s'approchent des combats et commencent à soigner les troupes commandos sous le feu de la bataille. Mais elles ne sont jamais intervenues, jamais il n'y a eu de religieuses à ce moment et à cet endroit de l'attaque !

 

Maurice Chauvet raconte : "Le casino n'était en fait qu'un blockaus d'où tiraient les Allemands. Jamais il n'y a eu de grande barraque haute de 80 mètres, ni de bonnes soeurs ! Avant le débarquement, les Allemands avaient détruit le casino et avaient coulé du béton à la place et ils y construisirent ce blockaus qui aujourd'hui a été détruit."

Cliquez ici pour voir la photo du bunker du casino ayant été attaqué le 6 juin 1944 par les français à Ouistreham.

Sainte-Mère-Eglise

Dans les premières heures du mardi 6 juin 1944, lorsque les troupes aéroportées des 82nd et 101st divisions américaines sont parachutées au-dessus de la Normandie, de nombreuses unités se retrouvent largués par erreur, parfois à plus de 40 kilomètres de leur objectif (on retrouvera, par exemple, des parachutistes américains de la 82nd Airborne Division près de la Pointe du Hoc). Certaines unités ont été parachutées au-dessus de Sainte-Mère-Eglise, et tout le monde connait la fameuse histoire de John Steel, resté accroché au clocher de l'Eglise pendant près de quatre heures.

Dans le film "Le jour le plus long", une dizaine de parachutistes tombent sur la place du village et s'engagent alors à cet endroit de terribles corps à corps entre les Américains et les Allemands. Mais en réalité, les paras tombés sur la place du village se comptent sur les doigts de la mains : la plupart des soldats aéroportés arrivent dans des jardins ou dans des ruelles aux environs de la place de l'Eglise. On assiste donc une fois de plus à une théâtralisation de l'Histoire du Jour J, et même dans ce cas précis à une dramatisation des faits.

La ruée magistrale

Les débarquements sont montrés de manières très peu réalistes. Notamment à Omaha Beach, les hommes ne semblent être arrêtés que par un mur de béton (très aggrandi vis-à-vis de sa taille réelle) et non pas par les tirs ennemis : il faut savoir que si pendant les premières minutes suivant le débarquement de la première vague d'assaut américaine sur Omaha, près de 95% des effectifs ont été mis hors de combat, c'est bien à cause de la férocité du combat.

Lorsque, dans le film, deux avions de la Luftwaffe attaquent en piqué les plages de Gold et de Juno Beach, les soldats Alliés avancent vers l'intérieur des terres sans être vraisemblablement arrêtés par quoi que ce soit. En vérité, les troupes anglo-canadiennes ont été accueillies par des tirs extrêmement nourris qui les ont retardé et les Alliés ont accusé de très nombreuses pertes, notamment sur Juno Beach.

Les barges utilisées dans le film sont des péniches de débarquement de l'Armée américaine datant de 1960, des barges modernes à l'époque du tournage et qui comportent un grand nombre de différences vis-à-vis des barges utilisées en 1944 lors du Débarquement de Normandie.

Quels enseignements ?

Quels enseignements pouvons-nous tirer de ce film ? Il faut certainement voir dans Le Jour le plus Long une oeuvre inscrite dans son époque : 1962. En pleine crise de Cuba, symbole de la Guerre Froide, l'Amérique cherche à retrouver confiance et réveille le souvenir d'une guerre juste, gagnée avec le concours de ses alliés. Les Etats-Unis déployent pour ce film l'artillerie lourde du cinéma américain : Richard Burton, John Wayne, Henry Fonda ou encore Robert Mitchum : symboles charismatiques d'une Amérique victorieuse, au moment où elle en a le plus besoin. La fidélité historique passe au second plan : il faut des victoires, l'aide des alliés, et si apparaissent des obstacles (comme Omaha Beach), il faut mettre l'accent sur le courage des hommes qui, dans l'adversité, s'en sortent.

A cette époque également, les films de guerre n'avaient pas comme priorité de décrire avec une grande exactitude les combats et les événements. Ce phénomène, dont les deux principaux exemples sont Il faut sauver le soldat Ryan et Band of Brothers, n'est apparu qu'à la toute fin du XXème siècle. Désormais, le plan historique est placé en tout premier, aussitôt suivi du réalisme des combats, ce qui n'était pas le cas au moment du tournage du Jour le plus Long. Mais peut-être a-t-il fallu attendre plus de 50 ans après les événements pour pouvoir accepter d'aller voir la seconde guerre mondiale au cinéma, tournée de manière réaliste.

 

 
 
 
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